‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 110 sur 136 · LIVRE V, CHAPITRE lil. 45'J · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE lil. 45'J

Eutè avec [ileino connaissance, mais à la rigueur dénué de ai&onnemenl. Mais ce même orang^-outaiig, s'il est trop petit pour atteindre la serrure, saura en approcher une chaise ou tout autre meuble: eût-il vu son maître recourir à ce moyen pour saisir un autre objet, il n'en serait pas moins vrai qu'il y a ici plus que simple imitation; il y a comparaison et raisonnemenl.

Parce que l'anima! n'a qu'un certain nombre de sons pour manifester ses mouvements internes . parce que son langage lui a été donné par la nature, on a dit que ce n'est là encore qu'un pur instinct, ne supposant ni volonté ni conscience. Mais d'abord, le langage de beaucoup d'animaux, celui des oiseaux par exemple, est infiniment plus étendu que nous ne le croyons; pour chaque espèce de passion, ces êtres ont des modulations difTérentes que reconnaissent tous ceux de la même espèce; pour chaque instant du jour, pour chaque variation do l'atmosphère, ils ont des accents tout entres; pai' un ciel brumeux, ils chantent autrement que sous Un ciel serein. Nier cette joie, cette prière universelle, par laquelle tous ces êtres saluent les premiers rayons dorés d'un lieau jour, c'est nier la lumière elle-môme, c'est nier ses propres sentiments! Si le chant des oiseaux était absolument inslinclif, si l'éducation n'y entrait pour rien du tout, il devrait cire toujours et partout identique : or cette identité n'existe qu'au jugement des personnes dénuées entièrement du sens musical. Non seulement les accents d'un petit oiseau [fiont modifiés complètement lorsqu'il a été élevé avec des oi- [seaus d'auti'es espèces, mais encore, avec un peu d'attention, inous pouvons nous assurer qu'à Tétat de liberté même, et ■d'un individu à l'autre dans la même espèce, il existe des rnuances fort distinctives, fort sensibles, quant au timbre de la voix, quant ù la forme des phrases, quant à l'accentuation, t,e pinson, le chardonneret; la linotte, d'une région, chantent autrement que ceux de la région voisine. Tous ces cires en

-WîO UN[VERS ANIMÉ.

général qui nous semblent si identiques dans une même famille, so reconnaissent J'ailleurs fort bien entre eus, msi que nous pouvons l'observer à tout instant.

Chez les oiseaux qui possèdent à un haut degré le hcsoin et le don de l'imitation des sons musicaux ou des sons articula, chez le perroquet, par exemple, en toute première ligne, l'iiDitation n'est jamais machinale: il se fait d'abord un travail de réflexion, quelquefois assez long, avant que l'oiseau essaie d'imiter; puis commence l'élude delà phrase à répéter, éidî qui se poursuit jusqu'à ce que l'imitation soit exacte, elsans qu'on ait besoin de rien rappeler à l'élève; et enfin, fort sot vent, l'élève modifie et perfectionne ce qu'on lui a appris;il fait mieux que le matlre. M'étant amusé à siffler à un perrequel les notes de l'accord parfait, je l'entendis an boutJt quelques jours répéter les sons avec une pureté de timbres laquelle j'aurais vainement tenté d'arriver, ajouter uneoctaîS complète, en partie dans le haut, en partie dans le bas, tram- ' poser d'un ton dans l'autre, changer l'ordre des notes, les combiner entre elles, et toujours juste. Les témoins les plus indifférents de ce fait en tirèrent les mêmes conclusions ijne moi : c'est qu'un talent original et une certaine réflexion se combinaient chez ce perroquet avec l'instinct d'imitation. U serait absurde de dire que le perroquet comprend comme nous la phrase articulée qu'on lui apprend; mais il serait tout aussi faux de nier qu'il en comprend le caractère général : le ton de la menace, de la caresse, de la moquerie. J'ai entendu fréquemment le perroquet dont je parle ici employer fort à propos en ce sens les phrases retenues par lui, en les adressant à un compagnon jeune et fort ignorant qu'on lui avait donné.

En général , certains animaux, ou pour mieux dire certains individus d'une même espèce, comprennent beaucoup mieux qu'on ne le pense commun émenllesens d'un très grand nombre de substantifs. 11 me souvient d'avoir vu chez un mercier un

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