DÉFINITION ET DIVISION DE LA BOTANIQUE
§. Ier. Quelque nombreuses que soient les branches des connaissances humaines, quelque variés que paraissent être les moyens que nous avons pour parvenir à la vérité, on doit les réduire à trois grandes classes ; le raisonnement, le témoignage des autres hommes, et l’expérience acquise par nos propres sensations ; d’où résulte la division la plus naturelle des connaissances humaines en sciences rationnelles, testimoniales et expérimentales. Chacune de ces trois classes a une manière d’opérer et de raisonner qui lui est particulière; et le genre de certitude dont elle est susceptible, n’a rien de commun avec celui des deux autres classes. Les sciences rationnelles, telles que la logique, les mathématiques , sont tout entières produites par notre entendement, et peuvent exister indépendamment de l’existence ou de la
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connaissance de tous les êtres. Comme on les employé le plus souvent comme moyens de perfectionner les autres études , on leur donne aussi le nom de sciences instrumentales. Les sciences testimoniales ou historiques reposent essentiellement sur le témoignage des hommes dont le raisonnement pèse et discute la valeur. Les sciences expérimentales s’aident beaucoup du raisonnement et du témoignage des hommes ; mais elles ont ceci de particulier , que , dans chaque cas , tout individu qui en a la volonté, peut à la rigueur s’en passer, ou du moins s’assurer, par le témoignage de ses propres sens , de la vérité des faits que le raisonnement ou le témoignage d’autrui lui ont fait connaître.
§. 2. Les sciences expérimentales peuvent être ellesmêmes divisées en deux séries relativement à l’élude des corps de la nature , et à celle des forces qui les meuvent. Les premières peuvent recevoir le nom de sciences matérielles ou naturelles ; les secondes, de sciences dynamiques on -physiques . Leur distinction exacte est fondée sur la distinction même des corps et des forces, et mérite peut-être d’être expliquée ici avec quelques détails, très-bornés sans doute pour l’objet, mais suffisans pour faire comprendre cette importante division. Je reviendrai tout-à-l’heure sur le développement des caractères des règnes. Je me borne ici à les indiquer.
Les corps existans dans la nature peuvent être rangés sous deux grandes divisions : i° les corps inorganiques, c’est-à-dire, bruts, homogènes, .dépourvus de vie, et ne croissant que par simple addition à l’extérieur de molécules semblables ; 2° les corps organisés vivans , composés de parties hétérogènes et croissant par l’introduction dans leur tissu intime de molécules diverses. Les premiers , ou les corps inorganiques , sont de deux
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sorles, savoir : les uns immenses sphénoïdaux, et distribués dans l’espace, ce sont les Astres-, les autres beaucoup plus petits, placés sur notre globe, et tendant plus ou moins à la forme de cristaux : ce sont les Minéraux. Les seconds, c’est-à-dire, les corps organisés, sont aussi de deux classes, les uns dépourvus de sentiment, de mouvement volontaire et d’estomach, les Végétaux-, les autres sensibles , susceptibles de mouvement volontaire , et munis d’un sac interne, nommé estoinach : ce sont les Animaux. Division que, pour plus de commodité, on peut ranger sous cette forme.
Corps;
' Inorganisés, bruts, homogènes, croissant par juxta- position.
Organisés , vivans, hétérogènes, croissant par intus-suseep-
Célestes sphéroïdaux . .
Terrestres cristallisables,
Destitués de mouvement volontaire et d’estomach
Pourvus de mouvement volontaire et d’estomach
Astrf.s.
Minéraux.
Végétaux.
Animaux.
