XXIV. Cryptogamie
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§. 3o. Chacune de ces classes est divisée en ordres d’après des principes un peu divers ; ainsi dans les XIII premières classes essentiellement fondées sur le nombre des étamines, les ordres sont établis sur celui des styles: ainsi on les désigne sous les noms de
Monogynie, quand il y a I style.
Digynie 2
Trigynie 3
Tétragynie 4
Peniagynie. , 5
/ Hexagynie 6
Heptagynie 7
Octogynie 3
Ennéagynie. . 9
Décagynie 10
Dodécagynie. ....... de 1 1 à 19
Polygynie. 20 ou plus.
Dans la Didynamie ou la XI V.e classe , on trouve deux ordres; l’un, cpii se nomme gymnospermie , renferme les plantes qui ont quatre graines nues au fond du calice, ou, pour parler plus exactement , l’ovaire fendu en quatre portions; le second , qu’on nomme cingiospermie , a les graines renfermées dans un péricarpe apparent , ou l’ovaire non divisé en quatre portions.
La Tétradynamie se divise en deux ordres; la T. siliqueuse , ou dont le fruit est quatre fois au moins plus long que large; la T. siliculeuse , ou dont le fruit n’est pas cjuatre fois plus long que large.
Dans la Monadelphie, la Diadélphie, la Polyadelphie, la Gynandrie, la Monœcie et la Diœcie , qui sont fondées sur l’adhérence des étamines par leurs filets, soit entre elles, soit avec l’ovaire, ou sur leur position dans des fleurs diverses, les ordres sont déduits du nombre des
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étamines elles-mêmes, et portent par conséquent les noms des premières classes; ainsi on clit Monadelphie (*) diandrie, Monadelphie triandrie, etc.
Dans la Syngénésie, les ordres sont très -compliqués et fondés sur les rapports qui existent dans la disposition des deux sexes et sur celle des fleurs elles -mêmes : la classe est d’abord divisée en deux ordres , savoir ; la Syngénésie -polygamie, où les fleurs sont réunies plusieurs ensemble dans un calice commun, et la Syngénésie monogamie , où elles sont séparées; ce dernier ordre ne se sous - divise point , mais le premier se partage en cinq autres, savoir; la Polygamie égale , dont toutes les fleurs sont hermaphrodites; la Pol. superflue , dont les fleurs centrales sont hermaphrodites et les marginales femelles ; la Pol. frustranèe , où les fleurs centrales sont hermaphrodites et les marginales stériles; la Pol. nécessaire, où les fleurs marginales sont seules fertiles; et enfin , la Pol. séparée, où les fleurs, quoique renfermées dans un involucre ou calice commun , ont encore chacune un calice propre.
La classe XXIII. e ou la Polygamie se divise en trois ordres déduits de la disposition des trois sortes de fleurs ou, sur les mêmes plantes, et alors on obtient Ford re appelé P. monœcie, ou sur deux individus différens , comme dans la P. diœcie, ou sur trois, comme dans la P. triœcie.
Enfin, la Cryptogamie se divise en quatre ordres , les Fougères , les Mousses, les Algues et les Champignons, déduits simplement du port et exposés sans caractère rigoureux.
§. 3r. On a fait , contre le système sexuel, plusieurs
(*) On conçoit que la Monadelphie monandrie est un cas impossible.
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objections déduites de ce qu’il admet souvent des rapprochemens ou des séparations contraires à l’ordre naturel; mais comme Linné a le premier distingué, avec 5 soin, la méthode artificielle et îa méthode naturelle, qu’il a le premier donné des exemples de l’une et de l’autre, il est loin de mériter un pareil reproche. Aussi ne devons-nous examiner son système , que relativement à la facilité et à la certitude qu’il donne pour découvrir le nom des plantes.
On a vu, par l’exposition précédente, que les considérations déduites du nombre absolu des organes sexuels y occupent le premier rang : ce nombre est, en général, assez constant, mais il offre cependant une foule d’anomalies ; ainsi plusieurs genres très-naturels et admis par tous les auteurs, offrent des espèces où le nombre des étamines est différent de celui qu’indique la classe où il est placé; tels sont, par exemple, les genres Vale~> riana , Géranium , Phy tolacca , Cleo me , Alsùie ; dans ce cas, Linné a placé le genre dans la classe qu’indiquait ou l’espèce la plus commune ou le plus grand nombre des espèces, et ses commentateurs ont pris soin d’ajouter à l’énumération de chaque classe, la liste des espèces qui devraient y être rapportées, quoiqu’elles soient classées ailleurs; cette précaution a diminué l’incommodité de ces exceptions , mais est fort loin de l’avoir détruite. Celte incommodité est plus grave encore , lorsqu’il s’agit des cas où le nombre des étamines est variable, non-seulement dans les espèces du même genre, mais dans les individus de même espèce; quelquefois les fleurs d’une même plante ont un nombre différent d’étamines, selon l’époque de leur développement; et, dans ce cas, la plante a été classée par Linné, d’après la première fleur qui s’é-pa-
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nouit ; ainsi la Rue est dans la Dçcandrie, parce que la première fleur a dix étamines, tandis que toutes les suivantes en ont huit; mais, soit dans ce cas, soit surtout dans les cas très - nombreux où les cliangemens dans le nombre ordinaire des étamines ne suivent aucune règle fixe, il est extrêmement difficile de classer une plante avec certitude.
