‹ Théorie expérimentale de la formation des osChapitre 8 sur 51 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Je prouve , dans ce chapitre :

Que le ccU se forme dans le périoste ;

Qu'il ne se forme que dans le périoste ;

Et, par conséquent, que la formation du cal n'est qu'un cas particulier du cas général , du cas ordinaire de la formation des os.

PREMIÈRE PROPOSITION

Le eal me forme dans le périoste.

Deux opinions régnaient , avant Duhamel , sur la formation du cal.

c( On se contente d'admettre ordinairement , dit «Duhamel, que cette grosseur osseuse, qu'on V nomme le cal , et qui réunit les os fracturés , est » formée par un épanchement de suc osseux , qu'on w suppose qui transsude ou de l'os même , ou des «parties voisines; et l'on croit que ce suc osseux

K> soude l'un à l'autre les deux bouts d'os rompus, à » peu près comme les plombiers soudent avec de » rétain deux bouts de tuyau (1).

» D'autres , ajoute-t-il , ont cru qu'outre cet épan- » chement du suc osseux , les extrémités des fibres » osseuses rompues s'allongeaient et se joignaient » les unes aux autres , à peu près comme font les » parties molles (2). »

Telles étaient, avant Duhamel, les idées reçues sur la formation du cal.

Duhamel ne tarda pas à s'en faire d'autres.

Dès ses premières expériences (3) , il vit qu'il n'y avait ni épanchement de suc ni allongement de fibres j et que le cal n'était que le périoste ossifié , devenu os.

«Ces expériences, dit -il, lèvent, je crois, les » principales difficultés qu'on avait sur la réunion » des fractures et sur la formation des cicatrices qui » opèrent la guérison de plaies des os ; car, si on

(1) Observations sur la réunion des fractures des os, P' Mémoire, p. 99. {Mém. deVAcad, des sciences, année 17/il.'>

(2) Ihid., p. 99.

(3) Qui ne furent que Afi.^ fractures ^ comme je Tai déjà dit. (Ci-devant, p. Ix.)

» avait peine à concevoir que des fibres dures et »roides, comme le sont celles des os, fussent ca- » pables de s'allonger, de s'étendre et de se souder » les unes aux autres , on a lieu d'être satisfait quand » on voit que ce sont les fibres molles , ductiles et » expansibles du périoste qui se gonflent , qui prê- » tent, qui s'allongent , qui se soudent (1).

» On ne sera point non plus en peine, continue- » t-il , de savoir d'où transsude le suc osseux qu'on «croyait nécessaire pour former le m/, et pour » remplir les plaies des os, puisqu'on voit que c'est » le périoste qui , après avoir rempli les plaies des »os ou s'être épaissi autour de leurs fractures, » prend ensuite la consistance de cartilage , et ac- » quiert enfin la dureté des os (2). »

Il dit enfin : « J'ai prouvé, par quantité d'expé- «riences, que le cal qui opère cette réunion (la «réunion des fractures des os) n'est pas produit, » comme on le croyait , par un épanchement d'un » suc osseux , mais qu'on en est redevable à l'épais- » sissement et à l'ossification de plusieurs lames du » périoste , qui forment une espèce de virole osseuse , » laquelle assujettit les bouts d'os rompus; j'ai fait » voir que les lames du périoste , qui étaient d'abord

(1) Observations sur la réunion des fractures des os , i" Mémoire^ p. 107. (Jfcféw. de VAcad. des sciences, année 17/ii.)

(2) lUd.y p. 107.

FOILMAÏION DU CAL. 57

y^ membraneuses, devenaient ensuitecarlilagineuses, » et qu'elles acquéraient enfin la dureté des os(l), » 11 n'y a donc , selon Duhamel , ni suc osseux épanché, ni allongement des fibres osseuses; le cal n'est que V endurcissement du périoste (2) ; et Duhamel a parfaitement raison.

§ ni.

Nous avons déjà vu , et beaucoup plus clairement qu'on ne peut le voir sur de simples fractures, comment le cal , c'est-à-dire comment une nouvelle portion d'os se forme entre deux bouts d'os rompus.

Qu'on se reporte aux expériences où une portion de côte a été retranchée , et où cette portion retranchée a été reproduite par le périoste laissé entre les deux bouts de côte (3).

Eh bien, cette portion de côte, cette portion d'os reproduite est un m/, un véritable cal ; seulement le cal est ici plus gros que dans les cas ordinaires de simples fractures , parce qu'il y a eu de l'os retranché, de l'os perdu, parce qu'il y a eu perte de substance.