Les grandes forces de la nature sont de même au nombre de quatre, et correspondent à la division précédente avec une symétrie remarquable. Il est des forces communes à tous les corps de la nature , il en est qui sont particulières aux corps organisés, et qui tendent sans cesse à modifier les forces générales. Celles-ci se réduisent à deux : i° l 'attraction, base de tous les phénomènes purement physiques, ou cette action par laquelle les corps placés à distance agissent les uns sur les autres , d’après des lois déterminées par leur masse et leur distance et en faisant abstraction de leur nature par-
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ticulière ; 2° l 'affinité, base de tous les phénomènes chimiques , ou cette action par laquelle les corps , placés presqu’au contact, agissent les uns sur les autres , d’une manière élective , c’est-à-dire , diverse sur chacun d’eux , selon sa nature particulière. Les forces propres aux corps organisés, sont de même au nombre de deux : i° la force vitale , base des phénomènes physiologiques, qui est commune à tous les êtres organisés, et qui de sa nature est aveugle, et sans connaissance d’elle-même ; 2° la sensibilité , base de tous les phénomènes psychologiques ( en prenant ce mot dans le sens le plus vaste ) ou cette force particulière aux animaux, et qui leur donne la conscience de leur propre existence : on peut de même réduire cette division en tableau synoptique.
Communes
tousles corps
Forces^
Propres aux 1 •corps \ organisés. I
Agissant à distance, sans choix, et d’après des lois déterminées par la masse et la distance. . Attraction.
Agissant presqu’au contact, avec un choix déterminé par la nature spéciale des corps Affinité.
Communes à tous les corps organisés, aveugles et sans conscience d’elles-mêmes . . . . Force vitale.
Propres aux animaux, et leur donnant la conscience de leur existence Sensibilité.
§. 3. Si nous comparons maintenant ces deux tableaux , nous verrons qu’ils contiennent les élemens de l’ordre classique des sciences occupées de l’étude de la nature et considérées dans leurs rapports généraux.
Les sciences dynamiques sont la Physique , la Chimie , la Physiologie et la Psychologie, dont l’attraction,
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l’affinité, la force vitale et la sensibilité sont lès bases fondamentales, ou pour mieux dire , les sujets. Ces quatre sciences ont entre elles des rapports intimes de dépendance. La Physique, qui s’applique à tous les corps , et qui n’a besoin que du secours des mathématiques, doit précéder toutes les autres études naturelles dont elle est la base commune. La Chimie, qui s’applique à tous les corps terrestres, qui emprunte ses secours des mathématiques, et surtout de la physique, n’a pu atteindre quelque précision, que lorsque celle-ci avait déjà fait des progrès sensibles. La Physiologie profite nécessairement des deux sciences précédentes, puisque l’attraction et l’affinité, qui en sont les bases, sont communes à tous les corps; mais elle en modifie quelques résultats par la complication d’une troisième force, la force vitale plus inexplicable encore ( si tant est que quelque chose dans ces généralités naturelles soit expliqué ). Enfin la Psychologie, qui est bornée à l’étude de la sensibilité et de ses conséquences a sans cesse besoin de la physiologie, pour distinguer ce qui est commun à tous les êtres vivans et par conséquent dû à la force vitale, de ce qui est propre aux animaux, et dû par conséquent à la sensibilité. Cette gradatiorymérite une sérieuse attention!, car c’est de son inobservation que sont nés la plupart des faux systèmes qui ont retardé la marche de l’esprit humain. La chimie, où les lois de l’affinité ne pourront être bien étudiées qu'à l’époque où toutes celles de la physique, c’est-à-dire, toutes les conséquences de l’attraction moléculaire seront connues. Quand la physique et la chimie auront découvert les lois et les propriétés commîmes à tous les corps , alors la physiologie verra clairement ce qui est l’appanage spécial de la force vitale , et quand les lois et les conséquences de cette force mystérieuse seront
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l’ attraction moléculaire , qui est la propriété la plus générale de la matière. Cette attraction ne suffit point, à beaucoup près, pour concevoir comment , dans les corps organiques, chaque molécule parcourt un espace souvent très-considérable et des chemins très-compliqués , avant de se déposer sur tel ou tel organe; la force particulière qui opère ce phénomène et plusieurs autres , a reçu le nom de force vitale. De même que les physiciens considèrent l’attraction comme une cause des phénomènes qu’ils étudient , sans pouvoir affirmer si elle est une propriété inhérente à la matière , ou une conséquence de la disposition des molécules ; de même aussi les naturalistes parlent de la force vitale , comme d’une cause des faits qu’ils observent, sans savoir si elle est une propriété dont la disposition des molécules dépende , ou si elle-même dépend de la disposition de ces molécules.
