LE TEMPS, LA MONNAIE ET LE CRÉDIT
Les moyens de triompher da temps. -^ La monnaie. — La circnlation d'une pièce de nn franc. •— Le Clearing-hoiue, — Londres, New-Tork. — Économie dn numéraire. — Avantages. — Progrès de la circnlation monétaire. — Perte qne snbit la France. -* Rapidité de la circnlation. ~ Le crédit. — Un morceau de fer. — La mine. — La suppression du temps est l'idéal. — Comment on s'en rapproche. ~ Définition dn crédit. — Erreur des partisans de la gratuité du crédit. — Erreur de Ricardo, de vMac-CuUoch, de Say, etc. — Influence du crédit en Angleterre et aux États-Unis. — Les banques en Angleterre. — Lombard Street, — Influence du crédit sur les affaires. — La circulation a pour but d'économiser le temps. — La rapidité de la circnlation réalise l'économie dn temps. — — Le temps et le crédit. — Le crédit est créateur dn capital.
Je dois reconnaître, du reste, que si jusqu'à présent les économistes n'avaient pas fait assez attention à Tinfluence de la circulation sur la production, rhumanité Ta pressentie depuis longtemps d'nne manière plus ou moins consciente, exactement comme elle s'est servie du levier longtemps avant d'en avoir établi la théorie.
Faire en sorte que le capital circulant (matières premières) devienne instantanément le capital circulant (marchandises), pour redevenir à son tour capital : tel est le but que n'ont cessé de poursuivre l'industrie et le commerce.
Le temps ! Voilà le grand obstacle !
Dans la pratique, l'humanité s'est acharnée à le détruire, à le réduire, et elle est parvenue à en triompher dans une certaine mesure.
Toutes les inventions, toutes les machines, ont non-seulement pour but d'atténuer l'effort, mais encore de réduire le
temps. Que fait la machine qui transforme en quelques instants une matière première en produit fabriqué? Elle s* empare de tout le temps qu*il eût fallu auparavant pour accomplir un acte analogue ; elle le réduit à quelques instants, et elle en livre presque immédiatement le produit, c'est-à-dire l'utilité, à rhorame.
Depuis le chemin de fer jusqu'au moulin actuel, toutes les inventions de Thomme ont essayé de multiplier F usage du temps, en diminuant la durée de chacune des opérations nécessaires à la production. L'histoire du travail n'est que l'histoire de la lutte de l'homme contre le temps ; mais qu'est-ce que la lutte contre le temps ? C'est la rapidité de la circulation.
Quand les Anglais disent : Time is money, ils commettent un contre-sens ; car bien loin que ce soit le temps qui constitue la richesse, il représente l'obstacle : ce qui constitue la richesse, c'est l'utilisation du temps, c'est la réduction du temps, c'est la rapidité de la circulation. Au moment même où ils disent : Time is money, ils traduisent ces mots par cette pensée : Triomphons du temps!
Que sont tous ces capitaux fixes, routes, ponts, machines, canaux, bateaux à vapeur, locomotives, instruments de toutes sortes ayant pour but de transformer plus rapidement les agents naturels en utilités pour nous, sinon des moyens d'accélérer la circulation des capitaux circulants?
L'homme essaye d'augmenter cette rapidité par l'outil, par la machine; il essaye de l'augmenter, comme nous l'avons vu, par la division du travail : la division du travail est le premier acte de l'échange. — Fais telle chose pendant que je ferai telle autre : nous échangerons.
Mais réchange en nature des produits lourds, encombrants, difficilement divisibles, est difficile. Alors, pour surmonter cette difficulté, l'homme invente un organe de transmission de mouvement : c'est la monnaie.
Elle va, vient, s'échange en représentant, sous un petit volume et dans toutes les proportions, les diverses utilités que
\éi hommes ont à échanger entre enx : et plus son acthrité est grande, pins elle est utile.
C'est totijoufs le même fait, sous une autre forme. L'effet utile est en raison géométrique delà rapidité de la circulation, c'est-â-dire de l'économie de temps. Par conséquent, il S*agit d'arriver à rendre la monnaie, cet instrument de la circtdation, attssi maniable que possible. Q faut qu^il puisse passer dé main en main presque sans effort.
