‹ Théorie élémentaire de la botaniqueChapitre 26 sur 84 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Considérations générales sur les principes exposés dans les quatre chapitres précédens.

i45. Je conçois facilement que ceux qui auront Iules chapitres précédens sans les étudier, sans en peser la liaison, sans connaître exactement les exemples

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cités, et en parlant d’hypothèses métaphysiques (car tout homme qui raisonne part nécessairement d’un système plus ou moins foudé), je conçois, dis-je, que ceux-là auront pu croire que la théorie exposée plus haut a peu de fondement; mais bien loin de chercher à en exagérer la nouveauté, il me resie à démontrer à ces lecteurs , que tous les naturalistes qui ont étudié les êtres organisés avec quelque soin , ont réellement, quoique souvent sans s’en douter, admis les bases fondamentales de celte théorie. Je ne prétends à d’autre honneur qu’à celui d’avoir régularisé , d’avoir précisé des idées auparavant incertaines , confuses ou incohérentes.

Les avortemens, les dégénérescences et les adhérences mutuelles , sont cités à chaque instant dans les ouvrages des naturalistes les plus célèbres, tels que Linné et M. de Jussieu ; il est difficile de lire quelques pages de leurs livres, sans y rencontrer ou l’expression directe de ces idées , ou la preuve évidente qu’ils les ont implicitement admises : je me bornerai à quelques exemples. Que veulent dire , dans la méthode de Linné, les termes de Monadelphie ,Diadelphie, Polyadelphie » si ce n’est que les étamines sopt soudées par leurs filets ? Que veut dire celui de Syngénésie, sinon qu’elles sont soudées par leurs anthères ? Linné admet donc les soudures des organes; car personne, je pensé, ne soutiendra sérieusement que ce phénomène, admis dans les étamines , ne peut exister dans les autres organes. Pourquoi tous les botanistes désignent-ils avec Linné sous le nom d’étamines stériles, les filets situés entre les étamines fertiles dans les fleurs de l’Albuca ou du Géranium? ils supposent donc que ces organes étaient originairement des étamines qui manquent accidentellement

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d'anthère? ils admettent donc la possibilité des avortemens ; et s’ils l’admettent dans les étamines , ont-ils quelque raison d’en nier l'existence dans d’autres organes. Tous les naturalistes, et Linné lui-même, parlent des épines stipulâmes des Acacies; ils admettent donc que ces épines tiennent la place, jouent le rôle des stipules : ils ne nient donc pas les dégénérescences des organes. Que faisons-nous donc aujourd’hui , sinon d’étendre, de préciser, de régulariser une théorie que l’évidence a déjà forcé à admettre dans un grand nombre de cas;

§. 146. Mais examinons la chose déplus près, et nous verrons que si l’on veut être conséquent avec soimême, c’est-à-dire accepter ou rejeter cette théorie, et ne pas faire comme ceux qui, tout en la niant, s’en serventconstamment; si dis je l’on veut être conséquent, il serait impossible sans elle de décrire les végétaux de manière à faire comprendre leurs rapports réels. Un seul exemple, que j’emprunte aussi bien que ce raisonnement à un botaniste aussi remarquable par la sagacité de ses observations que par la rigueur de sa logique , suffira, je pense, pour me faire comprendre. Je suppose que, n’admeliant ni soudures, ni avortemens, ni dégénérescences d’organes , je veuille exprimer les caractères d’une famille admise par tous les naturalistes ; les Légumineuses, par exemple : « Nous dirons s>» qu’elles ont ordinairement deux étamines , dont l’une »» est composée d’une anthère et d’un pédicule : l’autre >) est composée de neuf anthères , portées par une large » membrane; mais souvent il n’y a qu’une seule étamine, »> composée de dix anthères supportées par un tube »» membraneux : souvent aussi il y a dix étamines, ?» composées chacune d’un pédicule et d’une anthère

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« Je le demande , ajoute M.. de Cassini , je le demande » à tout botaniste impartial , comment démêler les af- » finités naturelles dans de pareilles descriptions ? et » 11’est-il pas infiniment plus conforme aux vrais rapports » des choses, tels que notre esprit doit les concevoir, » de dire que les Légumineuses ont dix étamines entre- » greffées par les pédicules ».

