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Enfin, le Botaniste consommé doit surtout sayoir

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que les mêmes caractères n’ont pas la même valeur dans toutes les familles, dans tous les genres. Je ne fais qu’indiquer ici ce sujet, sur lequel je reviendrai en parlant des caractères de famille.

Au moyen des précautions que je viens d’énoncer , le Botaniste se forme une espèce de tact assez déiicat, et tellement sûr, que quoique la moitié peut-être des espèces connues n’ait pas été décrite sur le vivant, qu’il y en ait à peine un quart sur lesquelles on ait fait les vérifications suffisantes, on en trouverait à peine un centième sur lesquelles ou pût conserver des doutes légitimes , quant à la question de savoir si ce sont des espèces ou des variétés. Il est surtout à remarquer que presque toutes les ambiguités qui existent à ce sujet, tiennent à ce que les mêmes yeux n’ont pas vu les deux plantes sur lesquelles on a du doute ; la simple inspection comparative de ces plantes suffit le plus souvent pour le dissiper. Je conclus de celte espèce d’uniformité, dans la manière de sentir des Botanistes , que les règles de la distinction des espèces et des variétés, quoiqu'elles ne soient pas rigoureusement exactes , sont peut-être suffisantes pour la pratique, suffisantes pour prouver qu’il existe réellement des espèces originelles , inaltérables quant à leur type primitif, mais susceptibles d’être ( entre des limites d’autant plus larges que l’espèce est plus robuste) modifiées par l’action des causes extérieures et par le croisement des races; et pour reconnaître à laquelle de ces deux causes tient chaque variété, on peut admettre en principe général , que les changemens produits par les circonstances extérieures sont modifiables par des circonstances contraires, tandis que ceux qui sont déterminés par l’hérédité ne peuvent être modifiés que par le croisement des races.

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§. 177. Pour éclaircir davantage celte matière importante, il reste à résoudre, par la voie de l’observation et de l’expérience , quelques questions que je présente ici aux amis de la vérité.

i.° Toutes les hybrides qui proviennent d’espèces réellement distinctes, sont-elles douées ou dépourvues de la l’acuité de porter des graines fertiles ?

2.0 Y a-t-il des végétaux réellement dépourvus de fécondation , et , s’il y en a , peut-on y admettre de véritables espèces ?

3.° Peut-on , dans les végétaux comme dans quelques animaux , en accouplant les individus d’une espèce qui jouissent de certaines particularités, conserver et développer indéfiniment cette particularité?

4-° Il serait surtout à désirer que quelques Botanistescultivateurs entreprissent l’étude spéciale de quelquesunes des plantes qui fournissent le plus de variétés , et tâchassent de déterminer leur origine et leur degré de permanence, soit par la synthèse , soit par l’analyse. Il existe à cet égard un modèle admirable à suivre , c’est l’histoire des fraisiers de Duchêne, ouvrage plein de sagacité et de vraies connaissances, et qui fera époque dans l’étude des variétés.

Je me suis étendu avec quelque complaisance sur la distinction des espèces et des variétés, parce que cette distinction est la base fondamentale sur laquelle l’histoire naturelle repose; parce que ce sujet a été traité avec trop de légèreté dans tous les livres élémentaires; parce que c’est sur cette théorie que sont fondées la plupart des applications les plus utiles de la Botanique à l’Agriculture; parce que, enfin , je désire appeler sur ce sujet l’attention des Naturalistes exacts.

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