PHYTOGRAPHÏË
sorte que l’exactitude se trouva ainsi d’accord avec \à facilité.
§. 2i3. Cette méthode de nomenclature, qui reçut le nom de Nomenclature Linnèenne , fut reçue avec transport par les naturalistes , et est seule admise depuis la publication de l’ouvrage de Linné en 1763. Cependant quelques savans firent contr’elle des objections importantes, et proposèrent d’autres principes de nomenclature , qui, quoiqu’ils n’aient pas été admis , méritent d’être connus.
S’il est vrai que la méthode Linnèenne facilite Petude des noms , il faut convenir aussi qu’elle favorise beaucoup aux élèves la possibilité de savoir le nom d une plante , sans savoir son caractère, et de prendre ainsi le mot pour la chose. Ce fut, sans-doute, d’après cette idée, que Haller rejeta les noms spécifiques, mais donna beaucoup de soin aux phrases caractéristiques» Il n’appliqua cette méthode qu’aux plantes de la Suisse ; et quoique ses phrases soient très-claires , et assez courtes , aucun de ses plus zélés disciples ne put les apprendre , et on se servit des numéros de son livre , comme noms spécifiques ; ce qui a prouvé par l’expérience, combien la mémoire humaine a besoin de se rattacher à quelque dénomination courte pour conserver des mots. Or, tout le monde a été d’accord qu’un 210m spécifique valait mieux qu’un numéro insignifiant et arbitraire.
§. 214 • Un second inconvénient assez grave de la nomenclature Linnèenne, c’est d’admettre le nom du genre, comme base du nom d’espèce : en effet , les genres sont plus arbitraires , plus variables que les espèces ;de sorte que telle plante se trouve avoir reçu quatre ou cinq noms, seulementparce que divers botanistes ont cruqu elle devait
PHYTOGRAPHIE»
èe placer dans quatre ou cinq genres différens. D’après ce motif, quelques naturalistes, tels que Richer de Bellevai, Reneaulme et Buffon, avaient pensé qu’il serait plus convenable de donner à chaque espèce un seul nom, de sorte que la nomenclature serait indépendante delà classification, et ne participerait pas à ses variations. Mais on a renoncé à cette méthode, soit à cause du nombre immense de noms qu’elle exigerait, soit parie désir d’aider la mémoire, soit, enfin, pour que la nomenclature elle-même rappelât les rapports des espèces voisines.
§. 2i5. D’autres, tels que Bergeret, ont voulu aller plus loin, et ont prétendu non-seulement que chaque plante devait avoir un seul nom , mais que ce nom devait exprimer en lui -même tous ses caractères, de sorte que les espèces semblables se trouveraient nécessairement avoir des noms analogues. Pour arriver à ce but séduisant, Bergeret attacha un certain sens à chaque syllabe, et par la réunion de certaines syllabes, forma pour chaque plante un nom qui devait exprimer son caractère. Il en résulta , comme on peut penser , des noms très-longs, très -barbares , et presque impossibles à retenir, tels que Wehjufualide qui appartient à l’Ibéride et Xusgwagyabaeba , qui aurait remplacé le nom de Rose dans cette nomenclature barbare, etc. Mais lors même que, par un artifice plus heureux que celui-ci, on parviendrait à obtenir des noms significatifs pour chaque être, cette méthode serait toujours dangereuse^ en ce qu’elle obligerait tous les naturalistes à changer tous les noms connus jusqu’ici , qu’elle romprait les rapports de la science avec le public, et du public avec la science, et surtout parce que les noms devraient toujours être changés à mesure que les vrais caractères des êtres seraient mieux connus.
PHYÎOGR APHÎË*
§. 2ï6. Enfin, M. DuPetit-Thouars, parlant toujours de l’idée que les noms doivent être significatifs, et gé-* néralisant un exemple ingénieux donné par Linné dans quelques genres d’insectes , a proposé , mais avec le doute qui sied aux amis de la science, un nouveau système de nomenclature. D’après lui, on devrait affecter une 'terminaison fixe aux genres de chaque famille naturelle, de manière que dès le premier abord on pourrait reconnaître a quelle famille appartient un genre : par exemple, si Orchis est la désinence des Orchidées, il désigne les genres sous les noms de IlabenorcJiis , Cymbidorchis , etc. Le même mécanisme appliqué aux especes , désignerait leur section. Cette méthode ingénieuse a presque tous les inconvéniens de celle de Bergeret; de plus, elle lie la nomenclature à la classification des familles, qui est moins fixée que celle des genres ; elle oblige à donner la même désinence aux êtres qui se ressemblent le plus, ou qu’on a le plus souvent occasion de comparer , et rend par là les équivoques faciles et la langue botanique fastidieuse et monotone.
§. 217. Toutes ces tentatives de perfectionnement ont donc été rejetées par l’ensemble des naturalistes; on s’en tient et on s’en tiendra probablement toujours aux principes de la nomenclature Linnéenne, et c’est aussi ceux que nous allons maintenant exposer en detail et suivre dans leurs conséquences , en exposant les règles de la formation et de l’adoption des noms. Cette branche de la science a été nommée par Bergeret Phy tonomato technie , et par quelques auteurs Onomatologie. Ceux qui désireront etudier ce sujet avec plus de détails que les bornes de cet ouvrage ne me permettent d’en donner, pourront consulter avec fruit la Philosophie botanique de Linné, et le Mémoire de Heister, inséré
à la fin de son Système des plantes. (1748. Heimstadt. 8.°)
§. 218. Le but de la nomenclature de l’histoire naturelle est d’être universelle , commune aux savans de toutes les nations, et un jour peut-être aux nations ellesmêmes ; il faut d’abord , pour parvenir à ce but, que celte nomenclature soit établie dans une langue commune à tous les peuples civilisés, et cette langue est le latin. Tous les noms des êtres naturels et tous les termes de la science sont donc en latin; tous les noms et les termes admis dans les diverses langues doivent être considérés comme des traductions du véritable nom (*). Au moyen de cette règle admise par tous les naturalistes, sans exception , on a évité à la Botanique l’embarras qui se trouve aujourd’hui d^ns la Géographie , dans la Minéralogie, et dans-toutes les sciences où les noms sont établis par chaque peuple dans sa langue.