Si nous examinons par le même procédé la théorie des avortemeus , et que nous prenions pour exemple la famille des Géraniées , nous arriverons au même résultat : nous serons obligés de dire que les Géraniées ont ordinairement dix étamines placées , symétriquement et alternativement , devant et entre les pétales. Mais que quelquefois il n’y en a que sept, quelquefois que cinq, quoique le nombre des pétales reste le même; nous serons cependant obligés d’ajouter, si nous voulons dire le fait tout entier, que dans les cas où il n’y a que sept ou cinq étamines, on trouve à la place précise des trois ou des cinq autres, des filets parfaitement semblables aux filets des étamines. Or ceux mêmes qui nient la théorie n’ont pas osé nier que ce fussent des étamines stériles ou avortées.

§.147. Il serait aisé d’accumuler des milliers d’exemples semblables à ceux-ci : nous verrions cetie théorie admise en pratique dans une foule de cas particuliers; nous la trouverions, il est vrai, méconnue dans des cas absolument semblables. A quoi tient cette inconséquence ? A diverses causes; les unes relatives à l'état de la botanique, d'autres à des considérations d’un ordre plus élevé. Ainsi la théorie des soudures et celle des avortemens est très-habituellement admise lorsqu’il s’agit des organes sexuels. Pourquoi cela ? c’est qu’ils ont été mieux étudies que les autres. Elle est admise très-

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habituellement dans les familles Européennes , parce qu’on connaît mieux tous les détails de leur organisation. Elle est admise dans une foule de cas particuliers, parce qu’on y est entraîné par le témoignage des sens ; elle est niée comme loi générale, soit pour éviter la peine de l’étudier, soit parce qu’on part d’hypothèses quel’on regarde sans s’en douter commedesbasesdémontrées, soit parce qu’il est certains esprits qui , après les premières études, ne savent plus d’une science que ce qu’ils y ont fait eux-mêmes. Parmi ceux qui recherchent réellement la vérité sur cette base de toutes les classifications naturelles, il en est qui sont arrêtés par des habitudes antérieures de certains raisonnemens. Ainsi , par exemple , ceux qui ont exclusivement étudié la physiologie des êtres organisés, sont en général peu exercés à l’étude des ressemblances; ils n’examinent et ne doivent examiner que l’action ou l’usage des organes , car c’est là ce qui est essentiel dans un être considéré comme être vivant. Que leur importe si, dans un système donné, tel ou tel organe est remplacé, quant à son usage, par tel autre. Les tiges aplaties des cactus ne sont-elles pas sans cesse, dans les écrits des physiologistes, confondues avec les feuilles, pai’ce qu’elles en remplissent les fonctions ? Les involucres des Composées ne sontils pas sans cesse confondus avec les calices , parce qu’ils en remplissent l’usage? Mais, dira-t-on , l’usage est tout. Oui sans doute , pour un être considéré isolément , dont vous examinez les moyens d’existence. Mais s’agit-il de comparer entr’eux des êtres plus ou moins analogues, il faut remarquer que l’usage de chaque organe se modifie selon les circonstances, tellement qu’on est souvent obligé de comparer sous le rapport de la symétrie générale de l’organisation, des parties très-

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disparates quant à leur emploi. Ainsi , par exemple , de ce que les bras de l’homme ne servent ni à marcher ni à voler, et que par conséquent il serait absurde dans l’étude de l’homme isolé, de les confondre avec les jambes ou avec les ailes des animaux, s’en suit-il que, dans la comparaison de l’homme avec les autres classes d’animaux vertébrés , on ne doive pas considérer ses bras comme les organes représentant leurs membres antérieurs? Pourquoi voudrait-on admettre , dans les êtres que l’on connaît moins bien, un raisonnement absolument semblable à celui que tout le monde a rejeté dans les êtres bien connus? Mais, dit-on, la métamorphose n’est qu'apparente dans les animaux, tandis qu’elle est réelle et complète dans les plantes. Que peut signifier une assertion pareille ? Veut-on dire que les tiges aplaties des cactus sont de véritables feuilles ? Non sans doute , car tous les botanistes , quel que soit leur avis sur la théorie , ont adopté l'opinion contraire : mais on vêtit dire évidemment que les tiges du cactus remplissent les fonctions de feuilles : qu’avonsnous dit autre chose? Et les ailes des chauve-souris sont-elles dans un cas différent; les feuilles et les stipules des asperges et des ruscus ont, dès leur origine , la structure et la forme qu’elles offrent au terme de leur existence : n’en est-il pas de même des membres antérieurs des chauve-souris et des oiseaux, et si on reconnaît dans ceux-ci les représentai évidens des membres antérieurs des quadrupèdes, pourquoi repousset-on un raisonnement analogue dans des cas absolument semblables? On croit établir une différence, en disant que les stipules transformées sont de véritables épines,ou les pédoncules transformés de véritables vrilles. Ai-je dit le contraire , moi, qui ai. établi que les épines