C'est ce qu'a compris l'Angleterre, et c'est pour obtenîf ce réstiltat qu'un certain nombre de ses banquiers ont fondé le Clearing-house, à l'aide duquel, chaqae jour, ils liquident tou^ leurs comptes au moyen de simples virements, n'employant de billets de banque que pour les soldes. En 1840^ une somme de 66 millions steriing suffisait pour solder une masse de créances de 953,401,600, soit quatorze fois plus forte.
M. Coquèlin, dans son livre sur le Crédit et Ui banques, publié en 1S48, disait :
a Tous les calculs des économistes et tous les documents officiels s'accordent à établir que la masse du numéraire dont l'Angleterre fait usage dans ses transaction^ n'excède pas la somme de 750 millions, tandis que la France emploie dans les siennes, sans jouir de facilités plus grandes, et même, comme on lé verra bientôt, avec des facilités moindres, un capital qui n'est pas estimé â moins de trois milliards et demi; c'est-à-dire, pour obtenir le même service, ou plutôt un service moindre, la France emploie un capital quatre fois plus grand
tf La France pourrait donc détourner d'un emploi stérile 2 milliards 750 millions pour les consacrer à des travaux reproductifs (1). »
Depuis, ce système a pris de Pextensîon.
ic En Angleterre, dit M, Bagehot, toutes les opérations commerciales importantes du pays s'effectuent au moyen de
(1) 2« édition, p. 159.
chèques ; ces chèques vont au u Clearing-house » ; 1^ différences qui en résultent se règlent par des transporta du compte d*un banqui^ au compte d'un autre banquier, à la Banque d'Angleterre. Les payements faits par un banquier correspondent donc avec les recettes d'un autre banquier. Au résumé, les dépôts des banquiers à la Banque d'Angleterre semblent, à première vue, constituer uq dépôt singulièrement stable (1). »
M. JohnLubbock, secrétaire de l'association des banquiers, a donné au 30 avril 1873, Je total des sommes compensées an Clearing-bouse, sans aucune intervention de nuniéraire ou de billets de banque pendant les aimées :
Aux États-Unis, le système du Clearing-bouse est encore plus développé qu'à Londres.
En 1853, les transactions n'étaient, à New-Yoi^, que de 5 mffliards de dollars. De 1855 à 1857, au moment de la crise, elles ont atteint le chiffre de 6 et 8 milliards. Maintenant elles ont dépassé celui de 37 milliards !
A Londres, comme nous l'avons vu, elles ne s'élèvent encore qu*à 38 milliards.
« Si tous les habitants de Londres, dît Stuart Mill, avaient leur caisse chez le même banquier, et faisaient leurs payements au moyen de chèques, on n'aurait pas besoin de monnaie et l'on ne s'en servirait point pour les affaires qui commenceraient et se termineraient à Londres. Cet idéal est presque atteint pour les marchands en gros.
« A Londres, le boutiquier même dont les affaires et le
(1) Lmbard Street, p. 289.
capital ont qnelqae importance a un compte fuvert chez un banquier (1). »
D'après M. Bagehot, les banques par actions de Londres, à en juger par les bilans qu'elles publient, ont des dépôts qui se montent à la somme de 750,000,000 de francs. Leur capital ne se monte pas à plus de 75,000,000, et elles placent, en moyenne, de façon ou d'autre, une somme de 775,000,000 de francs ; ce qui, pour faire face à cet énorme passif, ne leur laisse que 50,000,000 environ d'argent liquide (2).
La première] des banques par actions dans l'estime publique et que l'on sait être admirablement administrée, la Banque de London and Westminster ne tient en réserve que 13 p. 100 des dépôts faits chez elle. Il est vrai que la Banque d'Angleterre suit d'autres procédés et a une réserve de 40 pour 100; mais ses actionnaires se plaignent de la faiblesse de leurs profits et poussent leurs administrateurs à diminuer cette réserve improductive de manière à augmenter leurs dividendes (3).
