‹ Théorie élémentaire de la botaniqueChapitre 49 sur 84 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De la Nomenclature.

§. 210. Tous ceux qui se sont occupés des végétaux , sous quelque point de vue que ce fût, ont senti le besoin de donner un nom à chaque espèce, soit pour fixer leur propre mémoire, soit pour pouvoir communiquer avec les autres hommes. Mais comme le même végétal croît dans des pays habités par des peuples divers , il en est résulté que chacun d’eux a reçu différens noms dans l’usage vulgaire. L’incohérence de ces noms a ^été sentie dès les premières époques de la science, et tous les naturalistes se sont accordés sur la nécessité

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d’une nomenclature unique et universelle; mais s’ils ont reconnu unanimement le principe général , ils n’ont pas été si facilement d’accord sur ce qui devait déterminer celte nomenclature universelle.

Art. i. De la Nomenclature en général.

§. 21 1. Dans l’origine de la science, les savans se contentèrent de décrire les plantes connues du peuple, et de leur donner le nom vulgaire de la Grèce ou de l’Italie : tels sont les noms de S^apr/oi/ , Aypaçi; , etc., employés par Théophraste et Dioscoride ; ceux de Plantago , Lactuca, etc. , employés par Pline, et à la renaissance»des lettres , par Gessner et Fuchsius.

Mais, s’il avait fallu avoir un nom distinct pour chaque végétal, le nombre en eût été prodigieux, et aucune mémoire humaine n’eût pu y suffire; de plus, ces noms , tous indépendans les uns des autres , ne donnent aucune idée des ressemblances frappantes qui existent entre certaines plantes. Pour obvier à ce double inconvénient , les fondateurs de la Botanique prirent l’usage de désigner certaines espèces par des noms composés , qui indiquaient leurs rapports avec d’autres déjà connus. Ainsi , on trouve chez eux les noms d e Kali alterum genus , Pulmonaria secundo, , Géranium minus , Anagallis cœruleo flore , etc. A mesure que le nombre des espèces connues augmenta, on fut obligé d’allonger ces noms comparatifs , et on les changea peu-à-peu en de véritables phrases, telles que sinagallis aquatica folio rotundo non crenato. ( C. Bauh. ) La longueur de ces phrases augmenta encore dans la suite, quand on voulut y faire entrer

l’indication des caractères précis de 1a. plan.le ; alors un nom se trouva occuper jusqu’à deux et trois lignes * comme, par exemple , Lycium Maderaspatanum tri phyllum , foliis veluti perforatis , fru'ctu oblongo ad genicula ex foliorum alis erumpente , spinis breviori bus rectis uuo versu gemellis. ( Pluk. ainath. p. i3y.)

§. 212. De pareils noms ne pouvaient plus être usuels ; leur longueur était telle que la mémoire la plus habile ne pouvait les retenir qu’à-peu-près ; leur texture ne les rendait accessibles qu’à ceux qui possédaient le latin ; enfin , surtout, le moindre livre , le moindre catalogue devenait tellement vaste, que la science courait risque de s’ensevelir sous des tas de volumes. Linné, frappé de ces graves inconvéniens, proposa, et l’universalité des naturalistes admit, que le nôrn d’un être naturel serait composé de deu x mots : le premier, analogue à nos noms de maison, qu’il appela le nom générique, serait commun à toutes les espèces d’un genre : par exemple, Rosa, Trifolium ; le second, analogue à nos noms de baptême, qu’il nomma spécifique , devait être propre à chaque espèce d’un genre. Par cette ingénieuse disposition, le nombre immense des noms se trouva tout d’un coup réduit à un terme peu considérable, si on le compare au nombre des êtres : ainsi, 2000 noms génériques, et à peine 1000 noms spécifiques, accolés à chacun des précédens , suffisent pour désigner clairement et brièvement les noms des 3oooo végétaux connus, et pourraient, à la rigueur, sans créer aucun terme nouveau , désigner deux millions d’espèces, si un pareil nombre existait sur le globe. Les caractères de chaque espèce et de chaque genre furent rejetés dans des phrases particulières, qu’on fut dispensé d’apprendre par cœur, et qu’on rédigea avec plus de soin qu’auparayant , de

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sorte que l’exactitude se trouva ainsi d’accord avec

facilité.

§. 2i3. Cette méthode de nomenclature, qui reçut le nom de Nomenclature, Linnéenne , fut reçue avec trans» port par les naturalistes , et est seule admise depuis la publication de l’ouvrage de Linné en 1753. Cependant quelques savans firent contr’elle des objections importantes, et proposèrent d’autres principes de nomenclature , qui, quoiqu’ils n’aient pas été admis , méritent d’être connus.

S’il est vrai que la méthode Linnéenne facilite l’étude des noms , il faut convenir aussi qu’elle favorise beaucoup aux élèves la possibilité de savoir le nom d’une plante, sans savoir son caractère, et de prendre ainsi le mot pour la chose Ce fut, sans-doute, d’après cette idée, que Haller rejeta les noms spécifiques, mais donna beaucoup de soin aux phrases caractéristiques. Il n’appliqua cette méthode qu’aux plantes de la Suisse; et quoique ses phrases soient très-claires , et assez courtes, aucun de ses plus zélés disciples ne put les apprendre , et on se servit des numéros de son livre , comme noms spécifiques ; ce qui a prouvé par l’expérience, combien la mémoire humaine a besoin de se rattacher à quelque dénomination courte pour conserver des mots. Or, tout le monde a été d’accord qu’un nom spécifique valait mieux qu’un numéro insignifiant et arbitraire.

§. 214. Un second inconvénient assez grave de la nomenclature Linnéenne, c’est d’admettre le nom du genre, comme base du nom d’espèce : en effet , les genres sont plus arbitraires , plus variables que les espèces ;de sorte que telle plante se trouve avoir reçu quatre ou cinq noms, seulement parce que divers botanistes ont cru qu’elle devais

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Se placer dans quaire ou cinq genres différens. D’après ce motif, quelques naturalistes, tels que Riclier de Bellevai, Reneaulme et Buffon, avaient pensé qu’il serait plus convenablede donner à chaque espèce un seul nom, de sorte que la nomenclature serait indépendante delà classification, et ne participerait pas à ses variations» Mais on a renoncé à cette méthode, soit à cause du nombre immense de noms qu’elle exigerait, soit parle désir d’aider la mémoire, soit, enfin, pour que la nomenclature elle-même rappelât les rapports des espèces voisines.

