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I. — La théocratie (idéocratie

La forme théocratique appartient surtout à Tenfanc genre humain. C'est dans TAsie et dans F Afrique du Nor naissent les premiers États connus, et leur forme est tW tique.

L'humanité, jeune encore, commençant à se répandre terre, sentait plus vivement sa dépendance des êtres div des forces mystérieuses de la création. L'action de Dieu et nature lui semblait plus directe et plus puissante. Tous l€ thés, toutes les légendes anciennes nous représentent un o sieurs dieux conversant avec les hommes, et Platon s'ac avec la croyance de tous les peuples, lorsqu'il racont Kronos, ému de la faiblesse et de l'incurie des hommes, à la tète des États des démons, c'est-à-dire des êtres d'u sence supérieure et divine. » Platon lui-même aimait ce ceptions, et, dans ses enseignements politiques, il voudrai au besoin par des artifices, l'on rendit à l'homme dégéi croyance que Dieu lui-même gouverne l'État.

L'influence prépondérante des prêtres découle nécessair de ce svstème. Mortels choisis, voués au service des êtres

rieurs, qui pourrait mieux qu'eux comprendre leur langage * ? Ici, ils gouverneront directement au nom d'un seul ou de plusieurs dieux. Là, un roi sera placé àla tète de TËtat, mais il agira comme le représentant et l'organe de Dieu sur la terre, et, s'il n'en est en même temps le pontife suprême, son pouvoir sera borné, dominé par les prêtres. Léo appelle le premier genre cWrkalpur {reiner Prieslerstat)j le second clérical mixte; celui-ci forme une transition vers la forme monarchique.

L'État éthiopien de Meroë en était un exemple. La caste des prêtres y occupe le premier rang ; elle désigne dans son sein quelques-uns des meilleurs, et le dieu choisit l'un d'entre eux, dans une cérémonie solennelle ; aussitôt, le peuple plie le genoux devant l'élu d'en haut. Mais la puissance de ce roi est restreinte de toutes parts, et par les lois divines, et parla révélation continuelle dont les prêtres sont les intermédiaires. Un cérémonial sévère règle chacune de ses démarches ; rien n'est laissé à la libre décision de l'homme ; partout les prêtres l'accompagnent et agissent avec lui. Sa vie même n'est pas en sûreté : s'il déplaît au dieu, !sa disgrâce est révélée aux prêtres, qui lui font savoir la volonté courroucée du ciel, et il ne lui reste plus qu a l'apaiser par un suicide volontaire 2.

VEgypte était plutôt cléricale mixte. Les dieux y régnèrent d'abord ; plus tard, ce furent des hommes, fils des dieux, honorés eux-mêmes comme des dieux, et bornés dans leurs pouvoirs parla loi divine, une sévère étiquette, et l'influence de la haute caste des prêtres. Les préceptes divins y étaient si minutieux, •lue le prince n'avait pas même le choix de ses mets ; ses frugals 'epas étaient réglés d'avance et pour toujours ^. Les prêtres n'avaient pas le droit de le juger pendant sa vie ; mais après sa

* i.-H. Layard, célèbre par ses découvertes sur rancienne Ninive, nous parle d'un remarquable exemple d'État moderne démonocrate (Niniveh und seine Ueberreste, p. 144 et suiv.) : « On trouve dans les montagnes de la Mézopotamie les Zeizidi, qui, sous leur chef suprême, le grand Scheikh, offrent un culte particulier à Satan, dans Teapoir qu'il reprendra un jour son rang élevé dans la hiérarchie céleste. »

^ Diodore de Sicile, Hist., III, 5, 6. Comp. Léo, Weltgeschichte, I, p. 79.

' I>iod. de Sic, Hist., I, 71, 72. Comp. Duncker, Gesch. d. Alterthums,

mort, ils se formaient eu grand tribunal public, qui prononçail sur rhonneur du roi devant la postérité, sur sa réception parmi les âmes et sa renaissance. Les vivants tremblaient dans l'attente de ce grave arrêt, puissance formidable chez^un peuple qu croyait profondément à l'immortalité de l'âme, qui cherchai avec un soin extrême à préserver ses morts de la corruption di

tombeau, et qui leur construisait des palais rappelant tous le besoins de la vie.

