‹ Théorie élémentaire de la botanique, ou exposition des principes de la classification naturelle. Et de l'art de décrire et d'étudier les végétauxChapitre 22 sur 86 · II · texte numérisé non relu

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taxonomie.

sur l’examen de l’inégalité des parties d’un système; le principe fondamental de cet examen me paraît être

celui-ci :

Parmi les végétaux vasculaires , et peut-être parmi tous les végétaux , les parties d'un même système sont naturellement égales en grandeur , et ne deviennent ùiègales que par suite de phènomèmes plus ou moins intimement liés avec la structure générale de la plante.

Ce principe est conforme à l’idée générale de l’organisation , et se vérifie chaque jour par l’observation de presque toutes les plantes. Toutes les anomalies s expliquent par des soudures ou des avortemens dont il serait bien difficile d’indiquer tous les cas, mais dont je vais rapporter ceux qui paraissent les plus essentiels.

i.» La position des fleurs sur les tiges détermine un grand nombre d’megalites dans leur développement 9 et par conséquent dans la régularité de leurs formes (*).

Supposons une fleur solitaire et droite a lextiemite d’une tige , elle ne sera gênée par aucune autre , recevra sa nourriture en tous sens indifféremment , et sera forcément régulière. C’est, en effet , ce qui a lieu dans la nature, et je ne connais point d’exception à cette loi : toute fleur naturellement terminale, droite et solitaire , est régulière , lors même qu elle appartiendrait à une famille ordinairement irrégulière. Ainsi la Parnassia parmi les Violacées , l’Asarum parmi les Aristoloches, sont régulières quoique appartenant à une famille ordinairement irrégulière.

Supposons qu’autour de cette fleur il en naisse d’autres opposées entr’elles ou disposées autour d’elle en verti-

(*) On peut voir plusieurs exemples cités à l’appui de cette loi,

par M. Gassini (Bull, philoin Avril , 1816 ).

TAXON OMI E.

cilles, il résultera cle cet ensemble ( selon que ces fleurs seront plus ou moins serrées ) une ombelle ou une tête; dans ce cas , 1 équilibre est nécessairement rompu entre ces fleurs: celle du milieu, étant également pressée , peut ou avorter, ou changer de forme, mais sera toujoi.is i egulière; les rangs latéraux, s’ils sont très-serrés, seront inégalement pressés par leurs voisins, et auront one tendance naturelle à croître plus du côté extérieur, où la pression est moindre, que du côté intérieur, et par conséquent ils pourront être irréguliers ; d’où résulte cette seconde loi, que dans les ombelles , les corymbes ou les têtes , les fleurs centrales sont régulières , et les latérales tendent à croître davantage du côté externe que du coté interne , comme on peut le voir dans les Composées , les Dispacées , les Ombellif ères , etc,

. SuPPosons des fleurs en verlicilles autour de la tige ou situées a l’aisselle des feuilles , leurs deux côtés ne seront pas placés également pour recevoir la nourriture, Pair ou la lumière ; et de plus elles pourront être pressées inégalement , soit entr’elles , soit entre les fleurs voisines : dans

tous ces cas, le degré delà tendance à l’irrégularité sera variable , selon l’intensité de ces deux causes, et on pourra trouver dans les mêmes classes des espèces à fleurs régu- Hères, et d’autres plus ou moins irrégulières; mais les fleurs dune même espèce auront moins d’inégalités entr’elles que dans le cas précédent. Observons que toutes les familles à fleur éminemment irrégulière n’offrent jamais e fleuis tei minales , et les ont toujours ou axillaires, ou disposées, soit en epi , soit en grappe, comme on e voit dans les Orchidées, les Légumineuses, les Labiées, etc. , ou nous ne pouvons jamais voir de fleurs réellement terminales , ni de fleurs absolument régulières. Quelquefois, cependant, dans les Labiées on

taxonomi e.

trouve de véritables fleurs terminales , et alors elles sont régulières , comme on le voit fréquemment dans le Teucrium campanulatum, et de temps-en-temps ans les Galèopsis .

