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SUR LA VIE ET LES TRAVAUX D'OHM

Georges-Simon Ohm naquit à Erlangen, le 16 mars 1 787 ; sa famille iiabitait celle ville depuis un siècle, et tous ses parents avaient exercé, de père en fils, le métier de serrurier. Georges-Simon lui-même, ainsi que son jeune frère Martin, étaient destinés à suivre la même profession; mais leur père, Wolfgang Ohm, était un homme qui avait le goût de l'étude ; il était parvenu à acquérir seul des connaissances assez étendues, et il avait reconnu que ces connaissances pouvaient être utilement appliquées dans l'exercice de son état. Il voulut en conséquence que ses enfants reçussent un certain degré d'instruction : au sortir de l'école primaire, il leur fît suivre les cours du collège, et, en même temps qu'il les exerçait à la pratique du métier, il s'occupa de leur transmettre les notions d'algèbre, de géométrie et de physique qu'il possédait. Les jeunes gens, qui avaient les plus heureuses dispositions, ne tardèrent pas à faire de rapides progrès, et bientôt une circonstance accidentelle vint changer leur carrière. Le savant mathématicien Langsdortî, ayant eu par hasard

* CeUe notice est extraite de l'éloge lu par le docteur Lamont, le 28 mars 1855, devant l'Acadéniie des sciences de Munich.

connaissance de l'aptitude exlraordinairo que montraient les deux apprentis serruriers, décUra qu'on verrait renaître en eux les frères Bernouilli, et leur délivra, dans ce sens, une sorte de certificat qui décida le père à renoncer pour eux au métier qu'il voulait leur faire apprendre, et à les vouer à la carrière de l'enseignement.

Ce fut là pour la science une détermination heurense à coup sûr; mais on peut supposer, pourtant, qu'au milieu des embarras et des déceptions qui remplirent une grande partie de sa carrière, Georges-Simon Ohm dut regretter plus d'une fois l'existence paisible qu'il eût pu mener dans le modeste atelier de son père. Admis, à l'âge de seize ans, dans l'université d'Erlangen, il quitta cet établissement au bout de trois semestres, pour être attaché à l'institution de Gottstadt, dans le canton de Berne ; après être resté dans cette position pendant deux années et demie, il alla à Neufchàtel, oii, pendant deux années et demie, il donna des leçons particulières de mathématiques; revenu à Erlangen en 1811, il fut admis à l'Académie comme professeur agrégé; mais il n'occupa cette position qu'en passant; envoyé peu de temps après à l'Ecole royale de Bamberg, il se retrouva bientôt sans emploi, par suite de la dissolution de cette école; ce ne fut qu'en 1817 qu'il parvint à obtenir une position fixe et convenable. Pendant les treize années qui s'écoulèrent de 1804 à 1817, il vécut dans un état voisin de la misère, comme on peut en juger par quelques mots de la préface mise en tête des Eléments de géométrie qu'il publia en 1817. Il parle, dans ce passage, de la glace qui recouvre son poêle sans feu.

Enfin, en 1817, il fut nommé professeur de mathématiques au grand collège des jésuites de Cologne. Là, pour la première fois, il trouva des loisirs qui lui permirent de se livrera l'étude d'une manière suivie, et il se vit en pos-

session de nonibroux iuslnimculs do pliysi(|ue, au moyen desquels il put soumettre ses idées au contrôle de l'expérieiice. Grâce à l'adresse manuelle qu'il avait acquise dans les travaux de sa première jeunesse, il devint bientôt habile à manier et à transformer ces appareils; il put ainsi suivre dans tous ses développements le système dont il avait conçu ridée, et parvint à découvrir les relations jusqu'alors inconnues qui lient les uns aux autres les phénomènes galvaniques. En 1820 il obtint un congé qui lui permit de venir à Berlin s'occuper de la publication de son travail, et enfin, en 1827, il fit paraître l'ouvrage qui a pour titre : Théorie malhèmalique du circuit (jalvanique.

Ce travail, qui lui a valu depuis une réputation méritée, ne fut pour lui d'abord qu'une nouvelle source de disgrâces; les savants qui étaient à la tête de l'enseignement n'y accordèrent aucune attention, et l'auteur ayant eu l'occasion de se présenter au ministère quelque temps après la publication de son ouvrage, on lui lit un accueil tellement dédaigneux, que le malheureux, blessé au vif, crut devoir déclarer, sous la première impression de son désappointement, qu'il lui était impossible, après une telle réception, de conserver la place qu'il occupait à Cologne. Il se trouva ainsi rejeté dans la vie privée, et pendant les sept années qui suivirent, il mena l'existence la plus précaire et se trouva privé de tous les moyens nécessaires pour poursuivre ses recherches.