M. Goquelin a fort bien montré l'avantage que retiraient le public et le banquier de cette manière de procéder.
u Si, au moyen d'un encaisse métallique de 25,000 francs, le banquier peut payer tous les billets dont le remboursement lui est demandé par le public, et si, en même temps, ses émissions s'élèvent à 100,000 francs, il obtient du public 75,000 francs dont il ne paye aucun intérêt, tandis qu'il les place à intérêt, soit à 5 pour 100, en escomptant à ce taux des effets de commerce.
« L'intérêt du banquier est donc de tenir en circulation le plus grand nombre de billets qu'il peut.
u Le banquier, obtenant par les émissions de billets la disposition d'un capital de 75,000 francs, peut faire pour
(1) Tome IL p. 43.
(2) Lombard Street, p. 241.
Lombard Street, p. 37.
75,000 franâs d'escompte de plus que s'il n'avait pas émis de billets. Ces 75,CK)0 francs, mis à la disposition de ceux dont il a escompté le papier, facilitent l'extension de leurs affaires et l'accroissement de leurs bénéfices (1).
Smith avait déjà constaté que « la portion de capital qu'un marchand est obligé de garder par- devers lui, en espèces dormantes, pour faire face aux demandes qui surviennent, est un fonds mort qui, tant qu'il reste dans cet état, ne produit rien, ni pour lui, ni pour le pays. Les opérations d'une banque sage le mettent à portée de convertir ce fonds mort en un fonds actif et productif (2).
« Partout où le papier se répand du commerçant au consommateur, comme cela est en Ecosse, et encore plus dans l'Amérique septentrionale, il chasse presque tout à fait l'or et l'argent du pays; presque toutes les affaires du commerce intérieur allant ainsi avec du papier (3) . »
Il n'y a pas bien longtemps encore, on croyait que le peuple le plus riche était celui qui possédait le plus de numéraire. Maintenant, il en est autrement. L'Angleterre demande à l'Amérique plutôt du coton que de l'or.
La monnaie est un organe de transmission , utile comme peut l'être le matériel roulant d'un chemin de fer. Le progrès consiste à alléger le matériel roulant, improductif par lui-même, à le réduire le plus possible, à y substituer un nouveau mode de transport plus rapide, moins encombrant et coûtant moins cher.
D'après M. Wolowski , actuellement la circulation en Angleterre se fait tout entière avec 3 milliards de numéraire ; il évalue le capital de la nation à 200 milliards. Il estime au contraire le capital de la France à 160 milliards , et le numéraire qu'elle emploie dans ses transactions à plus de 5 milliards (4).
(1) Du crédit et des banques, p. 5.
(2) Bichesse des nations, t. I, p. 391.
(3) Richesse des nations, t. I, p. 398.
(4) Assemblée nationale, 3 février 1874.
Ainsi, en Fraoce, en supposant la prodnctiall et la population égales y noos perdrions 2 milliards avee les^ds on poarrait construire 4es usines, améliorer nos moyens de transport, faire des dépenses prodoctives. Commç {lotre prodnciion et notre population sont infëiieiiresy il fant augmenter la perte de tpqle çp(|e différence.
Ce stock inutile est, par rapport apx procédés de la circulation an^aise, çp que Iç vieux coche d^eau était par rapport h un navire h vapçsr ipoderne. Ces deux milliards sonf donc une force perdue, puisque sans çu^, et grâce à un mécapisme plus intelligent y un autre peuple peut produire un effet utile plus grand.
Rien de plus facile que de suivre |e progrès de la circulation monétaire. La monnaie des Spartiates se transforme en argent, puis l'argent est abandonné et devient de Tor. Mais la rapidité de 1^ circulation de Vqt n'est pas encQr^ assez grande : on y subs^tne le papier.
Que nous révèle en même temps ce progrès? H nons montre Teffort constant de Thomme pour augmenter la rapidité de la circulation.
Les chèques et les chemins de fer sont le résultat du même besoin qu'éprouve Tbomme de triompher du temps.