(*) Je pense que les noms admis dans chaque langue par les Botanistes doivent être des traductions littérales du nom spécifique latin, quelque soit son degré d’exactitude ou de convenance. En effet, dès que chacun se donne la liberté de ne pas traduire les noms spécifiques , il en résulte tôt ou tard une sépara tion compJette entre la langue vulgaire et la nomenclature méthodique. Un exemple fera comprendre Pimportance de cette précaution. Il y a peu de Violettes à fleur jaune, de sorte que chacun a été lenté de donner le nom de Violette jaune à celle qui Pa le plus frappé; ainsi les Botanistes français ont, pour la plupart, donné ce nom au V \ b i fiera , les Américains au V . pubescens , tandis qu’il ne peut, sans confusion, ne pas etre donné au , lutea ; que si on objecte que le nom de . biflora est peu convenable, je répondrai que la nomenclature vulgaire peu bien se contenter de l’exactitude d un nom admis par la nomenclature méthodique. Je crois donc essentiel pour les progrès futurs de l’histoire naturelle, que les noms de toutes les langues soient de simples traductions littérales des noms scientifiques.
Une seconde règle , si simple quelle mérite a peine d’être indiquée, c’est qu’il faut que ces noms soient formés d’après les règles de la grammaire générale; il n’est pas permis, par exemple, de composer un nom moitié grec, moitié latin; ainsi, on a changé le nom hybride de aculeaticarpa , donné par Ortega à une Mimosa, en celui de Acanthocarpa .
Pour qu’une nomenclature puisse devenir universelle, il faut quelle soit fixe, et la fixité de celle de l’histoire naturelle est fondée sur ce troisième principe, qui , pour avoir été souvent méconnu , n’en est pas moins certain : c’est que le premier qui découvre un être ou qui 1 emegistre dans le catalogue de la nature, a le droit de lui donner un nom, et que ce nom doit être nécessairement admis, à moins qu’il appartienne déjà à un autre être ou qu’il ne pèche contre les règles essentielles de la nomenclature. Avant d’entrer dans d’autres détails sur cet objet, examinons donc les règles mêmes de la nomenclature.
Art. 2. Des Noms des genres.
§. 219. Les noms de genres sont pour les êtres naturels, ce que les noms de famille sont dans 1 ordre social, excepté que, selon l’ordre réel des idées, on les place les premiers , au-lieu de les mettre après les noms spécifiques qui correspondent à nos noms de baptême. On voit déjà, d’après cette comparaison , que les noms de genres doivent être tous des substantifs : cette îègle est invariable, et c’est à cause de son inobservation que les noms de Gloriosa , Mirabilis , Proliféra, Micranthus , etc., ont dû être changés en ceux de Methonica , Nyclago , Ch an transi a , Phaylopsis , etc.
A cette première cause de nullité, on doit en joindre
une seconde : c’est que le nom n’exprime pas une idée contradictoire avec le caractère générique. Si l’idée exprimée par le nom est seulement peu exacte ou impropre, ce nom doit être conservé, et on ne peut se permettre de le changer que dans le cas où il serait en contradiction expresse avec le caractère; ainsi, les noms de Chry santhemum , Ceratopetahun , etc. , ont été conservés quoique très-impropres, mais on doit éviter d’en créer de semblables.
Les noms génériques sont toujours censés relatifs à une collection d’espèces réunies par un caractère commun ; les meilleurs (*) sont ceux qui expriment ce carac-
(*) Tl est assez singulier que Rabelais soit le premier écrivain qui , à l’occasion de son Pantagruelion ( le chanvre ) ait donné une dissertation en forme sur l’origine des noms des plantes : «Je trouve, 3> dit— il , que les plan tes son t nommées en diverses manières ; les unes ont pris le nom de ce lui qui le premier les inventa, congneut, a> monstrat , cultiva , apprivoisa et appropria , comme Mercuriaîis 3) de Mercure , Panacée de Panace , fille d’Esculapius , etc. .. Les 3> autres ont retenu le nom des régions desquelles furent ailleurs » transportées, comme Pommes Médices , ce sont Poncires , de 3) Médie en laquelle furent premièrement trouvées ; Pommes Pu- 3) nicques , ce sont Grenades apportées de Punicie, c’estCartfiaige, » etc. . . , Les aultres ont leur nom par antiphrase et contrariété, s comme Absinthe, au contraire de Pintfie , car il est fâcheux à » boire .• Iiolosteon , c’est tout de os ; au contraire, car herbe n’est » en nature plus fragile et plus tendre qu’il est.,. Aultres sont 33 nommées par leurs vertus et opérations , comme Aristolochia 9 33 qui aide les femmes en mal d’enfant; Lichen, qui guérit les 3> maladies de son nom, etc. .... Les auitres , par les admirables 33 qualités qu on a veu en elles , comme Héliotrope , c’est Solsy , 3> qui suit le soleil , car le soleil levant, il s’épanouit.- montant, » il monte : déclinant , il décline : se cachant , il se clost ; Adian- 3; tum , car jamais ne retient humidité , quoiqu’il naisse près les 3> eaux, etc..,.. Aultres par métamorphose d’hommes et femmes
PHYTOGRAPHIE.
1ère d’une manière précise : par exemple, Sep tas , Monodynamis , Oxytropis , Podospermum , Grumilea, Mais il est rare de pouvoir, par un seul mot, exprimer le caractère d’un genre, parce qu’il se distingue souvent par la réunion ou l’absence de plusieurs caractères ; dans ce cas, on choisit celui qu’on regarde comme le plus essentiel pour en déduire le nom, par exemple, Gynopogon , Lithospermum , etc , ou bien on tente de saisir quelqu’un des traits généraux qui peignent la physionomie des espèces du genre, comme dans les noms de Crassula , ïlydrocotyle , Caulophyllum , JEpidendrmri , Verruearia , etc. Mais dans cette dernière classe, il faut prendre garde que le nom doit s’appliquer , autant que possible , à toutes les espèces du genre; les noms de Chrysanthemum , Ceratop etalum , etc. , qui ne s’appliquent qu’à quelques espèces, ne doivent pas être imités.
C’est par le même motif que les noms génériques , déduits des patries des plantes , par e\eu\^\e^Bermudiana^ ont été proscrits; non est didacticum etphilosophicum a locis fortuitis denominare plantas , disait dungiuSj En effet, les espèces d’un même genre peuvent être et sont souvent de pays fort divers. On a cependant conservé quelques-uns de ces noms que l’usage avait consacrés d’ancienne date, savoir: Cerasus , Persica , Armeniaca , Punica , Parnassia , Canarina , etc. , ou même quelques-uns que Linné a fabriqués contre les règles établies
» de nom semblable, comme Daphné, c’est l’arbre de Daphné: » Myrte, de Myrsine, etc. . . . Aultres, par similitude, comme y> Hippuris ( c’est Preste ) , car elle ressemble à queue de cheval ; » Alopecuros , qui ressemble à. la queue de renard, etc.,... Les » aultres , de leurs formes , comme Trefeuil , qui a trois feuilles; » Pentaphyllon , qui a cinq feuilles, etc. » ( Pant. liv. III. ch. 4b ).
P H Y T O GRAPHIE. z6î
par lui-même, comme Balcimora , Molucella , Paca go nul a.
