CHAPITRE IV
Des Classifications naturelles en général comparées
aux artificielles .
§. 35. Les méthodes artificielles ont, comme nous ve-
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lions de le voir, pour unique but , pour unique résultat , de faire connaître avec plus ou moins de facilité le nom des êtres auxquels elles sont appliquées. Mais savoir le nom d’un objet, ce n’est pas le connaître î Si quelques esprits superficiels peuvent se contenter de cette connaissance purement nominale , celui qui est cligne de pénétrer dans les sentiers de la science, s’aperçoit bien vite qu’il lui reste beaucoup à apprendre sur un être lors même qu’il sait son nom ; il veut qu’on lui enseigne et sa structure générale, et son histoire ; il veut qu’on lui montre les véritables rapports de cet être, comparé à ceux qui ont avec lui une analogie plus ou moins intime : il ne tarde pas à sentir que la connaissance de çes analogies lui donne , de la manière la plus exacte et la plus abrégée, celle de tous les traits principaux de l’anatomie et de la physiologie de l’être dont il s’occupe ; dès qu’il est assez avancé dans l’étude pour comparer les diverses méthodes artificielles, il ne manque pas de reconnaître que les mêmes plantes sont rarement les unes à coté des autres dans ces divers ordres, et que par conséquent les rapports que ces méthodes expriment sont purement arbitraires; enfin, à peine a-t-il jeté les yeux sur les végétaux, qu’il y reconnaît certains groupes bien prononcés par l’ensemble de leur structure, et dont les individus ont ensemble un certain air de famille, comme, par exemple, les Graminées , les Ombellileres , les Crucifères, etc. Il s’apercevra qu’il est plus aisé de reconnaître, dès le premier coup d’œil , ces groupes naturels , que de rechercher en détail leurs caractères à chaque fois qu’on en trouve un nouvel individu ; il pensera , enfin, que l’Europe n’est pas la seule partie du monde où l’on puisse reconnaître de pareils groupes. A mesure qu’il avancera dans l’élude, il s’apercevra que la plupart
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des plantes d’Europe qui lui paraissaient isolées par leur structure, font partie de familles dont le plus grand nombre des individus sont exotiques ; il concevra alors qu’il serait possible de ranger tous les végétaux bien connus en groupes naturels, c’est-à-dire, déterminés par l’ensemble de leurs ressemblances anatomiques , et qu’un pareil ordre donnerait à celui qui le connaîtrait l’image la plus fidèle de tout ce que nous savons sur la structure , et par conséquent sur l’histoire des végétaux. C’est cette manière de ranger les plantes d’après l’ensemble de leurs organes essentiels , qui porte le nom de Méthode naturelle; c’est à son étude que se sont consacrés tous les naturalistes célèbres; c’est d’elle que ce Linné, du nom duquel on abuse si souvent, a dit qu’elle était le but de toute l’histoire naturelle.
§. 36. Avant de rechercher quelles sont les lois et les règles fondamentales de la méthode naturelle, consacrons quelques inslans à la comparer aux méthodes artificielles , afin de faire mieux sentir le genre d’utilité, d’emploi, de facilité, de certitude, dont chacune d’elles est susceptible.
Et d’abord , quant à la facilité, il est évident que, pour le commençant , une méthode artificielle doit paraître, et est en réalité plus facile; en effet, l’auteur systématique ayant le choix parmi tous les caractères des plantes, et n’étant gêné par aucune des combinaisons, des nuances, des relations qui gênent la marche de ceux qui veulent se conformer à la nature, serait bien maladroit s’il ne choisissait des organes très-apparens et faciles à voir pour bases de sa classification „ tandis que l’auteur d’une méthode naturelle n’a pas la liberté du choix ; il est conduit par des principes rigoureux à observer tous les organes, et à donner à chacun
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une importance relative , non à la facilité que nous avons de le voir , mais au rôle que cet organe joue dans la vie des êtres : or , ces organes les plus importans peuvent être, et sont souvent en effet, les plus difficiles à voir. De plus, dans la méthode naturelle, on reconnaît souvent la place des êtres , non par leurs caractères absolus, mais par la voie de l’analogie; cette voie n’est ouverte qu’à ceux qui connaissent déjà un certain nombre d’êtres de chaque famille, et n’est par conséquent d’aucun secours pour les commençons : enfin , la méthode naturelle qui embrasse tous les organes, sup- * pose une connaissance plus profonde de l’organographie que la méthode artificielle qui n’exige que la connaissance d’un petit nombre de parties ; il est donc bien certain que lorsqu’on ne connaît encore aucune plante, et qu’on est réduit à chercher par soi-même le nom des premières qui se présentent, on doit employer une méthode artificielle; et sous ce point de vue , la plus facile de toutes est la meilleure.