On va encore plus loip.
tt A Liverpool, disent MM. £. Fisco et W. D. Straêten , avec le mécanisme des traites, on vend, on engage même des marchandises qui ne sont pas encore arrivées en Ajialeterre , et qui souvent sont à peine expédiées in port d'outreimer
tt Le connaissement demeure entre les mains du courtier et les marchandises sont vendues par son intermédiaire et passent ainsi par différents propriétaires avant même qu* elles soient mises à terre (1). »
(1) Institutions locales du Royaume-Uni,
9 en (est de mèqi^ à Marseille pour ]e commerce des )))é^.
Ici, Vhoïfifm n'essaye plus seulement d* abréger le temps, il aii^ipe sur lui, '4 dépasse le i^ipmei^ présent, il s^empare d'jf^ie por^n de F advenir, en utili^^nt d'une ]^u,velle manière (^ merveilleux instrument qui s^appeljie le crédit.
Qu'on me permette d'insister, pour montrer toute Timport9i;^çe iç la raçi4i|ié de la çjrcula^pQ.
}l> 4^ jS^ar))e^ qui, noialgré le soin qu'il a apporté à étudier le phénomène de la circulation , trop nég^gé p^r les éconofl^tei, n'e§t p^ ajrrivé à u^i résultai précis, en a parfaitement compris ]i'ûnpo.rtance.
(ç ^ju^poson^ qu'i^ne nj^atière premier^, dit-il, le fer, par i^içple, ^evmt passer entre )e9 mains de 20 ou 30 prodocitçiurg poiiir subir les diverses préparations qui lui sont .nécessaires^ jacxompUsse cette série de migrations en un moiç au lieu de douze. |1 est évident qu'elle aura rendu en irevt» jojur9 1^9 s<ervices qu'elle aur.^t pu rendre en une année (1). »
Mais il fai;it encore aMer pbs vite. On le peut.
Snpppsctns ^e j'aie une xoine ; j'en extrais de la liouille ; c^J^ liQPiiUe es^ destinée & é^re consommée pour produire une marchandise destinée à son tour, tôt ou tard, à se transformer en capital fixe.
M>u^ l^ mçyeçs de transpçrt sont lents; cette bouille extraite sui^ijijrd'bu ne sera consommée que dans un mois ; de plus , les jlransiporM sont chers ; il faut qu'^e parcoure un trajet de 100 kilomètres, je suppose; qu'elle subisse divers trajosb^rd^myent;» [: çt il en sera de même pour le produit qu'elle coitfnbuera à forn^er, il ne s'écouler^ que lentement après ç^voir supporté de lourdes charges. Voilà évidemment des pertes : pertes de temps, pertes d'intérêt, pertes pour le capital fij^e arrêté dans sa production par toutes les entraves que rencontre la circulation du capital circulant ; dif-
(1) Théorie des richesses sociales, U 2. Idée générale de la circulation.
ficiiltés pour le capital fixe de se renouveler et de s'augmenter. Évidemment, Fidéal serait que la houille, à peine tombée sous le pic du mineur, fût consommée immédiatement et transformée en nouveau capital circulant qui , dévoré avec la même rapidité, deviendrait aussitôt du capital fixe.
C*est là un idéal auquel nous ne pourrons jamais atteindre d'une façon absolue, mais dont nous essayons instinctivement de nous rapprocher le plus possible.
Tandis qu'à Taide du télégraphe, des canaux, des chemins de fer, la science a essayé de restreindre, de diminuer cet obstacle qui s'appelle le temps, nous avons vu que la pratique financière a essayé de le diminuer également ; que le crédit n'est pas autre chose qu'une série de procédés, un mécanisme économique, en un mot, destiné à transporter, avec le moindre effort possible, des valeurs d'un individu à un autre , d'une place à une autre , et à se procurer ces valeurs dans le laps de temps le plus restreint possible.
Les partisans de la gratuité absolue du crédit n'ont commis qu'un léger oubli : ils ont oublié le temps. Us admettent la valeur de l'utilité de l'espace, ils n'admettent pas la valeur de l'utilité du temps.
Opérer à l'aide du crédit, c'est exactement comme si le capital circulant (matières (premières) que j'ai aujourd'hui était transformé immédiatement en nouveau capital circulant (marchandises), et produisait instantanément tout l'effet utile dont il est susceptible.
