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niste. Mais comme la mémoire est fugitive , comme les plantes analogues sont réparties par la nature dans des climats divers , ou fleurissent à des époques différentes, on a senti la nécessité de conserver quelque échantillon des plantes qu’on avait eu occasion de voir, afin de pouvoir constamment les comparer et les observer. De là l’origine des herbiers, sorte de collections dont la Botanique a retiré d’immenses avantages, et qui, sous ce point de vue, méritent une mention particulière.
Un herbier ( herbarium , Ziortus siccus) est une collection plus ou moins considérable de plantes diverses desséchées au moment de leur fructification , et avec assez de soin pour qu’elles conservent, autant que possible, leur forme et leurs caractères. L’art de faire des herbiers a été nommé Chortonomie par M. Desvaux» On désigne sous le nom particulier de Grainier , la collection des fruits et des graines des plantes conserves selon leur nature, soit desséchés, soit dans l’esprit de vin; on n’a coutume chy placer qie les objets trop volumineux pour entrer dans l’herbier. Ce genre de collection est devenu d’une haute importance, depuis que les caractères tirés des fruits et des graines déterminent les classes , les familles et les genres de la plupart des
§. 264* La dessiccation des plantes est une chose fort simple, et qu’on ne doit point chercher à compliquer, dans la crainte de perdre son temps à une occupation minutieuse et purement mécanique. Pour cela , 011 choisit une plante munie, autant que possible, de tous ses organes. Si on ne peut, à cause des phases de la végétation , les trouver réunis , on choisit alors un individu différent dans chaque époque ; par exemple, un pour
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la plante en fleur, un pour Tavoir avec son fruit, un pour ses feuilles radicales si elles diffèrent des autres, et un pour l’époque de la germination , si l’on veut donner à sa collection tout le soin possible. Lorsque les plantes sont trop grandes pour être desséchées en une seule pièce , on choisit les rameaux les plus instructifs. Ces plantes doivent être étalées sur du papier non collé , gris ou blanc ; le meilleur de tous est le papier aluné des anciens livres : on étale la plante de manière à ce que ses diverses parties ne chevauchent pas l’une sur l’autre , mais il vaut encore mieux qu’il y ait quelques feuilles pliées ou recouvertes, que si on détournait les organes de leur direction naturelle pour leur donner une position forcée. On place la feuille de papier qui renferme la plante entre plusieurs autres vides et bien sèches, et on les comprime, soit dans une presse, soit par un poids. Chaque jour on doit changer le papier devenu humide pour en substituer de sec; lorsque les plantes sont de nature très-délicate , il vaut mieux , pour ne pas les déranger, laisser la feuille qui les renferme et ne changer que les intermédiaires. L’essentiel pour que la plante perde peu de ses couleurs , est que la dessiccation soit rapide ; pour cela , on fera bien de placer les plantes à dessécher dans un lieu très-sec , où l’air se renouvelle facilement, et qui soit même modérément chauffé, comme le sont par exemple les chambres à poêle, ou les fours desquels le pain est enlevé depuis long-temps. Si la chaleur dépasse 35° , on doit craindre que les plantes se desséchant trop , deviennent friables. Il ne faut pas presser les plantes outre-mesure au commencement de ia dessiccation, parce que les divers organes se collent l’un à l’autre , de manière que
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par la suite il devient impossible de les analyser. Lorsqu’on est dans le cas de dessécher des plantes grasses ou bulbeuses , qui sont douées d’une telle force de vie, qu’elles végètent long-temps (*) même dans l’herbier , on a soin , pour éviter cet inconvénient , de plonger toute la plante, sauf les fleurs, dans l’eau bouillante; cette chaleur la tue sans rémission, et on la dessèche ensuite comme à l’ordinaire, en ayant soin seulement d’en changer le papier un peu plus fréquemment.
§. 265. Les plantes sèches, et surtout celles qui sont desséchées depuis peu d’années, sont sujettes à être dévorées par les larves des Teignes, des Plinus et de plusieurs autres insectes. Pour éviter ce désagrément, les meilleurs procédés sont d’enfermer son herbier dans des armoires ou caisses fermées, de serrer chaque paquet assez fortement pour rendre son entrée difficile, mais surtout de le visiter fréquemment pour arrêter la multiplication des insectes dévorateurs, et d’oindre les plantes des familles les plus sujètes à être attaquées , telles que les Composées, les Ombellifères, les Crucifères et les Euphorbes, d’une solution à saturation de sublimé corrosif dans de l’esprit de vin. C’est par ce procédé que M. Smith est parvenu à conserver intact le précieux herbier de Linné.