Mais si , entraîné par le charme de la facilité , on persiste dans la même marche, il arrive au bout de quelque temps que la scène change ; à force de s’habituer à ne considérer les végétaux que sous un certain point de vue , on finit par croire que cet objet seul constitue toute la science ; on néglige l’étude de tous les organes qui n’ont pas été employés par l’auteur systématique dont on adopte la marche; on s’habitue à donner une valeur exagérée à certaines idées ou à certains organes, à éloigner des êtres qui ont entre eux une foule de rapports, ou à en rapprocher qui n’en ont presque aucuns. Alors , selon la trempe de son esprit , on tombe dans des exagérations bizarres ; les uns , et c’est le plus grand nombre, sentant qu’ils n’apprennent que des
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noms , voyant que les rapports indiqués dans leurs livres ne sont nullement en harmonie avec ce que le plus simple bon sens indique sur les êtres, finissent par croire que la Botanique est une simple étude de nomenclature, ou une occasion de promenade et d’amusement, et la regardent comme indigne d’occuper les facultés d’un homme pensant; d’autres , il est vrai , persistent dans leur amour pour la Botanique; mais suivons encore le développement de leur esprit-
Ceux qui ne sont pas doués d’un génie inventif persistent toute leur vie à apprendre des noms de plantes; ils sont aptes à voyager, à recueillir des plantes diverses , à les décrire d’après la marche tracée par leur guide primitif, à reconnaître dans les livres, si telle plante a été ou non mentionnée par les auteurs. Tous ces travaux sont utiles , sans doute, et ceux qui les exécutent sont dignes de reconnaissance; mais ces travaux nécessairement incohérens ajoutent peu de chose à la masse des idées humaines, s’ils ne sont pas saisis et travaillés de nouveau par des hommes d’un esprit supérieur. Et ces mêmes travaux eussent été exécutés avec encore plus de perfection par ceux qui, dès le commencement de leurs études, auraient suivi une inarche plus philosophique.
Supposons, au contraire, que le botaniste dont nous suivons le développement intellectuel , soit doué d’un esprit inventif : alors , s’il est profondément imbu de l’utililé d’un ordre artificiel , il croira rendre un grand service à la science, que d’en fabriquer un nouveau, ce qui, de l’aveu même des systématiques les plus préponcîérans , est , au contraire , de la plus parfaite inutilité, ou bien, il se livrera à des recherches anatomiques ou physiologiques. Mais ici, s’il est fidèle à sa
méthode , il tombera dans des erreurs palpables , comme de rechercher, ainsi que l’a fait un savant d’ailleurs recommandable, les rapports anatomiques des plantes qui ont le même nombre d’étamines (*) ; ou bien , il négligera toute méthode, et alors ses observations isolées, et incohérentes seront réduites à n’être que des matériaux, dont le naturaliste, scrutateur des rapports naturels , pourra seul former un édifice.
