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Plusieurs font remonter Vdge moderne à la seconde m

NOTION DE l'État. 43

du XV*' siècle ; la Renaissance est pour eux Tépoque de transition. Nombre de faits viennent appuyer cette opinion. Réveil de l'esprit philosophique après des siècles de sommeil ; retour des idées et des souvenirs antiques, si différents de la foi et des institutions du moyen âge ; renaissance des arts, plus libres et moins tristes, sur le modèle des chefs-d'œuvre classiques, dans Tltalie surtout ; élévation des villes, qui ne craignent pas de se soustraire à l'occasion à la tutelle des papes ; diffusion du droit romain, préféré au droit canon ; découverte de l'imprimerie, livres partout répandus ; invention de la poudre et transformation des années ; hardiesses de la navigation et découverte des côtes de l'Afrique, des Indes, de l'Amérique : tout présage une époque nouvelle. Mais ce n'est point encore là la lin du moyen âge, c'en est le dernier développement; l'âge s'éteint, précédant et préparant les tendances croissantes de l'époque nouvelle. L'esprit de la Renaissance a un caractère de maturité plutôt que d'enfance ou de jeunesse. Il veut moins créer du nouveau que renouveler de l'ancien ; il poursuit des idées et des modèles antiques. Il réforme et ébranle le monde féodal, c'est vrai ; mais il ne le renverse pas, il ne lui substitue pas une création neuve, et le mouvement s'achève et meurt dans le pouvoir absolu des grands et des petits princes.

2. Plus souvent encore on indique l'époque de la réforme, en se référant, moins sans doute aux tentatives avortées du congrès tle )\ornis (1495) pour réformer l'empire allemand, qu'à la révolution religieuse du xvi'' siècle, que l'on fait commencer à l'apposition des thèses de Martin Luther sur les portes de l'église lie )Vittenberg (31 octobre 1517).

Cette grande rupture avec l'ancienne autorité de l'Église fut complète ; la fondation des Éylises prolcsiantes fut une création lîouvelle dans le domaine religieux ; l'affranchissement de la conscience religieuse donna uikî impulsion puissante à l'indépendance plus tardive de la scicMice de toute autorité ecclésias- ^"1"6 en général ; l'idée de l'État, puriiiée et élevée moralement, prépara la formation moderne.

Néanmoins, la pensée fondamontale de la réionne allemandi»

ne fut pas de créer du nouveau, mais de débarrasser l'Église d'abus séculaires et de rétablir le christianisme dans sa pureté première. On rompait l'autorité ancienne et historique de l'Église et de sa tradition , pour s'attacher d'autant plus fortement à l'autorite également historique de l'Écriture sainte. Mais la Réforme ne pouvait pas plus rétablir le christianisme primitif que la Renaissance des maîtres italiens l'art classique d'Athènes ou de Rome : les hommes avaient changé ; les idées renouvelées des anciens devaient prendre une forme nouvelle; c'était l'Europe continuant ses progrès. L'Église et l'État protestants ne sont ainsi que des apparitions relativement nouvelles. L'idée de l'État restait sensiblement la même qu'au moyen âge ; l'État était toujours l'empire corporel-terrestre; l'Église demeurait la seule communauté spirtuelle des saints, embrassant également les cieux.

Le caractère des deux siècles suivants (1540-1740) achève de démontrer que la Réforme appartient plutôt au moyen âge vieillissant qu'au jeune âge moderne. Cette longue période porte l'empreinte marquée de la vieillesse. Une orthodoxie roide et sans vie a repris aussitôt le dessus dans l'Église protestante ellemême ; elle étoufife toutes les tendances nouvelles, enchaîne et écrase l'essor de la science. Dans l'Église catholique. Tordre des jésuites, le plus attaqué des défenseurs de la hiérarchie artificiellement conservée du moyen âge, augmente sa puissance. Les princes s'assujettissent la noblesse et rompent le système féodal, mais c'est un sang vieilli qui bat dans les artères de leur despotisme. La monarchie absolue s'étend surO'Europe continentale, en s'appiiyant surtout d'idées anciennes, dynastiques et romaines, patrimoniales et théocratiques. Le style rococo qui remplace celui de la Renaissance a lui-même une empreinte vieillotte. Partout c'est la dissolution d'un âge qui se meurt, bien plus que l'enfance d'un âge nouveau. Leibnitz, jeune encore, en était si vivement frappé, qu'il écrivait en 1669 : « Nous avons lieu de croire que le monde est entré dans l'âge de sa vieillesse ^ »

* Pichîer, Thcolo^ie von Leibnitz, t, p. 23.

