‹ Théorie élémentaire de la botanique, ou exposition des principes de la classification naturelle. Et de l'art de décrire et d'étudier les végétauxChapitre 54 sur 86 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Des Planches botaniques .

§. 260. Les descriptions les plus complettes et les plus exactes sont encore bien loin de faire connaître une plante, aussi bien que la vue de ses formes générales. C’est pour suppléer à cette insuffisance des descriptions , que', dès la naissance de la Botanique, on a eu 1 idée d’y joindre les figures ( Icônes ) des plantes dont on parlait. Isaac Vossius assure posséder un manuscrit d’Apuleius , écrit avant l’an 1200 , et déjà orné de figures de plantes. Mais les ouvrages imprimés , les plus anciens qu’on connaisse avec des figures , sont celui d’un Sénateur Bolonais, nommé Petrus de Crescentiis , dont le Erère Francisons Argentinensis a donné une édition avec d’horribles figures en i4cP O >

O Vojpz l’excellente histoire de la Botanique, par M. Sprengel, I p. 281, 289.

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relui 3e Jacob de Dondis sur les vertus des plantes, dont il existe une édition imprimée à Venise en i499» avec des figures, et dont la bibliothèque de Gœttingeii possède une édition de 3 4^4 > ou ’ enfin, celui de J. Cuba, qui, selon Adanson , remonte à 1/4-86 , et selon Sprengel , à 1488 : on peut joindre à ces ouvrages celui d 'Kmilius Macer ( de Viribus plantarum ), qui paraît à-peu-près de la même époque. Dans ces divers ouvrages, les gravures étaient en bois, petites et grossières. Parmi les anciens, on doit citer avec éloges les figures de Fuchsius, publiées en 1547? et qui, quoique au simple trait , sont dessinées avec soin , et propres à faire connaître les plantes. La cause principale de leur supériorité est que les plantes y sont figurées de grandeur naturelle. Tous les autres, au contraire, voulant intercaler les figures dans le texte même, faisaient réduire outre-mesure toutes les plantes , et ce qui ajoutait encore à cet inconvénient , les faisaient réduire à une mesure uniforme; de sorte que la plus grande plante 11’occupait pas plus d’espace qu’une très-petite. D’autres défauts rendent l’usage des anciennes figures souvent douteux et difficile; c’est que ces figures sont quelquefois intercalées dans les ouvrages hors de leur véritable place, c’est-à-dire, à côté de descriptions qui ne leur appartiennent pas. Cette négligence est surtout fréquente dans l’histoire des plantes de J. Bauhin. Les figures des anciens sont souvent copiées les unes des autres , de sorte que l’on se trouve avoir quelquefois compulsé un grand nombre de volumes, sans avoir rien appris de nouveau sur la plante qu’on étudie. Withering, dans sa Flore d’Angleterre , a évité beaucoup d’ennui aux Botanistes, en a3^ant soin de noter les figures originales et les figures copiées.

§. 261. Gessner paraît être le premier qui ait cherché à perfectionner le système iconologique des anciens; il a publie des figures gravées sur cuivre, quelquefois coloriées et auxquelles étaient jointes quelques-unes des parties principales de la plante, vues isolément. Les belles planches dont Besler a orné son Hortus eysteb-> tensis , aussi-bien que celles du Jardin de Malabar, contrastent par leur perfection avec celles qui se faisaient dans les mêmes temps. Les figures des Institutions de Botanique de Tournefort, font encore époque dans l’histoire de la science, en ce que Aubriet a su y représenter les détails de la fructification, avec plus de soin que les Botanistes de son temps n’en mettaient à les décrire. A mesure que nous approchons des temps modernes •> nous voyons les figures des ouvrages de botanique, se ressentir d’une manière favorable du perfectionnement de la science , et même de celui des arts du dessin. Les modernes ont su tout mis plus de soin à ce que les plantes ou les parties des plantes fussent, autant que possible , représentées de grandeur naturelle , et à ce que les détails des parties de la fleur et du fruit lussent dessinés avec soin. A ce dernier égard , les planches de L Héritier et de Desfontaines , dessinées par Redouté; celles de R. Brown , dessinées par Bauer; celles de Humbolld , dessinées par Poiteau et Turpin , et celles de Pied wig , de Goertner, de Schukr , de Hooker, de Richard, de Mirbel , dessinées par eux-mêmes, sont très-recommandables. Enfin, on a cherche à donner des planches , où les couleurs des végétaux lussent indiquées de la manière la plus parfaite : d’abord, on s’est contenté , à cet égard, de simples enluminures , comme on le voit même dans les grands ouvrages de Jaquin ; ensuiie on est parvenu à

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rendre les couleurs plus vraies et plus constantes par 1 impression des planches en couleur.

