‹ Théorie élémentaire de la botaniqueChapitre 61 sur 84 · PHOTOGRAPHIE · texte numérisé non relu

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la plante en fleur, un pour l’avoir avec son fruit, un pour ses feuilles radicales si elles diffèrent des autres, et un pour l’époque de la germination, si l’on veut donner à sa collection tout le soin possible. Lorsque les plantes sont trop grandes pour être desséchées en une seule pièce , on choisit les rameaux les plus instructifs. Ces plantes doivent être étalées sur du papier non collé, grisou blanc; le meilleur de tous est le papier aluné des anciens livres : on étale la plante de manière à ce que ses diverses parties ne chevauchent pas l’une sur l’autre, mais il vaut encore mieux qu’il y ait quelques feuilles pliées ou recouvertes** que si on détournait les organes de leur direction naturelle pour leur donner une position forcée. On place la feuille de papier qui renferme la plante entre plusieurs autres vides et bien sèches, et on les comprime, soit dans une presse , soit par un poids. Chaque jour on doit changer le papier devenu humide pour en substituer de sec; lorsque les plantes sont de nature très-délicate , il vaut mieux , pour lie pas les déranger, laisser la feuille qui les renferme et ne changer que les intermédiaires. L’essentiel pour, que la plante perde peu de ses couleurs , est que la dessiccation soit rapide ; pour cela , on fera bien de placer les plantes à dessécher dans un lieu très-sec , où l’air se renouvelle facilement, et qui soit même modérément chauffé, comme le sont par exemple les chambres à poêle, ou les fours desquels le pain est enlevé depuis long-temps. Si la chaleur dépasse 35°, on doit craindre que les plantes se desséchant trop , deviennent friables. Il ne faut pas presser les plantes outre-mesure au commencement de la dessiccation, parce que les divers organes se collent l’un à l’autre , de manière que

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parla suite il devient impossible de les analyser. Lorsqu'on est dans le cas de dessécher des plantes grasses ou bulbeuses , qui sont douées d’une telle force de vie, qu’elles végètent long-temps (*) même dans l’herbier , on a soin , pour éviter cet inconvénient , de plonger toute la plante, sauf les fleurs, dans l’eau bouillante; cette chaleur la tue sans rémission, et on la dessèche ensuite comme à l’ordinaire, en ayant soin seulement d’en changer le papier un peu plus fréquemment.

§. 260. Les plantes sèches, et surtout celles qui sont desséchées depuis peu d’années , sont sujettes à être dévorées par les larves des Teignes, des Ptinus et de plusieurs autres insectes. Pour éviter ce désagrément, les meilleurs procédés sont d’enfermer son herbier dans des armoires ou caisses fermées, de serrer chaque paquet assez fortement pour rendre son entrée difficile, mais surtout de le visiter fréquemment pour arrêter la multiplication des insectes dévorateurs, et d’oindre les plantes des familles les plus sujètes à être attaquées , telles que les Composées, les Ombellifères, les Crucifères et les Euphorbes, d’une solution à saturation de sublimé corrosif dans de l’esprit de vin. C’est par ce procédé que M. Smith est parvenu à conserver intact le précieux herbier de Linné.

§. 266. Lorsque les plantes sont sèches , elles doivent être placées dans des feuilles de papier d’une grandeur uniforme, et assez considérable pour 11’être pas obligé

(*) J’ai vu une bulbe de Narcisse desséchée et placée dans mon herbier , pousser quatre ans de suite de jeunes feuilles au printemps. Un pied d’une nouvelle espèce de Sempenivum des Canaries, après avoir été conservé 18 mois dans mon herbier a repris la vie lorsqu’il a été planté. ,

