CHAPITRE IV
De la Forme des Ouvrages de Botanique descriptive .
§. 245. Tout est prévu dans la législation de la Botanique; la disposition même des livres, cette forme , qui, plus que toute autre chose , est soumise à la variété des esprits, se trouve ici subordonnée à des lois générales, dont il est nécessaire de dire quelque chose.
Art. 1. Des Monographies.
§. 246. On entend par Monographie la description
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ou l’histoire particulière d’un être ou d’une classe d’êtres. Ce sont des travaux précieux pour l’avancement de la science, parce que le sujet étant borné y est ordinairement plus élaboré; c’est dans les Monographies que tous les hommes qui s’occupent d’idées et de travaux généraux , vont puiser les matériaux de leurs méditations et de leurs ouvrages. Aucune classe d’écrivains ne mérite autant de reconnaissance et d’encouragemens que les Monographes , et cela , précisément parce que leur travail est par lui-même obscur et ingrat.
§. 247. Les Monographies d’espèces comprennent leur phrase caractéristique, leur synonymie, leur description , leur histoire, leurs variétés , leur figure, et leur comparaison avec les espèces qui leur ressemblent, en un mot, tout ce qui est relatif à la connaissance de cette espèce ; elles supposent dans celui qui les écrit la connaissance des espèces voisines. Nous avons des Monographies d’espèces qui sont des ouvrages importans, telles sont celles des plantes qui oflrent un grand nombre de variétés, comme sont les végétaux cultivés ; l’histoire du Fraisier par Duchesne, celle du Citrus par M. Galesio , peuvent en offrir des exemples utiles à méditer. Nous avons aussi des Monographies d’espèces éparses dans différens livres, tels par exemple , que des Voyages, des Flores, des Mémoires Académiques, etc.; enfin, nous avons des ouvrages qui, avec des titres divers, ne sont autre chose que des recueils de Monographies d’espèces : tels sont les ouvrages descriptifs intitulés , Plantœ rariores , plusieurs Ploies , plusieurs Hortus , plusieurs collections publiées par les voyageurs. Ces ouvrages ne forment point un tout, mais chaque article y est véritablement un petit ouvrage. Tous les livres des anciens, antérieurs aux principes de
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la classification, n’étaient que des recueils plus ou moins vastes de Monographies d’espèces. Pour la perfection de ce genre de travail , on doit remarquer parmi les anciens, Clusius, JeanBauhin; plus tard, Dillenius, Rumph , et parmi nos contemporains , MM. L’Héritier , • Smith, Swartz, Schrader, Desfontaines, etc.
§. 248. Les Monographies de genres , et surtout de genres nombreux en espèces , sont déjà d’un ordre beaucoup plus élevé que les précédentes. Elles exigent un travail beaucoup plus considérable et plus méthodique, Il ne suffit pas d’y exposer les caractères des plantes , il faut encore les peser et les combiner; il ne suffit pas d’exposer quelques faits isolés , il faut les lier, éclaircir les points dificiles et obscurs, ne rien oublier, 11e rien négliger de ce qui intéresse l’histoire du genre dont on s’occupe ; ces travaux supposent et l’habitude de décrire , et la connaissance de la littérature de la science, et surtout un esprit méthodique. Je ne crois pas qu’il puisse exister , pour les commençans déjà un peu exercés , de meilleur travail à entreprendre pour se familiariser avec les difficultés de la science. J’ai toujours conseillé cet exercice aux jeunes gens qui avaient quelque confiance en moi , et je puis citer avec complaisance , les Monographies des Renoncules par Biria , des Digitales par Elmiger, des Pavots par Viguier, et surtout celle des Solanurn par Dunal , et des Casses par Çolladon , comme les résultats de ce conseil. La plus ancienne Monographie de genres qui existe , est, je crois X Alocciarium de Munlingius. Parmi les modernes qui ont mis plus de soin à ce genre de travail, on peut citer avec éloges , les Monographies des Menthes de Smith, celle des Chênes d’Amérique par Michaux, pelle des Gentianes par Frœiich, celle des Carex par
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Schkuhr et par Wahîenberg, celle des Oxaîis par Jacquin , celle des Amaranthes par Wildenow, celle des Stapelia par Masson et Jacquin , celle des Eryngium par Delaroche, celle des Potentilles parNestîer, celle des Primevères par Lehman, celle des Astragales par Pallas, à laquelle j’ose associer mon Astragalogia , etc.
§. 2^9. Les Monographies de familles sont autant au-dessus des précédentes, que les familles sont ellesmêmes au-dessus des genres. Rien ne pourrait être avantageux à la science comme de semblables travaux entrepris par des Botanistes consommés.