Lorsqu’on désespère de pouvoir donner un nom significatif convenable, on tente quelquefois d’arriver au même but par des métaphores ou des allusions; c'est ainsi que le nom de Danaïs a été donné par Commerson à un genre oii les organes femelles étouffent les mâles, comme les Danaïdes ont étouffé leurs maris; celui àüHamadryas , à une plante qui croît dans les bois; celui de Proserpinaca , à une herbe d’un aspect sombre et triste; celui de Nayas , à des herbes d’eau douce , etc. Dans ce genre de noms, il faut éviter les métaphores qui peuvent induire à erreur; ainsi, une graminée inutile ne devait pas recevoir le nom de Ceresia , proposé par Persoon , pour le Paspalum mem~ branaceum. Ces métaphores se tirent généralement de la mythologie ou de l’histoire ancienne, et on ne doit point les déduire d’anecdotes obscures ou propres à tel ou tel peuple.
§. 220. Lorsqu’enfin on ne peut pas parvenir à rappeler la plante par le nom, on se résout à lui donner une dénomination qui n’ait pas de rapport réel avec elle. Quelques-uns ont donné des noms entièrement insignifians ; ainsi , par exemple , Adanson affectait de tirer au sort les lettres des noms qu’il composait , comme par exemple dans Kalanchoe , Tolpis , Taliiium , Kolman , etc. Cette méthode est vicieuse, en ce qu’on obtient par là des noms souvent barbares et difficiles à retenir. On peut ranger dans la même classe le nom de Quisqualis , donné par Linné, dans un moment d’impatience, à un genre qu’il ne savait comment désigner. Il vaut mieux, lorsqu’on est réduit à celte extrémité, donner à un genre une épithète peu significative, comme Calodendrum^Ru bentia , Agapanthus , Polianthes , etc. , ou mieux encore dédier ce genre à l’un des hommes qui ont servi la science*
PHYTOGRAPHIE.
§. 221. Les anciens avaient déjà adopté l’usage de donner aux plantes des noms d’hommes; les noms de Euphorbia , Artemisia , en sont des exemples. Parmi les modernes, c’est Clusius qui a le premier donné un nom patronimique en dédiant une plante à son ami Cortusus. Tournefort l’a suivi en établissant le genre Bignonia , d’après le nom de l’abbé Bignon, bibliothécaire du Roi. De tous les noms qui n’ont pas de rapport avec l’objet , ceux qu’on déduit des noms d’hommes célèbres sont à préférer, soit parce que c’est un moyen simple de récompenser leurs services, soit parce que ces noms étant déjà connus se gravent plus facilement dans la mémoire. Quel est le botaniste qui, ayant su le nom du Linnœa , du Tourneforbia , du Jussiæa , pourra l’oublier? Mais dans l’usage de ces dédicaces, il faut éviter avec soin les abus qui s y sont malheureusement glissés; on ne doit pas prostituer cette marque d’honneur à des hommes qui 11’ont rien fait pour la science. S’il est permis de consacrer les noms des Princes ou des Administrateurs qui ont soutenu les botanistes dans leurs entreprises , il faut être circonspect de ce genre de dédicaces. Que les noms de Gaston de Bourbon, qui avait fondé l’un des plus anciens jardins de Erance ; de Gustave III, Roi de Suède, protecteur de Xbnné; de J eflerson, qma favorisé les voyageurs botanistes dans les Etas-ünis; que ceux de la Reine d’Angleterre , née Slrélitz, ou de l’Impératrice Joséphine, qui ont fait servir leur puissance à l’encouragement de la Botanique; que de pareils noms, dis-je, soient consacrés à la reconnaissance publique, tout le monde applaudit, et ces noms sont adoptés par les nations même les plus ennemies. Mais que le moindre commis d’un ministre ait reçai un pareil honneur , c’est ce dont on doit s’indigner.
On peut encore avec raison, mais avec circonspec-
PHYTOGRAP HIE.
lion, dédier des noms génériques aux hommes qui, sans être botanistes, sont utiles à la science des plantes-; tels sont, par exemple, les voyageurs qui ont fait connaître des pays lointains , tels que Sonnerat , Pérou , etc. ; les chefs des grandes expéditions navales qui ont contribué aux progrès de la botanique, tels que Cook et Bougainville; les savans dont les découvertes ont influé d’une manière indirecte sur les progrès de la botanique, par exemple, Ruyscli , Berthollet, Cuvier. On peut accorder cet honneur aux poètes qui ont célébré les plantes, comme Virgile et Castel; aux peintres qui ont su les représenter avec fidélité et avec élégance, tels que Redouté, Bauer; aux cultivateurs habiles qui ont contribué à les répandre dans les pays civilisés , par exemple. Lée, Kennedy, Nolin, et surtout ce respectable Thouin , qui a mérité cet honneur à tant de titres. Relativement à ces noms, on doit, je le répète, être fort circonspect , on doit l’être aussi quant à ceux dédiés aux Botanistes , et ne pas consacrer le nom de ceux qui, loin d’avancer la science, ont tendu à l’obscurcir ou à la rendre ridicule , par exemple, Buchozia.
On ne doit dédier à chaque individu qu’un seul genre, afin d’éviter toute confusion. Ainsi, quelque grands que soient les services rendus à la science par MM. Desfontaines et Lamark, les noms de Louichea et de Desfon t ai nia , ceux de Monetia et de Markea , ont dû être supprimés, dès qu’on avait admis ceux de Fcntanesia et de Lamarckia ; le nom de Bittea ne pourra subsister à côté de Stewarbia, Gomortega avec Ortegia , G as tonia avec Borbonia , etc. Lorsqu’un homme porte plusieurs noms , on doit préférer celui qui est le plus connu: ainsi Tournefortia a remplacé Bitbonia , Malesherbia a été préféré à Lamoignon a , Clusia à
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JEclusia , F ontanesia à Louichea , Lamarckia à Monetia , etc.
Lorsqu’un nom est précédé par une particule qui n en fait pas partie, comme du, le, la, en Français, von , en Allemand , van, en Hollandais, di , del , en Italien, da , en Portugais, cette particule doit être supprimée dans la traduction latine , par exemple , Buffonia , Royena , Heritiera , etc.; mais si la particule fait partie intégrante du mot , on doit la conserver, par exemple , on doit dire Duhamelia et non Hamelia .