L'ancien État indien est également théocratique, et se rapprc^ che du précédent. Son roi, d'après l'ordre des castes, est aifc^ dessous du brahmane, qui croirait même s'abaisser par un in gai mariage en lui donnant sa fille pour épouse. Cependant 1 dignité royale est en si haute estime, qu'une divinité partie Hère est réputée y habiter. D'après les lois de Manou, le corj[^ : du roi est pur et saint, car il est composé d'éléments puisés dam ' les huit gardiens divins du monde : <k II aveugle les yeux et l^ 'cœurs comme le soleil, et personne ne peut regarder son visage Dieu l'a créé pour la conservation de tous les êtres. Personn we doit le mépriser, même enfant, en se disant â lui-même Ce n'est là qu'un simple mortel ! — car une force divine résid en lui ^ »

Les prêtres l'entourent également. Avant de monter sur 1 Irône, il faut qu'il soit sacré. Les sept ou huit ministres qu'i ^ consulte dans toutes les afifalres sont, pour la plupart, de^ brahmanes. Aucune décision importante n'est prise sans l'avis préalable d'un conseil de conscience composé de brahmanes. U^^ cérémonial sévère s'impose au roi, et les lois de Manou rappel-^ ICnt en termes graves sa responsabilité, sans la déterminer d'ail^ leurs de plus près : « Le monarque insensé qui opprime ses sujets perdra bientôt la couronne et la vie, lui et toute sa famille ^. »

Plus arienne que les précédents, l'Inde est également plus libre, plus élevée ; la dignité royale y e<^t moins enchaînée que

* Mana^m-Dharma-Sastra. Lots de Manou , par Loiseleur, Paris 1833, V. 90-97. VII. 3-8.

'^ Le même, VII, 54 et suiv ,111.

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dans les sombres États de Meroê et de TËgypte. Mais ils ont tous trois un système de castes roides et absolu ; les prêtres y dominent toute la vie intellectuelle, y ontdes privilèges énormes, y possèdent une large part du territoire. En Egypte, le tiers des biens leur appartient ^ Suivant la loi indienne, a le roi, même dans le besoin le plus extrême, ne peut demander un impôt à un brahmane instruit dans les livres sacrés, et ne doit pas permettre qu'un brahmane soufifre jamais de la faim^. » Partout, les classes inférieures sont opprimées ou méprisées, sans nul espoir d'élévation même individuelle. Les paysans égyptiens ne sont que des serfs cultivant les terres des prêtres, des rois, des guerriers. Pâtres et artisans, héréditairement attachés à leur profession, n'ont aucune part aux affaires publiques. Des corvéables de tous genres couvrent le pays.

Ce caractère théocratique s'est conservé en Asie pendant des sièoles ; il est encore visible dans les dominations orientales. L'indépendance des princes temporels est sans doute allée en aug- ^^ontant. Leur puissance s'était accrue par de grandes guerres d^ conquête et par les armées qu'exigeaient un empire étendu. Ils furent à leur tour honorés comme des dieux; et la forme de * Etat, tout en demeurant théocratique, entra dans une phase ^Ovivelle. A l'origine, le dieu lui-même était le souverain; prê- '^^s et rois n*étaient que ses agents. Petit à petit, la souveraineté P^imt appartenir aux prêtres, ayant à leur tête d'abord un pon- ^^'^j puis un roi guerrier ; enfin, le roi lui-même fut vénéré ^^^lime un dieu. Ainsi naquit cette sorte de despotie surhumaine Propre à rOrient, dont nous trouvons des exemples dans le

'^aume de Perse, et même dans l'empire chinois et dans les

its plus nouveaux des sultans mahométans,

le roi d'Iran Guschlasb (1300-1350 av. J.-C), sous lequel pa-

^^t le prophète Zarathustra {Zoroastre, Serduscht) s'appelait lui-

^^ême le a roi des prêtres, » et les livres saints de la Perse (le

^^nd-Avesta) placent en effet le roi dans leur caste '. Le système

* Diod. de Sic, 1, 74.

« Lois de ifanoii, VII, 133.