Seulement, comme entre ce capital circulant et l'époque où l'effet utile sera produit, il y a un certain lapside temps, je paye le prix de ce temps , selon un cours établi d'après la loi de l'offre et de la demande.
Voilà le principe du crédit : il est au temps ce que le télégraphe est à la distance.
Cependant, par une erreur analogue à celle que coomiettent
les adversaires du prix du crédit , les économistes classiques ont nié presque tous que le crédit fût productif.
Ricardo dit :
tt Le crédit ne crée pas le capital^ il détermine seulement par qui ce capital sera mis en œuvre. Le transfert du capital d'un emploi à un autre peut être souvent très-avantageux , et il peut être quelquefois aussi très-nuisible. »
Mac-Culloch approuve cette opinion.
En parlant du crédit, J. B. Say dit aussi :
tt II n*y a pas là avance de capitaux, il n'y a qu'un emploi plus constant de ceux qui existent. »
Mais du moment que des capitaux sont employés constamment au lieu de n'être employés que par intervalles, il y a évidemment bénéfice dé tout le temps économisé. C'est exactement comme si une machine était employée tous les jours au lieu de ne l'être qu'une partie de l'année.
U y a plus : il y a accroissement du capital , au moyen du crédit.
M. Gh. Coquelin, dans son ouvrage sur le Crédit et les hanqueSy avait entrevu cette vérité. Il dit que, grâce au crédit, le capital de chaque industriel est facilement accru.
M. Gourcelle-Seneuil , qui a annoté cet ouvrage, répond : — tt Gela peut être vrai pour un particulier, non pour la société dans son ensemble. »
Je me demande comment le capital des particuliers pourrait augmenter sans que celui de la société augmentât; car, en définitive, qu'est-ce que la société, sinon le total des particuliers ? Qu'est-ce que le capital national, sinon la somme des* capitaux particuliers?
Le crédit est productif exactement comme le commerce.
Pourquoi le commerce facilite-t-il la production? Pourquoi, après tant de contestations^ tous les économistes ont-ils fini par reconnaîtra qu'il est un instrument productif? Pourquoi? Parce qu'il prend ici tel capital circulant et qu'il le transporte
lâ, et réchàiigè ëoiUré nri attire ; parce qu'îî est, eh wi todt ; un instrument de circulation.
Et parce que le crédit est le plus puissant instrnoiêiil de circulation , il ne serait pas productif !
Comment ! lé crédit n'est pas productif ! et Ce sont dès économistes qui le disent ! èî ces ècohomistëâ préteriderit qu'ils ne formulent leurs dofctHnès que â'âpxhè l'oBiervatioii des faits!
Mais qu'ils regardent clone les fait^ !
C'est de 1786 à 1794 qu'en Angleterre a lieu le premier développement du crédit qui èoncorde avec l'application des inventions de Hargreaves et dé \Afatt : en vingt ans , ses exportations sont quintuplées. Sans le crédit, elle n'eût même pas pu appliquer et exploiter ces inventions.
C'est le développement du crédit qui a assuré la prèpondé* rance du marché anglais.
En France, encore effrayés par le désastre de Law, nous restions sans établissements de crédit; puis, le ^énie absolutiste de Napoléon V^ créait la Banque de France, moins comme im instrument de crédit que comme un inoyeii 3é gouvernement.
Aussi tandis qu'en France , la Banque de France ne compte pas encore une succursale dans chaque département, en Angleterre, au l*"" juin 1864, il y avait, outre la Banque d'Angleterre et ses oiize succursales , 140 banques particulières d'émission, avec 208 succursales, 151 banques d'ëmissioiî k fonds réunis, avec 441 agences ; l38 banques particulières sans émission, avec 64 agences ; et 56 tànques k fonds réunie, sans émission , avec 303 agences ; de plus , 4 agences en Ecosse , 1 en Irlande et 14 à l'étranger.
tt En Irlande, il y avait 6 banques k fonds réunis d'émission , avec 191 agencée ; 4 banques à fonds réunis sans émission, avec 6 agences, et 4 banques particulières séhà émission.
u JSri Ècdéséy îl y àvàii Id batiiqtiés à fihdi réunis d'èmissîcty avec 594 agencés (1).