§. 2i5. D’autres, tels que Bergeret, ont voulu aller plus loin, et ont prétendu non-seulement que chaque plante devait avoir un seul nom , mais que ce nom devait exprimer en lui -même tous ses caractères* de sorte que les espèces semblables se trouveraient nécessairement avoir des noms analogues. Pour arriver à ce but séduisant, Bergeret attacha un certain sens à chaque syllabe, et par la réunion de certaines syllabes , forma pour chaque plante un xiom qui devait exprimer son caractère. Il en résulta, comme on peut penser, des noms très-longs , très-barbares , et presque impossibles à retenir, tels que Wehjufualide qui appartient à l’Ibéride et Xusgvmgyabaeba , qui aurait remplacé le nom de Rose dans cette nomenclature barbare, etc. Mais lors même cjue, par un artifice plus heureux que celui-ci, on parviendrait à obtenir des noms significatifs pour chaque être , cette méthode serait toujours dangereuse r en ce qu’elle obligerait tous les naturalistes à changer tous les noms connus jusqu’ici , qu’elle romprait les rapports de la science avec le public, et du public avec la science , et surtout parce que les noms devraient toujours être changés à mesure que les vrais caractères des êtres seraient mieux connus»

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§. 216. Enfin, M. Du Petit-Thouars, parlant toujours de l’idée que les noms doivent être significatifs , et généralisant un exemple ingénieux donné par Linné dans quelques genres d’insectes , a proposé, mais avec le dôme qui sied aux amis de la science, un nouveau système de nomenclature. D’après lui, on devrait affecter une terminaison fixe aux genres de chaque famille naturelle, de manière que dès le premier abord 011 pourrait reconnaître à quelle famille appartient un genre î par exemple, si Orcliis est la désinence des Orchidées, il désigne les genres sous les noms de Habenorchis , Cymbido’chis , etc. Le même mécanisme appliqué aux especes , désignerait leur section. Cette méthode ingénieuse a presque tous les inconvéniens de celle de Bergerel ; de plus , elle lie la nomenclature à la classification des familles, qui est moins fixée que celle des genres ; elle oblige à donner la même désinence aux êtres qui se ressemblent le plus, ou qu’on a le plus souvent occasion de comparer, et rend par là les équivoques faciles et la langue botanique fastidieuse et monotone.

§. 2x7. Toutes ces tentatives de perfectionnement ont donc été rejetées par l ensemble des naturalistes ; ou s’en tient et on s’en tiendra probablement toujours aux principes de la nomenclature Linnéenne, et c’est aussi ceux que nous allons maintenant exposer en détail et suivre dans leurs conséquences , en exposant les règles de la formation et de l’adoption des noms. Cette branche de la science a été nommée par Bergeret Phyto n o ma to technie , et par quelques auteurs Onorfiatologie. Ceux qui désireront étudier ce sujet avec plus de détails que les bornes de cet ouvrage ne me permettent d’en donner, pourront consulter avec fruit la Philosophie botanique de Linné, et le Mémoire de Heister, inséré

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à la fin de son Système des plantes. (1748- Hehnstadt. 8.°)

§. 218. Le but de la nomenclature de l’histoire naturelle est d’être universelle, commune aux savans da toutes les nations, et un jour peut-être aux nations ellesmêmes; il faut d’abord , pour parvenir à ce but, que cette nomenclature soit établie dans une langue commune à tous les peuples civilisés, et cette langue est le latin. Tous les noms des êtres naturels et tous les termes de la science sont donc en latin ; tous les noms et les termes admis dans les diverses langues doivent être considérés comme des traductions du véritable nom (*). Au moyen de cette règle admise par tous les naturalistes, sans exception , on a évité à la Botanique l’embarras qui se trouve aujourd’hui dans la Géographie , dans la Minéralogie, et dans toutes les sciences où les noms sont établis par chaque peuple dans sa langue.

Je pense que les noms admis dans chaque langue par les Botanistes doivent être des traductions littérales du nom spécifique latin, quelque soit son degré d’exactitude ou de convenance. En effet, dés que chacun se donne la liberté de ne pas traduire les noms spécifiques , il en résulte tôt ou tard une séparation complette entre la langue vulgaire et la nomenclature méthodique. Un exemple fera comprendre l’importance de cette précaution. Il y a peu de Violettes à fleur jaune, de sorte que chacun a été tenté de donner le nom de Violette jaune à celle qui l'a le plus frappé ; ainsi les Botanistes français ont, pour la plupart, donné ce nom au V.liflora, les Américains au V.puhescens , tandis qu’il ne peut, sans confusion, ne pas être donné au V. ïutea ; que si on objecte que le nom de V. bj/lara e st peu convenable, je répondrai que la nomenclature vulgaire peu bien se contenter de l’exactitude d’un nom admis par la nomenclature méthodique. Je crois dono essentiel pour les progrès futurs de l’histoire naturelle, que les noms de toutes les langues soient de simples traductions littérales des noms scientifiques.

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Une seconde règle , si simple qu’elle mérite à peine d’être indiquée, c’est qu’il faut que ces noms soient formés d’après les régies de la grammaire générale; il n’est pas permis, par exemple, de composer un nom moitié grec, moitié latin; ainsi, on a changé le nom hybride de aculeaticarpa , donné par Ortega à une Mimosa, en celui de Acanthocarpa.

Pour qu’une nomenclature puisse devenir universelle, il faut qu’elle soit fixe, et la fixité de celle de l’histoire naturelle est fondée sur ce troisième principe, qui , pour N avoir été souvent méconnu , n’en est pas moins certain : c’est que le premier qui découvre un être ou qui l’enregistre dans le catalogue de la nature, a le droit de lui donner un nom, et que ce nom doit être nécessairement admis, à moins qu’il n’appartienne déjà à un autre être ou qu’il me pèche contre les règles essentielles de la nomenclature. Avant d’entrer dans d’autres détails sur cet objet, examinons donc les règles mêmes de la nomenclature.

Art. 2. Des Noms des genres.

§. 219. Les noms de genres sont pour les êtres naturels, ce que les noms de famille sont dans l’ordre social, excepté que, selon l’ordre réel des idées, on les place les premiers , au-lieu de les mettre après les noms spécifiques qui correspondent à nos noms de baptême. On voit déjà , d’après cette comparaison , que les noms de genres doivent être tous des substantifs : cette règle est invariable, et c’est à cause de son inobservation que les noms de Gloriosa , Mirabilis , Proliféra , Micranthus , etc., ont dû être changés en ceux de Methonica , Nyctago , Chantransia , Phaylopsis , etc.