On fait actuellement une règle de conserver strictement l’orthographe des noms , mais il en résulte cependant quelques inconvéniens ; on forme par ce moyen des mots qui sont entièrement étrangers au génie et à la prononciation latine, par exemple , Woodwardia , Forskahlea, Schlechtendalia , Llagunoa , O-higgin sia , Vieusseuxia , etc. ; et de plus ces noms sont souvent d’une longueur ou d’une barbarie rebutantes, comme TVillughbeia , Kraschensnikovia , Messersclunidia , Lestibudesia , etc. Les anciens Botanistes mettaient peu d’importance à l’exactitude de l’orthographe, et sacrifiaient davantage à l’harmonie ; ainsi Micheli a dit F alantia et non F ai II an ti a , Marsilea et non Marsiglia ; Linné a dit Rayana, pour éviter le nom de Raya , qui eût été le même qu’un genre de poissons; Tournefort a plus heureusement encore fait Gundelia du nom de Gtindelsheimer. Je crois cependant que, comme le principal but et le principal avantage de la nomenclature est la fixité , on doit , en général , conserver strictement l’orthographe des noms propres , afin d’éviter à l’avenir tout prétexte de changement.
Je ne vois point pourquoi on ferait exception à cette règle pour les noms français qui présentent la syllabe
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ou , qu’on traduit en latin par la simple lettre u , comme Ventenat l’a fait en écrivant Redutea au-lieu d eRedoutea , et Poiteau Rumea au lieu de Roumea . Linné et tous les auteurs ont bien admis Tournefortia , Tourretia , etc. ; et si l’on admettait ainsi de sacrifier l’orthograplie au son , il faudrait aussi écrire Gudia au-lieu de Goodia , Culebrochia au-lieu de Coolebroch'a , Smismannia au-lieu de Smeathmannia , Helesia au-lieu de Haie si a , Naittia au-lieu de Knightia , etc. Alors toutes les étymologies deviendraient obscures, et chaque peuple se croirait le droit de travestir les noms selon la manière particulière dont il prononce le latin. Je crois donc que pour éviter l’arbitraire et la confusion, il faut toujours conserver l’orthographe des noms propres.
On a encore proscrit, avec raison , les noms géné» riques dans lesquels on veut exprimer à-la-fois, le nom et le prénom de celui auquel on les dédie, par exemple, Gomortega , qui fait allusion à Gomez Ortega, Jeanraya à Jean Ray , etc. On ne doit pas établir des noms composés de ceux de deux personnes , comme Juanul « loa qui est destiné à indiquer à la fois les noms de George Juan et Antoine Ulloa ; Carludovica , qui vient de Charles IV et Louise, roi et reine d’Espagne. On ne doit point se permettre de traduire par partie les syllabes d’un nom dans une autre langue, pour en faire un mot nouveau , comme Calomeria , qui est une mauvaise traduction grecque du nom de Bonaparte; car, comme disait Montaigne, « en métamorphosant les U noms pour les garber à la Grecque ou à la Ro- (<, marne , nous ne savoris où nous e?i sommes et 7ious « en perdons la connaissance. (Essais. I. p. I\i6.)
§. 222. Jusqu’ici nous n’avons parlé que des noms entièrement nouveaux, et fabriqués de toutes pièces
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par les botanistes; mais il arrive souvent que le genie quon veut établira déjà reçu quelques noms, soit dans les livres des botanistes, soit dans 1 usage vulgaire; et ce cas, qui arrive fréquemment, doit aussi être soumis à des règles assez fixes pour prévenir les changemens inutiles. x
Si un botaniste reconnaît qu’un genre doit être divisé en plusieurs , il doit conserver l’ancien nom , ou au groupe le plus nombreux en espèces, ou à celui dans lequel se trouve l’espèce qui l’a primitivement reçu ; ainsi lorqu’on divise le genre Prunus de Linné, on conserve le nom au genre dans lequel se trouve le Prunier domestique, parce que ce nom est trop populaire pour être changé, et que les groupes sont à-peu-près égaux. 'Mais lorsqu’on a divisé le genre Erica , on a conservé le nom au genre ie plus nombreux , et on a donné le nom de Calluna a / Erica vulgans , paice qu’elle s’est trouvée seule , et qu’il valait mieux lui laiie un nom nouveau que de changer celui de deux cents espèces. La même chose a eu lieu pour XIxia chinensis , séparé du genre Ixia sous le nom de Belamcanda , quoiqu’il fût originairement le type du genre , et celui même auquel le nom faisait allusion. Dans ce cas de division de genre, les groupes qui ne portent pas Vancien nom générique, doivent etre nommés d après les îègles suivantes : si ces groupes ont été considérés comme genres par les anciens botanistes , on doit leur conserver leur ancien nom; ainsi, ceux qui voudront diviser le genre Polygoiium de Linné, seront obliges d admeltie les noms de Bis t or ta , Per sic aria , et Fagopyrum connus des anciens; si ces groupes n’ont jamais été considérés comme genres, on doit remarquei si, dans chacun d’eux , il ne se trouve point quelque espèce qui
forte un nom substantif, et si cela a lieu, ce nom devient nom générique; ainsi les Lonicera diervilla et symphoricarpos , considérés comme genres, ont reçu les noms de Diervilla , et de Symphoricarp os ; le genre Menziezia aurait dû être nommé Dabœcia , si, à 1 epoque où on l’a décrit , on avait su que Y Eric a dabœcia en faisait partie. Ce n’est que dans le cas où aucune des espèces du nouveau genre ne porte de nom substantif, ou que ces noms substantifs ont déjà été employés pour un autre genre, qu’on peut se permettre de créer un nouveau nom.
§• 223. A l’epoque de la renaissance des lettres , où
ion étudiait les liv es anciens au-moins autant que la nature , les Botanistes ont mis beaucoup d’importance a retrouver les noms que les Grecs et les Romains donnaient aux plantes, et la plupart d’entr’eux ont été conservés comme noms génériques. Lorsqu’une saine critique a éclairé ce rétablissement des anciens noms, il a été utile à la science; mais on s’est quelquefois trompé dans ces dénominations, ainsi notre Cytise n’est plus le Cytise des anciens, etc. Linné et quelques-uns de ses disciples ont introduit, dans celte partie de la nomenclature , un arbitraire qui a donné lieu à une foule d’équivoques très-préjudiciables à l’étude de l’ancienne littérature; ainsi le nom de MqXun qui signifiait frêne à fleurs chez les Grecs, a été transporté à un arbuste de llnde; celui de Bov^xtu qui désignait le frêne élevé, a un arbre d’Amérique; le nom de Gyngidium , qui appartenait à une ombellifère de Grèce, a été donné à un genre des îles de la mer du sud, etc. : de pareils noms sont propres à obscurcir et la Philologie et la Botanique; j’ai cependant un tel respect pour la nomenclature établie , que je ne proposa point de les supprimer, mais j’en-*
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gage fortement les botanistes à n’en plus créer de semblables : un nom entièrement nouveau est préférable à un nom ancien appliqué mal-à-propos.