« tfoiîà laî raiisoii, dit M. Bageîiot, j)our laquelle Loiidbàrd Street existe; voîlâ pourquoi F Angleterre est un iihmehsc marché financier et pourquoi lés àutreé ^kjs de FEurope Biè sont, en comparaison, que de petits tnatchés. En Ahglè-^ terre et en Ecosse, le système dei banques ÎFêiiiîssîOft s'eàt répa(ndù dans toiis les reèoîiils dû pays ; les économies du i)àys sont Venues s'aèctimùler daùs ces bandes, qui, à lent four, lès ônf envoyées S Londfè^. Aucun autre payé ii'rf tia se détrelopper un systèiùè àndlôguè ; àJussî Fàrgérit âbondèt-il à Londres éù quantité telle ^u ou rié peui lui comparer, soiis ce rapport, auctrné autre iille dtl coiitinènt (2). n
Lé à'oinbre d'effets dé" Commercé tirés sur Londfés Surpassé îh£ninient le ùombre d'effets tirés sâf, ioiiie aiitre ville européenne; Londres est la place qui, (le toutes léà places, reçoit le plus et paye le plus ; elle se trouvé' doi^c être le centré naturel de toutes lés liqùidàtiôus.
Le commerce anglais li'avàilie ésseiitJëtlèiùênt avec des capitaux empruntés, et si soin commercé est aussi ëtéMâ{ c'est grâce & la perfection de son sy^fëiii'i^ ih banque.
Lés bénéfices înêmés quéf prodiiîsèni ces banques attestent leur puissance.
Voici lès résultats obtenus^ pttr elles rélatHemèiit aux dividendes ^'elléS allotieiit :
Au-dessus de 20 0/0.
Entre 15 et 20 0/0. . .
Entre 10 et 15 0/0 . .
Entre 5 et lQO/0. . :
Au-dessous de 5 0/0 .
Motfnti
DES COlfPAGNIBS.
CAWfÀL.
Î32,560,1'Î5 fr.
135,985,97^ fr.
35l,ï24,750 fr.
iè
354,559,475 fr.
33,150,000 fr.
1,008,279,375 fr.
(1) Annuaire de Vécùnomie politique, iS66, p. âîl. (i) Lombard Street, p. éô.
u C'est-à-dire que 25 0/0 du capital employé daas ces banques rapporte plus de 15 0/0, et que 62 1/2 0/0 du capital rapporte plus de 10 0/0. Aucun commerce monté par actions ne présente des résultats aussi frappants (1). »
Ce sont les banques qui ont arraché TÉcosse à la misère, en lui permettant de développer son commerce, son industrie y ses pêcheries , son agriculture.
C'est encore aux banques que les États-Unis doivent l'immense développement de leur industrie. Ils installent les banques comme les chemins de fer, comprenant que c'est de la facilité de la circulation, sous toutes les formes, que dépend l'augmentation de la richesse. Aussi, en 1869, ne comptaient-ils pas moins de 1870 établissements de banque.
Qu'on me permette encore deux citations , afin de bien démontrer que ce n'est pas moi seulement qui crois à l'influence que la rapidité de la circulation et le crédit exercent sur la production.
u La puissance d'acquisition des négociants qui ont des capitaux et du crédit s'étend , dit M. Tooke , bien au delà de ce que peuvent imaginer ceux qui n'ont pas une connaissance pratique des marchés sur lesquels se font les spéculations. Si celui qui a la réputation de posséder un capital suffisant pour ses affaires et qui jouit d'un bon crédit dans son commerce, vient à prévoir sérieusement une hausse du prix de l'article dont il fait le commerce ; s'il est favorisé par les circonstances au début et dans le cours de sa spéculation, il peut effectuer des achats énormes , hors de toute proportion avec son capital... (2) »
M. Bagehot va encore plus loin.
tt 11 a surgi, dans toutes les parties de l'Angleterre, une foule de petits commerçants qui escomptent des quantités considérables de papier, et qui, au moyen de ce capital emprunté , circonviennent et terrassent le vieux capitaliste , en
(1) W. Bagehot. Lombard Street, p . 234.