§. 266. Lorsque les plantes sont sèches , elles doivent être placées dans des feuilles de papier d’une grandeur uniforme, et assez considérable pour n’être pas obligé
(*) J’ai vu une bulbe de Narcisse desséchée et placée dans mon herbier , pousser quatre ans de suite de jeunes feuilles au printemps. U11 pied d’une nouvelle espèce de Sempervùum ces Canaries, après avoir été conservé 18 mois dans mon herbier a repris Javie lorsqu’il a été planté.
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de se borner à des échantillons petits ou rabougris .* ont ne doit point coller les plantes sur le papier, parce que la colle attire les insectes et qu’on s’ôte par là le moyen d'analyser ses échantillons; on peut tout au plus les fixer au moyen de petites bandelettes de papier, retenues par des camions. Chaque espèce doit occuper seule une feuille de papier; mais il est bon d’en avoir plusieurs échantillons dans dilférens états et provenant de dil’ferens pays. Chaque échantillon doit porter une étiquette où l’on trouve sa patrie, l’époque de sa fieuraison, et même les particularités de sa structure, qui sont de nature à se perdre par la dessiccation. Chaque feuille doit être aussi munie d'une étiquette qui porte les noms de la plante L'ordre général d’un herbier doit être celui de la méthode qu’on adopte comme la meilleure, et non l’ordre alphabétique qui n’apprend rien à l’esprit, ou l’ordre géographique qui disperse trop les objets semblables; à ce dernier égard, il peut être agréable, cependant, lorsqu’on a un herbier général et méthodique, d’avoir aussi des herbiers séparés pour les plantes des pays auxquels ou prend un intérêt plus particulier. En général , on doit mettre beaucoup d’ordre dans la disposition des herbiers et des grainiers, afin d’y retrouver facilement les objets qu’on cherche, et de réêtre pas induits en erreur sur leur origine.
Lorsqu’on veut analyser une plante sèche , on doit exposer les parties délicates, telles que la fleur ou le fruit, à la vapeur de l’eau bouillante ou dans l’eau chaude elle-même, selon leur degré de -consistance : par ce procédé simple on les ramollit au point de pouvoir îes disséquer avec assez de précision. Il est inutile de dire, cependant, que ces analyses, qui exigent de
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Phabitude, de l’adresse et quelque sagacité, tie sont
jamais aussi certaines que celles qu’on fait sur les plantes vivantes.
§6 267. Lés he ”biers ont été employés par quelques botanistes en guise de planches pour faire connaître des espèces difficiles; Ehrart est , je crois, le premier qui ai publié des échantillons desséchés et étiquetés avec soin, à la place de descriptions et de figures; cette méthode a été suivie avec succès par MM. Hoppe, Fünk* Schleicher, Thomas, Seringe , Nestler et Mongeot, etd* Elle est utile et recommandable quand il s’agit d’espèces très-difficiles à distinguer, comme les Saules, les Graminées et surtout les Cryptogames.
§. 268. L’une des principales utilités que la science retire des herbiers , est la fixité qu’ils donnent à la nomenclature , on peut toujours retrouver avec cer^ titude, par leui secours, quelle est la planté même qui a servi de type pour les descriptions des auteurs originaux , et éviter ainsi les erreurs qui peuvent résulter, soit de l’accumulation des synonymes erronés, soit des Vices ou des omissions des descriptions; La vue de 1 échantillon desséché et étiqueté par l’auteur , lève ordinairement tous les doutes que les livres même les mieux faits peuvent encore laisser. Cette utilité est surtout tres-grande lorsqu il s?agit de rapporter aux noms modernes ceux des botanistes anciens qui 11’ont pas tou^ jours laissé des descriptions suffisantes ; ainsi l’étude de leurs herbiers est un supplémént nécessaire à celle de leurà livres. Parmi ces herbiers inlportans à consulter pour la synonymie , je citerai principalement celui de Gaspard Bauliin, déposé au jardin Botanique deBasle; ceux de Tournefort, de Vaillant et de Michaux, conservés au Muséum d histoire naturelle a Pans; celui de Muclie h., qufj