A cette première cause de nullité, on doit en joindre

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une seconde : c’est que le nom n’exprime pas une idee contradictoire avec le caractère générique. Si l’idée exprimée par le nom est seulement peu exacte ou impropre,, ce nom doit être conservé, et on ne peut se permettre de le changer que dans le cas où il serait en contradiction expresse avec le caractère; ainsi, les noms de Chrysanthemum , Ceratopetalum , etc. , ont été conservés quoique très-impropres, mais on doit éviter d’en créer de semblables.

Les noms génériques sont toujours censés relatifs à une collection d’espèces réunies par un caractère commun ; les meilleurs (*) sont ceux qui expriment ce carac-

(*) Il est assez singulier que Rabelais soit le premier écrivaia qui , à l’occasion de son Pantagruelion ( le chanvre ) ait donné une dissertation en forme sur l’origine des noms des plantes : a Je trouve, s dit-il , que les plantes sont nommées en diverses manières ; les x unes ont pris le nom de ce lui qui le premier les inventa, congneut, x monstrat , cultiva , apprivoisa et appropria , comme Mercurialis » de Mercure, Panacée de Pamice , fille d’Esculapius , etc. .. Les * autres 'ont retenu le nom des régions desquelles furent ailleurs x trauspoitées , comme Pommes Médices , ce sont Poncires , de » Médie en laquelle furent premièrement trouvées ; Pommes Pure nicques , ce sont Gienades apportées de Punicie, c’est Car thaige, x etc. . . . Les aultres ont leur nom par antiphrase et contrariété, x comme Absinthe , au contraire de Pinthe , car il est fâcheux à x boire : Holosteon , c’est tout de os ; au contraire, car herbe n’est i en nature plus fragile et plus tendre qu’il est. .. Aultres sont j> nommées par leurs vertus et opérations , comme Aristolochia , x qui aide les femmes en mal d’enfant; Lichen, qui guérit les

x maladies de son nom, etc Les aultres , par les admirables

x qualités qu’on a veu en elles , comme Héliotrope , c’est Solsj , x qui suit le soleil , car le soleil levant, il s’épanouit: montant, x il monte : déclinant , il décline : se cachant , il se clost ; Adianx tum , car jamais ne retient humidité , quoiqu’il naisse près les x eaux, etc. ... , Aultres par métamorphose d’hommes et femmes

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1ère d’une manière précise : par exemple, Septas , Monodynamis , Oxytropis , Podospermum , Grumilea. Mais il est rare de pouvoir, par un seul mot , exprimer le*caractère d’un genre,' parce qu’il se distingue souvent par la réunion ou l’absence de plusieurs caractères ; dans ce cas , on choisit celui qu’on regarde comme le plus essentiel pour en déduire le nom, par exemple, Gynopogon , Lithospermum , etc , ou bien on tente de saisir quelqu’un des traits généraux qui peignent la physionomie des espèces du genre, comme dans les noms de Crassula, Hydrocotyle , Caulophyllum , Epidendrum , V errucaria , etc. Mais dans cette dernière classe, il faut prendre garde que le nom doit s’appliquer , autant que possible , à toutes les espèces du genre; les noms de Chrysanthemum , Ceratopetalum , etc. , qui ne s’appliquentqu’à quelques espèces, ne doiventpasêtre imités.

C’est par le meme .motif que les noms génériques , déduits des patries des plantes , par exemple, Bermudiana, ont été proscrits; non est didacticum etphilosophicum a loris fortuitis denominare plantas , disait Jungius, En effet, les espèces d’un même genre peuvent être- et sont souvent de pays fort divers. On a cependant conservé quelques-uns deces noms que l’usageavaitconsacrésd’ancienne date, savoir: Cerasus , Persica , Armeniaca , Punica , Parnassia , Canarina , etc. , ou même quelques-uns que Linné a fabriqués contre les règles établies

a de nom semblable, comme Daphné, c’est l’arbre de Daphné: b Myrte, de Myrsine, etc.. . . Aultres , par similitude, comme » Hippuris ( c’est Presle ), car elle ressemble à queue de cheval;

s Alopecuros , qui ressemble à la queue de renard, etc Les

b aultres , de leurs formes , comme Trefeuil, qui a trois feuilles; » Pentaphyllon , qui a cinq feuilles, etc. b ( Pant. liv. ni. ch. 48).

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par lui-mérne, comme Baltimora , Molucella , Patagojuila.

Lorsqu’on désespère de pouvoir donner un nom significatif convenable, on tente quelquefois d’arriver au même but par des métaphores ou des allusions; c’est ainsi que le nom de Danaïs a été donné par Commerson à un genre où les organes femelles étouffent les mâles, comme les Danaïdes ont étouffé leurs maris; celui d’ Hamadryas , à une plante qui croît dans les bois; celui de Proserpinaca , à une herbe d’un aspect sombre et triste; celui de Nayas,h des herbes d’eau douce, etc. Dans ce genre de noms, il faut éviter les métaphores qui peuvent induire à erreur; ainsi, une graminée inutile ne devait pas recevoir le nom de Ceresia , proposé par Persoon , pour le Paspalum mem- Irajiaceum. Ces métaphores se tirentgénéralementde la mythologie ou de l’histoire ancienne, et on ne doitpoin t les déduire d’anecdotes obscures ou propres à tel ou tel peuple»

§. 220. Lorsqu’enfin on ne peut pas parvenir à rappeler la plante par le nom, on se résout à lui donner une dénomination qui n’ait pas de rapport réel avec elle. Quelques-uns ont donné des noms entièrement insignifians ; ainsi , par exemple , Adanson affectait de tirer au sort les lettres des noms qu’il composait , comme par exemple dans Kalanchoe , Tolpis , Talinum , Kolmari , etc. Cette méthode est vicieuse, en ce qu’on obtient par là des noms souvent barbares et difficiles à retenir. On peut ranger dans la même classe le nom de Quisqualis, donné par Linné, dans un moment d’impatience, à un genre qu’il ne savait comment désigner. Il vaut mieux, lorsqu’on est réduit à cette extrémité, donner à un genre une épithète peu significative, comme Calodendrum,Rubentia, Agapanthus , Polianthes , etc., ou mieux encore dédier ce genre à l’un des hommes qui ont servi la science*