' Vuller, Fragmente ûher die Beligion des ZoroasteTf Bonn 1831 , p. 33 et 69. -^ Comp. Spiegel^ Avesta, Leipzig 1852-1 8G3, 3 vol. ,

politique y est en même temps le système religieux ; le droit la morale s*y confondent ; le monde invisible des bons et d> méchants esprits s'y rattache continuellement au monde vis! de Thumanité. Plus tard, l'on choisit aussi les rois en dehox*s des prêtres, et TÉtat prit alors davantage le caractère despotique que nous indiquions. L'influence des mages demeure grande aujourd*hui ; mais elle est faible comparée à celle des anciens jours. Le roi des Perses règne tout-puissant comme le dieu dont la grâce l'a élevé, et sa cour est l'image de la cour céleste du bon esprit de la terre, Àhurasmada. On lui rend des honneurs semblables aux honneurs divins. Les ambassadeurs étrangers eux-mêmes se jettent à ses pieds dans la poussière, comme des esclaves devant le maître ou des suppliants devant Dieu ; et 1^ prince, assis sur un trône d'or, s'élève vers le ciel, entouré des plus riches ornements, la tiare sur la tête, le sceptre d'or à I ^ main, le glaive au côté, revêtu de la pourpre, « brillant comnx^ le soleil dans l'éclatant firmament. » En l'approchant on It^ ^ présente des offrandes, comme on offre aux dieux des sacrifice^ ^ et lorsqu'il meurt, on le porte dans le splendide palais desmort^> -» à Persépolis, où il continue la vie des élus. Enfin, un cérémonie ^ solennel l'entoure sans cesse de ses symboles variés ^ Mais dai»^ ^ la réalité, toutes ces cérémonies l'enveloppent comme un fil^ ^ d'or, enchaînent sa volonté, et font une raillerie de sa tout^^ " puissance.

Cette forme despotique, succédant à la forme sacerdotale, f «J^ ^ cependant un progrès pour TOrient. Elle brisa Timmutabilî^^ surnaturelle de l'État et le règne absolu d'une révélation d'wïtJ manifestée aux prêtres par les astres. On vit apparaître une v lontéqui, bien que despotique, était humaine et libre, et pouvaî * avoir égard au mouvement naturel de la vie politi\que et au^^ nombreux besoins nouveaux. Aussi les castes persanes furent-^ elles rompues de bonne heure.

Entre tous les États théocratiques, le plus remarquable san^ conteste est celui des Juifs d'après la législation de Moïse. II est

* Léo, Weltgeschichte. I, p. 128 et suiv., fait un excellent résumé de cette forme d'État. Duncher, Gesch. d. Altert. II, p. 6uG.

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fondé sur les fermes assises d*uue religion pure et d*une foi vive en un seul Dieu, créateur et conservateur du monde.

Son roif c'est Dieu lui-même, Jahve ou Jehova, le maître éternel du peuple élu mais mortel; il donne la loi, il gouverne la nation. Toute la législation dite mosaïque se présente comme une révélation : Moïse parle avec Dieu dans la solitude, au sommet de la montagne ; il y apprend sa volonté dans la crainte et le tremblement ; il Tannonce au peuple suivant l'ordre du Seigneur; les éclairs et le tonnerre manifestent la présence du Très-Haut sur le mont Sinaï.

Ce gouvernement divin éleva le peuple entier bien au-dessus des Égyptiens, qui les avaient d*abord méprisés comme une race réprouvée dont le commerce souille. Israël se pénétra de la haute pensée qu'il était la nation choisie du Dieu tout-puissant. Tous enfants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, bien que divisés en tribus et ayant uue tribu particulière consacrée au culte (les Lévites), les Juifs formaient comme un peuple de prêtres. Ils ignoraient les distinctions si roides des castes, et la fraternité régnait entre eux.

La loi de Dieu est conservée dans une arche sainte, tissée d'or; le trône d'or de la grâce, gardé par deux chérubins, s'élève au-dessus, vénéré comme le siège de la révélation divine. L'arche et le trône sont cachés derrière le voile du saint des saints, dans le tabernacle, résidence de la Divinité, gardé par les prêtres. Le grand-prêtre y reçoit les ordres de Jéhovah et les annonce au peuple. De la race d'Aaron, frère de Moïse, il est l'organe naturel de la volonté divine et le représentant du peuple devant l^ieu. Au milieu d«s temps troublés, Jéhovah suscite ses prophètes, ses hommes inspirés qui rétablissent l'autorité divine méconnue, réveillent la conscience des rois et des peuples, punissent l'oubli de Dieu, prêchent la conversion, révèlent les destins futurs. Les juges placés à la tête des tribus rendent Injustice au nom de Jéhovah, « car il appartient à Dieu de

juger. » Ils doivent écouter également et le faible et le fort, et n'avoir crainte d'aucun homme. Si une affaire leur paraît ^l'fficile, ils doivent se rendre au tabernacle et apprendre des

prêtres la sentence de Dieu, la suivre, ou mourir de mort ^ .