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possède M. Targioni - Tozetti, à Florence; celui de Scheuchzer, qui appartient aujourd’hui à M. Schultes de Zurich ; ceux de Clifford , de Miller et d’Aublet, qui font partie de la collection de sir Joseph Banks; ceux de Ray , de Koempfer, etc. , conservés au Muséum Britannique; ceux de Dilleuius et de Sibthorp , déposés à l’Université d’Oxford; celui de Linné, que possède aujourd’hui sir Jam. Ed. Smith, à Norwich; ceux des Burman, de Lemonnier et de Ventenat, qui font partie de la collection de M. Benj. Delessert, à Paris; ceux de Pallas et de Pursh , dont M. Lambert, à Londres , est propriétaire; ceux de Vahl et de Eorskahl, qui font partie des collections royales d’histoire naturelle de Copenhagen ; ceux de Cavanilles , de Ruiz et Pavon , de Sessé et de Moçino, conservés au jardin royal de Madrid ; ceux de Magnol et deBroussonet, que possède M. Bouchet, à Montpellier; celui d’Allioni, qui est entre les mains de M. Balbis , à Turin; ceux de 1 Héritier et de Tliibaud, que je possède à Genève , et enfin les herbiers des Botanistes qui de nos jours ont décrit un nombre d’espèces un peu considérable, tels que MM. de Jussieu , Desfontaines , de Lamarck, Labillardière, de Beau vois, de Humboltd et Bonpland, Delille, Richard, à Paris; Wildenow, Link et Hoffmansegg, à Berlin; Swartz Thunberg, Afzelius et Acharius , en Suède; Jacquin, Host , Kitaibel, dans l’empire d’Autriche ; R. Brown , Hooker, Turner, et les botanistes déjà cités en Angleterre; Marschal de Bieberslein , Steven etEischer, en Russie, etc., etc., etc. Ces divers herbiers, et plusieurs autres qui m’échappent sans doute dans cette rapide énumération , renferment les types originaux de la plupart des espèces connues, et l’on peut ainsi, dans la plupart des cas douteux, vérifier réellement à quelle plante se
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rapporte chaque nom. Lorsqu’on a eu occasion de faire cette vérification, il est utile de l’indiquer, soit expliciteinent , soit par un point d’exclamation placé à la suite du nom de l’auteur. Lorsqu’on décrit soi-même une plante dans un herbier, on doit toujours avoir soin d’indiquer dans quelle collection on l’a décrite, afin
que les botanistes exacts puissent constamment recourir
a l’échantillon, type de l’espèce. Lorsqu’on décrit même une plante vivante, on doit avoir soin d’en dessécher un fragment qui serve à l’avenir de pièce authentique pour lever les difficultés qui pourront se présenter , même après les descriptions les plus complètes et les figures les plus exactes. Toutes ces précautions sont minutieuses et peuvent paraître presque mécaniques, je l’avoue , mais c’est sur elles que repose, en grande partie, la précision rigoureuse qui s’introduit davantage chaque jour dans la Botanique; c’est par elles que ce nombre prodigieux de végétaux , qui se découvre sans cesse , peut être décrit et reconnu sans confusion. Je ne sau-
rais donc trop recommander aux jeunes Botanistes d’apporter, au soin de leurs herbiers, l’ordre le plus rigoureux, et à tous ceux qui possèdent de telles colléelions de noter, avec soin, sur les échantillons qui leur sont communiqués, de qui ils les tiennent; souvent, en effet, un échantillon étiqueté par l’auteur qui a décrit 1 espece, lève tous les doutes qui peuvent se présenter.
§. 26g. On n’a jusqu’ici presque considéré les herbiers que sous le rapport de la simple Botanique descriptive ; mais il pourrait devenir utile de les considérer aussi sous le rapport de l’étude générale, des formes et de la manière de vivre des Plantes. Il serait éminemment précieux pour la connaissance des lois réelles de la Taxonomie, de réunir d’une manière
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analogue des exemples variés de soudures plus ou moins complètes, d’avortements, de transformations ou d’aber-* ration d’organes ; il serait précieux pour l’étude des lois générales de la végétation , d’avoir des herbiers ou l’on trouverait des échantillons comparatifs des mêmes organes et des mêmes plantes crues dans un sol sec ou! humide, découvert ou ombragé, au pied, sur le flanc ou au sommet des montagnes, dans les pays chauds ou froids, etc. De pareilles collections répandraient, je pense, un jour tout nouveau sur un grand nombre de questions d’ Anatomie',- de Physiologie végétale , et de Géographie botanique. J’ose engager les Botanistes qui vivent dans les parties montueuses et bien connues de l’Eurôpe, à donner quelque soin à ce genre de collections , dont l’u** tilité se fera tous les jours sentir davantage , à mesure* que l’étude philosophique des plantes fera plus de progrès.
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