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§. 221. Les anciens avaient déjà adopté l’usage de donner aux plantes des noms d’hommes; les noms de Euphorbia , Artemisia , en sont des exemples. Parmi les modernes, c’est Clusius qui a le premier donné un nom patronimique en dédiant une plante à son ami Coi'tusus. Tournefort l’a suivi en établissant le genre Bignonia , d’après le nom de l’abbé Bignon, bibliothécaire du Roi. De tous les noms qui n’ont pas de rapport avec l’objet , ceux qu’on déduit des noms d’hommes célébrés sont à préférer, soit parce que c’est un moyen simple de récompenser leurs services, soit parce que ces noms étant déjà connus se gravent plus facilement dans la mémoire. Quel est le botaniste qui, ayant su le nom du Linnœa , du Tournefortia , du Jussiæa , pourra l’oublier? Mais dans l’usage de ces dédicaces, il faut éviter avec soin les abus qui s’y sont malheureusement glissés; on ne doit pas prostituer cette marque d’honneur à des hommes qui n’ont rien fait pour la science. S’il est permis de consacrer les noms des Princes ou des Administrateurs qui ont soutenu les botanistes dans leurs entreprises, il faut être circonspect de ce genre de dédicaces. Que les noms de Gaston de Bourbon, qui avait fondé l’un, des plus anciens jardins de France ; de Gustave III, Roi de Suède, protecteur de Linné; de Jefferson, quia favorisé les voyageurs botanistes dans les Etas-Unis; que ceux de la Reine d’Angleterre , née Strélitz, ou de l’Impératrice Joséphine, qui ont fait servir leur puissance à l’encouragement de la Botanique; que de pareils noms, dis-je, soient consacrés à la reconnaissance publique, tout le monde applaudit, et ces noms sont adoptés par les nations même les plus ennemies. Mais que le moindre commis d’un ministre ait reçu un pareil honneur , c’est ce dont on doit s’indigner.

On peut encore avec raison, mais avec circonspec-

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tion, dédier des noms génériques aux hommes qui, sans être botanistes, sont utiles à la science des plantes ; tels sont, par exemple, les voyageurs qui ont fait connaîtredes pays lointains, tels queSonnerat, Pérou, etc.; les chefs des grandes expéditions navales qui ont contribué aux progrès de la botanique, tels que Cook et Bougainville; les savans dont les découvertes ont influé d’une manière indirecte sur les progrès de la botanique, par exemple , Ruysch , Berthollet, Cuvier. On peut accorder cet honneur aux poètes qui ont célébré les plantes, comme Virgile et Castel; aux peintres qui ont su les représenter avec fidélité et avec élégance, tels que Redouté, Bauer; aux cultivateurs habiles qui ont contribué à les répandre dans les pays civilisés , par exemple , Lée , Kennedy, Nolin, et surtout ce respectable Thouin, qui a mérité cet honneur à tant de titres. Relativement à ces noms, on doit, je le répète, être fort circonspect, on doit l’être aussi quant à ceux dédiés aux Botanistes , et ne pas consacrer le nom de ceux qui, loin d’avancer la science, ont tendu à l’obscurcir ou à la rendre ridicule , par exemple , Buchozia.

On ne doit dédier à chaque individu qu’un seul genre, afin d’éviter toute confusion. Ainsi, quelque grands que soient les services rendus à la science par MM. Desfontaines et Lamark, les noms de Louichea et de Desfontainia , ceux de Monetia et de Markea , ont dû être supprimés, dès qu’on avait admis ceux de F ontanesia et de Lnmarckia ; le nom de Butea ne pourra subsister à côté de Stewartia , Gomortega avec Ortegia , Gastonia avec Borbonia , etc. Lorsqu’un homme porte plusieurs noms , on doit préférer celui qui est le plus connu: ainsi Tournefortia a remplacé Pittonia , Male sherbia a été préféré à Lamoignojia , Clusia a

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Eclusîa , F ontanesia à Louichea , Eamarckia à Monetia , etc.

Lorsqu’un nom est précédé par une particule qui n’en fait pas partie, commet, du, le , la, en Français, von, en Allemand , van, en Hollandais, di , del , en Italien, da , en Portugais, celle particule doit être supprimée dans la traduction latine , par exemple , Buffonia , Boy en a, Heritiera , etc.; mais si la particule fait partie intégrante du mot, on doit la conserver, par exemple , on doit dire Duhamelia et non Hamelia.

On fait actuellement une règle de conserver strictement l’orthographe des noms, mais il en résulte cependant quelques inconvéniens ; on forme par ce moyen des mots qui sont entièrement étrangers au génie et à la prononciation latine , par exemple , Woodwardia , Forskahlea , Schleclitendalia , Llagunoa , O-higginsia , Vieusseuxia , etc. ; et de plus ces noms sont souvent d’une longueur ou d’une barbarie rebutantes, comme Willughbeia , K ras ch en enik o via , Messersclnnidia , Lestibudesia , etc. Les anciens Botanistes mettaient peu d’importance à l’exactitude de l’orthographe, et sacrifiaient davantage à l’harmonie ; ainsi Micheli a dit V alantia et non Vaillantia , Marsilea et non Marsiglia ; Linné a dit Rayana, pour éviter le nom de Raya , qui eût été le même qu’un genre de poissons; Tournefort a plus heureusement encore fait Gundelia du nom de Gundelsheimer. Je crois cependant que, comme le principal but et le principal avantage de la nomenclature est la fixité , on doit, èn général, conserver strictement l'orthographe des noms propres , afin d’éviter à l’avenir tout prétexte de changement.

Je ne vois point pourquoi on ferait exception à cette ïègle pour les noms français qui présentent la syllabe

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ou , qu’on traduit en latin par la simple lettre u , comme Ventenat l’a fait en écrivant Redutea au-lieu de Redoute#, et Poiteau Rumea au lieu de Roumea. Linné et tous les auteurs ont bien admis Toumefortia , Tourretia , etc.; et si l’on admettait ainsi de sacrifier l’orthographe au son j il faudrait aussi écrire Gudia au-lieu de Goodia , Culebrockia au-lieu de Coolebrockia , Smismannia au-lieu de SmeatJnnannia , Helesia au-lieu de Halesia , Naittia au-lieu de Knightia , etc. Alors toutes les étymologies deviendraient obscures, et chaque peuple se croirait le droit de travestir les noms selon la manière particulière dont il prononce le latin. Je crois donc que pour éviter l’arbitraire et la confusion , il faut toujours conserver l’orthographe des noms propres.

