PHOTOGRAPHIE
Schkuhr et par Wahlenberg, celle des Oxalis par Jacquin , celle des Amaranthes par Wildenow, celle des Slapelia par Masson et Jacquin , celle des Eryngium par Delaroche, celle des Polentilles par Nestler, celle des Primevères par Lehman , celle des Astragales par Pallas, à laquelle j’ose associer mon Astragalogia , etc.
§. ^49- Des Monographies de familles sont autant au-dessus des précédentes, que les familles sont ellesmêmes au-dessus des genres. Rien ne pourrait être avantageux à la science comme de semblables travaux entrepris par des Botanistes consommés.
Les plus anciennes Monographies de familles qui existent sont celle des Graminées par Scheuchzer , et celle des Mousses par Dillenius. Parmi les modernes, on en peut citer quelques-unes , comme les ouvrages de Hedwig et de Bridel sur les Mousses, ceux de Bulliard et de Persoon sur les Champignons, celui de Acharius sur les Lichens , celui de Cavanilles sur les Malvacées, ceux de Swartz sur les Fougères et les Orchidées, le mémoire de Dufresne sur les Valérianées , l’ouvrage de Dunal sur les Anonacées , les Monographies des Asclépiadées et des Protéacées par R. Brown , l’histoire des Conferves d’eau douce de Vaucher , mon mémoire sur les Ochnacées , etc.
§. 25o. Il est enfin une dernière classe de Monogra-? phies : ce sont les Monographies d’organes. Pontedera en a donné la première idée dans son Anthologia ; Guettard en a approché en décrivant les poils des plantes : Sauvages en a présenté une esquisse bien imparfaite, il est vrai , dans son ouvrage sur les feuilles. 11 était réservé à Gœrtner de présenter, dans ce genre, l’ouvrage le plus parfait qui ait jamais été écrit. Sa Carpologie présente , en effet , une masse inouie de faits
PHYTOGRAPHIE.
29EÎ
nouveaux, classés dans un ordre méthodique qu’il s’était créé. II serait à désirer que quelques autres organes des plantes, jusqu’ici négligés, fissent naître des ouvrages analogues ; les racines que leur position nous dérobe , les feuilles séminales et primordiales qui nous échappent par leur fugacité , réclament aujourd’hui leur Gœrtner.
Art. 2. Des Flores.
§. 25i. Linné a le premier donné le nom de Flore aux ouvrages destinés à présenter l’énumération des plantes d’un pays, et a su en tracer un modèle excellent dans sa Flore de Laponie. Depuis cette époque, ce genre d’ouvrages s’est singulièrement multiplié; presque tous les pays de l’Europe, et plusieurs des autres parties du monde, souvent les provinces , les cantons, les villes même de certains pays, possèdent des Flores où leurs plantes sont indiquées; mais de toutes ces sortes d’ouvrages, il en est peu où l’on trouve autant de livres médiocres et inexacts. Chacun, après avoir herborisé dans son canton , s’est cru autorisé à en publier la Flore ; sans posséder les livres déjà exislans , saris avoir des herbiers qui lui permettent de comparer ces plantes avec celles des pays voisins , il a affirmé , sans certitude , que telle plante était inédite ou portait tel ou tel nom: de là une foule d’erreurs de nomenclature, introduites dans la science et très-difficiles à déraciner, vu la mauvaise forme donnée à ces Flores locales. La plupart, en effet , n’ont que peu ou point de descriptions , de sorte qu’on est privé de ce moyen essentiel de vérification ; et ce qui est pire encore, la plupart, pour donner les caractères spécifiques , se contentent de copier les phrases de* ouvrages de Linné, sans s'in-
PHYTOGRAPHIE.
quiéter même si elles s’appliquent rigoureusement à leurs plantes. Dans ces cas, le meilleur moyen de vérification est la communication d’échantillons donnés par les auteurs; mais cette communication est souvent impossible. Il f:-> t alors se contenter d’herboriser dans le lieu où tel auteur a trouvé telle plante : mais ce moyen même est fort insuffisant; car, de ce qu’on n’a pas trouvé une plante dans tel lieu , on ne peut pas affirmer qu’elle n’y croît pas: de là x'ésulle un vague et une incertitude très - préjudiciable à la Géographie botanique et à la Botanique descriptive elle-m'êhié.
