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CHAPITRE XV LE PANCALISME, THÉORIE DE LA RÉALITÉ

§ 1. — Ce que la réalité signifie nécessairement.

1. Il est évidemment impossible de détacher de n'importe quel objet réel donné le coefficient particulier, soit de l'externe soit de Tinterne, qui est dû au système de processus où le contenu a été construit. Il y a lieu de distinguer partout entre ce qui se présente sous quelque forme à l'esprit et la référence à une sphère, ou à un monde, ou à une classe où cela est contrôlé, fixé et confirmé — bref à la sphère où cela possède quelque sorte d'existence, où cela n'est pas seulement présent comme image ou état mental. Toute l'histoire de l'expérience consciente montre le développement des oppositions, des contrastes, des réconciliations des deux grandes sortes de contrôle ou d'existence, de l'existence intérieure et de l'extérieure, de l'existence mentale et de l'externe. La signification de la réalité est essentiellement une signification qui s'attache aune idée, à une présentation, à un contenu mental de quelque sorte, lequel indique la place qu'elle occupe dans l'une ou l'autre de ces sphères d'existence ou d'être.

Dire d'une chose qu'elle est réelle équivaut donc exactement à dire qu'elle a l'existence interne ou l'existence externe, ou bien, si l'on veut plus de précision, l'existence de quelque combinaison ou modification de ces deux sortes

d'existence ; ce n'est pas signaler quelque nouteau contenu, quelque nouvelle idée ou quelque nouvel attribut ayant une existence distincte (1). La réalité n'est pas une chose ni un contenu ; c'est un mode d'existence dans un contrôle particulier; elle a autant de nuances de signification qu'il y a d'espèces d'existence et de sphères de contrôle.

2. Lors donc que nous interprétons les divers modes de signification de la réalité, il ne s'agit pas pour nous d'isoler une réalité qui serait plus réelle, plus solide, plus valable que les autres, car toutes se manifestent dans les processus normaux de l'expérience. 11 s'agit de rechercher la signification de la réalité qui unit les divers modes normaux de contrôle dans la synthèse la plus pleine et la plus compréhensive. Nous n'avons pas à tenter d'éliminer par nos explications aucune des sortes de réalité, mais à déterminer la raison d'être et la place de chacune dans l'appréhension du réel considéré dans son ensemble. Si la conscience ne remplit pas une pareille fonction synthétique, si elle ne possède aucun moyen de reconstituer ses « réels » dans une signification compréhensive, tant pis pour elle, mais non pour nos recherches, car notre devoir consistera simplement à dire qu'il en est ainsi. Une conclusion négative sur ce point et un résultat pluraliste seront aussi légitimes qu'une conclusion positive et un résultat moniste (2).

3. Nous arrivons à une interprétation d'après laquelle, grâce à sa large connotation, grâce au fait qu'elle détermine la sphère de l'art et révèle la qualité de beauté, l'expérience esthétique présente une pareille reconstitution des divers réels dans une synthèse de réalisation. A cette interprétation nous avons donné le nom de « pancalisme ». C'est une proposition toute simple, fondée sur des raisons que nous avons exposées dans les deux chapitres qui précèdent immédiatement celui-ci. Ce que nous considérons ajuste titre comme étant le réel est ce qui satisfait la pleine et libre conscience esthétique et artistique. Nous réalisons le réel en accomplissant le beau et en jouissant.

{\) Thausht and Tidmss, U III, ckap. ir, § 2. (2) Voir plus loin, diap. X¥i. J 3^ des considéra tioos sur l'altarnative pluraliste.

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