On a encore proscrit, avec raison , les noms génériques dans lesquels on veut exprimer à-la-fois , le nom et le prénom de celui auquel on les dédie, par exemple , Gomortega , qui fait allusion à Gomez Ortega, Jeanray a à Jean Ray, etc. On ne doit pas établir des noms composés de ceux de deux personnes , comme Juanulloa qui est destiné à indiquer à la fois les noms de George Juan et Antoine Ulloa ; Carludovica , qui vient de Charles IV et Louise, roi et reine d’Espagne. On ne doit point se permettre de traduire par partie les syllabes d’un nom dans une autre langue, pour en faire un mot nouveau , comme Calomeria , qui est une mauvaise Iraduction grecque du nom de Bonaparte; car, comme disait Montaigne, « en métamorphosant les « noms pour les garber à la Grecque ou à la Ro- « mai ne , nous ne savons où nous en sommes et nous « en perdons la connaissance . (Essais. I. p. 4*6. )

§. 222. Jusqu’ici nous n’avons parlé que des noms entièrement nouveaux, et fabriqués de toutes pièces

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par les botanistes; mais il arrive souvent que le genre qu’on veut établira déjà reçu quelques noms, soit dans les livres des botanistes, soit dans l’usage vulgaire; et ce cas, qui arrive fréquemment, doit aussi être soumis à des règles assez fixes pour prévenir les changemens inutiles.

Si un botaniste reconnaît qu’un genre doit être divisé en plusieurs , il doit conserver l’ancien nom , ou au groupe le plus nombreux en espèces , ou à celui dans lequel se trouve l’espèce qui l’a primitivement reçu ; ainsi lorqu’on divise le genre Prunus de Linné, on conserve le nom au genre dans lequel se trouve le Prunier domestique, parce que ce nom est trop populaire pour être changé, et que les groupes sont à-peu-près égaux. Mais lorsqu’on a divisé le genre Erica , on a conservé le nom au genre le plus nombreux , et on a donné le nom de Calluna à V Erica vulgaris , parce qu’elle s’est trouvée seule , et qu’il valait mieux lui faire un nom nouveau que de changer celui de deux cents espèces. La même chose a eu lieu pour VIxia chinensis , séparé du genre Ixia sous le nom de Belamcanda , quoiqu’il fût originairement le type du genre, et celui même auquel le nom faisait allusion. Dans ce cas de division de genre, les groupes qui ne portent pas l’ancien nom générique , doivent être nommés d’après les règles suivantes : si ces groupes ont été considérés comme genres par les anciens botanistes, on doit leur conserver leur ancien nom; ainsi, ceux qui voudront diviser le genre Polygonum de Linné, seront obligés d’admettre les noms de Bistorta , Persicaria , et Fagopyrum connus des anciens ; si ces groupes n’ont jamais été considérés comme genres , on doit remarquer si, dans chacun d’eux , il ire se trouve point quelque espèce qui

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forte lin nom substantif, et si cela a lieu, ce nom devient nom générique; ainsi les Lonicera diervilla et syinphoricarpos , considérés comme genres, ont reçu les noms de Diervilla , et de Symphoricarpos ; le genre Menziezia aurait dû être nommé Dabœcia , si, à l’époque où on .l’a décrit , on avait su que XErica dabœcia en iaisaif partie. Ce n’esl que dans le cas où aucune des espèces ct'u nouveau genre ne porte de nom substantif, ou que ces noms substantifs ont déjà été employés pour un autre genre, qu’on peut se permettre de créer un nouveau m>m.

§. 223- A l’époque de la renaissance des lettres , où î’on étudiait les livi es anciens au-moins autant que la nature, les Botanistes ont mis beaucoup d’importance à retrouver les noms que les Grecs et les Romains donnaient aux plantes, et la plupart d’entr’eux ont été conservés comme noms génériques. Lorsqu’une saine critique a éclairé ce rétablissement des anciens noms , il a été utile à la science; mais oo s’est quelquefois trompé dans ces dénominations, ainsi notre Cytise n’est plus le Cytise des anciens, etc. Linné et quelques-uns de ses disciples ont introduit, dans cette partie de la nomenclature , un arbitraire qui a donné lieu à une foule d’équivoques très-préjudiciables à Tétude de l’ancienne littérature; ainsi le nom de qui signifiait frêne à fleurs chez les Grecs , a été transporté à un arbuste de l’Inde; celui de Bovpvyta qui désignait le frêne élevé, à un arbre d’Amérique; le nom de Gyngidium , qui appartenait à uneombellifèrede Grèce, a été donné à un genre des îles de la mer du sud , etc. : de pareils noms sont propres à obscurcir et la Philologie et la Botanique ; j’ai cependant un tel respect pour la nomenclature établie, que je ne propose point de les supprimer, mais j’en-

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gage fortement les botanistes à n’en pins créer de semblables : un nom entièrement nouveau est préférable à un nom ancien appliqué mal-à-propos.

§. 22/).. Les Botanistes ne sont point encore d’accord ni entr’eux, ni avec eux-mêmes , relativement aux noms génériques déduits des noms vulgaires. Si l’on considère qu’un genre est destiné à désigner une collection d’espèces, et que les noms vulgaires sont presque toujours relatifs à une seule espèce, on sera tenté d’admettre , avec Linné, pour règle générale, que les noms vulgaires peuvent bien s’employer pour nom spécifique , mais jamais pour nom générique. Cependant, ce même Botaniste et ses disciples, après avoir posé cette règle, y ont manqué très-souvent : les noms de Thea , Coffea , Gincko , Aukuba , Yucca , Tacca , Narna, etc., en sont des exemples. Et en effet , pourquoi se priverait-on d’un moyen aussi simple pour lier la nomenclature botanique et la nomenclature vulgaire , pour conserver des noms déjà connus par les récits des voyageurs , et qui servent souvent à rappeler Ta patrie et l’usage des plantes? Mais, dira-t-on, ces noms sont souvent barbares : je l’avoue ; mais trouve-t-on que la science ait gagné en harmonie , lorsqu’on a substitué le nom de WillugJibeia à celui d’ Ambelania , Mattuschkea à P crama , Cuningliamia à Melanea , Schwenkfeldia à Sabicea, St.rœmia à Cadaba , etc. Je crois que relativement aux noms de pays , on peut , sans inconvénient, les employer pour noms génériques , pourvu qu’ils se prêtent facilement à une forme latine; je crois même qu’on le doit, lorsqu’il s’agit de plantes très-connues sous un certain nom : ainsi , le May s doit garder le nom sous lequel il est connu de tout le monde, aulieu d’usurper celui de Zen , qui appartenait à l’Epeautre.

PHYTOGR APHIE.