§. 252. Dans l’idée que je me fais d’une bonne Flore, cet ouvrage doit contenir : 1 .° un exposégénéral de la nature physique du pays dont on veut parler , et de l’histoire générale de sa végétation : l’introduction de l’histoire des plantes de la Suisse, par Haller, est, à cet égard, un modèle brillant à imiter; celle des plantes rares de Hongrie de MM. de Waldslein et Kitaibel, peut lui être .associée.
2.0 L’aperçu des rapports de la végétation du pays avec les autres pays voisins, ou même avec l’ensemble de la végétation; les beaux travaux de M. R. Brown sur la végétation de la Nouvelle-Hollande, et des environs du fleuve Congo, l’introduction que M. de Humboltd a placée en tête de ses nova généra et species , et qui est elle-même un ouvrage très -remarquable, peuvent donner une idée de l’intérêt et de l’importance qu’offre ce genre de considérations, produit nouveau du progrès des sciences naturelles.
3.° L’énumération des plantes qui croissent dans le pays , rangées d’après un ordre méthodique, et particulièrement d’après l’ordre des familles naturelles, qui mieux que tout autre donne une idée de l’ensemble de
PHYTOGRAPHIE.
3oo
la végétation : la Flore de Provence par M. Gérard , la Flore Française, celle de la Nouvelle-Hollande par M. B. Brown , et les nouveaux genres d’Amérique de MM. de, Humboltd , Bonpland et Kunth , sont encore les seules qui remplissent cette indication . Dans la descriptionde chaque plante doivent se trouver les objetssuivans :
i.° Le nom et le caractère spécifique : ces deux articles doivent être en latin, lors même que le reste de l’ouvrage serait en langue vulgaire ; la phrase spécifique ne peut être copiée que lorsqu’elle a été très-rigoureusement vérifiée, et il qst toujours préférable de la rédiger soi - même d’après, la plante qu’on a sous les jeux : les phrases de Haller peuvent encore servir de modèle.
2.0 La synonjmie d’une Flore doit, ce me semble , être réduite à celle du botaniste dont on adopte la nomenclature, et de celui qui en a donné la meilleure figure; mais on y doit trouver en outre la synonymie exacte des auteurs qui ont écrit sur le même pays que celui dont on s’occupe. Ainsi, la Flore de l’Allemagne doit présenter tous les synonymes des Floristes allemands ; la Flore de la Prusse , qui fait partie de l’Allemagne , doit offrir seulement les synonymes de tous les auteurs qui ont écrit sur la Prusse, etc. Le choix des synonymes de la Flore Britannique de Smith , peut, à cet égard, comme à plusieurs autres, servir d’exemple.
3.° A la synonymie savante , le Floriste doit joindre la note des noms vulgaires et même patois , que chaque plante porte dans le pays dont il s’occupe , et indiquer même, lorsqu’il s’agit d’un pays étendu, les lieux ou les provinces dans lesquelles chaque nom est en vigueur. La Flore de Montpellier par Gouan , celle de Silésie
PHYTOGRAPHIE-
3oi
par Mattuschka , remplissent , par exemple , cette indication trop négligée en général.
4-* Une description suffisante pour faire distinguer la plante; celles de Pollich, deSchrader, de Smith et de Desfontaines , sont au nombre des meilleures qu’on puisse citer.
5. ° Une indication détaillée des variétés que la plante présente, non pas en général, mais dans le pays; la Flore de Suisse par Haller est encore ici un modèle ; celle de Villars doit lui être associée.
