I N T R O D U C T LO N
dans le règne animal, fort peu de variétés autres que celles dues à l’âge , au sexe et à la domesticité , et que les caractères des espèces y offrent plus de fixité. Au contraire, les végétaux semés sur le globe par le hazard , c’est -'a- dire * par le concours de causes indépendantes d’eux , et irrémissiblement fixés au lieu qui les a vus naître, doivent souvent être modifiés dans leur grandeur, leur couleur, leur forme, leur consistance, selon le lieu où ils se trouvent. Il doit donc y avoir dans les végétaux un nombre immense de variétés, et les caractères des espèces doivent avoir en Botanique moins de fixité qu’en Zoologie. Les accouplemens des animaux étant tous déterminés par leur instinct, qui les rapproche sans cesse des individus de leur espèce, il doit y avoir dans le règne animal fort peu de mulets créés hors de la domesticité; les fécondations végétales pouvant se produire par le rapprochement fortuit de deux espèces et le transport accidentel de leur poussière fécondante, il devra y avoir, dans le règne végétal, un certain nombre de mulets qui ne sont point dûs à l’action de l’homme.
Quant à la classification , il se présente , entre les deux règnes organisés, une différence qui semble arbitraire , mais qui est réellement fondée sur la nature : c’est que la classification zoologique est fondée sur les organes de la nutrition , et la classification botanique, sur ceux de la reproduction. Les animaux ayant le choix de leurs alimens, peuvent en prendre et en prennent en effet qui sont très-diversifiés, et leurs organes d’appréhension, de manducation, de digestion, etc., doivent présenter des différences proportionnées à la diversité possible des aiimens. Les végétaux se nourrissant de matières très-
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peu diversifiées, et qui arrivent à eux sans efforts de leur part, ne présentent, relativement aux organes de leur nuti'ition, que des différences très-peu nombreuses : c’est donc avec raison que les Botanistes ont dû chercher les bases de la classification dans le système reproducteur, qui présente plus de variations et par conséquent plus de prise à l’observation. Mais, si les moyens sont différens , les résultats restent les mêmes dans les deux règnes; une bonne classification , fondée sur l’un des gi'ands systèmes, se vérifie toujours sur l’autre.
§. io. Des considérations générales que je viens de présenter, résultent les principes suivans : i.° Les différences des deux règnes organisés tiennent essentiellement à ce que l’un d’eux est doué de sensibilité et de motilité, dont l’autre est dépourvu. 2.0 Le rôle général des Végétaux dans la nature, est d’élaborer des matières inorganiques, de telle sorte qu’elles deviennent propres à la nourriture des animaux. 3.° On ne doit pas, sans un examen attentif, transporter tous les principes de la Zoologie dans la Botanique, ou de la Botanique dans la Zoologie, sous peine d’y commettre de graves erreurs.
§. 11. La Botanique ( Ilotanica , Res lierbaria ) est, comme nous venons de le voir, l’histoire naturelle du règne végétal; cette étude est si vaste, qu’elle a besoin d’être divisée en plusieurs branches dont je présenterai ici le tableau succinct.
I.° Les végétaux doivent d’abord être étudiés paj- le naturaliste en tant qu' êtres distincts les uns des autres , qu’il s’agit de reconnaître, de décrire et déclasser ; cette branche de la science qu’on a cru long-temps être la Bo-
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tanique toute entière, a gardé, d’après cette idée, toute fausse qu’elle est , le nom de Botanique proprement dite ; elle se compose, i.° de la Glossologie (i), c’est-à-dire , de la connaissance des termes par lesquels on désigne les organes des plantes et leurs diverses modifications; 2.° delà Taxonomie ( 2), ou de la Théorie des classifications appliquée au règne végétal. M. Desvaux distingue ici la Nomologie ou la connaissance des lois relatives aux variations des organes, et la Taxologie ou les lois de la classification proprement dite. Ces deux parties nous semblent trop intimement liées pour qu’il soit possible de les séparer; 3.° de la Phytographie, ou de l’art de décrire les plantes de la manière la plus mile aux progrès de la science : d’où résultent, comme applications, la Botanique descriptive , c’est-à-dire, la description de toutes les espèces donl le règne végétal se compose, et la Synonymie botanique , ou la connaissance des noms divers sous lesquels les plantes ont été désignées.
II.0 Les végétaux peuvent encore être étudiés par le naturaliste en tant qu êtres organisés et vivans ; cette étude porte les noms de Physique végétale, ou de Botanique
(1) On a coutume de donner à cette branche de la science , le nom de Terminologie , qui serait, en effet, commode à admettre, si sa composition, moitié latine et moitié grecque , ne s’y opposait : je lui substitue celui de Glossologie, qui est plus régulier, puisqu’il est formé de y\uaau. mot, terme, et de ao>oo discours.
(2) Mot formé de 1 -ifi* ordre et n pta loi, régie. Il serait plus exact de dire Taxéonomie; mais j’ai cru devoir admettre la suppression de IV, pour rendre le mot plus court.