Quant auYnoms génériques qui ont été faits d’après des noms vulgaires, je crois qu’on ne doit les changer que dans des cas extrêmement rares , et peut-être jamais. Lorsqu’on les trouve trop barbares , il vaut mieux les modifier un peu que de les supprimer, par exemple de Paypayrola on a fait Payrola , etc. La confusion extraordinaire que Schreber a introduite dans la science, en changeant tous les noms d’Aublet , est un exemple remarquable du danger de ces mutations arbitraires. Qu’on explique sans contradiction , s’il est possible, pourquoi, par exemple, parmi les noms d’Aublet, il admet Qiialea ou Aruna , et rejette Kochysia ou Houmiria , qui tous sont fondés sfur les noms vulgaires donnés à ces plantes dans laGuiane? L’arbitraire seul a présidé à ces changemens , et si cette méthode se continuait , l’histoire naturelle 11e tarderait pas à devenir un chaos indéchiffrable pour tous les peuples. Aujourd’hui que la civilisation commence à s’étendre, sur le globe entier, que des ouvrages importans se publient dans les diverses parties du monde, il est plus que jamais nécessaire que la nomenclature des êtres naturels repose sur des bases invariables.

§. 225. Les anciens botanistes étaient dans l’usage de désigner les genres voisins par des noms analogues , mais en changeant les désinences ; ainsi de Limonium , ils faisaient Limoniastrum , de Bellis , Bellidiastrum , Bellium et Bellidioides . Linné a proscrit ces noms génériques qui tendent à embrouiller la science par la trop grande similitude des noms , et qui empêcheraient d’employer ces termes comparatifs comme noms spécifiques ; les noms génériques en oides doivent être particulièrement proscrits , parce que ce sont de véritables adjectifs : quant aux noms analogues à Bellium ,

PHYTOGRAPHIË.

Bellidiastrmn ou Valerianella , on peut , je crois , les employer pour des genres voisins, et lorsqu’ils ont été employés par les anciens, parce qu’alors ils évitent l’introduction d’un mot nouveau dans une science qui en a déjà trop. On ne doit jamais les introduire lorsqu’il s’agit d’indiquer des analogies éloignées ; ainsi , Tanné a bien fait de remplacer le nom générique de Salicaria par Lythrum ; mais par le même motif il n’eut pas dû admettre celui de Pyrola. On doit de même proscrire les noms qui ne sont que des anagrammes insig;nifians des noms déjà existans; par exemple , Galphimia a été mal-à-propos établi par Cavanilles, pour indiquer sa ressemblance avec le Malpighia. Le nom d 'Anarliinum ne doit point être rangé dans cette classe; car quoiqu’il semble un anagramme , il exprime réellement la différence de ce genre avec l ' Antirhinum.

Art. 3. Des Noms d’espèce.

§. 226. Les noms d’espèces sont beaucoup moins difficiles à établir que les noms de genres, parce qu’ils ne sont point destinés à représenter un être collectif. A leur égard, les botanistes ont la plus grande latitude, et on peut dire, en général, que tout nom qui n’implique pas contradiction avec la plante, et surtout qui n’appartient à aucune autre espèce, est suffisamment bon pour être conservé. L’impropriété d’un nom spécifique, ou la possibilité d’en trouver de plus convenables, ne suffisent point pour autoriser un changement ; celui-ci ne doit être autorisé, que par la preuve que le nom exprime une idée absolument iaus.se ou appartient à une autre plante ; ainsi, par exemple, le nom de Lunaria annuel doit être, comme Mœnch l’a proposé, changé en Luna -

PHYTOGRAPHIE.

ria biennis , parce que la planle n’est pas annuelle mais bisannuelle: le nom de Scilla peruviana devra l’être, parce que la plante ne croît point au Pérou mais en Portugal ; tandis que celui d ' Astragalus monspessulanus doit être conservé , parce que la plante se trouve à Montpellier , quoiqu’il soit vrai de dire qu’elle se trouve dans presque toute l’Europe méridionale.

5. 227. Les noms spécifiques peuvent être indifféremment substantifs ou adjectifs. On leur donne la forme de substantif dans divers cas : tantôt on veut indiquer que telle espèce a été autrefois considérée comme un genre; et alors on conserve cet ancien nom générique, comme nom d’espèce , en ayant soin de mettre la lettre initiale en majuscule : par exemple Senecio Doria , Senecio Jacobœa , etc.; tantôt on veut indiquer l’analogie de cette espèce avec un autre genre, et alors on conserve soit au nominatif, soit au génitif, le nom du genre auquel on la compare, et on l’écrit alors par une initiale minuscule : Triticum n ardus, Pommereulla cornucopiœ , etc. ; tantôt, enfin , 011 veut conserver le nom vulgaire de la plante, comme dans les noms suivans, Elœodendron Argan , Triticum Spelta , Callicocca Ipecacuanha , etc. Ces derniers noms pourraient être désignés particulièrement par l’épithète de Noms Triviaux si Linné n’avait pas employé ce terme comme synonyme de noms spécifiques; ils sont très-bons, lorsqu’il s’agit de plantes utiles ou célèbres sous une certaine dénomination , en ce qu’ils rappellent ordinairement , ou leurs usages, ou leur patrie. Dans tous les cas , les noms d’espèce substantifs ne sont nullement astreints à concorder en genre avec le nom générique.

§.228. Les noms d’espèce adjectifs doivent s’accorder

PHYTOGRAPHIE.

en genre avec les noms génériques, et doivent indiquer quelque circonstance propre à l’espèce qu’ils désignent ; les meilleurs sont ceux qui désignent son caractère : par exemple, Chrysosplenium oppositifolium , Robinia hispida , etc. Mais comme il est souvent impossible de donner , en un Seul mot, le caractère d’une espèce, on se contente le plus souvent de chercher un terme qui tende à donner une idée quelconque de l’espèce.

Les uns peignent son aspect général {habitus') , par exemple , Fraxinus excelsior , Galium glaucum , Aster dumosus ; d’autres s’attachent à l’un des caractères de la plante , comme Astragalus aristatus , Solarium pinnatifidum , etc., quoique ce caractère ne soit exclusif que relativement à telle ou telle autre espèce.

Il est un grand nombre de noms spécifiques, et ce sont, dans beaucoup de cas, les meilleurs, qui tendent à peindre l’espèce, en la comparant avec le port d’un autre genre. Dans ce cas , on fait toujours allusion à l’espèce du genre qui est la plus commune en Europe : ainsi, les noms de salicinus , salicifolius , etc., font tous allusion au Salix alba. La langue botanique est riche en désinences de ce genre. Veut-on désigner seulement la ressemblance générale, on se sert de termes analogues à ceux-ci : Convolvulus althœoïdes , Convolvulus hermannice , Tnula salicina , etc. Veut-on indiquer une ressemblance spéciale avec quelqu’organe, on emploie des noms comme les suivans: Cyno glossum cheiri folium , Campanula vincceflora , etc. Dans un petit nombre de cas qui ne doivent pas être imités, au-lieu de tirer le nom de celui que la plante porte aujourd’hui , on l’a déduit de celui qu’elle portait jadis; ainsi, on dit, Lepidium glastifolium, aulieu de isatifolium .