§. 224. Les Botanistes ne sont point encore d’accord ni entr’eux , ni avec eux-memes , relativement aux noms génériques déduits des noms vulgaires. Si l’on considère qu’un genre est destiné à désigner une collection d’espèces, et que les noms vulgaires sont presque toujours relatifs à une seule espèce, on sera tenté d’admettre , avec Linné , pour règle générale , que les noms vulgaires peuvent bien s’employer pour nom spécifique , mais jamais pour nom générique. Cependant , ce meme Botaniste et ses disciples , après avoir posé cette règle , y ont manqué très-souvent : les noms de Thea , Coffea , Gincho , jlukuba , Yucca , Tacca , Nama , etc., en sont des exemples. Et en effet , pourquoi se priverait-on d’un moyen aussi simple pour lier la nomenclature botanique et la nomenclature vulgaire , pour conserver des noms déjà connus par les récits des voyageurs , et qui servent souvent à rappeler la patrie et l’usage des plantes? Mais, dira-t-on, ces noms sont souvent barbares : je l’avoue ; mais trouve-t-on que la science ait gagné en harmonie , lorsqu on a substitue le nom de Willughbeia à celui d ' Ambelatiia > Mattuschkea à Perama , Cuninghamia à Melanea , Schwenkfeldia, à Sabicea , Strc&TTiia a Cadaba , etc. Je ci ois que rela
tivement aux noms de pays , on peut , sans inconvénient , les employer pour noms génériques , pourvu qu’ils se prêtent facilement à une forme latine; je crois même qu’on le doit, lorsqu’il s’agit de plantes très-connues sous un certain nom: ainsi , le May s doit gardei le nom sous lequel il est connu de tout le monde, anlieu d’usurper celui de Zea , qui appartenait a 1 Lpeauli e.
Quant aux noms génériques qui ont été faits d’après des noms vulgaires, je crois qu'on ne doit les changer que dans des cas extrêmement rares, et peul-etre jamais. Lorsqu’on les trouve trop barbares , il vaut mieux les modifier un peu que de les supprimer, par exemple de Paypayrola on a fait Payrola , etc. La confusion extraordinaire que Schreber a introduite dans la science, en changeant tous les noms d’Aublet , est un exemple remarquable du danger de ces mutations arbitraires. Qu’on explique sans contradiction , s’il est possible, pourquoi, par exemple, parmi les noms d’Aublet, il admet Qualea ou Aruna , et rejette Vochysia ou Houmiria , qui tous sont fondés sur les noms vulgaires donnés à ces plantes dans laGuiane? L’arbitraire seul a présidé à ces changemens , et si cette méthode se continuait , l’histoire naturelle ne tarderait pas à devenir un chaos indéchiffrable pour tous les peuples. Aujourd’hui que la civilisation commence à s’étendre sur le globe entier, que des ouvrages importans se publient dans les diverses parties du monde, il est plus que jamais nécessaire que la nomenclature des êtres naturels repose sur des bases invariables.
§• 225. Les anciens botanistes étaient dans l’usage de désigner les genres voisins par des noms analogues , mais en changeant les désinences ; ainsi de Pim onium , ils faisaient Limoniastrum , de Bellis , Bellidiastrum , Bel hum et Belhdioides . Linné a proscrit ces noms génériques qui tendent à embrouiller la science par la trop grande similitude des noms , et qui empêcheraient d employer ces termes comparatifs comme noms spécifiques j les noms génériques en oides doivent être particulièrement proscrits , parce que ce sont de véritables adjectifs: quant aux nopis analogues à Bellium ,
PHYT OGRAPHIË.
Bellidiastrum ou Valerianella , on peut , je crois , les employer pour des genres voisins , et lorsqu’ils ont été employés par les anciens, parce qu alors ils évitent l’introduction d’un mot nouveau dans une science qui en a déjà trop. On ne doit jamais les introduire lorsqu’il s’agit d’indiquer des analogies éloignées; ainsi , Linné a bien fait de remplacer le nom générique de Sahcaria par Lythrum ; mais par le même motif il n’eût pas du admettre celui de Pyrola . On doit de même proscrire les noms qui 11e sont que des anagrammes insignifîans des noms déjà existans ; par exemple , Galphnnia a été mal-à-propos établi par Cavanilles , pour indiquer sa ressemblance avec le Malpipjna. Le nom d Ana rlùnuin ne doit point être rangé dans cette classe; car quoiqu’il semble un anagramme , il expi ime îéeliement la différence de ce genre avec 1 Antirhinum .
Art. 3. Des Noms d’espèce.
§. 226. Les noms d’espèces sont beaucoup moins difficiles à établir que les noms de genres, parce qu’üs ne sont point destinés a représenter un etre collectif. A. leur égard, les botanistes ont la plus grande latitude , et on peut dire, en général, que tout nom qui n’implique pas contradiction avec la plante, et surtout qui 11 appartient à aucune autre espèce, est suffisamment bon pour être conservé. L’impropriété d un nom spécifique, ou la possibilité d’en trouver de plus convenables, ne suffisent point pour autoriser un changement ; celui-ci ne doit être autorisé, que par la preuve que le nom exprime une idée absolument Lusse ou appartient à une autre plante ; ainsi , par exemple , le nom de Lunaria annuel doit êlre, comme Mœnch l’a proposé, changé en Luna~
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ria biennis , parce que la plante n’est pas annuelle mais bisannuelle: le nom de Scilla peruviana devra l’être, parce que la plante ne croît point au Pérou mais en Portugal ; tandis que celui d’ Astragalus monspessulanus doit être conservé , parce que la plante se trouve à Montpellier , quoiqu'il soit vrai de dire qu’elle se trouve dans presque toute l’Europe méridionale.
§. 227. Les noms spécifiques peuvent être indifféremment substantifs ou adjectifs. O11 leur donne la forme de subslantif dans divers cas : tantôt 011 veut indiquer que telle espèce a été autrefois considérée comme un genre ; et alors 011 conserve cet ancien nom générique , comme nom d’espèce, en ayant soin de mettre la lettre initiale en majuscule : par exemple Senecio Doria , Senecio Jacobœa , etc.; tantôt on veut indiquer l’analogie de cette espèce avec un autre genre, et alors on conserve soit au nominatif, soit au génitif, le nom du genre auquel on la compare, et on l’écrit alors par une initiale minuscule : Triticum nardus , Fommereulla cornucopiœ , etc. ; tantôt, enfin , 011 veut conserver le nom vulgaire de la plante, comme dans les noms suivans, Elœodendrori A rgan , Triticum Spelta , Callicocca Ipecacuanlia , etc. Ces derniers noms pourraient être désignés particulièrement par l’épitliète de Noms Triviaux si Linné n’avait pas employé ce terme comme synonyme de noms spécifiques ; ils sont très-bons, lorsqu il s’agit déplantés utiles ou célèbres sous une certaine dénomination, en ce qu’ils rappellent ordinairement , ou leurs usages, ou leur patrie. Dans tous les cas , les noms d’espèce substantifs ne sont nullement astreints à concorder en genre avec le nom générique.
