CHAPITRE IV
Le principe des quatre formes fondamentales.
s formes d*État se distinguent spécifiquement par leurs eptions de l'opposition des gouvernants et des gouvernés, Ptout par la qualité (non par la quantité) du régent {Herrs- '. Aristotedéjà Tavait reconnu.
Dans Vidéocratie et son mode le plus élevé, la théocratie^ le 'le regarde son chef comme un être mrhumain, supérieur
tous rapports et par nature : Dieu lui-même gouverne t.
La démocratie ou le gouvernement populaire en est précisé- L l'opposé : loin de chercher hors de son sein un maître iger, la nation s*y gouverne elle-même ; elle est gouvernante
son ensemble, gouvernée dans ses individus.
. Dans V aristocratie^ la distinction des gouvernants et des
ernés ne sort pas de la nation et demeure humaine ; mais
:lasse ou une tribu plus élevée y gouverne exclusivement, les
3S n'étant que gouvernées; isolément, les membres de
-là sont aussi gouvernés.
\ Dans la monarchie^ l'opposition est parfaite. Le gouverne-
t est humain, mais concentré dans un homme qui n'est que
nt, non sujet, qui appartient ainsi complètement à l'État, et
onnifie la communauté et l'unité de la nation.
Chaque forme a son type idéal dont elle réfléchit Timage :
La théocratie représente le règne de Dieu sur le monde ; m£ elle nous montre Dieu comme agissant directement et, jusqi un certain point, d'une manière despotique et grossière.
La monarchie glorifie dans « Vhomme, » comme indivic Yunilé du genre humain\\e chef de TÉtat représente l'ensembl la nation est personnifiée dans le monarque.
La démocratie exprime la communauté de la nation ou des inà vidus^ et nous offre la commune dans TÉtat.
L'aristocratie réalise la distinction des éléments nobles et à éléments communs de la nation, et donne le pouvoir aux pre miers. Elle a pour type la noblesse et la qualité de la tac meilleure^ comme la démocratie a pour type la commune.
On peut, sous un certain rapport, opposer la théocratie et l monarchie à V aristocratie et la démocratie. Là, la plénitude di gouvernement, sa majesté la plus haute, est concentrée dansl régent, qui n'est point en même temps régi, qui ne représenl aucun intérêt privé, mais Tintérèt seul de l'État ; dans l'une l'élévation est divine, Aonc absolue \ dans l'autre humaine, don relative. Ici au contraire, et c'est pour cela que l'aristocratie et l démocratie peuvent être appelées des républiques^ l'oppositio entre gouvernants et gouvernés n'est point aussi nette; il y mélange : les mêmes hommes sont tantôt autorité tantôt sujets ils ont à la fois des intérêts publics et des intérêts privés. Dan la démocratie, ce mélange s'étend à tout le peuple. Dans l'aris tocratie, il se restreint à la classe dominante ; celle-ci n estqu gouvernante à l'égard du reste du peuple, mais, prise en ell< même, elle est à son tour démocratiquement organisée en gt néral, et ainsi maîtresse et sujette en même temps. L'arist< cratie se présente doue comme une forme intermédiaire e moyenne entre la démocratie et la monarchie.
Mais V aristocratie et la monarchie se rapprochent à un auli point de vue, et s'opposent alors aux deux autres formes: distinction des gouvernants et des gouvernés y est organisé humainement de telle sorte que les gouvernants se sentent et : savent indépendants; le peuple les considère comme tels; i
exercent le pouvoir en leur propre nom et comme un droit immédiat^ surtout dans la monarchie. Les secondes, au contraire, ont pour souverain Dieu ou le peuple, à qui il faut des représentants et des intermédiaires j prêtres ou magistrats. Ces représentants appartiendront personnellement aux rangs des gouvernés ; ils agiront au nom et par le mandat du souverain, comme serviteurs de Dieu ou du peuple. Ils ne peuvent se considérer comme les vrais chefs : ils administrent pour un maître extérieur qui ne peut ou ne veut agir personnellement; par suite, ils sont continuellement forcés de se rattacher à une autre puissance qui les domine eux-mêmes, et de puiser en elle leur autorité.
La distinction des formes de TÉtat d'après la nature du gouvernement, est le fondement du droit constitutionnel ; elle appartient donc au droit public. Mais l'on peut aussi diviser les États d'après les tendances de leur vie politique, abstraction faite de leur forme. Certains États sont Ihéocratiques par l'esprit (théocratisants) sans Tètre par la forme ; ils reconnaissent un chef visible, humain ; ce n*est pas Dieu qui les gouverne, mais ce sera p. ex. un prince de l'Église, une aristocratie cléricale, ou une certaine démocratie religieuse. D'autres sont aristocratiques sans être des aristocraties pour le droit public (ex. l'Angleterre, monarchique par la forme, aristocratique par Tesprit) ; ou démocratiques sans être des démocraties (ex. le royaume de Norwège); ou enfin monarchiques a) sans monarque réel (ex. la République française).
Obsenation, — F. Rohmer (Lehre von den politischen Parteien, §219 et ss.) divise les États d'après les quatre âges de la vie humaine, en s'appuyant directement, non sur la forme, mais sur l'esprit de l'État. Cette division appartient aussi à la politique plus qu'au droit public, mais elle diffère complètement de la précédente. Elle distingue :
L'esprit public radical^ dans Vidolocratie (Idolstat) ;
— libéral, dans TÉtat indicidualistc {Individualstat) ;
— conservateur, dans l'Etat de race [Rassestat) ;
-- absohitiste^ dans l'État de forme (Formenstat).
*) Le texte aUemand dit mieux : « Certains Etats sont théocratisantx.,. ûrirtocratMonts... » etc.
L'esprit politique d*une monarchie^ par exemple, peut pas: successivement par chacune de ces phases. R. v. Mohl obje qu'un peuple ne saurait ôtre ni jeune ni vieux, parce qu'il conti^^j toujours des enfants et des vieillards [Statswissenschaft, I. 2). C~^. ignorer ce qu'il combat. Les Anciens déjà avaient vu que les natior elles-mêmes, êtres organiques, passent par différents âges, ana logues à la jeunesse et à la vieillesse des individus, et Savignr/ achevé de le démontrer. De plus, chaque nation a généralement u: caractère inné. Il est des peuples jeunes et des peuples vieux pa nature, de même qu'il est des hommes toujours essentiellemen naïfs ou puérils, d'autres vieux dés leur jeunesse. On le voit sur tout dans les grandes races. Les races nègres sont des enfants ci< plusieurs milliers d'années; les Indiens rouges ont, depuis de siècles, un caractère permanent de vieillesse. En Europe, cette pa trie par excellence des peuples virils, le peuple espagnol, abstrac tion faite de la période où il se trouve, représente plutôt Tesprî de vieillesse, les peuples germaniques celui de jeunesse. Jeune o vieux, le peuple remplit l'État de son esprit. La mâle forme de 1 monarchie constitutionnelle devient une caricature à Haïti, pafc qu'un peuple enfant y habite.