PHYTOGRAPHIË.

Lorsque, dans la forme de l’espèce, il ne se présente rien de marquant, ou de facile à exprimer par un seul terme, on tire alors le nom de quelque particularité moins importante ou moins apparente : tels sont les noms tirés de la couleur. Lorsqu’on l’exprime sans désignation d’organe , le nom s’entend ordinairement de la couleur des fleurs, comme dans Rosa alba , Rosa sulphurea , etc., excepté dans les crylogames , où il s’applique à l’ensemble de la plante , par exemple , Ulva fusca , Fucus luteus. Dans quelques arbres, cependant, les noms de couleurs ont été tirés des jeunes branches : par exemple, Pinus rubra , Acer rubrum , Fraxinus aurea, Cornus sanguine a , etc. Lorsqu’on veut désigner la couleur spéciale d’un organe, le nom revêt cette forme, Laurus leucoxylon , ConvoUulus leucanthus , Solarium xanthocarpon, As tragalus albicaulis , albif/orus, etc. Enfin, on peut exprimer la disparité, le nombre ou la disposition des couleurs, comme par les mots Discolor, Tricolor , Albozonarius , etc.

Les noms peuvent aussi se déduire de la grandeur générale, comme dans Gentiana nana , Elymus giganteus , etc., et dans ces cas, on fait toujours allusion à la grandeur habituelle des espèces du genre. La même règle a lieu , lorsqu’on désigne la grandeur d’un certain organe : les épithètes de grandi/ olius , magnifolius , parvifolius , microphyllus , macrophyllus , grandifloms, parviflorus , micranthus , etc., sont toutes relatives à la grandeur ordinaire de ces organes. Ces genres de noms ont l’inconvénient de devenir facilement inexacts par la découverte de nouvelles espèces.

Les usages des plantes fournissent des noms spécifiques très-convenables à admettre : tels sont ceux de

PHYTOGRAPHIE.

Jritis vinifera, Lithospermum tinctorium , R/eus conaria , Nerium antidysentericum , etc.

Les qualités sensibles des espèces peuvent encore trèsbien servir à les désigner, quoique la plupart d’entr’elles ayent l'inconvénient de disparaître dans les herbiers : on se trouve cependant bien de noms tels que Astragalus odoratus , Holcus saccharatus (*J , Quassia amara, Ornithopus dur us , etc.

Les stations des plantes peuvent fournir des noms spécifiques assez bons, pourvu qu’elles soient suffisamment prononcées : tels sont les noms de Eryngium maritimum , Isnardia palus tris \ mais on doit éviter ces désignations , lorsqu’il s’agit de stations peu distinctes. Les noms de camp es tris , arvensis et agrès tis , quoique vrais, induisent souvent en erreur, et embarrassent la mémoire. Ceux de Nayas marina , de Corrigiola littoralis , de Trifolium alpestre , etc., n’auraient point dû être établis, parce qu’ils ne son t pas assez exacts.

Les noms tirés du pays que les plantes habitent, ne doivent être donnés qu’avec beaucoup de circonspection. S’agii-il du nom d’un pays fort vaste, on court le risque que plusieurs espèces du même genre pourront s’y trouver : ainsi , quoique toutes les espèces d 'Agave soient originaires d’Amérique , une seule en porte le nom; quoique la France compte treize espèces de Lin , un seul a reçu le nom d e Linum gallicum. S’agit-il du nom d’un pays peu étendu, la plante, qui le porte se trouve dans beaucoup d’autres : ainsi, le Gentiana bavarica , VA juga genevenis, le Circcea lutetiana , etc. ,

(*) Allioni a, assez improprement, donné le nom de Galiuni saccharalum k nne espèce qui n’a rien de sucré , mais dont le fruit' tuberculeux ressemble à un grain d’anis couvert de sucre.

PHYTO GRAPHIE.

se trouvent dans presque toute l’Europe. On doit éviter surtout de déduire les noms spécifiques de villes ou de pays trop petits, trop peu connus, ou de prononciation trop barbare : ainsi, le noms de Astragalus leontinus , Sisymbrium eckartsbergen.se , Scabiosa gramuntia, etc. , n’auraient pas dû être établis. On doit surtout ne jamais donner de noms spécifiques tirés des localités , lorsqu’on décrit les plantes hors de leur lieu natal , parce qu’on doit craindre d’être induit en erreur sur leur véritable patrie : ainsi, la S cilla , appelée peruviana , s’est trouvée être originaire du Portugal ; la Poteniilla dite monsp eliensis , d’.A.mérique , etc.

On peut, enfin , donner aux espèces le nom du botaniste qui les a décrites le premier , qui les a découvertes, ou qui a contribué à les faire connaître; comme, par exemple , Piamuiculus Gouani , Amaryllis Broussonetii , Tulipa Gessneriana , Tulipa Celsiana , etc.

Les noms d’espèce peuvent être latins ou grecs ; mais on doit , en général , préférer les premiers. Ils sont presque tous d’un seul mot ; on en tolère quelques-uns composés de deux , mais on ne doit par les imiter : tels sont Impatiens noli-ta?igere , Oxalis pes-caprœ , etc. Enfin, on doit éviter d’introduire dans le même genre, des noms spécifiques qui se ressemblent trop, soit dans le son , comme microcephalv.s , et macrocephalus , soit dans le sens, comme cœruleus et azureus , parce que ces termes tendent à égarer la mémoire. C’est aussi sons ce dernier rapport qu’on doit éviter, comme l’observe très - judicieusement M. P. (Journ.de l’Emp. 25 oct. i8i3 ), l’abus des noms déduits de l’aspect agréable qu’offrent certaines fleurs, et surtout dans les genres où toutes les espèces en sont plus ou moins dignes; ainsi les noms spectabilis , ameenus , con-

276 phytographië.

cinnus , pulcher, formosus, etc., prodigués dans les genres d’ornement ( Erica, Pélargonium , Aster ), sont très-faciles à embrouiller les uns avec les autres.

A ht. 4* Des noms de familles , de tribus , de races ou de variétés.

- §. 22g, Quoique les noms générique et spécifique

Constituent entièrement la dénomination ordinaire des plantes, il est encore nécessaire de dire quelques mots sur les noms de familles, de tribus, de sections et de variétés.