Mais tout ce qui agit sur l’ensemble d’une fleur agit aussi sur ses parties ; si une cause quelconque comprime une fleur d’un côté , et détermine l’avortement d un organe, les organes analogues profiteront davantage et grandiront plus du côté opposé; par conséquent toutes ces mêmes causes peuvent déterminer une inégalité dans les parties intimes de chaque système , et ces inégalités n’étant dues qu’à des conséquences de la position es fleurs ou des organes, doivent avoir, dans la classification, un degré d’importance moindre que leur cause.

Une seconde conséquence de ces considérations, c’est que , puisque ce sont des causes accidentelles qui dérangent la symétrie primitive de chaque système , il faut , pour établir une bonne classification , ramenei ,

il» 1=. veto ,» « «P™»

peuvent fournir, tontes les plantes megul.eres a leurs types primitifs et réguliers , quoique ces types soien souvent rares à rencontrer, quelquefois meme 1 eau . Ainsi , j’affirme que les Personées ne sont que des alterations du type des Solanées , parce qu’une Personee régularisée par ia pensée ne diffère pas d'une Solanee.

Une troisième conséquence, cesl que toutes les fois qu’il existera une irrégularité dans une symétrie quelconque, cette irrégularité pourra atteindre ses maximum, l’annihilation de la pelile partie, et l’expansion outremesure de la plus grande. J’ai déjà indiqué quelques applications de détail de cette loi, en parlant des avor-

terne ns , et j’y renvoie le lecteiu. ^

Les irrégularités pourraient être ou bornées a un seu

TAXONOMIE. jfiy

système , ou communes à tous ; mais, quoiqu’on cite souvent des irrégularités de la première sorte , je doute s’il en existe réellement, et je suis fortement porté à croire quï/ n’y a jamais irrégularité dans un système de la fleur, sans quelle se fasse plus ou moins sentir sur tous les autres.

§• i32. La troisième manière d’étudier les dimensions relatives des organes , est de comparer la grandeur d un système avec celle d’un autre système; cette considération peut avoir quelqu’utilité dans les details de la Botanique , mais elle en a peu pour l’ensemble , et ne parait en effet liée avec aucune circonstance anatomique bien essentielle. 1

Art. 5, De la forme des Organes. A)

§• i33. Quoique, dans tous les livres de Botanique, on ait coutume de décrire, avec beaucoup de soin, la forme des organes , cette forme, considérée sous cet unique rapport, n’est en réalité que d’une très légère importance; je prends les feuilles pour exemple : on peut trouver des feuilles de même forme dans toutes les classes, dans presque toutes les familles des plantes, et la cause en est simple; c’est que plusieurs circonstances diverses peuvent produire ce résultat: qu’est-ce donc qui. est essentiel à considérer, si ce n’est la cause anatomique de cette forme, ou, en d’autres termes , la disposition respective des parties de cet organe ?

Art. 6. Delà continuité ou articulation des parties (2).

§. i34. J’entends par parties ou organes continus ,

(*) Voyez Glossologie, Chap. IV, art. 4.

(2) Voyez Glossologie, Chap. IV, art. 10 et'n.

TAXON OMIT.

ceux dont les fibres et le tissu cellulaire sont tellement disposés , que , dans aucune partie de leur longueur , on ne puisse à aucune époque les séparer , sans déchire-

ment bien sensible.

J’entends par parties articulées ou solubles , celles dont les fibres et le tissu cellulaire sont tellement disposés * qu’on puisse, à une certaine époque de leur vie, les séparer , sans déchirement sensible.

Si on considère les organes dans leur ensemble, on voit que tous les organes continus avec leur base sont persistens ou marc es cens , et tous les organes articules sifr leur base sont caclucjues . Si on consideie les parties des organes clos , les unes relativement aux autres, on a cette seconde loi, que tous les organes dont les parties sont continues , sont indèïuscens , tandis cjue tous les organes dont les parties sont articulées entr elles , sont dèhiscens , et que ceux où l’articulation est incomplète, sont incomplètement dèhiscens.

Il est donc évident que la considération de la continuité des organes détermine leur durée, et que cette même considération , appliquée aux parties des organes , détermine leur déhiscence. Voyons jusqu’à quel point ces deux caractères sont utiles pour reconnaître la vraie svmétrie des plantes.