(1) !//• Mémoire sur les os , p. 355. ( Mém» de VAcad, des sciences , année 17/(2.

(2) Expression de Duhamel : /" Mémoire sur les o«, p. 107, année 17/(1.

(3) Voyez ci-devant, p. 6 et suiv.

§iv.

Tout ce que la reproduction d'une portion retranchée de côte nous a donné en grand , la réunion des fractures va nous le donner en petit.

Les pièces 9, 10, 11, 12, 13, H, 15 et 16 de la Planche Y sont des tibias de lapins ou de jeunes chiens , qu'on représente ici sciés en long , pour faire mieux voir la manière dont le périoste s'unit à la membrane médullaire et aux bouts d'os rompus.

§ VI

On voit sur le tibia n** 9 les deux bouts d'os rompus et les nombreux filaments par lesquels le périoste s'attache à l'os.

L'expérience n'a duré que trois jours.

Pour le tibia 10 , l'expérience a duré dix jours.

Ici le périoste est très gonflé , et l'on voit les gros prolongements qu'il envoie de chaque côté de l'os , entre les bouts d'os rompus. On voit aussi qu'il s'unit par ces prolongements à la membrane médullaire.

L'expérience a duré quinze jours pour le tibia 11.

Sur ce tibia , le périoste , également très épaissi ,

vient s'unir, de même , à la membrane médullaire , en passant entre les bouts d'os rompus.

L'expérience , pour le tibia 12, a duré vingt-deux jours. On voit déjà dans le périoste épaissi un petit os , un petit noyau osseux.

Et l'on remarquera bien, sans doute, que ce point osseux, cette nouvelle portion d'os, ce cal (car voilà le cal qui paraît) est dans le milieu même du périoste épaissi , dans le périoste seul , et non dans un épanchement quelconque extérieur au périoste.

L'expérience a duré vingt jours pour le tibia 13.

Sur ce tibia , il y a deux noyaux osseux dans le périoste , et toujours dans le périoste seul , toujours isolés, toujours séparés des deux bouts d'os rompus.

Et l'on remarquera bien encore que les deux bouts d'os rompus ne s'allongent pas, qu'ils ne s'avancent pas l'un vers l'autre, quils ne bougent pas.

§ VII

Les pièces 14 et 15 sont deux moitiés de tibia de deux lapins. On a scié l'os en long , pour en faire voir l'intérieur.

Pour le premier tibia , l'expérience a duré dix jours ; elle en a duré quarante-cinq pour le second.

60 FOllMATION DU CAL.

Sur le premier, les deux bouts rompus sont contenus , enfermés dans une capsule toute de périoste.

Dans le second , cette capsule de périoste est tout ossifiée. Cette capmle d'os est la virole osseuse de Duhamel (1).

§ VIII

La pièce 16 est la moitié du tibia droit d'un chien (2).

L'expérience a duré quarante-cinq jours.

La fracture est tout-à-fait réunie , consolidée ; on voit pourtant encore , au milieu du canal médullaire , une cloison osseuse , reste des prolongements ossifiés du périoste et de la membrane médullaire.

Cette cloison osseuse sera plus tard résorbée.

§IX

Quand un os est fracturé , le périoste commence donc par se tuméfier, par se gonfler, par envoyer des prolongements entre les bouts d'os rompus, et ceci est , pour le périoste , le premier progrès ; le

(1) i< Le cal est produit par un endurcissement du périoste » qui forme autour de la fracture une virole osseuse, n Duhamel, P^ Mémoire sur les os. {Mém, de VAcad, des sciences, année 17/il, p. 107.)

(2) On voit toujours ici Tos scié en long.

second progrès est de s'attacher à ces bouts et de s'unir à la membrane médullaire ; puis il paraît , dans le périoste , un ou plusieurs noyaux osseux ; enfin, ces noyaux osseux se développent, s'étendent, touchent, de chaque côté, à chaque bout d'os rompu ; et la fracture est réunie.

Tout se passe donc dans le périoste : c'est le périoste qui se gonfle ; c'est le périoste qui s'attache aux bouts d'os rompus; c'est le périoste qui s'unit à la membrane médullaire ; c'est dans le périoste que naissent et se développent les noyaux osseux ; et ces noyaux osseux sont le cal , le vrai cal , tout le cal, l'intermédiaire solide qui réunit la fracture, qui rejoint les bouts d'os rompus.

Le cal se forme donc dans le périoste.