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et lès vrilles ne sont que des dégénérescences d’autres organes ! que si ces transformations, ces avortemens , ces dégénérescences d’organes sont si peu fondées , pourquoi les trouve-t-on sans cesse citées et décrites dans les auteurs qui ont le plus cherché’ à les nier , lorsqu’ils les ont considérées en théorie ?

Je pourrais citer ici une foule innombrable d’exemples, où les mêmes individus , qui sont effrayés de la théorie, considérée en général, parce qu’elle tend à changer les habitudes acquises de certains raisonnnemens , sont entraînés à l’admettre dans chaque cas particulier, par la nature même des affinités des plantes. Or , j’admets sans peine la possibilité d’être combattu par ceux qui croyent mes opinions fausses , et je suis prêt à en changer s’ils m’en convainquent ; mais j’ai quelqu’étonnement de me voir critiqué sous ce rapport par des Botanistes qui, dans chaque cas particulier, adoptent en réalité les mêmes opinions que moi , et sont conduits aux mêmes inductions , dès qu’ils veulent examiner une famille en particulier, et se rendre raison de ses affinités.

§. 148. Que si l’on vient à me dire que l’on admet les avortemens , les dégénérescences et les adhérences dans certains cas où ils sont évidens , et qu’on les nie, ou comme loi générale , ou comme cas particulier, dans tel ou tel exemple , je me permettrai alors d’observer ; i.°quesil’on vient à me prouver que jeme suistrompésur un exemple , cette erreur ne détruira pas plus la théorie, qu’une erreur d’analyse particulière n’a détruit les lois de l’affinité. Substituez un autre exemple si le mien est inexact , et vous verrez si c’est le raisonnement qui est en défaut ; 2.0 s’il s’agit de la loi générale qu’on nie , en admettant des cas particuliers , je demanderai où est la

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limite ? Si vous admettez les avortemens , là où l’organe a conservé les quatre cinquièmes de sa forme, les nierezvous à la moitié , au quart , au dixième , au centième ? Si vous admettez les avortemens , là où l’organe reparaît en son entier , une fois sur dix cas , le nierez-vous là où il ne reparaît qu’une fois sur vingt , sur cent , sur mille ? Si vous admettez les avortemens , là où l’espèce voisine indique son existence , les nierez-vous dans les cas où la preuve se tirera de la section ou du genre voisin ? Si vous admettez les lois de la symétrie dans les familles rigoureusement régulières , quel sera le degré d’irrégularité qui vous autorisera à dire que la nature a changé de lois ?

§. 149- Mais je rencoptre sur ma route d’autres adversaires plus conséquens avec eux-mêmes , et cependant plus difficiles à joindre , parce que leurs idées sont moins fixes , et qu'ils partent de considérations métaphysiques, pour combattre des faits physiques. Soutenir, me dit-on. qu’il existe des organes inutiles à l’être qui les porte; soutenir que l’usage des organes peut être changé dans des circonstances données , c’est admettre dans la nature organisée, des idées de désordre et d’imperfection , c’est fournir des armes à ceux qui pensent que le monde est l’ouvrage du hasard. Je ne cherche point, comme on voit, à atténuer cette objection , qui m’a d’autant plus étonné que , pour quiconque l’a bien comprise , la théorie des rapports naturels semble au contraire la preuve la plus démonstrative de l’existence d’une première cause ordonnatrice de l’univers. Sans entrer ici dans des détails trop étrangers au but de cet ouvrage , je tenterai d’exposer mon idée en peu de mots.