(2) Recherches tur le principe de la circulation, p. 78 et 136*8.
admettant même qu'ils ne parviennent à le chasser. Le nouveau commerçant a évidemment d^immenses avantages pour soutenir la lutte. Admettons qu'un négociant ait un capital à lui y capital de 1,250,000 francs : pour que ce capital lui rapporte 10 0/0 , il lui faudra faire 125,000 francs de bénéfices annuels, et il doit vendre ses marchandises en conséquence ; si un autre marchand, au contraire, n'a que 250,000 francs à lui et qu'au moyen de l'escompte il emprunte un million, il se trouve à la tête d'un capital semblable de 1,250,000 francs et peut vendre à beaucoup meilleur mar» ché. S'il a emprunté au taux de 5 0/0, il devra chaque année payer 50,000 francs d'intérêts ; et si, comme le vieux commerçant, il réalise 125,000 francs de profits par an, il lui restera encore, après avoir déduit les intérêts qu'il doit , une sonune annuelle de 75,000 francs, c'est-à-dire que son capital de 250,000 francs lui rapportera 30 0/0.
« La certitude de pouvoir se procurer de l'argent en escomptant du papier ou autrement , et cela à un taux d'intérêt modéré, fait que , dans le commerce anglais moderne, il y a une sorte de prime à travailler avec un capital d'emprunt et une sorte de défaveur constante à se borner uniquement à. soit propre capital, ou à s'appuyer principalement sur lui (1). »
Il faut ajouter encore, comme l'a constaté Stuart Mill, que le crédit se transmet de main en main. C'est là qu'est le secret de ce phénomène , inexplicable autrement , de F extension que les négociants et les industriels peuvent donner à leurs opérations avec un capital relativement restreint.
Jgn un mot, la production d'un pays dépend de la rapidité de Is circulation.
Kn un mot, mieux une nation peut utiliser l'espace et le temps y plus elle produit.
/l) £,4mbard Street, p. 9.
if ais on peut encore déiiiôntrer d*tmèi niâniSi-e |)las Rigoureuse la puissance du crédit.
Le crédit, comme nous Favons dît, est la suppression du temps.
Il est possible d'établir d'une manière absolue le produit de cette suppression.
Je suppose le crédit de trois mois ^ c'est-à-dire que^ trDlé mois plus tôt que je ne l'aurais pu avec mes ressources, je me procure mes matières premières «
Ces matières premières, je les convertis en niàrchàndises, j'en retire l'effet utile, et cet effet iitile est ajouté àù capital déjà existant , trois mois plus tôt qu'il n'aurait pu l'être.
Mais je fais une secondé opération semblable, et j'ai, de plus que moii capital primitif, tout l'effet utile que j'âî retiré de mon précédent capital circulant, et j'ajoute, de cette manière, à mon précédent capital tout l'effet utile déjà obtenu et un nouvel effet utile que je n'aurais pu obtenir que trois mois plus tard.
Je continue ^ et il en résulte qu'au bout d'un an j'ai obtenu de mon capital quatre fois de l'effet utile que Je n'aurais pu obtenir que trois mois plus tard ; et comme chaque fois cet effet utile est venu s'ajouter au capital que j'avais précédemment, j'ai augmenté mon capital de tout cet effet utile* Bien plus : comnie le premier effet utile a contribuée me procurer le second effet utile ^ et comme ce second effet utile s'est ajouté au premier pour en produire un troisième, il en résulte que le second effet utile produit est plus fort que le jpremier , èl que le troisième est plus fort que le isecohd, etc. C'est la boule de neige. Chacun de ses grossissements augmente sa surface^ et chaque accroissement de sa surfacçi la mettant en contact, avec une plus grande quantité de nei^ë, facilité son développement.
Je résume de la manière suivante cette série d'opérations.
DéiMgîàfàtit par GC lé «capital éircdlànf , GR la cîrculàtioii^ JEP Téffet produit , et xC le capital formé ; on a :