§. i35. Comme on a l’habitude de juger souvent, dans le règne végétal, par analogie avec le règne animal qui est mieux connu , et comme , dans le régné animal, les articulations sont d’une très-grande importance, on est tenté de leur attribuer le même degré d’importance chez les végétaux La plus légère attention sur la distinction réelle des deux règnes, suffit pour montrer que ces organes, quoiqu’ils aient reçu le même nom, ne sont pas comparables.

Les animaux ont, comme je l'ai dit plus haut, trois classes de fonctions, les fonctions animales, telles que le sentiment et le mouvement, les fonctions nutritives , et les fonctions reproductives; les muscles et les os, qui en sont les supports , appartiennent à la classe des organes du mouvement, et par conséquent les articulations font partie et même partie fort importante des fonctions animales ; mais elles ont si peu d’importance pour le reste de l’organisation dans les animaux, que leur système nutritif est entièrement continu, même en passant a côte des articulations du système moteur. A plus foi te raison ne peut-on pas les comparer avec les articulations des végétaux ; chez ceux-ci, le système moteur n existe pas; et ce qu’on appelle articulation, n est qu un accident du système général, qui paraît même ne pas avoir un grand degré d’importance. Et d’abord, si nous examinons son importance parla simple théorie, nous verrons que, dan^une articulation végétale, les vaisseaux sont continus, et que c’est le tissu cellulaire qui seul se trouve interrompu. Or, comme toute la symétrie des végétaux vasculaires est fondée sur la disposition des vaisseaux , et qu’il n’existe de vraies articulations que dans cette classe, il est clair que la symétiie végétale n est pas altérée d’une manière importante par ces solutions de continuité.

§• i36. Si de la théorie nous venons à la pratique, nous verrons, i.° que dans un grand nombre de cas , des plantes , d ailleurs très-semblables , diffèrent par celte seule différence d avoir ou non leurs organes continus ou articules ; 2.0 que les mêmes parties, selon leur âge, peuvent être articulées ou continues ; ainsi la vigne, par exemple, a ses rameaux articulés à chaque nœud dans leur jeunesse, et cesse de l’être lorsqu’elle est âgée.

c’est-à-dire, lorsque le nombre des vaisseaux a augmenté proportionnellement au tissu cellulaire. Ainsi, je crois pouvoir conclure de ces observations , que les caractères déduits de V articulation ou de la con tinuitè des organes ou des parties d organes , quoiqu importuns dans les détails , altèrent peu la syinè trie générale des plantes»

A k t. 7. De l’usage des Organes.

§. 187. L’usage des organes est une conséquence de leur structure , et n’en est nullement la cause, comme certains écrivains irréfléchis semblent l’indiquer ; l’usage, quelle que soit son importance dans l’étude physiologique des êtres, n’a donc en lui-même qu une médiocre importance dans l’anatomie , et ne peut en avoii aucune dans la taxonomie ; quelquefois seulement on peut s’en servir comme d’un indice de certaines structures à nous encore inconnues; ainsi, lorsque je vois la surface unie d’un pétale suinter une liqueur, j en conclus que cette partie est glandulaire, et je 1 assimile aux nectaires ; mais cette assimilation , bien que reconnue par l’identité de l’usage, est réellement établie sur l’identité présumée de la structure.

Art. 8. Des qualités sensibles des Organes , telles que consistance , couleur, odeur1 saveur , etc.

§. i38. Ce que je viens de dire de l’usage des organes 9 s’applique à bien plus forte raison encore à leurs qualilés sensibles, qui ne sont que des conséquences plus ou moins directes de leur structure, et qui n’ont d’autre importance taxonomique , que de servir d’indices de certaines

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particularités de structure anatomique, qui nous sont souvent encore inconnues. Voyez Glossologie. Chap.IV, art. 12, i3, 4 et i5.

Art. g. Résumé des articles précédens.

§. i3q. En résumant donc ce que nous venons de dire , nous trouverons que les divers poinis de vue sous lesquels on peut considérer les organes des plantes, doivent être à-peu-près rangés dans l’ordre suivant , pourvu toutefois que toutes les causes d’erreurs aient été écartées par une observation attentive et rigoureuse, savoir :

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