Tout le sol de la Terre promise est la propriété du Seigneur* ; les familles ne le possèdent que comme un fief. Aussi le dixième des fruits de la terre et des animaux doit-il être porté au tabernacle pourTentretien des prêtres, en reconnaissance du domaine divin. Chaque septième année est une année de fête même pour le sol, qui demeure en jachère^ de même que le septième jour est pour l'homme un jour de repos et de joie. Après sept fais sept années, l'année des grandes fêtes, le partage des terres est recommencé; les familles devenues pauvres récupèrent ainsi leurs parts; les riches restituent celles qu'ils ont acquises. On ne peut avoir un Juif pour esclave; si la pauvreté forçait quelqu'un à se vendre, il était traité comme un mercenaire ou un fermier ^.

Lorsque les Juifs demandèrent un roi « pour être comme los autres peuples, » JéHo vah consentit à leur demande par la bouct^^ de leur grand juge, [le vieux Samuel; mais il consola ce demi^^* en ajoutant : « Obéis à la voix de ce peuple dans tout ce qu'ils t'ont dit, car ce n'est pas toi, c'est moi qu'ils rejettent, afin qtÂ^^ je ne règne pas sur eux^. » Dès lors cette théocratie pure devint une monarchie mêlée de théocratie, et caractérisée par la mis-^ sion si complètement religieuse du peuple juif.

La théocratie n'a jamais trouvé en Europe que des échos faî-^ blés et isolés. Caligula se montrant comme un Jupiter avec un^ barbe d'or et les foudres ; Héliogabale se conduisant en prêtre sacrificateur du soleil souverain; ou Gessler, le gouverneur au^ trichien, exigeant, suivant la tradition suisse, que les hommes libres de la montagne se découvrissent devant le chapeau de l'empereur, ne sont que des caricatures passagères d'une forme d'État tombée. Cependant l'Empire romain présente certains éléments théocratiques dans l'usage d'ériger des temples et des statues aux empereurs vivants eux-mêmes et d'honorer les morts

* V, Moise, 1, 17 et 17, 8 et ss. Comp. Duncker, o. c. I, p. 770; BluntseMi, Altasiat. Gottes und Weltideen, IV.

2 III, Moïse, c. 25; V, Moïse, c. 4 et 5.

3 I, SamueU 8-7 et suiv.

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comme des dieux (Dtvî), ainsi quQdans le cérémonial postérieur des empereurs de Byzance.

L'influence du clergé, toujours ami de cette forme, donna même sous quelques rapports une teinte théocratique aux institutions des Ëtats chrétiens du moyen âge. La nuance est plus marquée dans les Ëtats ecclésiastiques que dans les autres ; mais ceux-ci n'en sont pas complètement exempts, et l'empereur même dut être sacré par le prêtre. Cependant, si fort qu'il fût dans les goûts d'alors de faire dériver de Dieu même tout droit et toute puissance, Ton considéra toujours les souverains comme des hommes, et Ton prit grand soin de poser des bornes humai* nés à leur pouvoir.

La constitution de l'Église et la hiérarchie du clergé chrétien obéirent seuls complètement aux tendances théocratiques. £t néanmoins encore, TÉglise elle-même rappelait aux princes et aux autorités temporelles leur origine humaine. Les formes politiques du moyen âge sont bien plutôt aristocratiques et monar« chiques que théocratiques.

Les Ëtats musulmans qui naquirent alors, méritent plus justenicnt cette dernière qualificatioti. Les Mahométans ne croient Pas, comme les anciens Juifs, à une intervention immédiate et •régulière de Dieu; Mahomet ne rétablit pas la théocratie de l^cïse; mais il enseigna que. Dieu donnant la puissance à qui il ^''out, le prince humain est son représentant et son vassal. Les ^vialités de pontife suprême et de souverain temporel se réuni- ^^^Bt dans le califat, type idéal du système politique de Maho- '^^«t. La religion et le droit, la théologie et la jurisprudence sont ^^^al distingués ; les théologiens sont en même temps jurisconsultes. L'islamisme s'accorde bien mieux avec la théocratie que 1® christianisme*.