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organique ; elle comprend , i.° l’étude de la structure des organes des plantes ou Y Organographie (*) ; 2.0 l’étude du jeu ou des fonctions de ces mêmes organes considérés dans leur étal de santé , ou la Physiologie végétale; 3.° l’examen des dérangemens qui peuvent survenir dans les fonctions des plantes, ou, en d’autres termes, la Pathologie végétale , que M. Desvaux nomme Phytotèrosie; /j.° l’examen des causes physiques qui, modifiées par la nature particulière des êtres, déterminent chacun d’eux à vivre dans un lieu déterminé, ou la Géographie Botanique.
III.» A ces deux parties, qui constituent réellement toute la théorie de la science, on doit en joindre une troisième, savoir, l’étude des rapports qui existent entre les végétaux et l’espèce humaine, ou la Botanique ajtpliquée ; elle comprend, i.° la Botani tue agricole ; 2." la Botanique médicale ; 3.° la Botanique économique et industrielle ; zj-° la Botanique historique , etc.
§. 12. Toutes les parties de la science que je viens d’énumérer ont entre elles des rapports nombreux et nécessaires; ainsi la Théorie des classifications éclaire à-la-
(*) Je neditpas anatomie végétale , car le mot anatomie suppose section des tégumens et examen des parties internes ; tandis que le plus grand nombre des organes des végétaux Sont placés à l’extérieur, de sorte que l’anatomie n’est qu’une branche de l’organographie : ce dernier terme vient des mots grecs organe,
et je décris. M. Desvaux divise l’organographie en deux
parties ; Y Autopsie ou la connaissance générale des organes étudiés à l’extérieur ; la Phytotomie ou l’étude des organes internes. Ce ne sont pas, selon moi, deux sciences, mais deux moyens d’arriver à la connaissance dès organes.
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fois presque toutes les parties de la Botanique; l’Organographie est indispensable pour toutes les autres branches de la science, et principalement pour la Glossologie et la Physiologie; celle-ci tire plusieurs documens , nonseulement de l’Organographie , mais de la Botanique agricole, sur laquelle elle réagit à son tour; la Nomenclature et la Synonymie répandent sur toutes les branches de la science, la clarté et la précision, etc. Rien n’est si contraire aux progrès de l’une quelconque des branches de la Botanique , que de l’isoler de toutes les autres, et il serait aisé de prouver que la séparation qui a long - temps existé entre ceux qui s’occupaient de Botanique proprement dite et de Physique végétale, est une des causes qui ont long-temps retardé les progrès de ces deux éludes. Il est impossible d’exposer avec soin les principes de quelqu’une des parties de la Botanique, sans supposer de temps en temps des connaissances générales sur les autres.
§. i3. On sentira facilement que je n’ai point pour but de présenter, dans ce volume, les principes même trèsabrégés de toutes les parties de la science, mais seulement de celles qui composent la Botanique proprement dite , savoir, la Glossologie, la Taxonomie et la Phytographie. Uu jour, peut-être , je m’occuperai à poursuivre, sous la même forme, les principes de la Physique végétale, et l’exposition des détails delà Botanique. Quant aux parties fondamentales de la science dont je donne ici la théorie élémentaire , l’ordre naturel des idées eût été de les exposer dans le rang que je viens d’indiquer ; mais comme la Glossologie n’est pas susceptible de lecture suivie, et qu’elle a plutôt Informe et l’utilité d’un dictionnaire que d’un livre élémentaire, j’ai cru devoir
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la rejeter à la fin du volume. Ceux qui n’ont encore aucune idée de la Botanique , feront bien de commencer par prendre une connaissance générale de la langue de la science, et surtout des principaux termes organographiques ; après s’être familiarisés avec leur signification, ils devront revenir à la première partie, sauf lorsqu’ils trouveront quelque terme inconnu pour eux, à en chercher le sens par la simple table alphabétique.
Quant à ceux qui ont déjà quelques notions de la Botanique, ils trouveront l’ouvrage rangé dans l’ordre où ils peuvent le lire. C’est principalement en faveur de ceux qui, ayant déjà quelques connaissances générales, n’ont pu cependant encore fixer leurs idées sur l’ensemble de la science, que j’ai donné quelques soins à l’exposition des principes de la Taxonomie. Quoique la méthode na« turelle soit déjà célèbre par les discussions qu’elle a fait naître, déjà importante par ses utiles applications, déjà très-perfectionnée par les travaux des plus grands naturalistes, elle n’a jamais encore été analysée avec le soin qu’elle mérite, ni exposée d’une manière rationnelle et didactique; tel est le but essentiel auquel je tends, sans me dissimuler son extrême difficulté : je suis loin sans doute de l’atteindre; mais j’ose croire que les commençans trouveront, dans cet ouvrage, plus de précision et de logique qu’on n’en a mis jusqu’ici dans les livres de cette nature; j’ose espérer que les maîtres mêmes de la science trouveront , dans cette discussion , des considérations dignes peut-être d’occuper leur attention ; ils sentiront mieux que personne les difficultés contre lesquelles j’ai lutté, et c’est d’eux aussi que j’attends le
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plus d’indulgence. La grâceque je leur demande par-dessus tout, c’est de n’être pas jugé sur quelques phrases isolées , niais sur l’ensemble de mes idées.