‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 112 sur 136 · LIVRE V, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE III

nullement la peasée proprement dite, c'est-à-dire la conscience, la pleine connaissance des actes et la pleine liberté de

. les'exéQutçr oii non à un moment donné.

' Gh^ Thomme y les actes instinctifs ne sont pas absolument nuls, comme on le dit parfois, mais ils sont très rares , et ne se rapportent qu'à notre extrême enfance. Mais leur examen^ par un retour sur nous-mêmes, n'en est pas moins très significatif. Dans ces rares moments où nous parvenons à concentrer notre mémoire sur nos premières sensations, beaucoup d'entre nous sans doute se rappellent cette époque de la vie DU tous nos actes étaient dictés par une puissance inconnue; cil nous étions mus pour ainsi dire falalement, et où cependant déjà nous avions conscience de tout ; où nous percevions vivement ;^ où, chose singulière, notre volonté était bien libre, tout en ne commandant que ces actes enseignés par la nature seule : n'étions-nous pas alors déjà des êtres pensants et intelligents ? Aurions-nous donc raison de dire que l'animal n'est pas un être inlelligent et pensant, alors même qu'il serait destiné à rester âtationnaire dans cet état où nous passons primitivement, alors même qu'il ne ferait qu'exécuter avec cmiiaissance des actes enseignés par la nature seule? C'est, si l'on y regarde bien, cette connaissance de nos actes, ce sentiment de nous-mêmes , qui constituent le plus évidemment notice animisme. Pourquoi l'homme , au milieu des plus graihds maùx^ dans les plusafTreux supplices même, redoute-

t*dl encore l'idée du néant? Ce n'est certes pas parce qu'il regrette'quelques plaisirs, quelques jouissances, ni parce qu'il craint de perdre la faculté d'abstraire, de raisonner. Mais il redoute de voir s'éteindre ce je ne sais quoi d'indéfinissable, qui est la conscience de lui-même, qui fait qu'il se sent, qui constitue , en un mot, pour nous tous là vie, le sentiment, la pensée. L'animal (j'emploie à dessein ici le singulier coUec- Jit)^ l'animal vit et sent qu'il vit. Il a comme nous peur du trépas. Par ce seul fait , nous ne pouvons plus raisonnable-

4ti4 UNIVERS ANIMÉ.

méat dire qu'il ne pense pas : quand biea mèine tous ses actes seraient insUnclifs.

L'une des objections, prétendue la plus puissante, qu'or». ail faite contre l'intelligence des animaux, est celle-ci : l'aQw^mal exécute des actes non étudiés , que l'homme n'arrive pa^H: même à imiter après une étude prolongée; s'il les exécuta^ j avec réflexion, son intelligence serait bien supérieure à celle c3e l'homme : donc elle est nulle. Cet argument est fort baroqtH s en lui-même. Nous ne devons, en effet, nullement nouséloirner de voir les œuvres de l'inslinct proprement dit surpasser J parfois , en un sens , celles de la pensée pure : celles-ci étan/ le prix de l'observation, de l'expérience de la combinaison réfléchie, ne peuvent qu'être imparfaites dans leur origine; celles-là étant tracées à l'avance dans l'essence même de l'étrï, possèdent d'un coup toute leur perfection si admirable. Celle perfection même caractérise seulement un être qui n'est pas appelé à un progrès ultérieur élevé ; mais elle n'exclut à aucun titre la conscience des actes, qui est au fond le signe le plus élémentaire et le plus essentiel de l'âme. Ce qui est visible, c'est que l'inslinct détermine, sous forme négative, le titre, le rang de l'èlre vivant dans la série. Plus les actes inslinclifs sont nombreux, moins l'être est perfectible, c'est-à-dire moins il est capable d'un développement successif par l'expérience des faits acquis; et par conséquent, plus il est inférieur en rang. Cbez l'bomme, qui est appelé au progrès indéfini, l'instinct est inutile, ou, pour bien dire, il enraierait le progrès. Aussi, cbez nous, les actes instinclifs n'apparaissent^ils que pendant une très petite période de notre enfance-

Je dis que la hauteur de l'être vivant en titre et en fonctions est en quelque sorte en raison inverse de l'étendue de l'instinct. Cette étendue varie élraugement d'une espèce animale â l'autre; bien plus, elle varie étrangement entre les divers individus d'une même espèce. Chez quelques espèces, les manifestations de l'instinct proprement dit deviennent

Page 1