En 1833 le gouvernement bavarois le tira de cette triste Positionen le nommant professeur à l'Ecole polytechnique de Nuremberg; mais ce ne fut que bien plus tard encore que l'on commença à apprécier généralement ses travaux à leur juste valeur. C'est à la Société royale de Londres qu'appartient l'honneur d'en avoir révélé rim[iür-

tance au monde savant. En 1841 cette Société décida que la médaille fondée par Gopley serait décernée à Ohm, et motiva cette décision par des considérations qui relevaient encore le prix de la récompense accordée ^ A partir de ce

' Celle décision a élé insérée dans les Pruceedings of llie royal Society , t. IV, p. 336; les lernies dans lesquels elle est conçue font voir qu'aux yeux de la Société royale la ducouverlo des lois de l'inlensilé des courants appartient inconleslabiemenl à Olim. — Je v;ùs ciler quelques passages : «Le Conseil a décerné la médaille do Copley, pour la présente année, au docteur G. -S. Ohm, de Nuremberg, pour ses recherches relatives aux lois des courants électriques. Ces recherches sont contenues dans divers mémoires qui ont été insérés dans le Journal de Schweiger et les Annales de Poggendorff, et dans un ouvrage séparé qui a été publié|à Berlin dans l'année 1827, sous le titre : Die galvanische Kelle mathematisch bearbeitet. Dans ces ouvrages, le docteur Ohm a établi, pour la première fois, \eü lois du circuit électrique, sujet d'une importance immense et jusqu'alors enveloppé de la pUu- |;,rande obscurité. Il a fait voir que les distinctions vagues établies entre la tension (!t la quantité n'ont [las de fondement, et «juc toutes les explications tirées de ces considérations sont absolument erronées. Il a démontré tout à la fois, par la théorie et V expérience , que l'action d'un circuit est égale à la somme des forces éleclromotrices, divisée par la somme des résistances, et que l'effet reste toujours le même quand ce quotient reste le même, (juelle que soit la nature du courant, (ju'il soit voltaïqueou Ihermo électriijue. lia aussi donné les moyens de mesurer avec précision les résistances séparées et les forces électromotrices du circuit. Ce.-: recherches ont jeté une grande lumière sur la théorie des courants éleclriiiues, ei, bien que les travaux d'Ohm soient restés dans Toubli pendant plusde dix ans (Fechner étant le seul physicien (pii, dans cet espace de temps, ait admis et coniirmé ses vues), dans ces cinq dernières années Gauss, lenz, J:U'ol)i, roggemlorff, Henry et beaucoup d'autres savants éminents ont reconnu rimporlance considérable de ses recherches, et en ont tiré un très-grand parti pour la conduite de leurs propres travaux... Les savants de ee pays qui ont le plus d'expérience dans les recherches relatives à l'actiun voltaïque rendent lémoitinage des services que leur a rendus la théorie (i'Uhm, et constatent la concordance parfaite qui existe toujours entre celle théorie et les phénomènes observés. »

Pour apprécier I0 valeur de celte décision, il faut se rajipeler (lue la Société royale comptait dans son sein les hommes les [dus compétents en malière d'éleclricité, el Faraday enire autres.

moment, les lois d'Ohm prirent place dans tous les traités de physique, et l'on s'accorda partout à considérer l'auteur comme l'un des premiers physiciens de l'Allemagne.

Vers cette époque il fut chargé de la direction de l'Ecole polytechnique, et comme il conserva en même temps la chaire de physique, il fut obligé d'appliquer toute l'activité de son esprit aux travaux de l'enseignement et de l'administration. Cependant il ne renonça point à poursuivre les recherches que sa disgrâce de 1827 avait si brusquement interrompues ; il en étendit même beaucoup le cadre ; car il conçut le projet d'établir une théorie qui embrassât à la fois les phénomènes de la chaleur, de la lumière, de l'électricité et du magnétisme, et il consacra à ce travail tout le reste de sa vie ; malheureusement les fonctions dont il était chargé lui laissaient peu de loisirs, et peut-être, il faut le dire, il avait entrepris une tâche que, dans l'état actuel de la science, il était impossible de remplir d'une manière satisfaisante. Quoi qu'il en soit, il ne vécut pas assez pour faire paraître l'ouvrage qu'il avait l'intention de publier sous le titre de Documents pour la physique moléculaire; la première partie de cet ouvrage a seule paru*, et c'est une espèce d'introduction qui ne contient que l'exposition des méthodes analytiques dont l'auteur se proposait défaire usage.