6. ° L’énumération des stations et des lieux divers dans lesquels la plante a été trouvée : ces localités doivent être données en détail , quand la plante est fort rare ; lorsqu’elle est commune. , on doit surtout indiquer ses limites , comme Michaux l’a fait dans sa Flore des Etats-Unis d’Amérique; lorsqu’il s’agit d’un pays montueux, noter les hauteurs absolues entre lesquelles elle croît. La manière dont les patries sont indiquées dans les Plantes Equinoxiales de Humboltd et Bonpland , et dans les ouvrages de "Wahlemberg, peut ici servir de guide. La méthode de Pollich , qui indiquait pour chaque plante celles avec lesquelles elle a coutume de croître , est aussi fort recommandable. Dans la Flore d’un petit pays, on ne doit point admettre de plantes sans les avoir trouvées soi-même; dans celle d’un grand pays, on est obligé d’en admettre sur l’autorité d’autrui, et alors on doit le noter avec soin.
rj.° Enfin, une Flore doit contenir, non pas tous les usages des plantes, mais l’exposition des usages locaux auxquels elle est employée par les habitans. Haller et Allioni ont donné dans leurs Flores d’excellens articles sur les usages médicaux des plantes, mais ils ne se sont pas assez pénétrés qu’une Flore est un ouvrage local ,et
PHY TOGRAPHIE.
ne doit contenir que ce qui est propre au pays qu’on décrit. La Flore de Laponie par Linné , est celle qui présente le meilleur exemple à imiter à cet égard, comme à plusieurs autres.
Nous n’avons encore aucune Flore qui remplisse à-lafois toutes les indications que je viens d’énoncer; mais la juste réputation de celles que j’ai citées pour modèle dans chaque partie, peut faire présumer de l’intérêt que présentera celle qui saura réunir leurs mérites divers.
§. 253. On se dispense souvent dans les Flores d’indiquer les plantes les plus généralement cubivées, et quelques auteurs ont même fait un précepte de cette omission. J’avoue que je ne partage point une telle opinion, qui tend à exclure des Flores les plantes qui couvrent quelquefois la surface entière du pays. Si on considère les Flores comme des ouvrages élémentaires , on est forcé de convenir que les plantes cultivées , sont les premières qui se présentent à notre étude , et dont on désire trouver les noms et les caractères. Si une Flore est considérée comme une statistique végétale, ne doiton pas y trouver les végétaux les plus nombreux en individus, et sur lesquels l’agriculture se fonde ? Si l’on pense que la Botanique peut avoir une influence sur l’agriculture, pourquoi l’en séparer par cette bizarre omission? Sans doute, lorsqu’on insère dans une Flore une plante cultivée, il faut indiquer qu’elle n’est pas spontanée; sans doute, il ne faut pas exagérer celte licence et y introduire toutes les plantes des jardins d’ornemens ; mais il ne faut pas non plus pêcher par l’excès opposé, et autoriser, par un pareil exemple, ceux qui doutent de l’utilité delà Botanique. Que je supprime l’olivier de la Flore de Provence, ou le trèfle de celle du
PHYTOGRAPHIE.
Palatinat, et il me sera impossible de peindre l’aspect général de la végétation de ces pays ! Que penseraiton d’un économiste qui, voulant donner le dénombrement des liabitans d’un pays , refuserait d’y insérer ceux qui sont naturalisés depuis une longue suite de siècles , et qui y remplissent les fonctions les plus utiles ? Naffectons point de vouer la science à l’inutilité, et insérons dans les Flores, avec plus de soin qu’on ne l’a fait, les végétaux qui se cultivent généralement.
Art. 3. Des Jardins .
§. 254* Les anciens donnaient souvent aux Flores le nom de Jardins, comme on le voit par les exemples de XHortus malabaricus , de l 'Hortus Amboinensis , etc.; mais maintenant, on a coutume de désigner sous le [nom de Jardins (Horli), trois sortes d’ouvrages fort différens : les uns sont de simples catalogues de plantes cultivées dans tel ou tel jardin; ces catalogues sont, ou ranges d’après un ordre méthodique, ou en ordre alphabétique; ils servent essentiellement à faciliter la correspondance des Jardins entr’eux, et n’ont pas pour la science une grande importance; ils peuvent servir à reconnaître l’origine de l’introduction des plantes en Europe , surtout lorsque, comme dans ceux de Cambrigde et de Kew, on a soin d’y noter l’époque et le mode de l’arrivée des plantes.