Tout objet, et par conséquent tout corps organisé

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doit , pour être bien apprécié, être examiné en luimême, et dans ses rapports avec les corps qui l’entourent, ou qui lui ressemblent. L’Anatomiste considère les corps organisés en eux-mêmes ; le Physiologiste dans leurs rapports avec les matières qui les entourent; le Classihcateur dans leurs rapports avec les corps qui leur ressemblent.

Chacune de ces sciences a sa logique propre, et l’on ne doit point transporter le raisonnement de l’une dans l’autre. Etudier la structure intime d’un être en particulier, et montrer que chacune de ses parties a une certaine connexion déterminée avec d’autres parties , c’est faire connaître l’ordre de la nature organisée , sous le rapport anatomique. Rechercher comment les matières extérieures sont élaborées dans un système donné d’organisation , c’est étudier l’ordre de l’univers sous le point de vue physiologique. Examiner enfin les relations de position et de ressemblance des organes analogues des êtres divers , c’est faire connaître l’ordre sous le rapport de la classification, ou sous le point de vue taxonomique. La première de ces méthodes, qui ne suppose que la connaissance d’un seul être, a dû être la première employée; la seconde, qui suppose de plus la connaissance des matières inertes, a dû la suivre dans l’ordre du développement des idées ; la troisième, qui suppose la connaissance d’un nombre très-considérable d’êtres organisés différens, n’a dû être appréciée qu’après les autres. Mais , de ce que ce genre d’ordre a dû être découvert le dernier, en est-il moins réel? et sa démonstration prouve-t-elle moins que les autres en faveur de l’ordre général ? Je pense absolument le contraire, et si nous sommes dans la route de la vérité, ce dernier genre de preuve doit être lecom-

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plément des deux classes précédentes de raisonne» mens.

§. i5o. Un Anatomiste dissèque avec soin tel animal ou telle plante; car tout ce que j’ai à dire ici est commun aux deux règnes organisés. Il remarque , par exemple, qu’un certain animal a des branchies dans sa jeunesse qui tombent ensuite, et qu’il se développe alors des poumons bien comformés. Il considère ce fait comme une exception aux loix générales. Le Physiologiste l’examine à sa manière ; il voit que tant que l’animal a des branchies, il a en même-temps des nageoires, et qu’il peut par conséquent se mouvoir dans l’eau ; qu’ensuite lorsqu’il a des poumons, il a en même-temps des pattes ou des ailes, qui lui permettent de se mouvoir sur la terre ou dans l’air. Il en conclut que ^exception signalée par l’Anatomiste , n’est pas une objection contre l’ordre général , mais une preuve en sa faveur. Cependant, ce même Physiologiste, est bientôt forcé de reconnaître dans certains êtres, des organes évidemment inutiles , et qu’on peut leur retrancher sans le moindre inconvénient. Il se demande à quoi servent les ailes des oiseaux qui ne volent pas , les mâchoires de ceux qui ne mâchent point, ou les mammelons des mâles qui ne fournissent point de lait à leurs petits. Alors le partisan du hasard dit : Il a existé des êtres de toutes les formes possibles, et ceux-là seulement ont résisté aux agens extérieurs , qui se trouvaient avoir une organisation telle que leurs parties fussent en rapport réciproque , ou qui se trouvaient réunir les conditions nécessaires à l’existence; il ne peut donc exister aucun être qui ne réunisse ces conditions : mais des organes seulement inutiles n’étant point un obstacle à l’existence , peuvent se trouver combinés avec les organes nécessaires. C’est la réponse à

cette grave objection, que présente la théorie des classi» hcations. Les organes inutiles , dans un système donné d’organisation , y existent cependant par une suite de la loi générale delà symétrie des êtres. La symétrie suppose un plan primitif. Un plan suppose une volonté ou une intelligence; donç les preuves de la symétrie sont des preuves d’un ordre général, et d’une cause première, et les objections se transforment en démonstrations.