§. 23o. Les noms de familles ont été successivement établis d’après divers principes ; les anciens, et Linné, à leur exemple , ont cherché à saisir un trait général et caractéristique de la famille , et en ont tiré sa dénomination : tels sont les noms de Umbelliferœ , Cruciferæ , établis parles anciens, de Luridce ou Tripetaloïdeœ , admis par Linné. Ce genre de noms semble le meilleur de tous; mais il est fort rare de pouvoir trouver une dénomination à laquelle il n’y ait pas une foule d’exceptions dans la famille qu’il doit désigner , et qui ne puisse s’appliquer à plusieurs autres plantes. Ainsi , il y a des ombellifères qui n’ont pas les fleurs en ombelle, et des fleurs en ombelles qui ne sont pas ombellifères. D’après ce motif, les Jussieu et Adanson , aussi à l’exemple de quelques anciens, préférèrent choisir un des genres marquans de la famille pour en tirer le nom : ainsi, on dit Rosaceœ pour- désigner la famille dont le genre Rosa fait partie. Ce genre de dénominations, qui est maintenant admis, est soumis aux règles suivantes.

i.° Le genre dont on veut tirer le nom, doit être l’un des plus connus et des plus nombreux de la famille, et donner une idée de son aspect général. On ne doit pas par conséquentle choisir parmi les genres peu nom-

PH Y TOGRAPHIE.

breux, tout-à-fait exotiques, ou qui présentent quelque exception au caractère de la famille» Les noms de Asarineœ , Verhenaceœ, pèchent contre cette règle; ceux de Liliaceæ , Rosaceœ , Ericineœ , y sont conformes.

2° Le genre dont on fait choix ne doit point conserver son nom sans altération , afin d’éviter l’amphibologie qui résulterait d’avoir le même mot pour désigner un genre et une famille : ainsi, dans les ouvrages d’Adanson et de Jussieu, le nom de Annonce , etc., désignait également le genre des Annones , ou la famille dont les Annones font partie. Pour éviter cet inconvéirent , les modernes transforment le nom de genre en un adjectif de la forme des suivans : Rosaceœ , Antirliineœ , Ericinece , Laurin œ , etc. Mais on doit éviter les terminaisons en oïdeœ, comme Myrtoïdeœ, parce que ce mot signifierait famille de plantes analogues aux Myrtes, et non famille de plantes dont le Myrte fait partie.

3.° Si aucun des genres importans- d’une famille ne se prête à celte transformation en adjectif, on peut alors prendre quelqu’un des noms anciens de ces genres, pourvu qu’il ait été généralement reçu , et qu’il soit conservé dans la famille comme nom spécifique, par exemple, SaLicarice , Thymeleœ , Frangulacœ , etc.

4-° On peut encore , avec avantage , désigner une famille par un nom caractéristique, ou par un nom propre, lorsqu’un long usage l’a consacré, par exemple, Umbelliferœ ,Palmœ, Liclienes ; mais dans les familles qu’on crée actuellement , on ne doit pas imiter de semblables dénominations , à moins qu’on n’en puisse absolument trouver d’autres.

§. 23i. Lorsqu’on divise une famille en groupes qui sont fondés sur des caractères peu importans, et qui n’ont pour but que de disposer les genres dans un

PHYTOGRAFHIE.

ordre méthodique , on ne donne aucun nom à ces groupes, comme on peut le voir dans les Graminées, les Ombellifères ; si, au contraire, une famille est divisée en groupes bien distincts , susceptibles d’être considérés comme des sous-familles, ces groupes ou tribus reçoivent un nom qui se forme précisément d’après les mêmes règles que ceux des familles; ainsi, les Rubiacées se divisent en Etoilées , Cofféacées , Cinchonacées et Guettardacées.

Dans les cas, assez fréquens, où le nom de la famille est déduit d’un des genres principaux, et où la famille se divise en tribus, on est souvent embarrassé pour désigner sans équivoque la tribu dont fait partie le genre qui a donné son nom à la famille. J’ai admis dans la plupart des cas , et je propose , comme règle générale, pour éviter toute ambiguité, que les noms de famille soient déduits du nom du genre principal, en l’alongeant dune syllabe, comme Ranunculaceœ , Myrtinec t? , Flacourtianœ. Mais que les noms, de tribus soient déduits du même nom adjectivé sans alongement , comme Ranunculeœ , Myrteœ , Flacourtieœ. Au moyen de cet artifice fort simple de nomenclature, on distinguera sans peine les noms de tribus sans être obligé d’ajouter comme on le faisait Reno/iculacées , Myrtinées proprement dites.

§. 282. Il en est de même des genres : leurs sections ne reçoivent point de nom lorsqu’elles sont peu tranchées; si, au contraire, miles le sont assez pour qu’on puisse indifféremment les considérer comme sections ou comme genres, alors on leur donne des noms dont la formation est semblable à celle des noms génériques : par exemple, les divisions du genre Veronica n’ont point de nom; celle du genre Folygonum ont les noms

PHYTOGRAPHIE.

de Bistorta , Persicaria , Polygonum et Fagopyrum.

Les diminutifs ou augmentatifs du nom de genre me paraisse très-commodes à employer pour la désignation des sections; ainsi, les noms de Delphinellum et Delphinastrum ; j’ai donnés à deux sections des Delphinium , sont d’un usage commode et peuvent être utilement imités dans des cas analogues.

§. 233. La même règle s’applique encore aux variétés; lorsqu’elles sont peu importantes, on ne leur donne aucun nom et on se contente de les désigner par la, série des lettres grecques, par exemple. Lotus corniculatus var. a ou var. /3 etc. Si, au contraire, elles sont importantes, ou par les caractères qui les distinguent, ou par l’emploi que nous en faisons, alors on leur donne un nom dont la structure est semblable à celle d’un nom spécifique , par exemple, Pyrus communis rufescens , Pyrus coimnunis licjuescens , Cratœgus aria longifolia , etc.; mais surtout dans les plantes cultivées on éprouve encore de grandes difficultés, quant à la nomenclature des variétés; le nombre en est considérable , chacune d’elles offre des sous-variétés et des variations et des sous-variations , de sorte que l’on hésite sans cesse entre deux procédés également embarassans; ou bien on donne un nom aux moindres nuances, et alors leur nombre et leur incohérence se font sentir à chaque instant , ou bien on ajoute au nom des variétés premières de nouvelles épithètes, et on finit par former de véritables phrases , comme celles dont les anciens Botanistes se servaient pour les espèces. Dans ce double embarras, je pense que le procédé à-lafois le plus simple et le plus logique, c’est de considérer l’espèce cultivée comme une famille , et de la diviser en races primitives qui recevront des noms substan-

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