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3. Ces mêmes considérations nous défendent de choisir comme point de départ les révolutions anglaises, soit de 1640, soit de 1688. Elles amenèrent des innovations et assurèrent la monarchie constitutionnelle ; mais plus on les compare avec la révolution de 1789, plus elles paraissent appartenir à l'âge ancien, et celle-ci à Tâge nouveau. Les révolutionnaires anglais combattaient contre l'absolutisme royal pour l'ancienne liberté populaire anglo-saxonne et les droits traditionnels du Parlement; les Français cherchèrent à réaliser un État nouveau sur des bases rationnelles, une liberté sociale nouvelle.

4. Aussi plusieurs veulent-ils que la révolution de 1789 soit le premier mouvement décidé de l'âge moderne, opinion qui flatte la vanité française. Suivant nous, la Révolution est pleine de l'esprit moderne ; mais celui-ci avait pris antérieurement son élan. Une période plus ancienne porte le sceau irrécusable de l'âge nouveau et le met en lumière : c'est celle de 1740 a), ainsi que Thomas Buckle, le savant historien des civilisations nouvelles, et nombre d'autres l'ont fait remarquer.

Généralement, une idée nouvelle pénètre d'abord chez les grands hommes d'une époque, puis elle descend successivement dans les masses, de même que le soleil dore d'abord le sommet des montagnes. Dans la seconde moitié du xviii' siècle, l'esprit nouveau ne s'empare pas seulement des premiers élus de l'intelligence, des prophètes des temps futurs, mais de tous ; il éclate sur tous les points de l'horizon ; le besoin du changement est général. Les cœurs s'échauffent à l'espoir d une vie nouvelle. L'art et la littérature, l'État et la société se transforment. L'esprit du monde se détourne du moyen âge et marche à des créations nouvelles.

Comparez les personnes, les institutions, les mœurs, depuis 1740 et dans les siècles précédents, et vous apprécierez toute la différence. Les individus, les conditions de leur existence, le sol, l'air dans lequel ils vivent, tout a changé. Rapprochez Frédéric 11^ le grand représentant de l'État moderne, non

û) Aunée de ravèucment du grand Ircdéric.

seulement de Louis XIV^ le grand représentant de la monar absolue par la grâce de Dieu, qui clôt le moyen âge, mai rélecteur Frédéric-Guillaume, son grand aïeul ; ou encore guerres d'affranchissement des Pays-Bas contre l'Espagne celles de V Amérique contre l'Angleterre, la révolution ang^ de la révolution française, Rousseau de Hutten, Lessing Luther.

L'âge nouveau se montre également dans les hésitations et expérimentations de la théorie et de la pratique de TÉtat, d les tentatives opiniâtres de créations entièrement nouvelles, d les désespoirs passagers qui suivent l'insuccès, dans les fïuci tions entre la révolution et la réaction.

Plus qu'aucun autre, Tâge moderne a un caractère cotisa de virilité; mais ces traits montrent que nous nous ne somr encore que dans la 'première phase de son développement ; ils t hissent sa jeunesse, quelquefois môme son enfance. La loi or nique et psychologique du progrès de lâge s'applique non sei ment à la vie entière de l'humanité, mais à chacune des époqi de cette vie.

Ainsi, pour nous, l'âge moderne commence en 1740. On p( citer comme des tentatives, des formes premières, ou des eff de l'ensemble de la vie moderne : le développement de la mom ckieprmsiewie, le mo\i\ ement joséphiste en Autriche, lafondati de V Union américaine, les agitations de la révolution française les réactions de V empire napoléonien, \2i transplantation de la??. narchie constitutiojinclle d'Angleterre sur le continent, les tent tives en faveur de la démocratie représentative, la création des Èta nationaux, l'affranchissement du droit public de ses envelopp» confessionnelles, la distinction ou la séparation de V Église et c VEtat, la suppression de tout élément féodal et de tous privilèg d'ordre, la conception plus haute de Vunilc de lanation, la recoi naissance de la société libre.