Les modernes ont une répulsion manifeste pour cette forme ®t tout ce qui la rappelle ; ils s'efforcent d'arriver à une organisation humaine de l'État. La suppression de toutes les princi-

* Sur quelques autres Etats à tendances théocratiques, comp. Bîuntschlif V^ « Ideocratie » dans le Deutsches Statswôrterbuch, vol. V; v. Mohl, ^ï^cyclopôdie der Statsw., § 41.

pautés ecclésiastiques et des États de TÉglise eux-mêmes, en ^ une preuve éloquente*.

Les caractères communs des États théocratiques sont :

1. Le mélange delà religion et du droit, des institutions et des principes de TÉglise et de TÉtat, la prépondérance des éléments religieux. La vue de la vie future domine à tel point la vîe terrestre qu'elle en empêche le libre développement.

2. Le principe de Vautorité est élevé à une hauteur surhv^^ maine ; toute vie civile ou publique en dépend ; il est de sa nature absolu. Le rapport qui lie les sujets à leur chef n est pa.f humain ; les sujets et le chef ne sont pas les enfants de la mèm^ patrie, les membres de la même famille ou du même peuple; \b chef s'élève au-dessus d'eux à une hauteur inaccessible, et devient un maître tout-puissant.

3. Cette autorité divine , en tant qu'elle s'est manifestée avant les temps dans la révélation arrêtée d'une législatiom divine^ fonde un ordre assuré, mais immuable en tout : ainsi de la loi de Moïse chez les Juifs , du Coran chez less Mahométans.

Faut-il édicter un commandement ou une défense sur des besoins changeants, nouveaux, la volonté divine ne peut être connue que par deux voies : ou par des rites et des formes déterminées qui servent à l'interroger, ou par l'inspiration intime. La première conduira toujours dans les sentiers perdus de Terreur et de la fraude, soit qu'on lise dans les étoiles, comme les Chaldéens, que Ton attende le regard enflammé du soleil levant, comme les Juifs, que l'on observe le vol des oiseaux ou les entrailles des victimes, comme les Augures et les Aruspices romains, que Ton consulte l'oracle avec les Grecs, ou que l'on jette les déî avec les Germains. Dans la seconde, Tinspiré (et les autres avec lui) s'égarera d'autant plus qu'il abandonnera plus complètement ses forces intelligentes, destinées par Dieu même à l'acti-

* La constitution du Jfonfeneg'ro avait encore, il y a quelques années, dans leFladtfca,unchef à la fois guerrier et religieux; elle s'est depuis rapprochée des constitutions européennes, par la séparation de la dignité sacerdotale et du pouvoir de gouvernement.

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\\té, pour devenir passif, et se livrer avec passion aux flots attendus de l'inspiration divine.

Les organes humains, indispensables pour former la volonté de l'Ètatj demeurent ainsi nécessairement et souverainement imparfaits.

4. La suprématie du sacerdoce^ plus près de Dieu que les fonctionnaires laïcs. Lorsque les prêtres exercent directement le pouvoir, la théocratie est ouvertement cléricale ; si au contraire il existe à côté d'eux une autorité laïque, leur pouvoir prévaudra néanmoins dans la règle, et nous aurons un État clérical latent.

Gomme le caractère du sacerdoce est plutôt féminin, les éléments féminins l'emporteront sur les éléments mâles, et le sentiment viril de soi-même et de sa liberté ne se développera qu'imparfaitement. La mise à Tarrière-plan des laïcs et Tentrave de leur esprit sont inséparables de cette forme.

5. La cruau^^ delà jurisprudence criminelle et la dureté des peines*. La justice humaine représente la colère de Dieu; le libre mouvement de Tesprit individuel devient une impiété; le délit, même léger, est une insulte à la majesté divine.

6. L'éducation du peuple et de la jeunesse est abandonnée aux prêtres. L'école devient la servante du clergé. Les sciences, les arts, l'habileté, ne sont estimés et cultivés que dans la mesure de l'intérêt religieux ; ils sont vus avec méfiance, négligés ^ite opprimés et persécutés, s'ils paraissent un danger pour l'autorité religieuse traditionnelle. Ce ne sont plus des créations libres de l'esprit humain, mais des esclaves de l'Église.

' V. sur ce point une excellente observation de Duncker, o. c, II, p. 619.

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