Les plus anciennes Monographies de familles qui existent sont celle des Graminées par Scheuchzer , et celle des Mousses par Dillenius. Parmi les modernes, on en peut citer quelques-unes , comme les ouvrages de Hedwig et de Bridel sur les Mousses, ceux de Buillard et de Persoon sur les Champignons, celui de Acharius sur les Lichens , celui de Cavanilles sur les Malvacées, ceux de Swartz sur les Fougères et les Orchidées, le mémoire de Dufresne sur les Valérianées , l’ouvrage de Dunal sur les Anonacées , les Monographies des Asclépiadées et des Protéacées par R. Brown , l’histoire des Conferves d'eau douce de Vau cher , mon mémoire sur les Ochnacées , etc.
§• 25o. Il est enfin une dernière classe de Monographies : ce sont les Monographies d’organes. Pontedera en a donné la première idée dans son Anthologia ; Guettard en a approché en décrivant les poils des plantes : Sauvages en a présenté une esquisse bien imparfaite, il est vrai , dans son ouvrage sur les feuilles. 11 était réservé à Gœrtner de présenter, dans ce genre, l’ouvrage le plus parfait qui ait jamais été écrit. Sa Carpologie présente , en effet , une masse inouie de faits
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nouveaux, classés clans un ordre méthodique eju’il s’était créé. Il serait à désirer que quelques autres organes des plantes, jusqu’ici négligés, fissent naître des ouvrages analogues; les racines que leur position nous dérobe, les feuilles séminales et primordiales qui nous échappent par leur fugacité , réclament aujourd’hui leur Gœrtner.
Art. 2. Des Flores.
§. 25i. Linné a le premier donné le nom de Flore aux ouvrages destinés à présenter l’énumération des plantes d’un pays , et a su en tracer un modèle excellent dans sa Flore de Laponie. Depuis cette époque, ce genre d’ouvrages s’est singulièrement multiplié; presque tous les pays de l’Europe, et plusieurs des autres parties du monde, souvent les provinces , les cantons, les villes même de certains pays, possèdent des Flores où leurs plantes sont indiquées; mais de toutes ceS sortes d’ouvrages, il en est peu où l’on trouve autant de livres mediocres et inexacts. Chacun, après avoir herborisé dans son canton, s’est cru autorisé à en publier la Flore; sans posséder les livres déjà existans , sans avoir des herbiers qui lui permettent de comparer ces plantes avec celles des pays voisins , il a affirmé, sans certitude , que telle plante était inédite ou portait tel ou tel nom: de là une foule d’erreurs de nomenclature, introduites dans la science et très-difficiles à déraciner , vu la mauvaise forme donnée à ces Flores locales. La plupart , en effet, n’ont que peu ou point de descriptions, de sorte qu’on est privé de ce m 037 en essentiel de vérification; et ce qui est pire encore , la plupart, pour donner les caractères spécifiques , se contentent de copier les phrases des ouvrages de Linné, sans s m~
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quiéter même si elles s’appliquent rigoureusement à leurs plantes. Dans ces cas , le meilleur moyen de vérification est la communication d’échantillons donnés par les auteurs; mais cette communication est souvent impossible. Il faut alors se contenter d’herboriser dans le lieu où tel auteur a trouvé telle plante : mais ce moyen même est fort insuffisant; car, de ce qu’on n’a pas trouvé une plante dans tel lieu , on ne peut pas affirmer qu’elle ny croît pas : de là résulte un vague et une incertitude très - préjudiciable à la Géographie botanique et à la Botanique descriptive elle-même.
§. 252. Dans l’idée que je me fais d’une bonne Flore, cet ouvrage doit contenir : 1 .° un exposé général de la nature physique du pays dont on veut parler, et de l’histoire générale de sa végétation : l’introduction de l’histoire des plantes de la Suisse, par Haller, est, à cet égard, un modèle brillant à imiter; celle des plantes rares de Hongrie de MM. de Waldstein et Kitaibel,peut lui être associée.
2.0 L’aperçu des rapports de la végétation du pays avec les autres pays voisins, ou même avec l’ensemble de la végétation ; les beaux travaux de M. R. Brown sur la végétation de la Nouvelle-Hollande, et des environs du fleuve Congo, l’introduction que M. de Humboltd a placée en tête de ses nova ge?iera et species , et qui est elle-même un ouvrage très - remarquable , peuvent donner une idée de l’intérêt et de l’importance qu offre ce genre de considérations, produit nouveau du progrès des sciences naturelles.
3.° L énumération des plantes qui croissent dans le pays, rangées d’après un ordre méthodique, et particulièrement d’après l’ordre des familles naturelles, qui mieux que tout autre donne une idée de l’ensemble de