§. 228. Les noms d’espèce adjectifs doivent s’accorder
PHYTÔGRAPHIE.
en genre avec les noms génériques, et doivent indiquer quelque circonstance propre à l’espèce qu’ils désignent ; les meilleurs sont ceux qui désignent son caractère : par exemple, Chry sosplemuiri oppositif oliuin , Ti.obi~ nia hispida, etc. Mais comme il est souvent impossible de donner , en un seul mot, le caractère d une espèce, on se contente le plus souvent de chercher un terme qui tende à donner une idée quelconque de l’espèce.
Les uns peignent son aspect général {habitus') , par exemple , F raxinus excelsior , Qalium glaucum , Aster dumosus ; d’autres s’attachent à l’un des caractères de la plante, comme Astragalus aristatus , Sola- 7iuin pimtatifidum , etc. , quoique ce caractèi e ne soit exclusif que relativement à telle ou telle autre espèce.
Il est un grand nombre de noms spécifiques, et ce sont, dans beaucoup de cas, les meilleurs, qui tendent à peindre l’espèce, en la comparant avec le port d’un autre genre. Dans ce cas , on fait toujours allusion à l’espèce du genre qui est la plus commune en Europe : ainsi, les noms de salicinus , salicifolius , etc., font tous allusion au Salix alba. La langue botanique est riche en désinences de ce genre. Veut-on désigner seulement la ressemblance générale, on se sert de termes analogues à ceux-ci : Convolvulus althœoides , Con~ volvulus hermanniœ , Tnula salicina , etc. Veut-on indiquer une ressemblance spéciale avec quelqu’organe, on emploie des noms comme les suivans: Cy?ioglossum cheiri folium , Campanula xincœflora , etc. Dans un petit nombre de cas qui ne doivent pas être imités, au- lieu de tirer le nom de celui que la plante porte aujourd’hui , on l’a déduit de celui qu’elle portait jadis; ainsi, on dit, Lepidium glasii/olium^aur lieu de isatifolium .
PHYTOGRAPHIE.
Lorsque, dans la forme de l’espèce, il ne se présente rien de marquant, ou de facile à exprimer par un seul ternie , on tire alors le nom de quelque particularité moins importante ou moins apparente : tels sont les noms tirés de la couleur. Lorsqu’on l’exprime sans désignation d’organe , le nom s’entend ordinairement de la couleur des fleurs, comme dans Roa alba , Rasa sulphurea , etc., excepté dans les crjtogames , où il s’applique à l’ensemble de la plante , par exemple , Ulva fusca. Fucus luteus. Dans quelques arbres, ce-" pendant, les noms de couleurs ont été tirés des jeunes branches : par exemple, R inus rubra , Acer rubrum , Fraxinus aurea^ Cornus sanguinea , etc. Lorsqu’on veut désigner la couleur spéciale d’un organe, le nom revêt cette forme, Laurus leucoxylon , Convolvulus leucanthus , Solarium xanbhocarpon , Astragalus albi caulis , albiflorus , etc. Enfin, on peut exprimer la disparité, le nombre ou la disposition des couleurs, comme par les mots Discolor , Tricolor , Albozonarius , etc.
Les noms peuvent aussi se déduire de la grandeur générale, comme dans Genbiana h an a , Elymus giganbeus , etc., et dans ces cas, on fait toujours allusion à la grandeur habituelle des espèces du genre. La même règle a lieu, lorsqu’on désigne la grandeur d’un certain organe : les épithètes de grandifolius , magnifolius , parvifolius , microphyllus , macrophyllus , grandi florus , parviflorus , micranthus , etc., sont toutes relatives à la grandeur ordinaire de ces organes. Ces genres de noms ont l’inconvénient de devenir facilement inexacts par la découverte de nouvelles espèces.
Les usages des plantes fournissent des noms spécifiques trèS'Convenables à admettre : tels sont ceux de
2^ PHOTOGRAPHIE
Vitis vinifera, Lithospermum tinctorium , R! lu s coriaria , N sviniri cmtidy sCTitsricnjït^ etc*
Les qualités sensibles des espèces peuvent encore trèsbien servir à les désigner, quoique la plupart d’entr’elles ayent l’inconvénient de disparaître dans ies herbiers : on se trouve cependant bien de noms tels que Astragalus ocLoratus , Holcus saccharatus (*J , Quassia amara, Ornithopus clin ils , etc.
Les stations des plantes peuvent fournir des noms spécifiques assez bons, pourvu quelles soient suffisamment prononcées : tels sont les noms de Eryngunn maritimum , Isnardia palus tris • mais on doit éviter
ces désignations , lorsqu’il s’agit de stations peu distinctes. Les noms de campes tris , arvensis et agrès tis , quoique vrais, induisent souvent en erieui, et embarrassent la mémoire. Ceux de Nayas marina , de Corrigiola littoralis , de Erif olium alpestre , etc., n auraient point dû être établis, parce qu’ils ne sont pas assez exacts.
Les noms tirés du pays que les plantes habitent, ne doivent être donnes qu avec beaucoup de circonspec-
tion. S’agit-il du nom d’un pays fort vaste, on court le risque que plusieurs espèces du même genre pourront s’y trouver : ainsi , quoique toutes les espèces àÜ Agave soient originaires d’Amérique, une seule eu porte le nom j quoique la France compte treize especes de Lin , un seul a reçu le nom de Linum gallicum . S’agit-il du nom d’un pays peu étendu, la plante, qui le porte se trouve dans beaucoup d autres : ainsi, le G en ti an a b avarie a, l’ Ajuga genevenis, le Circœa lutetiana , etc. ,
(*) Allionia, assez improprement, donné le nom de saccharalum à une espèce qui n’a rien de sucré , mais dont tuberculeux ressemble à un grain demis couvert de sucie.
Galiurn
le huit
PHYT O GRAPHIE.
se trouvent dans presque toute l’Europe. On doit éviter surtout de déduire les noms spécifiques de villes ou de pays trop petits, trop peu connus, ou de prononciation trop barbare : ainsi, le noms de Astragalus leontinus 9 Sisymbrium ecl arts b e r gens e , S cabiosa gramun tia, etc., n’auraient pas du être établis. On doit surtout 11e jamais donner de noms spécifiques tirés des localités , lorsqu’on décrit les plantes hors de leur lieu natal , parce qu’on doit craindre d’être induit en erreur sur leur véritable patrie : ainsi, la S cilla , appelée pemvlana 9 s’est trouvée être originaire du Portugal ; la Potentilla dite m onspeliensis , d’Amérique , etc.