Supposons , au contraire, un élève qui commence à étudier la Botanique par la méthode naturelle : dans les premiers jours, il sera à chaque pas arrêté par la nécessité de connaître tous les organes des plantes , et de saisir des caractères difficiles à voir; il sentira alors la nécessité d’étudier avec précision, non pas une seule partie, mais toutes les parties des plantes , et mettra sa principale attention à la connaissance des organes, cette branche de la science de laquelle dérivent toutes les autres, et qui est la plus propre de toutes à piquer la curiosité, à satisfaire l’avidité des bons esprits. Sans doute, à ce premier moment , il saura moins facilement découvrir le nom d’une plante; mais à peine aura-t-il franchi ce premier pas, qu’il se trouvera savoir à-la-fois toutes les méthodes artificielles, qui sont nécessairement fondées sur la con
O M. Du Petit Touars a cherché au contraires démêlercomment, dans certains genres où le nombre des étamines est variable, ce nombre est cependant dans un rapport réel avec d’autres parties de 1 organisation des fleurs. Il a donc fai t à-peu-près le contraire de ce que j’ai blâmé ici ; ceux qui y réfléchiront trouveront d autant plus extraordinaire la lettre qu’il a insérée dans le journal de botanique, i8i3. v. II. p. 124, où il croit que je l’ai attaqué dans cet article, tandis que je n’en avais pas la moindre idée ; si j avais pense ù le citer ici, c’aurait été avec éloge et comme preuve de ce que j’avançais.
naissance de tel ou tel organe, et par cetie facilité, il regagnera bien rapidement l’avance que son concurrent avait sur lui quant à la nomenclature. Ce n’est pas tout ; en se servant de diverses méthodes, il habituera son esprit à considérer les plantes sous divers points de vue ; il remarquera alors leurs véritables différences, leurs véritables ressemblances : car il est clair que les plantes, qui sont voisines dans la plupart des systèmes, devront l’être aussi dans la méthode naturelle ; il saura par conséquent non-seulement le nom, mais beaucoup de particularités sur la structure des plantes.
Je crois donc que la véritable marche qu’on doit suivre dans la Botanique, est de se familiariser d’abord avec les organes, puis de s’exercer à nommer quelques plantes d’après diverses méthodes artificielles, et de les rapporter ensuite à la méthode naturelle , qui seule est la science.
§. 3y. Que si, après avoir comparé les résultats des deux méthodes pour les commençans, nous les considérons quant à la science elle-même, la supériorité des méthodes naturelles brillera toujours davantage. Peut-on espérer d’obtenir une bonne anatomie des plantes , si on ne groupe pas celles qui ont entre elles des rapports réels? Saurait-on jusqu’à quel point ondoitgénéraliser les observations de physiologie , si la classification en familles naturelles ne nous l’indiquait? Peut-on établir des genres exacts, au milieu des nombreuses exceptions de tous les caractères , si on ne commence pas par comparer entre eux ceux qui sont réellement comparables? Oserait-on généraliser quelqu’idée que ce put être, sur les propriétés des plantes, sans remonter à leur analogie? Existera-t-il jamais une glossologie rigoureuse, sans une comparaison exacte des êtres qui se ressem-
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Ment , et qui s’éclairent mutuellement par leurs rapports ? Enfin, les descriptions des plantes elÜs-mêmes ne sontelles pas éclairées d’un tout autre jour , lorsqu’elles sont faites sous un point de vue comparatif.
* Je le demande au plus zélé d’entre les amis des systèmes, Que penserait-il d’un auteur qui , pour faire un livre élémentaire de Zoologie, classerait les animaux d’après le nombre de leurs pattes; mettrait les serpens et les vers dans les apodes ; les mollusques et les polypes dans les êtres qui n’ont qu’un pied ; l'homme, la chauvesouris et les oiseaux dans la classe des bipèdes ; les quadrupèdes ovipares et vivipares dans un quatrième, etc. ? Il dirait, sans doute, que celte manière de considérer les animaux peut bien avoir quelque commodité pour trouver les noms, ou quelque utilité dans l’étude des mouvemens des animaux ; mais que ce n’est pas la science elle-même , et qu’il faut bien se garder de suivre un ordre pareil dans l’étude. Pourquoi donc la même idée, que personne n’a osé ni proposer ni soutenir quant aux animaux, est-elle défendue avec tant de chaleur, quand il s’agit des plantes ? Les causes en sont claires : c’est x.° que l’anatomie végétale étant de sa nature plus difficile, et n’ayant été étudiée que long-temps après celle des animaux, les rapports naturels des Plantes entre elles , quoique non moins réels que ceux des Animaux , frappent moins les regards vulgaires.