Il est d’autres catalogues de jardins, dans lesquels on insère les phrases spécifiques et quelquefois de courtes descriptions des plantes. Ces sortes d’ouvrages sont des abrégés des Species ; ils peuvent servir pour l’usage des élèves qui fréquentent tel ou tel Jardin , mais ils ne servent à la science, qu’au tant qu’on y a
PH YTOGftAPHIE.
inséré quelques Monographies. Dans ce genre de livres, on doit distinguer VHortus Cliffortianus de Linné, qui est remarquable par la synonymie , el l ’Hortus Monspeliensis de Gouan , qui se distingue en ce qu’il est le premier ouvrage où, à la suite des caractères génériques déduits des organes fructificateurs, on ait indiqué un caractère accessoire tiré de ceux de la végétation.
Enfin , dans une troisième sorte d’ouvrages qu’on nomme aussi Jardins , on néglige de donner l’énumération de toutes les plantes d’un jardin, mais on choisit celles qui sont 'inconnues ou mal décrites, pour en donner la description et la figure; ce sont des recueils de Monographies d’espèces : tels sont l 'Hortùs Elthamensis de Dillenius , VHortus Hindobonensis et VHortus Schœnbrunensis de Jacquin , le Jardin de Cels , et celui de la Malmaison par Venlenat. Dans ces ouvrages, on ne doit décrire que des plantes vivantes, et ne pas se permettre d’y insérer des plantes dessinées en tout ou en partie d’après le sec, ou, d’après des figures déjà publiées, comme l’a fait Ventenat pour V Eupatorium ayapana , pour les fleurs du Dionœa muscipula , etc. ; on ne doit y admettre que • des plantes ou inconnues, ou dont il n’éxiste pas de figures.
Art. 4- Des Ouvrages généraux.
§. 255. Les Monographies, les Flores, les Jardins et les Recueils d’observations ( qu’on ne peut soumettre à aucune règle), sont les matériaux avec lesquels se composent les Ouvrages généraux. Ceux-ci sont de trois sortes , les Généra , les Species et les livres élémentaires.
PHYTOGRAPHIE.
§. 256. On désigne communément sous le nom de Généra plantarmn , les ouvrages destinés à donner les caractères de la série des genres rangés dans un ordre méthodique. Le premier livre de ce genre qui ait été publié , et peut-être encore le plus parfait , est celui que Tournefoit a donné sous le litre d ' Institutiones Rei Herharice ; on y trouve la suite des genres connus de son temps, rangés d’après un ordre simple, et décrits avec une sagacité et une précision étonnante pour cette époque; à la suite de chaque genre, est l’indication des espèces dont ils se compose, la note de son étymologie et une excellente planche, qui repiésente" les caractères génériques pris d’après l’espèce où ils sont les plus connus ou les plus visibles. Je ne puis concevoir de livre qui aille plus directement au but de faire connaître les genres; Plumier et Forster ont, avec raison, suivi cette marche dans la description des genres découverts dans leurs voyages; M. de Lamarck s’en est beaucoup approché dans ses illustrations des genres. Adanson, dans ses familles des plantes, a suivi une marche tout-à-fait différente; il a rangé les genres de chaque famille en séries, devant lesquelles sont des cases destinées pour chaque organe; et dans chaque case, il indique par un mot le principal caractère que l’organe peut fournir. Cette méthode a l'inconvénient de tous les cadres tracés; elle oblige à dire des choses inutiles , et ne permet pas de développer suffisamment les choses difficiles ou longues à exprimer. Linné a donné, dans son Généra plantarum , un ouvrage plein de descriptions précieuses , aussi bien conçu qu’il était possible, pour corriger les inconvéniens d’un système artificiel ; chaque genre s’y trouve décrit en autant d’ar-
ÏHYTOGKAPHXE.