SECONDE PROPOSITION

Le cal ne se forme qne dans le périoste.

Reprenons les pièces que nous venons de voir.

Sur la 10% sur la 11% nous voyons le périoste tuméfié , gonflé, s' attachant aux bouts d'os rompus , s'unissant à la membrane médullaire.

Sur la pièce 12^ nous voyons déjà un noyau osseux , premier rudiment , premier germe de la por-

tion d'os nouvelle qui va se former, du cal: mais ce noyau osseux , où est-il ? dans le périoste.

La pièce 13 a deux noyaux osseux : mais où sontils encore? toujours dans le périoste.

La pièce 14 nous offre une capsule molle ; c'est le périoste à l'état de périoste proprement dit, de membrane.

La pièce 15 nous offre une capsule solide; c'est le périoste à l'état d'os.

Ceux qui ont cru voir le cal , c'est-à-dire l'os , se former dans un suc gélatineux , glutineux , dans une matière épanchée , ont pris pour un suc, pour une matière épanchée, ce qui précisément est le périoste , mais le périoste tuméfié , gonflé , gorgé de sucs, et que, dans cet état nouveau, ils n'ont pas su reconnaître.

Toute la suite de leurs erreurs vient de cette première méprise.

Le cal ne se forme donc que dans le périoste.

§ IlL

Et il n'est pas plus vrai que, dans une fracture , les bouts d'os rompus ^'étendent , ^'allongent pour se réunir l'un à l'autre , qu'il n'est vrai que le cal ,

que Vos , se forme dans une matière étrangère au périoste.

On en voit ici même , sur les pièces là, 15 et 16, des preuves frappantes.

Sur la pièce 14, où la capsule du périoste est encore molle , les bouts rompus ne s'allongent pas; sur la pièce 15, où la capsule du périoste est déjà solide, ils ne se sontpas allongés; sur la pièce 16 , la fracture est entièrement réunie^ et les bouts rompus n'ont pas bougé , ils ne se sont pas rapprochés , ils sont séparés , ils resteront toujours séparés l'un de l'autre par toute la portion d'os nouvelle, par tout le cal.

Je le répète donc, car je l'ai déjà dit, et redit, à propos, de mes expériences sur les côtes {\.\ jamais les bouts d'os rompus ne s'allongent ; entre les bouts rompus , entre les bouts d'os anciens^ il y a , il y aura toujours Vos nouveau : ici, cet os nouveau est le cal : le cal ( c'est-à-dire Vos nouveau) est donc l'intermédiaire qui, dans une fracture, unit les bouts d'os rompus ; et ces bouts rompus ne seront jamais unis que par cet intermédiaire.

(1) Voyez ci-devant, p. 8.

TROISIÈME PROPOSITION

La formation da cal n'est qu'on eas partienller et ordinaire de la formation de l'os.

Je prie, maintenant, que l'on compare les pièces que je viens de décrire , pièces qui représentent des os fracturés , qui représentent le cal , avec les pièces de la Planche I, pièces qui représentent des côtes ^ sur lesquelles j'ai retranché une portion d'os, et sur lesquelles j'ai vu cette portion d'os se reproduire.

Comparez, par exemple, les pièces 11, 12, 13, etc. , de la Planche V avec les pièces 1,2,3, etc. , de la Planche I ; et vous aurez deux séries parallèles de pièces tout-à-fait semblables.

Sur les pièces 11 et 1, nous voyons de même, entre les bouts d'os divisés^ le périoste, très épaissi, très gonflé ; sur les pièces 12 et 2, nous voyons, encore de même , dans ce périoste épaissi , gonflé , un petit noyau osseux; sur les pièces 13 et 3, nous voyons , dans ce périoste , deux noyaux osseux , etc.

Enfin, si nous comparons la pièce 16 de la Plan-

che V avec la pièce 1 de la Planche II, nous voyons, d'un côté , les deux bouts du tibia réunis , nous voyons, de l'autre, les doux bouts de la côte réunis ; et , des deux côtés , le moyen de réunion est le même, exactement le même , une portion d'os nouvelle, un os nouveau, un cal.

Vue enfin, et pour la première fois peut-être, sous son vrai jour, la réunion des fractures, la formation du cal n'est donc plus quelque chose de particuHer, d'exceptionnel, de mystérieux en physiologie.

Le cal est de l'os, n'est que de Tos, et de l'os qui se forme où tout os se forme : dans le périoste.

Im formation du cal nest donc qu'un cas particulier du cas général et ordinaire de la formation des os.

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