§• 38* La seconde cause qui est aujourd’hui la plus puissante , c’est que le parti ( car l’esprit de parti s’étend jusqu’aux objets qui sembleraient le plus devoir en être exempts ) , c’est , dis- je , que le parti des prétendus imitateurs de Linné a mal entendu ce grand maître, et lui a attribué des opinions contraires aux siennes. Il est, en effet, très-remarquable queceux qui se disent aujourd’hui
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Linnéens, soient en opposition directe avec tontes les pages de Linné, lundis que Linné et les Jussieu sont presque d’accord sur tous les principes de la science. Qu’on me permette ici une courte digression pour donner la preuve de ce que j’avance; et pour qu’on ne pense pas que j’altère le sens des principes émis par ces auteurs , je citerai leurs propres expressions :
<< La méthode naturelle, a dit Linné, a été le premier s» et sera le dernier terme de la Botanique (i) ; le travail *> habituel des plus grands botanistes est et doit être d’y f» travailler (2) ; les fragmens mêmes de cette méthode 5> doivent être étudiés avec soin (3) ; c’est le premier et le dernier but des désirs des botanistes (4)- La méthode » naturelle est regardée comme peu de chose par les botanistes ignorans ; mais elle a toujours été fort estimée » par les plus habiles, quoiqu’elle ne soit pas encore a découverte (5). J’ai pendant long-temps, comme pluy> sieurs autres , travaillé à l’établir; j’ai obtenu quelques » découvertes; je n’ai pu la terminer, et y travaillerai » tant que je vivrai. Je publierai ce que je trouverai :
(1) Methodus naturels piimus et ullitnus finis Botanices est et erit. Fini. bot.
(2) Summorum Boianicorum hodiefnus Jahor in his sudat el des udare decet. Phiî. pot.
(3) Methodi naturalis fragmenta studiosè inquirenda sunt. PI) il. bot.
(4) Prirnum et ullunum hoc in Botanicis desideratum est . Pliil. bot. p. 3i.
(5) Prirnum et ulùmum in parle systematica hotanices qucesitnm est methodus naturalisa hœc adeo à Botanicis minus doctis vih habita , à sapientioribus semper ianti œslimata adhuc licet détecta nondurn. Clags. pîant. 1738. p. 484.
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celui-là qui pourra résoudre le peu de doutes qui m’ar- » rêtent, sera pour moi un Apollon (1). Que ceux qui » en sont capables corrigent, augmentent, perfection - » lient celle méthode; que ceux qui ne le peuvent pas, » ne s’en mêlent pas ; ceux qui le font , sont des bota- » nistes supérieurs (2) ».
Ces témoignages, en faveur delà méthode naturelle, sortent de la bouche de Linné. Mais allons plus loin, et nous verrons que ce grand homme sentait parfaitement, à cet égard, certaines vérités que ses prétendus disciples nient aujourd’hui avec ardeur : ainsi , il a bien énoncé la différence qui existe entre les méthodes artificielles et naturelles. « Les ordres naturels, a-t-il dit, » sont utiles pour connaître la nature des plantes, les » ordres artificiels pour distinguer les espèces entre » elles (3). Il est constant que la méthode artificielle n’est » que secondaire de la méthode naturelle, et lui cédera » le pas si celle-ci vient à se découvrir (4) ».
Il a de même bien senti l’importance réelle des caractères sur lesquels la méthode naturelle doit être fondée ; et il est encore, à cet égard, tout-à-fait d’accord avec Jussieu. « Que ceux qui veulent faire la clef des ordres » naturels, sachent qu’aucune considération générale
(1) Diu et ego circa melhodum vaturalem inveniendam laboravi , hene milita quæ ad de rem obtinui , perficere non potin , continuaturus dum vixero • intérim quæ no ri proponam ; qui paucas quæ restant lene absolrit plantas , erit mihi magnus ^ dpollo . Class. plant, p. 484.