En 1849, Ohm quitta l'Ecole polytechnique de Nuremberg et fut appelé à Munich, en qualité de conservateur des collcclions de physique ; ce déplacement l'obligea pour quelque temps à interrompre les recherches auxquelles il s'était voué; mais peut-être ne doit-on pas le

' Celle première parlio, iiiiprimée à Nuremberg en 1849, porte pour litre général : Beiträge zur Molecularphysik, I band, et pour titre spécial; Elemente (1er analytischen Geometrie i)n Räume am Schiefiuinkligen Coordinatens y Sterne (Nürnberg, bei Sclirag).

ret;Tel1er, car il fut ainsi conduit à publier un travail trèsremarquable sur les phénomènes d'inlerfêrence dans les cristaux à un seul axe *.

Enfin, en 1852, un changement étant survenu dans la direction des études supérieures, Ohm fut chargé de la chaire de piiysique expérimentale à l'université de Munich ; il crut nécessaire de composer un traité de physique* pour le besoin de son enseignement, et ce travail, qu'il dut exécuter dans un temps limité, le fatigua à tel point (|ue, dès le commencement de 1854, sa santé donnait à ses amis les plus vives inquiétudes ; il mourut subitement, le 7 juillet de la même année, d'une attaque d'apoplexie.

Le docteur Lamont, à qui j'ai emprunté tous les détails qui précèdent, donne, en terminant sa notice, quelques détails pleins d'intéièt sur le caractère de Georges- Simon Ohm. « Il avait reçu de la nature, dit le docteur Lamont, une grande bonté et une rare modestie, et ces qualités précieuses formèrent la base de toutes ses relations avec le monde. Toutes les fois qu'il s'agit de son intérêt personnel, il céda devant les obstacles sans engager de lutte et sans conserver de ressentiment. La disgrâce qui, dans la première partie de sa carrière, vint le priver d'une position avantageuse etle rejeter dans la vie privée, ne lui inspira point d'aversion pour les hommes; et lorsque, plus tard, une réputation méritée lui assigna dans la science une position eminente, la simplicité de ses ma-

1 Ce travail esl inséré dans les Aiémoires de l'Académie des i-ciences de Bavièi'e [Abhandlungen der mathematisch-physikalischen Klasse der königlich bayerischen Académie der Wissenschaften, \\l band, in zwei Abllieilungen, S. 13 und 2G7).

2 Ce coufa de physlcjne a été inipriuié en 18.5i, sous le liU'e ; Grundziige der Physik als Compendiitm zu seinen Vorlesungen, \oi) duclor G.-S. Olini (Nürnberg, bei Schräg).

nièresfit la modestie de ses prétentions restèrent toujours les mêmes.

«Il montra constamment la plus parfaite équité dans r.ippreciation du mérite des autres; jamais il ne lui arriva de dénigrer un travail parce qu'il ne comptait pas l'auteur au nombre de ses amis, et jamais non plus il ne chercha à exalter outre mesure le mérite des savants avec lesquels il était lié. Sa justice et son impartialité se maniléstèrent d'une manière éclatante toutes les fois qu'il eut occasion d'exprimer un avis ou de faire un rapport au sein de l'Académie.

« Au fond Ohm occupa toujours, dans la science comme dans la vie, une position isolée, et cette circonstance, que l'on pourrait croire indifférente, paraîtra d'une grande importance à tous ceux qui ont étudié quelque peu l'histoire du monde savant et qui connaissent les divers moyens à l'aide desquels on peut arriver au succès; la profondeur des connaissances et leur utile emploi n'ont pas toujours été les seuls titres que l'on prît en considération ; dans plus dune circonstance l'audace, l'habile exploitation des faiblesses humaines, l'influence des coteries, ont conduit à la renommée, aux honneurs et à la fortune, des hommes qui n'avaient rendu que de médiocres services. Nous n'avons pas à rechercher ici si nous avons de nos jours écarté ces abus, ou s'ils n'ont fait que prendre un nouveau développement »

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