CHAPITRE II
De la Synonymie,
§. 235. Si la nomenclature est indispensable à connaître pour être en rapport avec tous les savans , la
Synonymie n’est guère moins nécessaire pour reconnaître avec certitude le nom qui doit être adopté de préférence à tout autre., et surtout pour lire les ouvrages des auteurs anciens, ou de ceux qui n’ont point suivi la nomenclature systématique. On entend pa v. Synonymie j la réunion des noms divers qu’une plante a reçus, soit dans les ouvrages des savans, soit même dans le langage vulgaire des divers peuples. Deux buts diffère ns- peuvent diriger vers ce genre de recherches et en faire sentir la nécessité ; tantôt , connaissant le nom vrai d’une plante , on veut connaître tous ceux qu’elle a pu recevoir, afin de recourir aux divers auteurs qui en ont parlé, et s’éclairer de leurs lumières; tantôt , connaissant un nom abandonné ou usité seulement dans l’usage vulgaire , on veut connaître le nom admis des Botanistes pour se trouver en rapport avec eux.
§. 206. L'un et l’autre de ces pôints de vue est éga-
lement important , mais le premier est le seul auquel les Botanistes aient donne une suffisante attention ; dans la plupart de leurs livres on trouve, à la suite du nom admis, la série des noms donnés au même être par les autres Botanistes. Ces noms doivent être rangés par ordre de date, soit en commençant par les plus modernes et finissant par les plus anciens, soit, ce qui me paraît plus juste et plus utile, en suivant l’ordre inverse. Ils doivent être rapportés avec exactitude, et à la suite de ce nom on doit citer, en abrégé , l’auteur , le titre, et la page du livre où ce nom est consigné; on doit indiquer par un * , si cet auteur en a donné une description, et marquer s’il en a publié une planche. Linné et la plupart des Botanistes ont coutume de citer à la suite du nom la phrase caractéristique de tous les auteurs; mais cette méthode ne sert qu’à allonger inutilement les
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livres déjà trop longs , et est peu-à-peu abandonnée par les Botanistes modernes.
L’étendue et la direction qu’on donne à la Synonymie , varient beaucoup selon la nature de l’ouvrage. S’il s’agit d’un simple catalogue ou d’un livre destiné à être populaire , on doit employer le nom sans synonymie. S’il ést question d’un livre élémentaire ou classique , on doit indiquer les synonymes principaux , tels que ceux postérieurs à l’époque de la réforme Linneenne, celui du premier Botaniste qui a découvert cliaque plante, ceux où l’on trouve les meilleures descriptions ou les meilleures figures , ceux enfin qui tendent à éclairer sur la patrie ou l’histoire d’une espèce. Si 1 on veut ie~ diger un ouvrage de Botanique appliqué a la médecine ou à quelque art en particulier , on doit rechercher de préférence les synonymes des auteurs qui ont considéré les plantes sous ce même point de vue , et surtout ne pas négliger les noms vulgaires, dont l’utilité dans cette partie de la science est très-importante. Travaille-t-on. à la Flore d’un pays , on doit s’attacher de préférence à citer les auteurs qui ont déjà écrit sur les plantes de ce pays ou des pays voisins et analogues : et de plus , 011 doit recueillir avec soin tous les noms vulgaires propres au pays dont on parle, sorte de recherche beaucoup trop négligée des Botanistes. Lnfin , si 1 011 écrit une Monographie, on doit y rapporter tous les synonymes dont on pourra se procurer la connaissance.
11 est presque inutile de dire que , dans tous les cas, on doit mettre une grande circonspection à ces citations de synonymes ; il vaut toujours mieux en citer un moins grand nombre, et ne choisir que ceux dont on est bien assuré, ou si quelquefois on croit utile d en citer de douteux, on doit les accompagner du signe de doute (?).