ticles qu’il y a d’organes dans la fructification. Cette méthode est longue; elle entraîne dans beaucoup de particularités ou inutiles, et prévues par le caractère de famille, ou qui ne s’adaptent pas à toutes les espèces; cependant cette marche doit être suivie comme correctif par tous ceux qui voudront écrire d’après un système artificiel. Enfin, M. de Jussieu, dans son Généra, plantarum , a donné un modèle d’élégance, de précision et d’exactitude; chaque genre porte avec lui une synonymie abrégée, un caractère classique tiré des organes reproducteurs, et ce qui lui est propre, une note du port général des espèces du genre, et la solution d’une foule de difficultés qui annonçent le botaniste consommé; les ouvrages de MM. Ventenat, Jaume St.-Hilaire et Mirbel , en sont des traductions ou des commentaires. Ce que j’ai dit plus haut sur les caractères génériques , me dispense d’entrer ici dans de plus grands détails.
§. 257. On désigne sous le nom de Species Planta rum , les ouvrages destinés à exposer la série des espèces de végétaux rangés d’après un ordre méthodique; ce sont les ouvrages les plus vastes et les plus importans de la Botanique descriptive, et dés Savans consommés peuvent seuls y atteindre : un Species réunit, en effet, toutes les difficultés des Monographies , des Flores, des Généra ; il est de plus effrayant par la grandeur et la durée d’une telle entreprise. Les anciens Botanistes ont tous tenté de faire des Species ; mais leurs ouvrages, pour la plupart incomplets et incohérens, sont aujourd’hui de peu d’utilité sous ce point de vue. L’histoire générale des Plantes de Jean Bauhin, et celle de Morison sont cependant des ouvrages très-re-
PHYTOGRAPHIE.
3oy
inarquables , et qu’on consulte souvent avec fruit. L’ouvrage de Tournefort ne peut être réellement assimilé à un Specîes ; car il ne contient que les indications, et non les caractères des espèces. Linné a, à cet égard, comme à tant d’autres, une supériorité bien marquée sur ses prédécesseurs. La forme de son ouvrage est trop connue pour la décrire ici ; ce livre est le manuel de tous les Botanistes , et le sera toujours , parce que c'est à lui que remonte l’origine de toute la nomenclature. Depuis Linné, on n’a fait aucun changement marquant à la forme des Species : aussi la plupart de ceux qui en ont composé depuis, tels que Murray, Reichard , Wildenow et tout récemment encore MM. Ruiner et Schultes , n’ont-ils pas nommé leur ouvrage autrement que nouvelle édition du Species de Linné. Cette espèce d’hommage extraordinaire, rendu au botaniste Suédois, a eu une influence heureuse sur la science , en ce qu’elle a rattaché, autour d’une nomenclature unique, bien des hommes qui, sans le respect pour le nom de Linné, auraient souvent tenté des innovations inutiles; mais il est vrai qu’elle a souvent aussi donné à certains travaux , une sanction qu’ils ne méritaient pas.
§. 258. Depuis la publication de l’ouvrage de Linné, les écrivains qui ont tenté de s’écarter un peu de la route tracée par ce grand naturaliste, n’y ont fait que des modifications de peu d’importance. Gmelin, réunissant au hasard ce qu’il a trouvé dispersé dans les livres, tronquant ou copiant sans discernement les phrases spécifiques, supprimant les indications des patries des plantes, a fait de son Systerna naturce , une simple table de matières. Vitman a mis plus de soin à ces Summa Plantarmn , et son livre est encore quel-
PHYTOGR APHIE.