Nous venons de voir l’idée la plus simple et la plus exacte qu’on puisse se former delà différence primordiale qui existe entre les corps et les êtres, les corps inorganisés ou organisés, les corps bruts ou vivans, la matière inerte et la vie. Si nous poursuivons celte comparaison, nous verrons que les corps inorganiques existent par la réunion de molécules similaires , passent tout le temps de leur durée dans un état passif, se détruisent par la désunion de leurs molécules. Les corps organisés, au contraire, ne sont jamais dans un état passif, acquièrent et perdent sans cesse de nouvelles molécules, meurent lorsque cette acquisition de molécules ne peut avoir lieu. Les corps bruts se forment chaque fois que des molécules similaires se rencontrent en contact par une cause quelconque, ou que des molécules dissemblables peuvent, en se combinant, former un nouveau tout. Les
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corps organisés, au contraire, naissent toujours d’un corps organisé déjà existant et semblable à eux. N"ous pouvons facilement voir l’origine première d’un corps brut, et en former un certain nombre artificiellement : nous ne pouvons jamais voir former un corps organisé, sans la préexistence d’un corps de même espèce; nous ne voyons l’origine d’aucun, et nos sens aussi bien que nos raisonnemens , nous conduisent toujours à ne voir, dans les êtres organisés, que des développemens successifs , opérés par des molécules qui se disposent comme si elles se déposaient dans un réseau invisible et préexistant. Quant à Lorigine première des êtres organisés, nous ne la savons pas davantage que celle delà matière en général.
Puisque l’accroissement ou la formation des corps bruts est due à l’attraction , et que l’attraction estime force susceptible d’être calculée, les formes des corps bruts pourront et devront être souvent régulières, susceptibles d’être calculées rigoureusement , et rapportées aux formes les plus simples , parmi lesquelles il s’en trouve d’angulaires. Les formes des corps organiques , au contraire, ne sont ni calculables , ni régulières , dans le sens que les géomètres attachent à ce mot, ni angulaires au moins avec précision. Les corps bruts ne devant leur existence qu’à la réunion des molécules intégrantes, la forme, la masse et surtout la nature de celles-ci, seront donc véritablement lés caractères essentiels de chacun de ces corps. Au contraire, dans les corps organisés , les molécules intégrantes ne détermineront point la nature d’un être , mais ce sera la disposition générale de ces molécules ou la forme des parties, qui sera l’objet essentiel à étudier. Les corps bruts sont entièrement soumis aux lois de l’attraction , et par conséquent aux
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principes simples cle la physique et de la chimie ; les corps organisés sont, comme les autres, soumis à toutes ces lois, et en outre à celles de la force vitale, qui suspend ou modifie , selon les cas , les lois ordinaires de la matière. Toutes les parties des corps organisés ne sont pas au même degré sous l’empire de la force vitale , de sorte que certaines d’entr’elles cèdent, plus facilement que d’autres , à l’action des corps extérieurs : il est même certains corps organisés , qui produisent des matières homogènes et dépourvues de vie; telles sont les gommes, les résines excrétées , les concrétions , les bézoards , les coquilles , les' dents , etc. ; ces matières , quoique d’origine organique , rentrent tellement dans le domaine du règne inorganique , qu’elles sont souvent susceptibles de se cristalliser, comme on le voit dans le blanc de baleine , le camphre , le sucre, et de se changer en minéraux, comme le succin, la houille, les bitumes , etc. La matière qui compose les corps organisés , n’a rien qui lui soit particulier; dès qu’elle en est sortie par la voie des excrétions , ou que l’être est privé de la vie , cette matière rentre entièrement dans les lois de la physique et de la chimie; c’est donc essentiellement dans la disposition des molécules , c'est-à-dire , dans la forme des organes , que réside le phénomène de la vie , et ce sont ces formes, propres aux corps organisés, que les naturalistes doivent surtout étudier.
