CHAPITRE lY
Je reviens à la faculté merveilleuse qu'ont les os de se reproduire ; et je prouve , dans ce Chapitre :
Que le périoste reproduit et rend toutes les portions d'os qu'on lui ôte;
Je prouve même qu'on peut détruire le périoste , qu'il se reproduit; et qu'une fois reproduit, il reproduit l'os.
PREMIÈRE PROPOSITION
Le périoste reproduit et rend toutes les portions d'os
qu'on lui Ote.
Nous avons déjà vu , en ce genre , les faits les plus remarquables.
J'ai retranché, sur plusieurs côtes ^ une portion d'os , en laissant le périoste ; et toutes ces portions d'os ont été reproduites (1). J'ai détruit,
(1) Voyez ci-devant, p. G.
sur plusieurs tibias , la membrane médullaire : le périoste avait été respecté , et toutes les portions détruites de ces tibias ont été reproduites (1). J'ai détruit la membrane médullaire d'un radius entier, sans toucher à son périoste, et le radim tout entier a été reproduit (2).
Voici une nouvelle suite de pièces où l'on verra , de même , diverses portions d'os , et des os entiers, reproduits par le périoste.
Les pièces 1, 2, 3 et 4 de la Planche III sont des humérus de jeunes chiens.
Sur chacun de ces humérus , on a retranché la tête supérieure de l'os, en laissant le périoste.
On voit, sur tous ces humérus (depuis le premier jusqu'au dernier), le périoste, très tuméfié, donner des points osseux , de plus en plus développés, et qui reproduisent de plus en plus la tête qui a été retranchée.
Il y a trois points ou noyaux osseux, sur Vhumé-
(1) Voyez ci-devant, p. 50 et suiv.
(2) Voyez ci-devant, p. 37 et suiv.
68 REPBODUCTION DES OS.
rus 1 ; un seul, mais très développé, sur V humérus 2 ; trois, dont un très gros, sur VhumérusS; et cinq, trois petits et deux très grands, sur Vhumérus 4.
Sur ce dernier os , les deux grands noyaux osseux , placés de chaque côté , semblent reproduire jusqu'à la forme même de la, tête qui a été retranchée.
§IV
Les pièces 9, 10, 11, 12 et 13 sont des radius de jeunes chiens.
On a retranché ici la tête inférieure de l'os , en laissant toujours le périoste ; et cette tête inférieure se montre de nouveau de plus en plus complète , depuis le radius 9 jusqu'au radius 13.
Sur le radius 9, on voit le périoste épaissi ; on le voit transformé en cartilage , sur le radius 10 ; de plus en plus ossifié, sur le radius 11 et sur le radius 12, et tout- à fait ossifié sur \e radium 13.
Sur les pièces 1, 2 et 3 de la Planche IV, le radius tout entier avait été retranché , et le périoste laissé tout entier.
Sur la pièce 1 , on voit drjà lo radius qui renaît par un point osseux.
UKPRODUCTIOX DES OS. 69
Il est restitue en grande partie sur la pièce 2 ; il est restitué tout entier sur la pièce 3.
Ainsi donc , on peut enlever au périoste une portion d'os, et il rend cette portion d'os ; on peut lui enlever une tête d'os , et il rend cette tête ; on peut lui enlever un os entier^ et il rend cet os entier.
Le périoste reproduit donc et rend toutes les portions d'os qu'on lui ôte.
SECONDE PROPOSITION
Le périoste détruit se reproduit; et, une fois reproduit,
il reproduit l'os*
Les pièces 5 et 6 de la Planche III sont des humérus de jeunes chiens.
Sur ces humérus , on a retranché la tête supérieure de l'os, avec son périoste; le bout de l'os s'est incrusté de cartilage ; mais il ne paraît encore aucun noyau osseux.
L'expérience a duré trente-deux jours pour la pièce 5, et quarante pour la pièce 6 (1).
(1) Elle n'avait duré que huit, douze, quatorze et vingt jours pour \?s pièces 1, 2, 3 et /i dcrarllcle précédent où l'os paraissait déjà , mais où le périoste avait été conservé. On voit combien il importe de conserver le périoste pour la prompte reproduction de Tos.
§ II
J'examine de nouveau ces deux pièces. Il ne s'est donc point formé de noyaux osseux ; cependant le cartilage qui entoure le bout de l'os a été formé par le périoste qui s'est lui-même reproduit, et qui , une fois reproduit , après avoir donné le cartilage , aurait fini par donner de l'os.
§ III
La preuve de ce que je dis ici se voit sur les pièces 6, 7, 8 et 9 de la Planche VIL
Les pièces 6 et 7 sont les deux moitiés d'un humérus de chien ; et les pièces 8 et 9, les deux moitiés d'un humérus de chevreau.
On a retranché, sur chacune de ces pièces, l'os et le périoste; et néanmoins on voit déjà, sur chacune d'elles , de l'os nouveau , des noyaux osseux.
L'expérience a duré cinquante-quatre jours pour les pièces 6 et 7 , et quatre-vingt-dix-sept jours pour les pièces 8 et 9.
Le périoste détruit se reproduit donc; et^ une fois reproduit , il reproduit l'os.
§iv.
Le périoste est donc la matière , Torgane , V étoffe qui sert à toutes ces reproductions merveilleuses.
Le périoste est l'organe qui produit les os et qui les reproduit : aussi nulle autre partie de l'économie animale ne jouit-elle à un aussi haut degré de la faculté de se reproduire.
Quelques jours suffisent à sa reproduction ; et cette reproduction est inépuisable.
On peut retrancher une portion de périoste , elle se reproduit ; on peut la retrancher encore , et elle se reproduit encore , etc.
Et maintenant, après avoir mis dans tout son jour, après avoir démontré par tant d'expériences diverses , la faculté surprenante , et jusqu'à moi si peu connue, qu'ont les os de se reproduire, me sera-t-il défendu d'espérer que cette merveilleuse puissance sera bientôt un ressort nouveau entre les mains de la Chirurgie?
Oh! non, sans doute. Je m'adresse aux chirurgiens qui observent , qui pensent , qui ne voient
pas, dans la chirurgie, un simple métier de routine, mais une science, une grande science, et qui , au-dessus de cette science même , voient l'humanité.