Tout ce que je viens de dire sur l’incertitude du nombre des étamines, est vrai du nombre des organes femelles, et ici se présentent de nouvelles difficultés : en effet, tantôt les plantes sont classées d’après le nombre des ovaires, comme , par exemple, les genres Periploca , Cynanchum , Asclepias , qui ont deux ovaires et un style, et qui sont mis dans la Pentandrie digynie; tandis que YEchites et le Tabernæmontana qui sont organisés de même, sont dans la Pentandrie monogy nie : en général, les ordres sont déduits du nombre des styles » mais dans beaucoup de cas ils se tirent du nombre des stigmates , de sorte qu’il est souvent difficile dans la pratique, de deviner dans quel ordre se trouve telle ou telle plante.
Outre ces difficultés générales , on doit remarquer que les genres de la Pentandrie sont tellement nombreux, qu’on a souvent beaucoup de peine à les reconnaître; queceüxdela dodecandrie offrent beaucoup d’anomalies; que les ordres de la Syngénésie fondés sur des caractères minutieux, offrent de grandes difficultés; qu’une partie des genres qui sont réellement monadeiphes , sont placés dans la Diadelpliie ; qu’il y a un grand nombre de plantes dioïques ou monoïques , qu’on ne trouve point dans la Diœcie et la Monœcie; qu’il est presque absolument impossible de reconnaître les genres de la Polygamie; qu’enfin les ordres de la Cryptogamie sont trèsdifficfics pour les commenéans. Malgré ces diverses ob-
jections, de la vérité desquelles les plus zélés disciples d@ Linné ne peuvent disconvenir, le système sexuel a continué à être généralement admis , et comme là plupart: des ouvrages sont disposés dans cet ordre, il est nécessaire de le connaître à fond, quelle que soit d’ailleurs l’opinion que l’on peut avoir de son mérite réel.
§. 32. Plusieurs Botanistes ont , comme je l’ai dit plus haut, tenté de présenter de nouvelles méthodes artificielles ; mais quoique plusieurs d’entre elles offrent plus de facilité que celle de Linné , elles n’ont point été suivies ; si le système sexuel a continué à prévaloir, les causes en sont, d’un côté, le soin qu’a eu Linné pendant sa longue vie, et ensuite ses disciples, de publier, d’après le système sexuel, tous les recensemens généraux des plantes connues, recensemens qui sont d’un usage tellement habituel, que tout le monde a été obligé de se familiariser avec l’ordre adopté pour ces ouvrages» D un autre côté , à mesure que l’anatomie , la physiologie des plantes, et l’étude de leurs rapports naturels ont fait des progrès, on a senti le vide des méthodes artificielles; tous les bons esprits se sont dégoûtés d’en créer de nouvelles, et ont dirigé leurs efforts sur l’étude de la méthode naturelle, de sorte que la suprématie des* méthodes artificielles a été presque sans contradiction laissée au système sexuel , et un système artificiel est, dans ie fait, une chose de si peu d’importance, que pour ceux qui en veulent un, autant vaut admettre celui-là que tout autre.
§. 33. Parmi les méthodes destinées à donner un moyen facile de trouver le nom des plantes , la seule qui, avec celle de Linné , mérite une attention particulière , est la méthode analytique ; la première idée de1 cette méthode se trouve dans un petit ouvrage de Johre^
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nius , intitulé : Hodegus Botcinicus , et imprimé â Colmar en 1710. Voici à peu près la marche de cet auteur ; il part des classes de Tournefort, et cherche à faciliter la découverte du genre dans la classe : prenons pour exemple la première classe, celle des Campanulacées.Si, dit Johrenius, la plante que vous avez sous les yeux a un pistil qui se change en un fruit mol, elle est ou une Belladona , ou une Mandragora , ou un Lilium con vallium , ou un Polygonatum , ou un Bnscus. Maintenant, pour se décider entre ces cinq suppositions, il ajoute : si elle a la fleur multifide et le fruit globuleux d ivisé en deux loges , elle est une Belladona ; si elle a la fleur multifide, le fruit a peu près globuleux , dont la cloison 11’est pas visible, et dont les graines sont nichées dans la pulpe , elle est une Mandragora te. Ainsi, en conduisant l’élève de questions en questions, Johrenius lui fait conclure le nom de la plante; cet ouvrage est resté presque ignoré, et quoique assez ingénieux, méritait en effet peu d’attention, à cause de la faiblesse de son exécution.