§. 5. Les corps inorganiques sont, avons-nous dit, de deux , sortes, ou pour parler plus exactement , peuvent être considérés par nous sous deux points de vue , savoir : comme faisant partie du monde dans le sens le plus vaste que nous attachions à ce mot , ou comme faisant partie du globe que nous habitons. Les premiers étant , pour la plupart , hors de la portée de tous nos sens, sauf
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la vue , nous ne pouvons en étudier que les propriétés physiques, et encore plusieurs d’entr’elles échappent à nos recherches; les seconds étant à notre disposition , nous pouvons les étudier sous tous les rapports physiques et chimiques que notre génie nous fournira. Les premiers sont tous plus ou moins sphéroïdaux , les seconds tendent tous avec plus ou moins d’énergie à une véritable cristallisation , c’est-à-dire, à former par leur réunion des solides à faces planes et à arêtes angulaires. La science qui s’occupe des corps inorganiques , considérés comme partie du monde, est X Astronomie. Celle qui les étudie, en tant que constituant le globe terrestre , porte le nom de' Minéralogie pris dans Je sens le plus vaste possible , et pourrait recevoir celui de Géonomie , étude immense dont la Géographie physique , la Météorologie , la Minéralogie , l’Oryctologie, la Géologie, sont les branches principales.
§. 6. Les corps organisés et vivans sont, disions-nous, de deux ordres : les animaux, qui sont doués de sentiment , c’est-à-dire , de la conscience de leur existence, et dont l’étude fait l’objet de la science qu’on nomme Zoologie ; les végétaux, qui sont dépourvus de toute^sensibilité , et qui font l’objet spécial de la Botanique.
§. 7. Ces deux grandes classes d’êtres , ou , comme on a coutume de le dire, ces deux règnes, ont entre eux des rapports si intimes, qu’ils semblent formés sur un plan analogue ; les uns et les autres sont composés de parties, les unes agissantes, les autres élaborées; les unes plus ou moins solides , les autres généralement liquides : dans les deux règnes on remarque, tant que la vie dure, une tendance énergique pour résister à la putréfaction; dans les deux règnes on trouve des composés particuliers que la synthèse chimique 11e sait imiter : dans l’un et l’autre
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règne, les matières qui doivent servir à la nutrition passent , avant d’en être susceptibles , par une série de phénomènes analogues ; dans tous les deux on distingue de3 sécrétions et des excrétions variées : dans les deux règnes, les lois de la reproduction o firent une similitude frappante ; dans tous deux, les individus nés d’un être quelconque lui ressemblent dans toutes les parties, essentielles, et la réunion de tous ces individus, qu’on peut supposer originairement sortis d’un seul être, constitue une espèce; dans les deux règnes , les espèces ont entr’elles des ressemblances plus ou moins grandes d’organisation, et en les comparant les unes aux autres, on y observe une gradation marquée dans la complication des organes; plus leur organisation est simple, plus ils ressemblent aux êtres correspondans de l’autre règne , tellement que, dans certains cas, on ne peut affirmer si tel ou tel être appartient au règne animal ou végétal, comme, par exemple, les éponges, les diatomes,lesoscillatoires, lesconferves,etc. Ces considérations ont tellement frappé certains naturalistes , qu’ils ont cru ne devoir admettre qu’une seule classe, qu’ils ont désignée sous le nom de règne organique. D’autres, au contraire, tels queDaubenton etMunchausen , ont proposé d’établir, entre les animaux et les végétaux, un règne intermédiaire, composé des zoophytes , des algues et des champignons. Ces deux propositions ont été rejetées par la presque unanimité des naturalistes. Les êtres qui nous semblent intermédiaires entre les animaux et les plantes, doivent plutôt être considérés comme des témoignages de notre ignorance, que comme des preuves de l’existence d’une classe particulière; et quoiqu’il soit vrai de dire que les deux règnes organiques ont de grands rapports entre eux, ils offrent cependant des différences telles , qu’il est utile de les sépa-
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rer, vu que ces différences influent sur la marche de l’étude dans les deux règnes , et par conséquent sur la logique des deux sciences.
§. 8. Admettons, en effet, ou comme un fait, ou du moins comme une hypothèse infiniment probable , que les animaux sont doués de sensibilité, et que les végétaux en sont dépourvus, et nous verrons découler de cette idée, presque toutes les différences qu’on observe entre les animaux et les plantes , entre la Zoologie et laBotanique.
