CHAPITRE PREMIER
Je Tai déjà dit (1), le grand ressort du développement des os est la mutation de la matière.
Je reprends quelques unes de mes principales expériences, et je cherche à voir, d'une vue générale, le mécanisme profond , le mécanisme vrai du développement des os.
Le mécanisme du développement des os est la rénovation f la mutation continuelle de toutes les
(1) Voyez ci-devant , p. 31 el suiv.
parties qui les composent. Cet os que je considère , et qui s'accroît, n'a plus, en ce moment, aucune des parties qu'il avait il y a quelque temps, et bientôt il n'aura plus aucune de celles qu'il a aujourd'hui. Et, dans tout ce renouvellement perpétuel de matière , sa forme change très peu. Là est une des premières et fondamentales lois qui régissent les corps vivants. Dans tout ce qui a vie , la forme est plus persistante que la matière.
§IV
Buffon l'avait déjà remarqué. « Ce qu'il y a, dit-il, » de plus constant , de plus inaltérable dans la na- » ture , c'est l'empreinte ou le moule de chaque es- » pèce... ; ce qu'il y a de plus variable et de plus » corruptible , c'est la substance qui les com- » pose (1). »
Georges Cuvier semble s'être plu à développer cette belle idée. « Dans les corps vivants, dit-il,
» aucune molécule ne reste en place; toutes
» entrent et sortent successivement : la vie est un » tourbillon continuel , dont la direction, toute com- » pliquée qu'elle est, demeure constante, ainsi que » l'espèce des molécules qui y sont entraînées, mais
(i) Buffon, Histoire du cerf, p. 86 (édiUon de J^mprimeiîe royale).
)> non les molécules individuelles elles-mêmes ; au » contraire, la matière actuelle du corps vivant n'y » sera bientôt plus, et cependant elle est dépositaire >> de la force qui contraindra la matière future à » marcher dans le même sens qu'elle. Ainsi , la » forme de ces corps leur est plus essentielle que leur » matière, puisque celle-ci change sans cesse, tan- » dis que l'autre se conserve (1). »
On peut dire que cette grande vue de la mutation continuelle de la matière^ fruit d'une méditation abstraite plus encore que des faits mêmes , pour Buffon et pour Cuvier, se convertit dans mes expériences en un fait matériel.
§ VI
^ Je considère l'accroissement de l'os en grosseur» et j'examine cette suite de tibias de la Planche IV qui portent une lame de platine.
Je vois d'abord cette lame sur l'os , puis sous quelques couches d'os, puis dans le milieu de l'os, puis dans le canal médullaire.
(i) Rappçri hiitorique sur les progrès des sciences naturelles, p. 200.
Elle est dans le canal médullaire : donc tout un os s'est formé (1}, et tout un os a disparu (2).