Si dans un sujet si grave et si élevé, on daignait me permettre une comparaison bien grossière et bien triviale , je parviendrais peut-être à me faire mieux entendre. Je suppose que j’assiste à un brillant banquet, et, certes, la nature peut bien mériter ce nom. Je cherche à me demander à moi-même quelle preuve je puis avoir que ce banquet n’est pas l’effet du hasard, mais que son existence est due à la volonté d’un être intelligent ; je pourrais bien , sans-doute , remarquer que chacun des mets est en lui-même bien préparé (c’est le raisonnement de l’Anatomiste), et que leur choix est en rapport avec la nature des individus auxquels il est destiné ( c’est l’argument du Physiologiste ) ; mais ne pourrais-je pas aussi observer que les plats qui composent ce repas, sont rangés entr’eux dans une espèce de symétrie qui flatte l’œil , et qui indique évidemment un ordre et une volonté. Que si, en examinant cette symétrie, je venais à trouver de certains plats répétés, par exemple, à double, uniquement pour que l’un fasse le pendant de l’autre, ou réprésentés par des simulacres inutiles au but réel du repas, conclurais-je de là, qu’il n’y a eu aucune intention ? non sans-doute, je verrai au contraire dans ces circonstances des preuves d’une vraie symétrie , des preuves d’ordre et d’arrangement. C’est

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précisément ce quia lieu en grand dans la nature; les considérations déduites de la symétrie corrigent en grande partie ce qu’il y a de défectueux dans la théorie des causes finales , et tendent, non-seulement à résoudre un grand nombre des difficultés qui se présentent contre l’ordre général de l’univers , mais à les transformer en preuves de cet ordre.

§. i5i. Les avortemens, les soudures des parties, leurs dégénérescences, ne sont pas plus des suppositions de désordre ou d’imperfection dans les êtres organisés, que les décroissemens des molécules ne sont des désordres dans la cristallisation. Il ne faut pas perdre de vue que les apparences de désordre et d’irrégularité, qu’on remarque si souvent dans la nature, ne naissent pas de l’irrégularité des lois, mais de leur réunion, de leur combinafio > et de leur influence simultanée sur un objet donné. Ainsi, dans presque tous les phénomènes physiques ou chimiques, chaque fait particulier est le résultat, non pas d’une seule force, mais de plusieurs réunies; l’art de l’expérimentateur est d’isoler ces forces, et de reconnaître ainsi l’influence de chacune d’elles. Lorsqu’il s’agit de la nature organisée , il y a aussi plusieurs lois qui concourent pour opérer un certain résultat. Ainsi, l’une de ces lois est celle de la symétrie organique, une autre est la position des parties; ainsi les végétaux, d’après les lois mêmes de leur accroissement, se développent davantage du côté où ils sont le moins gênés , s’alongent davantage du côté où ils sont le moins éclairés, grossissent davantage du côté où ils ont le plus de nourriture, etc.: toutes ces causes altèrent évidemment les résultats de la loi de symétrie ; d’où résulte que pour reconnaître celle-ci, il faut faire abstraction de toutes les autres : or, comme nous ne pou-

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vous les isoler comme on le fait dans les êtres bruts, il faut se contenter de la maiche lente de l’observation et de l’analcgie.

Quelques personnes en particulier se sont élevées contre l'emploi que j’ai fait du mot d’avortement : j’observerai à cet égard , que ce terme est dès long-temps admis dans la science, et que je n’ai fait que l’adopter, plutôt que d’en créer un nouveau, que ce terme me parait exprimer très-exactement l’idée que je veux rendre, c’esl-à-dire,de certains organes qui doivent exister dans le plan primitif, mais qui se sont détruits, soit avant le développement visible de l’organe , soit depuis l'époque où l’organe est devenu visible à nos yeux.

§. 162. La lliéoriequej’aidéveloppéedanstoutlesecond livre de cet ouvrage , et qui vient d’être exposée pendant cinq années aux débats de l’> pinion publique, n’a donc été en réalité attaquée jusqu’ici que par des raisons qui sont bien loin delà renverser, et qui dans mon opinion lui prêtent même une nouvelle force. J’avoue que plus y y ai réfléchi moi-même, plus j’ai été persuadé qu’elle est la véritable expression, soit de l’ordre général des êtres organisés, soit de la véritable marche logique que suivent tous les naturalistes, ceux mêmes qui l’attaquent , lorsqu’ils veulent mettre quelques réflexions dans leurs recherches, quelques généralisations dans des descriptions collectives, quelqu’ordre en un mot dans les travaux relatifs à la méthode naturelle : toute celte théorie se réduit à ce petit nombre de principes.

1. Les êtres organisés , comparés entr’eux, présentent des groupes plus ou moins nombreux , qui eux-mêmes font partie de groupes plus généraux , et sont divisibles en groupes secondaires.

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