Puisque les animaux ont la conscience de leur existence et la sensation de la douleur et du plaisir, il est naturel db penser qu’ils pourront éviter leur mal et chercher leur bien, c’est-à-dire, qu’ils seront doués de la faculté dese mouvoir, et si on les en supposait dépourvus, il ne nous resterait aucun moyen de connaître leur sensibilité. Les végétaux, au contraire, ne peuvent exécuter d’autres mouvemens que ceux qui leur sont commandés par les agens extérieurs, ou par certaines circonstances mécaniques de leur structure. Ces mouvemens ne peuvent être ni volontaires, ni réellement locomotifs.
L’animal doué de sensibilité et de motilité peut choisir les alimeris nécessaires à son existence, les aller chercher lorsqu’il ne les trouve pas autour de lui , et les saisir pour se les approprier. Il pourra donc se nourrir de toute espèce de matières, même de celles qui sont peu répandues dans la nature, telles que les matières déjà organisées. Le végétal, au contraire, ne pouvant ni savoir ce qui lui convient , ni saisir aucune proie , devra se nourrir de matières assez généralement répandues dans le globe pour en trouver presque partout , assez inertes pour n’opposer aucune résistance aux faibles moyens d’absorption dont il est doué, assez molles pour n’exiger aucune division mécanique; or , il n’y a que les
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substances inorganiques , telles que l’eau , l’air et les ma» tières dissoutes dans ces deux véhicules, qui remplissent ces conditions, et ce sont , en effet, celles qui servent à la nutrition végétale.
Les animaux peuvent donc choisir pour leur nourriture des matières très-diversifiées , et par conséquent les organes de leur nutrition doivent présenter de grandes diversités; les végétaux, au contraire, absorbent presque t>us les mêmes élémens; et par conséquent, les organes de leur nutrition présenteront peu de diversités.
Les animaux qui choisissent leur nourriture devront rester de temps en temps sans trouver celle qui leur est propre, et lorsqu’ils la trouveront , en prendre une provision pour un certain temps : ils devront donc être munis d’une cavité particulière, dans laquelle ils pourront déposer leur magasin de nourriture; cette cavité, c’est leur estomach : les végétaux étant toujours entourés par leurs alimens , et ne devant point changer de place , n’ont pas besoin d’en faire de provision , et n’ont point d’estomacli pour la recevoir.
Puisque la nourriture chez les animaux est déposée dans une cavité interne , ce sera vers ce centre que seront dirigés tous les vaisseaux de l’animal : dans la plante, au contraire, les vaisseaux absorbans seront dirigés vers la superficie. Les animaux, dit Boerhaave, se nourrissent par des racines intérieures; les plantes, par des racines extérieures : par conséquent, la structure des végétaux sera destinée à multiplier les surfaces, et sera d’autant plus parfaite qu’elle remplira mieux cette destination. Celle des animaux tendra à la centralisation , et nous paraîtra d’autant plus parfa te qu’elle atteindra mieux ce but.
Pour que l’animal puisse saisir sa proie et la conserver au moins quelque temps en dépôt dans son estomach , il
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faut que cette proie présente quelque solidité, et lorsque les vaisseaux absorbans en auront choisi toute la partie élaborable, le résidu, s’il y en a, devra être un excrément solide; au contraire , dans le végétal, l’aliment devra être liquide pour pouvoir pénétrer sans effort dans les vaisseaux, et lorsque ceux-ci se sont emparés de la partie assimilable , le résidu , s’il y en a , devra être un excrément liquide : et c’est , en effet , l’une des différences les plus bizarres qu’on observe entre les deux règnes.
Puisque dans les animaux le siège essentiel de la nutrition est placé à l’intérieur, et que les vaisseaux sont tous dirigés à l’entour de ce centre, ces vaisseaux devront remplir le même office autant que la vie de l’animal devra durer ; au contraire, les vaisseaux des plantes étant dirigés en dehors, il y aura sans cesse possibilité ou de les voir s’allonger , ou d’en voir de nouveaux se développer à leur côté extérieur. Il y aura donc, par conséquent, un terme à l’accroissement des animaux, et non à celui des végétaux. Il y aura donc dans les animaux une mort de vieillesse; ce sera le moment où les vaisseaux existans, et qui ne peuvent se renouveler, seront obstrués par le passage des molécules. Celte cause de mort n’existe pas dans les végétaux, puisque de nouveaux vaisseaux peuvent indéfiniment s’y développer et remplacer les anciens. Les animaux meurent de vieillesse ou d’accidens , et les plantes d’accidens seulement.