On peut, enfin , donner aux espèces le nom du botaniste qui les a décrites le premier, qui les a découvertes, ou qui a contribué à les faire connaître; comme, par exemple , Banujiculus Gouani , Amaryllis Broussonetii , Tulipa Gessneriana , Tulipa Celsiana , etc.
Les noms d’espèce peuvent être latins ou grecs ; mais on doit , en général , préférer les premiers. Ils sont presque 'ous d’un seul mot ; on en tolère quelques-uns composés de deux , mais on ne doit par les imiter : tels sont Impatiens noli-tangere , Oxalis pes-caprœ , etc. Enfin, on doit éviter d’introduire clans le même genre, des noms spécifiques qui se ressemblent trop, soit dans le son , comme microcephalus , et macrocephalus , soit dans le sens, comme cœruleus et azureus, parce que ces ternies tendent à égarer la mémoire. C’est aussi sous ce dernier rapport qu’on doit éviter, comme l’observe très - judicieusement M. P. ( Journ. de l’Ernp. 25 oct. i8i3 ), l’abus des noms déduits de l’aspect agréable qu’olfrent certaines fleurs, et surtout dans les genres où toutes les espèces en sont plus ou moins dignes; ainsi les noms spectabilis , amœnus , con -
cinnus , pulcher , fortnosus , etc., prodigués dans les genres d’ornement ( JErâ?*, Pélargonium, Aster), sont très-faciles à embrouiller les uns avec les autres.
Art. 4, Zta? noms de familles , de tribus , races
ou de variétés.
§. 229. Quoique les noms générique et spécifique constituent entièrement la dénomination ordinaire des plantes, il est encore nécessaire de dire quelques mots sur les noms de familles, de tribus, de sections et de variétés.
§. 23 0. Les noms de familles ont été successivement établis d’après divers principes ; les anciens, et Linné, à leur exemple, ont cherché a saisir un trait géneial et caractéristique de la famille , et en ont tiré sa dénomination : tels sont les noms de Umbelliferœ , Cruciferœ, établis parles anciens, de Luridæ ou Tripetaloïdeœ , admis par Linné. Ce genre de noms semble le meilleur de tous; mais il est fort rare de pouvoir trouver une dénomination à laquelle il n’y ait pas une foule d’exceptions dans la famille qu’il doit désigner , et qui ne puisse s’appliquer à plusieurs autres plantes. Ainsi , il y a des ombellifères qui n’ont pas les fleurs en ombelle, et des fleurs en ombelles qui ne sont pas ombellifères. D’après ce motif, les Jussieu et Adanson, aussi à \ l’exemple de quelques anciens , préférèrent choisir un des genres marquans de la famille pour en tirer le nom : ainsi, on dit Rosaceœ pour désigner la famille dont le genre Rosa lait partie. Ce genre de dénominations , qui est maintenant admis, est soumis aux règles suivantes.
i.° Le genre dont on veut tirer le nom, doit être l’un des plus connus et des plus nombreux de la famille, et donner une idée de son aspect général. On ne doit pas par conséquent le choisir parmi les genres peu nom-
PH Y TO GRAPHIE
breux, tout-à-fait exotiques, ou qui présentent quelque exception au caractère de la famille» Les noms de Asarineœ , Verbenaceœ , pèchent contre cette règle; ceux de Eiliaceæ , Rosacece , Ericineæ , y sont conformes.
2.0 Le genre dont on fait choix 11e doit point conserver son nom sans altération , afin d’éviter l’amphibologie qui résulterait d’avoir le même mot pour désigner un genre et une famille : ainsi , dans les ouvrages d’Adanson et de Jussieu, le nom de Annonce , etc., désignait également le genre des Annones , ou la famille dont les Annones font partie. Pour éviter cet inconvénient , les modernes transforment le nom de genre en un adjectif de la forme des suivans : Rosacece , AntU rhinece , Ericineæ , Laurinœ , etc. Mais on doit éviter les terminaisons en oïdeœ , comme Myrtoïdeœ,^YC& que ce mot signifierait famille de plantes analogues aux Myrtes, et non famille de plantes dont le Myrte fait partie.
3-° Si aucun des genres importuns d’une famille ne se prête à cette transformation en adjectif, on peut alors prendre quelqu’un des noms anciens de ces genres, pourvu qu’il ait été généralement reçu , et qu’il soit conservé dans la famille comme nom spécifique , par exemple, Salicariœ , Thymeleœ , Frangulaçœ , etc.
4.0 On peut encore, avec avantage, désigner une famille par un nom caractéristique, ou par un nom. propre, lorsqu’un long usage l’a consacré, par exemple, TJmbelliferœ ,Valmœ , Eichenes ; mais dans les familles qu’on crée actuellement , on ne doit pas imiter de semblables dénominations , à moins qu’on n’en puisse absolument trouver d’autres.
§. 281. Lorsqu’on divise une famille en groupes qui sont fondés sur des caractères peu importuns , et qui n’ont pour but que de disposer les genres dans un
ordre méthodique , on ne donne aucun nom à ces groupes* comme on peut le voir dans les Gi aminées, les Ombellifères ; si, au contraire, une famille est divisée en groupes bien distincts, susceptibles délie considérés comme des sous-familles, ces groupes ou tribus reçoivent un nom qui se iorme précisément d’après les mêmes règles que ceux des familles; ainsi, les Rubiacées se divisent en Étoilées , Cofleacées , Cin-
chonacées et Guettardacées.
Pans les cas, assez fréquens, où le nom de la famille est déduit d’un des genres principaux, et où la famille se divise en tribus, on est souvent embarrassé pour désigner sans équivoque la tribu dont fait paitie le genre qui a donné son nom à la famille. J’ai admis dans la plupart des cas , et je propose , comme règle générale , pour éviter toute ambiguité, que les noms de famille soient déduits du nom du genre principal, en 1 alongeant d’une syllabe, comme Ranunculaceœ , Myrtineœ , Flacouî'tianœ . Mais que les noms de tribus soient déduits du même nom adjectivé sans alongernent , comme Ranunculece , Myrteœ , R lacouTtiece. Au moyen de cet artifice fort simple de nomenclature, on distinguera sans peine les noms de tribus sans être obligé d’ajouter comme on le faisait Renonculacèes , Aly?tinêes proprement dites.