Observations. — Nous étudions liabituelleiiiout lliistoiro de l'iii manité dans ses liaisons* intornos et dans un ordre (l(3lerniiné. Pci ^uite, nous distinguons en elle diiTérents âges, comme dans Tind

vidu; nous parlons de Tenfance de riiiimanifé, puis do son adolescence que nous rattachons à la période classique des civilisations de la Grèce et de Rome ; nous séparons de môme le moyen âge, de celle-ci d'une part, des temps modernes plus virils et plus murs, de l'autre.

La vie de l'individu se compte par années ou par lustres, celle do l'humanité par millénaires. Chaque âge du monde présente à son lourdes phases analogues de développement, ayant également leur caractère et leur esprit ; ainsi la première et la seconde moitié du xviii« siècle ont un type complètement différent, de môme celles du XVI*.

Pour que cette vue générale soit vraie, il faut que l'humanité ne soit pas seulement une somme d'individus, sa vie, une somme de \ies individuelles, mais qu'elle forme un tout ayant son développement propre et ses âges séculaires. Ces rapports grandioses de l'ensemble, cette marche régulièrement progressive nous frappent lorsque notre regard embrasse plusieurs siècles à la fois, et nous en déduisons ïunité et la fin de cette humanité^ dont la large vie embrasse les étroites vies individuelles qui la servent consciemment ou non.

S'il en est ainsi, peut-être pourrons-nous nous demander quel est actuellement l'âge de l'humanité. 11 n'est pas probable que la période si peu connue de son enfance s'étende démesurément, alors que celle de son adolescence et le développement commencé de sa "Virilité n'occupent que quelques siècles; il doit y avoir proportion. La science naturelle moderne semble cependant contredire cette présomption.

L'histoire sémitique de la Création réduit l'âge de la terre à quelques milliers d'années. Un examen plus approfondi nous a appris à le calculer par millions, par milliards d'années peut-être. Ces ïnêmes recherches ont fait remonter l'âge de l'humanité à une antiquité aussi difficile à préciser que celle du globe, et hors de proportion avec les âges connus de l'histoire ancienne. Il est très Pi*obable, si ce n'est sûr, qu'il existe des êtres de forme humaine depuis au moins cent mille ans. L'histoire naturelle a découvert des crânes et des ossements antiques d'hommes qui auraient vécu dans un âge préhistorique inconnu, avec les ours des cavernes. Elle essaie même de déterminer les rapports physiques et les transfor- D^ations qui rattacheraient le corps humain aux formes anciennes •ies animaux. Elle montre enfin que, vraisemblablement, l'homme préhistorique se rapprochait plus du singe ou de quelque autre Dêteque l'homme moderne. Cette observation va loin; mais la réflexion peut y découvrir une solution de la contradiction signalée.

Quoi qu'il en soit, nous n'avons ici aucune raison pour étendre in Animent l'histoire de la civilisation ou l'histoire du monde. Celle n'a pu commencer qu'à l'époque ou une race humaine plus hc s'est montrée capable de travailler au perfectionnement de l'hui nité ; elle ne commence donc qu'avec la race blanche, les enfa de la lumière, les maîtres et les porteurs de l'histoire. Et Thom blanc n'est en aucune façon aussi ancien que le prétendu homr singe.

Ainsi, nous ne devons pas confondre le développement organiqy psychologique de l'histoire universelle avec les lois naturelles de formation du corps humain. Le sentiment, l'esprit commun de V\ manité, l'histoire et ses époques, les formes progressives et chî géantes de l'esprit et de l'âme qui se manifestent dans les œuvi hjmaines, appartiennent essentiellement à la haute nature l'homme, et non à celle des animaux.

Les premières apparitions des races humaines inférieures pe vent avoir de l'importance comme degrés préliminaires d'u forme plus haute. Mais elles n'ont guère plus de part à l'histoi proprement dite de l'humanité, que les couleurs et le pinceau \ tableau de l'artiste. «

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