§. 34. En 1778, M. de Lamarck présenta, dans la Elore Française, un autre genre de méthode analytique infiniment supérieur au précédent, et l’accompagna de réflexions générales sur les méthodes tellement remarquables, que cet ouvrage a mérité de faire époque parmi ceux qui ont préparé l’heureuse direction que l’histoire naturelle a prise de nos jours. M. de Lamarck observe que la marche naturelle de l’esprit, dans la recherche du nom d’une plante, serait de séparer d’abord le règne végétal en deux grandes classes, ce qui réduirait la difficulté du choix à moitié; de diviser de même chacune de ces classes en deux parties , puis chacune de ces parties en deux autres, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’on
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arrivât à n’avoir à comparer ensemble que deux plantes qu’on séparerait par un caractère distinctif; il fait remarquer que, dans cette suite de bifurcations, il serait aisé de présenter toujours en regard des caractères contradictoires, c’est-à-dire, tels que la vérité de l’un entraînât nécessairement la fausseté de l’autre, de sorte que l’élève le moins exercé pourrait éprouver très-peu d’embarras; il aurait pu ajouter, et c’est ici le grand avantage de cette méthode , que n’étant astreint à aucune classe, il pouvait prévoir toutes les exceptions et les anomalies de certains genres , et faire arriver par diverses routes aux noms des genres sujets à varier. Prenons un exemple pour donner l’idée de cette méthode; je suppose qu’un élève connaissant les termes et n’ayant jamais su le nom d’aucune plante , ait à la main un Myrte dont iL veut apprendre le nom botanique ; il y sera conduit par les questions suivantes. La plante a-t-elle les fleurs distinctes ou indistinctes? Prenant le premier parti, il sera conduit par un numéro à une seconde, savoir : a-t-elle les fleurs conjointes, c’est-à-dire, réunies dans une enveloppe commune, ou bien les a-t-elle disjointes? Ce dernier cas étant évident, un numéro le conduira de même aux suivantes : a-t-elle les deux sexes dans la même fleur ou les a-t-elle séparés? A-t-elle des pélates ou n’en a-t-elle point? A-t-elle l’ovaire libre ou dans la corolle, ou bien l’a-t-elle adhérent ou sous la corolle? Cette corolle est-elle monopétale ou polypétale? A-t-elle cinq pétales, plus ou moins de cinq pétales? A-t-elle plus ou moins de cinq étamines? Sa tige est-elle herbacée ou ligneuse? A-t-elle un ou plusieurs styles? Ses feuilles sont-elles entières ou découpées? Sa fleur estelle blanche ou rouge? Ces diverses questions conduisent nécessairement l’élève au nom de la plante , et l’y
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conduisent avec une grande certitude, et en lui faisant parcourir tous les caractères de la plante qu’il a sous les yeux. Celte méthode a , comme on voit , de grands avantages , savoir : de se prêtera toutes les variations connues des plantes , de n’exiger dans la recherche des noms que des connaissances très-élémentaires, d’être tellement artificielle qu’elle ne puisse induire en erreur sur son véritable but , de faire usage de toutes les parties des plantes qui existent au moment de la fleuraison, etc. Je crois donc qu’à cause de son extrême facilité , elle est préférable à toutes pour les commençans ; mais à peine a-t-on acquis quelque force, qu’on s’en dégoûte bientôt; on se lasse de cette monotonie de questions souvent uniformes; on s’impatien te de la longueur de certaines recherches ; on s’ennuie de l’attention qu’exigent les numéros de renvois d’une question à l’autre; on se plaint, enfin , de ne pouvoir suivre facilement la marche par laquelle on arrive au nom, et de ne trouver que trop rarement des points de repos qui soient des termes fixes pour la mémoire et l’attention. La plupart de ces inconvéniens ont été lévés par M. Lestiboudois , dans sa Flore de Belgique , et par M. Dubois , dans celle d’Orléans ; et l’un l’autre ont lié la méthode analytique avec une méthode plus ou moins naturelle , et ont présenté, sous forme de tableaux généalogiques , les séries de questions de M. de Lamarck. Ces livres sont peut-être les ouvrages élémentaires les plus faciles de toute la Littérature Botanique; mais comme ils sont relatifs à des pays très - bornés , leur emploi est malheureusement aussi fort restreint.