De ce que les animaux ont un centre de nutrition et de vie, il en doit résulter qu’ils ne peuvent que très-rarement être divisibles en plusieurs individus ; car les polypes qui semblent faire exception à cette règle, doivent être considérés comme des aggrégalions d’un grand nombre d’individus. Les plantes, au contraire , n’ayant point de centre commun, et étant douées de la faculté de
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produire indéfiniment de nouveaux vaisseaux, pourront être divisées sans perdre la vie, et devront par conséquent se multiplier de boutures.
Les organes essentiels à la vie , dans les animaux, ne pouvant point se renouveler à cause de leur position à l’intérieur du corps, devront tous offrir une permanence égale à la durée de l’individu. Dans les végétaux, au contraire, les organes les plus essentiels peuvent se renouveler sans inconvénient; ainsi, les feuilles qui servent à leur respiration meurent et sont remplacées par d’autres. Les organes sexuels des plantes ne servent jamais qu'une seule fois, se détruisent dès que leur fonction est opérée, et il s’en développe de nouveaux à chaque reproduction; cette dernière différence, observée par Hedwig, est une des plus singulières que présentent les deux règnes.
Si nous poursuivons ce genre de comparaison relativement à la reproduction, nous verrons que dans le règne animal, où l’individu fécondateur peut aller chercher celui qit’il doit féconder, l’hermaphroditisme est rare; tandis que dans le règne végétal, où le mâle ne peut se transporter auprès de la femelle, l’hermaphroditisme est fréquent. Nous verrons que, dans les animaux, où le rapprochement des sexes peut avoir lieu de la manière le plus intime , la matière fécondante est liquide, tandis que dans les plantes, cette matière devant être transportée au travers de l’air, est sous la forme de petits globules qui renferment le liquide fécondateur. Ainsi, jusque dans les moindres nuances , les différences des animaux et des végétaux sont des suites nécessaires de la présence ou de la nullité du sentiment et du mouvement volontaire ; et par conséquentnous devons admettre ce caractère fondamental, non plus comme une hypo-
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thèse, mais comme une théorie liée intimement avec l’ensemble des faits.
§. g. Il résulte de ce qui vient d’être dit, que si les grandes bases de l’étude de la Zoologie et de la Botanique doivent avoir des rapports nombreux et importans, il ne faut cependant pas confondre la logique de ces deux sciences , ni transporter les théories de l’une dans l’autre sans un mûr examen. Tout ce qui est relatif au danger d’appliquer aux êtres organisés les simples lois de la physique et de la chimie, tout ce qui concerne les généralités de la nutrition et de la reproduction, toute la théorie générale des classifications , est commun aux deux règnes. Mais puisque tous les organes essentiels des animaux sont places à l’intérieur, l’Anatomie doit jouer le rôle le plus important dans la Zoologie, tandis qu’elle ne peut avoir à beaucoup près la même importance dans l’étude des végétaux, où les organes les plus essentiels sont à l’extérieur. Puisque les animaux sont doués d’une volonté qui les rend actifs , l’étude de leur instinct obtiendra un rang distingué dans la Zoologie, tandis que les végétaux ne pouvant que résister avec plus ou moins de force aux élemens extérieurs , présenteront moins de diversités et d’intérêt dans l’étude de leur manière de vivre; mais la différence des deux sciences se fait mieux sentir à d’autres égards.
Les animaux doués de mouvement peuvent éviter le mal et chercher ce qui convient à leur nature ; par conséquent , s’ils se trouvent dans un lieu trop chaud ou trop humide , ils le quitteront pour se transporter ailleurs, et ne se laisseront que le. moins possible altérer par cette cause extérieure : d’où résulte qu’il y a,