(2) xLmendenty auge an t , perfîciant hanc melhodum qui possuntÿ désistant qui impares s uni - qui valent botanici surit eximii. Class. plant. 487.
(3) Ordines naturales valent de natura plantarum , art iji cia les in âiagn 0 si planta rum . Gen. plant, ed. 1764 in præf.
(d) Perpetuum est quod methodus artificialis sit tantum naturalis succedanea, necposîit non cçdere naturali. Class. plant, in præf.
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i> n’est si essentielle, que Sa siiuaiion des parties, et sur- » tout celle de la graine, et dans la graine, celle de l’em- » bryon (i). Les plantes ont entre elles une affinité qui » pourrait se comparer à celle des territoires sur une » carte géographique (2) ».
Il est même assez remarquable qu’en comparant , à cet égard , les écrits de Linné avec ceux de Jussieu, ce soit à Linné qu’on soit obligé de reprocher trop d’exagération en faveur des principes de la méthode naturelle. Ainsi, il a répété après mille autres, la nature ne fait pas de sauts (3) : tandis que les plus zélés partisans des ordres naturels reconnaissent aujourd’hui qu’i! y a des sauts ou des interruptions dans la série des êtres. Il a partout proclamé que tous les genres étaient naturels (4), ce que nient un grand nombre des plus zélés partisans des familles naturelles ; il a dit en principe, et sans admettre même d’exceptions : << les plantes du même » genre ont la même vertu ; celles du même ordre natu- «, rel ont des vertus analogues ; celles de la même
classe naturelle ont aussi quelques rapports de pro- » priétés (5) et les partisans de l’ordre naturel sont
(1) Qui cla.çem fab rie are studenl , sciant nullam partent uni vers aient magis valere quam ïllam à situ 7 prœserlim seminis 3 in semine , punctum regelans , etc. ? Class. plant, p. 487.
(2) Plantœ omîtes ut r in que ajjinitatem monstrant uti territorium în mapp a geo graphie a. Ph.il. bot. 3i.
(3) Natara non facit saltus. Phil. bot. 40.
(4) Ornnia généra naturalia sunt. Gen. pl. ed. 1764. p. Tl.
(5) Plantœ quœ genere conçeniunl etiam virtute conçeniunt , quœ ordine n attirail continentur etiam virtute propius accédant , quœque classe naturali congruunt etiam viribus quodarn modo congruunt. PhiL bot. p. 282.
loin d’admettre ce principe d’une manière aussi absolue , comme on pourra en juger en parcourant mon Essai sur les propriétés des plantes comparées à leurs formes extérieures et leur classification naturelle. (Paris, i Bi 5.)
§. 39. Si des principes émis par Linné nous passons à sa propre conduite , nous le verrons dans plusieurs circonstances proclamer Bernard de Jussieu comme le premier des Botanistes de son siècle ; établir lui-même des ordres naturels qui diffèrent peu de ceux que Jussieu adoptait à la même époque ; les répéter dans presque toutes les éditions de ses ouvrages , comme s’il voulait sans cesse avertir les botanistes qu’il n’avait suivi un ordre artificiel qu’à cause de l’imperfection 011 était alors la méthode naturelle; nous le verrons enfin donner à ses disciples particuliers des leçons d’après les ordres naturels.