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Pour trouver les synonymes d’une plante , on vérifie ceux qui ont déjà été cités, on remonte à ceux qu’on trouve indiqués dans chaque auteur, on compulse soimême les ouvrages qui ont parlé déplantés analogues. La dose de sagacité , de littérature, de critique, d’exactitude de chaque individu , détermine la facilité avec laquelle il établit une bonne synonymie; il serait impossible de donner , à cet égard , aucunes règles positives. Le Botaniste exercé , celui qui aura vu les plantes dans tous leurs divers états , et qui aura pris l’habitude de compulser souvent les livres , aura dans cette ' recherche une grande supériorité; il saura reconnaître une plante au milieu de ses variations , et la distinguer sur de mauvaises planches; il fera une grande attention à la patrie des plantes qu’il serait tenté de réunir d’après leurs caractères; dans les cas douteux, il saura, par une correspondance active, se procurer des échantillons authentiques et propres à éclaircir ses doutes; il saura qu’on ne peut, sous aucun prétexte, admettre un synonyme sans 1 avoir vérifié , et que si quelquefois la pénurie des livres et l’importance d’un synonyme obligent à le faire, on doit l’avouer, et indiquer d’après quelle autorité on fait cette citation. Une connaissance approfondie de la littérature botanique lui fera éviter beaucoup d’erreurs; en se familiarisant avec le style propre à chaque auteur , il saura mieux reconnaître les plantes décrites par chacun; en étudiant leurs méthodes, il saura le degré de confiance qu’ils méritent; il se pénétrera de la nécessité d’étudier tous les auteurs , et n imitera point les préventions injustes de quelques écrivains, qui ne citent jamais tel ou tel ouvrage, lors même qu’on y trouve des choses vraies. On voit , d’après cet exposé rapide , qu’on ne peut être synonymiste ha-
bile, sans être botaniste habile; et en comparant en effet les divers auteurs entr’eux , on verrait que leur mérite littéraire se trouve assez bien giadué seulement par leur synonymie.
§. 23;. On a jusqu’ici borné l’exactitude de la synonymie aux espèces, et c’est en effet la plus essentielle ; il est cependant utile, au-moins pour l’histoire et la théorie de la classification , de donner une synonymie abrégée pour les genres et les familles ; mais, comme les genres et les familles sont des êtres codectils , on ne doit point ranger leur synonymie comme ceile des êties simples. La marche que j’ai employée dans la Fluie Française est beaucoup plus exacte; un exemple comparatif le fera sentir. On exprime ordinairement la synonymie d’un genre, S 6 du ni , par exemple, dune manière que ceux même qui 1 emploient sentent êtie inexacte , lorsqu’on dit Sedum Touni. Lin , Anacampseros Tonrn . , car l’auteur célèbre dont je tire cet exemple, sait que ce qu'il entend par Sedum terme collectif, est autre chose que ce qu’entendait Tournefort, et qu’il y réunit non la totalité des Anacampseï os , mais une partie seulement. Au contraire, loisque je dis Sedum Hall , Sedum et Rhodiola Lin., Sedi spec. Tourn ., j’exprime clairement que ce que ) entends pa^ Sedum , est précisément ce que Haller entendait par ce mot; une partie de ce qu’entendait Tournefort , et la réunion de ce que Linné désignait par les noms de Sedum et de Rhodiola.
§. 238. La forme que nous donnons actuellement à nos livres de botanique, rend la seconde branche de la synonymie presque idéale. Étant donne un nom abdn donné, nous ne pouvons que par des tâtonnemens souvent très-longs, reconnaître à quel nom admis aujom-
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d’hui, il doit être rapporté ; on trouve çà et là seulement quelques tables de synonymie incomplettes ; on possède quelques index des ouvrages de Mathiole, de Plukenet , de Dillenius , rapportés aux noms modernes ; mais ces ouvrages partiels sont encore loin de remplir le but que je viens d’indiquer. Il serait à désirer que quelque savant laborieux voulut entreprendre un dictionnaire, où chaque nom des auteurs, chaque dénomination vulgaire , seraient rapportés au nom admis aujourd’hui par les Botanistes. Un pareil ouvrage contribuerait beaucoup à rendre la science utile et populaire ; il mettrait le public en rapport avec le langage dessavans, et, dans beaucoup de cas, éclairerait les savans eux- mêmes, en leur donnant un moyen facile de lire les écrits des voyageurs et des auteurs anciens. M. Targioni-Tozetti vient de publier un dictionnaire des noms vulgaires italiens, qui présente ce genre d’utilité : il serait à désirer que cet exemple fût imité dans toutes les langues.