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de se borner à des échantillons petits ou rabougris : on ne doit point coller les plantes sur le papier, parce que la colle attire les insectes et qu’on s’ôte par là le moyen d’analyser ses échantillons; on peut tout au plus les fixer au moyen de petites bandelettes de papier, retenues par des camions. Chaque espèce doit occuper seule une feuille de papier ; mais il est bon d’en avoir plusieurs échantillons dans différens états et provenant de différens pays. Chaque échantillon doit porter une étiquette où l’on trouve sa patrie, l’époque de sa fieuraison, et même les particularités de sa structure, qui sont de nature à se perdre par la dessiccation. Chaque feuille doit être aussi munie d’une étiquette qui porte les noms de la plante. L’ordre général d’un herbier doit être celui de la méthode qu’on adopte comme la meilleure, et non l’ordre alphabétique qui n’apprend rien à l’esprit, ou l’ordre géographique qui disperse trop les objets semblables; à ce dernier égard, il peut être agréable, cependant, lorsqu’on a un herbier général et méthodique, d’avoir aussi des herbiers séparés pour les plantes des pays auxquels on prend un intérêt plus particulier. En général , on doit mettre beaucoùp d’ordre dans la disposition des herbiers et des grainiers, afin d’y retrouver facilement les objets qu’on cherche, et de n’être pas induits en erreur sur leur origine.

Lorsqu’on veut analyser une plante sèche , on doit exposer les parties délicates, telles que la fleur ou le fruit, à la vapeur de l’eau bouillante ou dans l’eau chaude elle-même, selon leur degré de consistance : par ce procédé simple on les ramollit au point de pouvoir les disséquer avec assez de précision. Il est inutile de dire, cependant, que ces analyses, qui exigent de

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i’habitude, de l’adresse et quelque Sagacité, ne sont jamais aussi certaines que celles qu’on fait sur les plantes vivantes.

§. 267. Les heibiers ont été employés par quelques botanistes en guise de planches pour faire connaître des espèces difficiles; Ehrart est, je crois* le premier qui ait publié des échantillons desséchés et étiquetés avec soin, à la place de descriptions et de figures ; cette méthode a été suivie avec succès par MM. Hoppe, Fiiuk, Schleicher, Thomas, Seringe , Nestleret Mongeot, etc; Elle est utile et recommandable quand il s’agit d’espèces très-difficiles à distinguer, comme lès Saules, les Graminées et surtout les Cryptogames.

§. 268. L’une des principales Utilités que la science retire des herbiers , est la fixité qu’ils donnent à la nomenclature ; on peut toujours retrouver avec certitude, par leur secours , quelle est la plante même qui a servi de type pour les descriptions des auteurs originaux, et éviter ainsi les erreurs qui peuvent résulter, soit de l’accumulation de3 synonymes erronés, soit des vices ou des omissions des descriptions. La vue de l’échantillon desséché et étiqueté par l’auteur , lève ordinairement tous les doutes que les livres même les mieux faits peuvent encore laisser. Cette utilité est surtout très-grande lorsqu’il s’agit de rapporter aux noms modernes ceux des botanistes anciens qui n’ont pas toujours laissé des descriptions suffisantes ; ainsi l’étude de leurs herbiers est un supplémentnécessaireàcelledeleurs livres. Parmi ces herbiers importans à consulter pour la synonymie, je citerai principalement celui de Gaspard Bauliin, déposé au jardin Botaniqiie de Basle; ceux de Tournefort, de Vaillant et de Michaux, conservés au Mu-* séum d’histoire naturelle à Paris; celui de Micheli, quf»