Comment donc est-il arrivé qu’après avoir eu sur l’ensemble de la science des idées si vastes et si justes, il ait été si mal compris? D’un côté, certains partisans zélés des ordres naturels, tels qu’Adanson et Buffon, ont blâmé sans mesure et sans justice le système sexuel, parce qu’ils n’ont pas senti la différence de but et de moyens qui se trouve entre les méthodes naturelles et artificielles ; de l’autre, les disciples immédiatement formés dans la doctrine de Linné, ont la plupart déclamécontrelaméthode naturelle, et par un effet singulierde leur admiration pour Linné, ont témoigné le plus souverain mépris pour cet objet de la vénération de Linné lui -même. Pour se rendre raison de cette bizarrerie de l’esprit humain, il faut se rappeler ce que nous avons dit plus haut du danger de suivre un système artificiel exclusivement à tout autre ; à force de rapporter toutes les plantes au système sexuel ; à force d’y étudier avant
tout les organes fécondateurs et le nombre des parties, ces botanistes ont fini par négliger les autres organes des plantes et les divers points de vue sous lesquels on peut et on doit les considérer ; à force de voir toujours les végétaux rangés dans cet ordre , ils ont fini par trouver tout autre ordre incommode et absurde, et ont regardé tout travail relatif à la méthode naturelle, comme une espèce de sacrilège envers leur maître. C’est ainsi que de l’usage trop exclusif d’un système utile dans certains cas, on est passé à des idées complètement opposées à celles de Linné. Cet exemple historique tendra donc à confirmer les raisonnemens présentés plus haut sur la marche que l’on doit suivre dans l’étude de la Botanique.
§. 4o. Si, d’après ces considérations , j osais présenter ici en peu de mots la marche qu’il faut suivre dans cette science , je donnerais aux commençans les conseils suivans, et je diviserais leur instruction botanique en trois époques :
Dans la première on doit s’occuper avant tout à bien connaître les noms elles formes de tous les organes des végétaux, et surtout de ceux delà fleur et du fruit; prendre quelque idée de leur physiologie ; examiner ensuite les modifications de ces organes qui sont indiquées par les termes adjectifs ou composés dont on se sert pour les désigner; se familiariser avec ces différens termes, en décrivant soi-même dans le style botanique quelques végétaux.
2.° Après ces études préparatoires, il faut prendre un système artificiel quelconque et déterminer le nom de quelques plantes ; ne se point borner à un seul système , mais chercher à se servir indifféremment de plusieurs , tels par exemple de ceux de Lestiboudois , de Dubois, de
Lamarek, de Linné, de Haller, de Tournefort , etc., que j’indique ici dans l’ordre de leur facilité respective.
Chaque fois que l’on détermine une plante avec un sjstême artificiel quelconque, on devra recourir, par la simple table, à une méthode naturelle pour connaître les véritables Rapports de la plante dont on sait le nom. L’ouvrage de Jussieu , ou de ceux qui ont suivi les mêmes principes (*) , doivent ici servir de guide. On devra ranger, d’après cette méthode, ses notes et ses collections, afin de familiariser son esprit avec elle, et ne négliger aucune occasion de vérifier les caractères des familles et des genres.
3.° Après cette seconde époque dans l’étude , on devra chercher à reconnaître directement à quelle famille chaque plante appartient, et ne plus se servir des méthodes artificielles que dans les cas difficiles et dans ceux où les livres existant aujourd’hui , d’après l’ordre naturel, sont insuffisans.
Dans tout ce que je viens de dire, j’ai supposé la méthode naturelle exécutée; il me reste maintenant à exposer les principes de cette méthode que j’ai volontairement séparés de ces considérations générales sur leur utilité, afin de pouvoir développer ces divers objets d’une manière plus complète.
(*) Jussieu ( Gênera plantarurn ) , Ventenat ( Tableau du règn s végétal , Jaume St. -Hilaire ( exposition des familles naturelles ), Mirbel ( Hisl. nat. des Végétaux , dans la nom.', édition de Bujfon ) , peuvent servir de guide pour les genres. La troisième édition de la Flore Française, le Prôdromus Florœ Novœ TTollandiæ de M. Robert Brown, et le Généra nova et species plan/arum de MM. de Ilumbold, Bonpland et Kunth, et mon Sjstema universale Begni vegetabilis , sont les seuls ouvrages où un nombre d’espèces considérable soit rangé d’après la méthode naturelle.
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