do 8
quefois utile à Consulter, comme compilation; mais il avait vu par lui-même un trop petit nombre d’objets pour faire un ouvrage général. On en peut dire autant des I/istitutiones Botanicœ de Petagna. M. de Lamarck , en publiant le Dictionnaire encyclopédique , a donné l’un des premiers exemples de descriptions étendues liées à un Species; il a fait sentir l’utilité des discussions critiques qui éclaircissent les points difficiles, et font connaître les motifs d’après lesquels l’auteur embrasse telle ou telle opinion. Il a le premier introduit l’utile usage d’indiquer, à la suite de la description, si elle est tirée d’un autre auteur, ou si elle est faite d’après un individu sec (v. s.), ou un individu vivant (v. v.).Vahl a profilé, dans son Enumeratio Plantarum , d’une partie des innovations introduites par Lamarck; et le soin qu’il avait mis à ce vaste ouvrage , la connaissance profonde qu’il avait des moindres détails de la science* feront toujours regretter qu’une mort pi'éinaturée en ait arrêté la publication. Enfin, l’ Enchiridion de M. Persoon offre, dans son élégante concision, dans le soin apporté à la disposition des genres entr’eux, et des especes entr’elles; offre, dis-je, un modèle digne d’être suivi dans les Spsaies abrégés qu’on pourrait être tenté de rédiger à l’avenir.
Si j’ai osé , dans ce dernier article, émettre mon opinion sur les Species déjà publiés * je ne me permettrai point d’indiquer les conditions qu’un pareil genre d’ouvrage doit remplir : tout homme en état d’en composer un , n’a plus besoin de mes conseils ; et je ne voudrais pas, en en traçant la marche, risquer d’engager , dans cette carrière , un homme hors d’état de la fournir avec honneur. J’ai tenté moi-même , depuis la première édi-
ï>HYTOGRAï>HIE. SoQ
tion de cet ouvrage , d’exécuter l’idée que je m’étais formée depuis long-temps d'une histoire générale du règne végétal, distribuée d’après les lois de la méthode naturelle : le premier volume de cet ouvrage a paru sous le titre de Regni vegetabilis systema naturelle. (Paris 1817). Il 11e m’appartient, comme on sent, d’en faire ni l’éloge ni la critique.
§. 259. Il me resterait à parler ici des ouvrages élémentaires; mais , plus que tous les autres , ils échappent aux règles, et il faut avouer que les Botanistes les ont généralement négligés. Deux méthodes principales ont été adoptées à leur égard : les uns, d’après l’exemple de la Philosophie botanique de Linné , ont rédigé ces ouvrages sous la forme d’une série d’aphorismes ou d’axiomes qu’on se dispense d’enchaîner et de prouver en détail; d’autres, au contraire, ont cru devoir développer toutes leurs pensées , et les appuyer de preuves et d’exemples. Ces deux marches ont leurs avantages et leurs inconvéniens : les aphorismes plaisent davantage aux hommes exercés, soulagent la mémoire, et sont plus propres à rallier les esprits autour de certaines propositions courtes et précises ; mais ils embarrassent les commençans, ils arrêtent souvent les esprits exacts , favorisent, quant au vulgaire, l’esprit de secte, d’école et de préjugé, et entraînent souvent l’auteur lui-même dans des assertions, dont une méthode plus développée lui eût montré l’erreur. La méthode raisonnée , si je puis m’exprimer ainsi, est favorable aux commençans, en leur indiquant l’espèce de logique propre à la science; elle les habitue à peser chaque proposition , et à 11e rien admettre de confiance, mais elle rebute souvent par sa lenteur. C’est au génie de chaque écrivain à éviter.
3io
PH YTO GRAPHIE.
aulant que possible, les inconvéniens de chacune de ces méthodes. En général , je suis porté à croire que les aphorismes ne devraient être que les extraits cl’un ouvrage raisonné, où se trouveraient les preuves et les développemens de chaque proposition. a C' es t dommage , disait Montaigne, que les gens d‘ entendement aiment tant la brièveté ; sans doute leur réputation en vaut mieux , mais nous en valons moins >>. Quant à moi , je dirais volontiers aux auteurs : Si vous voulez seulement vous faire un nom ou créer une école , écrivez sous forme aphoristique : mais si vous voulez sérieusement avancer la connaissance de la vérité , n’énoncez aucune assertion sans la prouver.