§. 232. Il en est de même des genres : leurs sections ne reçoivent point de nom lorsqu’elles sont peu tranchées; si, au contraire, elles le sont assez pour qu on puisse indifféremment les considérer comme sections ou comme genres, alors on leur donne des noms dont la formation est semblable à celle des noms génériques : par exemple, les divisions du genre V eromca n ont point de nom; celle du genre Polygonum ont les noms
PHYTOGRAPHIlE,
de Bistorta , V er si cari a , Polygonum et Fagopyrum,
Les diminutifs ou augmentatifs du nom de genre me paraisse très-commodes à employer pour la désignation des sections; ainsi, les noms de Delphinellum et Delphinastrum ; j’ai donnés à deux sec* tions des Delphinium , sont d’un usage commode et peuvent être utilement imités dans des cas analogues.
§• 233. La même règle s’applique encore aux variétés; lorsqu’elles sont peu importantes, on ne leur donne aucun nom et on se contente de les désigner par la série des lettres grecques, par exemple, Lotus cor niculatus var. * ou var. /S etc. Si, au contraire, elles sont importantes , ou par les caractères qui les distinguent , ou par l’emploi que nous en faisons , alors on leur donne un nom dont la structure est semblable à celle d’un nom spécifique , par exemple , Pyrus communis rufescens , Pyrus commuais licjuescens , Cratœgus aria longifolia , etc.; mais surtout dans les plantes cultivées on éprouve encore de grandes difficultés, quant à la nomenclature des variétés; le nombre en est considérable , chacune d’elles offre des sous-variétés et des variations et des sous-variations , de sorte que l’on hésite sans cesse entre deux procédés également embarassans ; ou bien on donne un nom aux moindres nuances, et alors leur nombre et leur incohérence se font sentir à chaque instant , ou bien on ajoute au nom des variétés premières de nouvelles épithètes, et on finit par former de véritables phrases, comme celles dont les anciens Botanistes se servaient pour les espèces. Dans ce double embarras, je pense que le procédé à-lafois le plus simple et le plus logique, c’est de considérer l’espèce cultivée comme une famille, et de la diviser en races primitives qui recevront des noms subslan-
sgo P H Y T O G R A P H I E r
tifs analogues aux noms de genres , et qui se diviseront en variétés désignées comme les espèces ordinaires. Ainsi , par exemple , l’espèce de la vigne vinifère est pour les agriculteurs une famille, et eux-mêmes ont déjà pris l’habitude de parler des Muscats ou des Chasselas sous un nom collectif et substantif, en ajoutant ensuite une épithète pour désigner chaque variété de muscat ou de chasselas; on obtient ainsi deux avantages précieux; le premier est celui de la brièveté; le deuxième c’est de faire comprendre, par le langage même, le rang de chaque variété dans la classification méthodique, et ses rapports avec les variétés voisines. Cette méthode suppose que les variétés des plantes cultivées sont classées en groupes naturels; ce travail est loin d’être fait : on le commence à peine ; mais il est d’une haute importance , et mérite toute 1 attention des cultivateurs instruits. Quelques essais heureux , faits par MM. Duchêne, Vilmorin, Dunal , Audibert , etc. , font concevoir sa possibilité et son utilité.
Art. 5. Conclusion.
§. 23/p Tout cet échafaudage de la nomenclature botanique pécherait par la base, et s écroulerait inévitablement, si l’universalité des Naturalistes 11e reconnaissaient pas le principe dont j’ai parlé , savoir , la nécessité d’admettre le nom donné par l’inventeur à , une plante , toutes les fois que ce nom est conforme aux règles. Un nom ne doit point être changé, parce qu’il est peu significatif ; car on pourra de même supprimer le second, si on en trouve un troisième meilleur, et le troisième , s’il s’en présente un quatrième, etc. ; dès-lors il n’y a plus de fixité dans la nomenclature, ou
PH YTOGR APHIE.
plutôt il n’y a plus de nomenclature scientifique. L’auteur même qui a le premier élabli un nom, n’a pas plus qu’un autre le droit de le changer pour simple cause d’impropriété. Ainsi M. A iviani n’aurait point dû changer le nom de son Genista genuensis en Genista scariosa , lors même que ce dernier eût été en luimême préférable , et les auteurs subséquens ont tous adopté la première dénomination. La priorité, en effet, est un terme fixe, positif , qui n’admet rien, ni d’arbitraire, ni de partial; on doit donc admettre toujours le nom le plus ancien , excepté dans les cas suivans :
i.° Si le nom donné par le premier inventeur est faux , c’est-à-dire , s’il implique contradiction directe avec un des caractères de la plante, par exemple, JLunaria annua .
2.0 Si ce nom n’est pas dans les formes prescrites parles lois de la nomenclature Linnéenne; ainsi tous les noms antérieurs à Linné, tous les noms vulgaires , tous les noms des voyageurs qui ne sont pas naturalistes, ne doivent point être admis dans la nomenclature systématique; mais alors, si on est dans le cas de fabriquer un nouveau mot, on doit se rapprocher, autant que possible, de celui qu’on supprime, afin de le rappeler.
3.° Si le nom donné par l’inventeur se trouve déjà employé pour désigner un autre être , soit dans le règne animal, soit surtout dans le règne végétal.
4-° Si l’on reconnaît qu’une plante classée jusqu’ici dans un certain genre , n’a pas les caractères de ce genre et doit entrer dans un autre, on change son nom générique; mais on doit conserver son nom spécifique, à moins que dans le nouveau genre où on l’introduit , ce nom ne soit déjà employé, ou si on a fait un genre nouveau , que ce nom ait servi à le désigner.
2'o2 PHYTGGRAPHÏE.
5. ° Une plante n’est pas censée connue lorsqu on la seulement désignée par un nom ; mais il faut encore que ce nom soit accompagne au-moins d une phrase caractéristique suffisante pour la faire reconnaître ; ainsi , par exemple, on n’est pas obligé a admettre des noms qui ne se trouvent que dans un simple catalogue de jardin ; mais lorsqu’on les connaît d’une manière certaine, et qu’ils sont conformes aux règles, il vaut mieux les admettre que d’en créer de nouveaux.
6. ° Enfin la date des noms ne compte que de l’époque de leur impression seulement ; si les noms demeurés manuscrits étaient admis , chacun soutiendrait avoir le premier décrit la plante et en avoir à dessein retardé la publication. Ainsi on ne découvre pas une plante dans les Pyrénées, que M. Lapeyrouse ne prétende l’avoir trouvée auparavant, et ne s’arroge le droit de changer le nom sous lequel elle a été publiée. Que deviendrait la nomenclature méthodique, si chacun de ceux qui ont étudié une province en faisait autant?
Hors ces cas, qui dérivent de la nature même des choses, tout changement de nom est interdit , et on ne doit point les admettre, lors même qu’ils sont proposés par des Botanistes célèbres. Tout ce que doit faire alors le Naturaliste, c’est de consigner ces noms à la suite du premier : la réunion de ces noms rejetés , forme ce qu’on nomme la Synonymie dont nous allons nous occuper un moment.