Celte méthode, comparée à celle des simples enluminures, présente deux sortes d'avantages importans; les uns relatifs à l’art sont, i.° que les ombres et les nuances, étant déterminées par la planche même, sont toujours exécutées avec plus de précision , et se raprochent de la perfection de la gravure en noir; 2.0 que les ombres sont de la couleur de la feuille ou de la fleur, et non pas noires; 3.° que les traits marginaux ne sont pas marqués en noir. Les seconds relatifs à la science, sont que les couleurs étant préparées en masse et mises en quantité nécessairement égale sur ch. î que planche, tous les exemplaires d’un ouvrage sont nécessairement semblables, tandis que dans la méthode des enluminures, les teintes, laissées au caprice des ouvriers subalternes , sont souvent très - disparates d’un exemplaire à l’autre. L’impression en couleur a été tentée pour la première fois par Bulliard, qui se servait du même procédé qu’on employé pour les toiles peintes , savoir , d avoir pour chaque espèce autant de planches partielles qu il y a de couleurs. P. J. Redouté a substitué à celte méthode 1 emploi d’une seule planche gravée, comme pour la gravure en noir, et qu’on applique autant de fois qu il y a de couleurs. Les plus beaux ouvrages exécutés par la méthode de l’enluminure sont ceux de Jaquin , de Av aldstein et Kitaibel , de Roxburgh , d’Andrws, ainsi que 1 e Botamcal magazin , le Botanical regis ter , le Paradisus Londinensis , etc. L’Herbier de la France de Bulliard est le seul exemple de l’impression par plusieurs planches. L’impression en couleur, pai' une planche unique , a été tentée par Redouté, pour

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la première fois, dans l’Histoire des plantes grosses, puis dans les Liliacées, dans le jardin de Malmaison » dans celui de Navarre , et dans l’histoire des B.oses ; cette méthode a été aussi admise dans la Elore parisienne de Poiteau et Turpin , dans la Flore portugaise de Hoffmansegg etLink, etc. C est dans les ouvrages faits d’après ce principe , que l’on peut voir toute la perfection actuelle de l’Iconographie botanique.

§. 262. Cette perfection ne s’obtient que par une suite d’opérations qui rendent ces ouvrages tellement dispendieux, que la plupart de ceux qui se livrent à 1 etude de la Botanique , ne peuvent se les procurer. Cette circonstance a fait de nouveau remettre en question jusqu’à quel point on devait porter la perfection des planches botaniques. Il me semble qu’à cet egard , comme à tant d’autres , on doit distinguer la nature des ouvrages.

S’agit-il d’un livre élémentaire ? Les figures ne peuvent en être trop simples , pourvu qu elles soient nettes et précises j on peut même permettre aux auteurs de ces sortes d’ouvrages, de copier les figures, et surtout les détails donnés par les Monographes ; on doit , en général , leur interdire les planches en couleur.

Est-il question de publier des figures relatives à 1 anatomie des plantes, ou à quelque monographie ci organes? On doit donner des figures simples , gravées, non au simple trait, mais avec les ombres nécessaires pour faire sentir les formes. Le Botaniste doit, ou faire lui-même les dessins, ou ce qui vaut mieux, à cause de la facilité avec laquelle les auteurs des systèmes voient ce que leurs hypothèses leur font présumer, les faire faire sous ses yeux par des peintres exacts. On doit , dans ce genre

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d’ouvrages , comme dans tous les suivans , proscrire , avec la dernière rigueur, les figures copiées.

Veut-on faire connaître au public des plantes encore inédites, mais observées soit dans des herbiers, soit dans des circonstances où l’on n’est pas à même d’avoir la totalité de leurs organes ? On doit alors publier des planches gravées sur cuivre , et munies de tous les détails qu’il a été possible de voir exactement : on ne doit jamais colorier des plantes dessinées d’après des échantillons desséchés; ces planches noires peuvent se faire soit avec les ombres complettes, comme celles de la Flore atlantique de Desfontaines , soit avec la simple indication des ombres, comme dans les plantes de la Nouvelle-Hollande par Labitlardière , soit même au simple trait , comme dans la Monographie des Solarium de Dunal, ou mieux encore dans les Illustrations des plantes de la Nouvelle-Hollande de Bauer. Cependant, même dans ce dernier cas , les détails doivent être ombrés, afin qu’on y distingue les raccourcis, les con» vexilés et les concavités des organes.

Est -on , enfin , placé de manière à pouvoir représenter fidèlement les formes , les couleurs et les détails de tous les organes d’une plante, comme cela a lieu, lorsqu’on la fait dessiner vivante, soit dans son pays natal, soit dans un jardin ? Dans ce cas , il est , je crois , avantageux de profiter de ces circonstances pour faire une figure coloriée aussi parfaite qu’il est possible : il serait à désirer que la collection complette des êtres naturels, figurés avec cette perfection , existât comme type des espèces, quand elle devrait être bornée aux bibliothèques des Capitales et des Universités. Une pareille collection eut déjà épargné à la Science bien des discussions oi-

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seuses , bien des fautes de nomenclature, bien des répétitions de planches et de descriptions inutiles. Dans ce genre d’ouvrages, on ne doit jamais insérer des planches de végétaux déjà bien représentés dans d’autres livres, et surtout dans d’autres livres de même ordre. Si i’cn fait , sous cette forme dispendieuse , une Flore ou un Jardin , on doit n’y admettre que les espèces , ou inédites , ou qui du- moi ns n’ont pas encore été figurées avec soin ; on doit, enfin , y intercaler tous les déiaüs qui tendent à éclairer l’anatomie et l’histoire d’une plante , tels que ceux des parties de la fleur et du fruit, des poils, glandes et écailles, des bourgeons et de la germination.

Les ouvrages destinés à faire connaître les variétés des fruits et des plantes cultivées, doivent être munis de planches en couleur très-parfaites; car, dans les planches médiocres, leurs différences s’évanouissent, et même avec tous les secours de l’iconographie la plus parfaite, on a souvent peine à les reconnaître. L’ouvrage commencé sur les arbres fruitiers par MM. Poiteau e- Turpin, peut ici servir d’exemple.

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