LIVRE V, ciiAPlTHE in
exemple ! Mais au lieu do nous arrêter sur des interprélations aussi singulières, lisons impartialement les ouvrages de Réaumur, de Hubcr, de Lalanne, sur l'abeille, ou donnons-nous une fois seulement en notre vie la peine d'observer ce qui se passe dans une ruche, dans une fourmilière : nous y verrons heaucoup d'actes instinctifs ou enseignés par la nature, mais exécutés librement et avec parfaite connaissance; nous y verrons quelques actes si différents de tous les autres que nous ne pourrons nous empêcher de les croire raisonnes, et lorsqu'une main sacrilég-e aura porté le trouble et la destruction dans ces sociétés si paisibles, si régulières, nous y verrons tout d'un coup des actes de dévouement et de sacriOce sublimes. Qu'un sceptique alors nous dise : ce ne sonL là que des apparences trompeuses, des caprices ironiques de la nature; mieux que tout raisonnement, notre émotion et nos larmes involontaires , si déjà l'esprit de système n'en a tari la source, protesteront conlre un tel blasphème !
Chez le castor, chez l'abeille, chez la fourmi, le besoin d'association est un instinct proprement dit; chez d'autres
limaux, au contraire , l'association résulte d'une nécessité momentanée, ou d'une simple propension de caraclère. Le loup est un animal solitaire lorsqu'il trouve facilement ses aliments; cependant par les hivers rigoureux, dans les steppes de la Russie ou même dans nos contrées, les loups se réunissent en bandes nombreuses pour attaquer leur proie avec moins de risque : par suite d'un raisonnement, ils surmontent une antipathie naturelle pour acquérir une plus grande puissance par l'association. Les chasseurs savent quelles ruses ces carnassiers combiiîfent entre eux, lorsqu'au lieu d'être réunis en bandes aussi nombreuses, ils ne sont qu'en petit nombre et ne peuvent triompher par la force seule; les pâtres, les chasseurs eux-mêmes, sont souvent alors dupes de la stratégie profonde que déploie le loup.
L'élépbant nous offre l'exemple d'une propension de ca-
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ractère satisfaite évidemment par réflexion , et non parla force d'un instinct. Par lui-même , il est assez paissant pour résister seul aux attaques du lion , du tigre ; il ne se noorrit que de végétaux , et n'a besoin pour vivre ni de rase ni d'adresse ; il peut parfaitement vivre isolé , et cela loi arrive en effet fréquemment. Cependant il aime à se réunir à ses semblables ; et cette société est le type de l'accord le pins paisible; le plus fort y protège le plus faible, sans que celui-ci en ait en réalité un besoin indispensable, puisque en forceil n'est inférieur à aucun autre animal. Contrairement, d'ailleurs, aux animaux chez lesquels l'association résulte d'un par instinct, l'éléphant s'associe volontiers à l'homme et se plaît dans sa société.
On a dit que l'animal à l'état libre, même dans les espèces les plus élevées, doit tout à l'instinct et rien à l'éducation qa'il reçoit de ses pareils, ou à l'expérience. Qui n'a assisté au jen cruel par lequel la chatte enseigne à ses petits la rase et l'adresse ; qui ne l'a vue leur porter des souris , des oiseaux encore vivants, mais estropiés par elle; les encourager par son exemple à torturer leur proie , puis de loin surveiller avec anxiété ce spectacle; qui ne l'a vue, enfin , châtier ses nourrissons avec dépit, lorsque leur victime vient à s'échapper? Qui n'a observé avec intérêt l'oiseau, lorsque, par ses battements d'ailes, par son vol saccadé, par dé petits cris d'encouragement, il inyile sa jeune couvée à quitter pour la première fois son nid ?
Dans les' actes de l'animal soumis à l'homme, il esttont aussi facile de distinguer que chez l'animal libre ceux qui supposent un raisonnemenf proprement dit; un seul exemple suffira pour le faire saisir. Le singe possède par excéllenee le don de l'imitation; l'orang-outang, enfermé dans une chambre, sait se servir du loquet de la porte pour l'ouvrir: ne l'eût-il vu faire qu'une fois par son maître, son instinct spécial lui aurait appris à l'imiter; ce n'est là qu'un acte èxé-