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possède M. Targioni- Tozetti, à Florence; celui de Scheuchzer, qui appartient aujourd’hui à M. Schultes de Zurich ; ceux de Clifford , de Miller et d’Aublet, qui font partie de la collection de sir Joseph Banks; ceux de Ray , de Kœmpfer, etc. , conservés au Muséum Britannique; ceux de Dillenius et de Siblliorp , déposés à l’Université d’Oxford ; celui de Linné, que possède aujourd’hui sir Jam. Ed. Smith, à Norwich; ceux des Burman, de Lemonnier et de Ventenat, qui font partie de la collection de M. Benj. Delessert, à Paris; ceux de Pallas et de Pursh, dont M. Lambert, à Londres, est propriétaire; ceux de Vahl et de Forskahl, qui font partie des collections royales d’histoire naturelle de Copenhagen ; ceux de Cavanilles , de Ruiz et Pavon , de Sessé et de Moçino, conservés au jardin royal de Madrid ; ceux de Magnol et deBroussoneï, que possède M. Bouchet, à Montpellier; celui d’Allioni, qui est entre les mains de M. Balbis , à Turin ; ceux de l'Héritier et de Thibaud, que je possède à Genève , et enfin les herbiers des Botanistes qui de nos jours ont décrit un nombre d’espèces un peu considérable , tels que MM. de Jussieu , Desfontaines , de Lamarck, Labillardière, de Beau vois, de Humboltd et Bonpland, Delille, Richard, à Paris; Wildenow, Link et Hoffmansegg, à Berlin; Swartz Thunberg, Afzelius et Acharius, en Suède; Jacquin, Host , Kitaibel, dans l’empire d’Autriche ; R. Brown , Hooker, Turner, et les botanistes déjà cités en Angleterre; Marschal de Bieberstein , Steven et Fischer, en Russie, etc., etc., etc. Ces divers herbiers, et plusieurs autres qui m’échappent sans doute dans cette rapide énumération , renferment les types originaux de la plupart des espèces connues, et l’on peut ainsi , dans la plupart des cas douteux, vérifier réellement à quelle plante se

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rapporte chaque nom. Lorsqu’on a eu occasion de faire cette vérification, il est utile de l’indiquer, soit explicitement, soit par un point d’exclamation placé à la suite du nom de l’auteur. Lorsqu’on décrit soi-même une plante dans un herbier, 011 doit toujours avoir soin d’indiquer dans quelle collection on l’a décrite, afin que les botanistes exacts puissent constamment recourir à l’échantillon , type de l’espèce. Lorsqu’on décrit même une plante vivante, on doit avoir soin d’en dessécher un fragment qui serve à l’avenir de pièce authentique pour lever les difficultés qui pourront se présenter, même après les descriptions les plus complètes et les figures les plus exactes. Toutes ces précautions sont minutieuses et peuvent paraître presque mécaniques, je l’avoue , mais c’est sur elles que repose, en grande partie, la précision rigoureuse qui s’introduit davantage chaque jour dans la Botanique; c’est par elles que ce nombre prodigieux de végétaux, qui se découvre sans cesse, peut être décrit et reconnu sans confusion. Je ne saurais donc trop recommander aux jeunes Botanistes d’apporter, au soin de leurs herbiers, l’ordre le plus rigoureux, et à tous ceux qui possèdent de telles collections de noter, avec soin-, sur les échantillons qui leur sont communiqués, de qui ils les tiennent; souvent, en effet, un échantillon étiqueté par l’auteur qui a décrit l’espèce, lève tous les doutes qui peuvent se présenter.

§. 269. On n’a jusqu’ici presque considéré les herbiers que sous le rapport de la simple Botanique descriptive ; mais il pourrait devenir utile de les considérer aussi sous le rapport de l’étude générale, des formes et de la manière de vivre des Plantes. Il serait éminemment précieux pour la connaissance des lois réelles de la Taxonomie, de réunir d’une manière

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analogue des exemples variés de soudures plus ou inoinâ complètes, d’avortements, de transformations ou d’aber-> ration d’organes 5. il serait précieux pour l’étude des lois générales de la végétation , d’avoir des- herbiers où l’on trouverait des échantillons comparatifs des mêmes organes et des mêmes plantes crues dans un sol sec oühumide, découvert ou ombragé, au pied, sur le flanc ou an sommet des montagnes, dans les pays chauds ou froids, etc. De pareilles collections répandraient, je pense, un jour tout nouveau sur un grand nombre de questions d’ Anatomie, de Physiologie végétale, et de Géographie botanique. J’ose engager les Botanistes qui vivent dans les parties montueuses et bien connues de l’Europe, à donner quelque soin à ce genre de collections, dont l’utilité se fera tous les jours sentir davantage, à mesure' que l’étude philosophique des plantes fera plus de progrès. ,

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