LIVRE V, CHAPITRE III
ftniche qui savait trouver dans la bouLique de son maître une bbltitude d'objets, d'après leur dénomination ou d'après l^indicalioii des numéros des tiroirs, La mémoire et le souvcliirde bon nombre de corrections antérieures entraient sans doute pour beaucoup dans ce talent (absolument comme cbez MOUS d'ailleurs) : mais cela explique-t-il tout? Assurément non. ■J'ai connu un barbet, peu ami de la propreté, et moins encore de Teau,qiiise hâtait de fuir et de se cacher, lorsqu'au milieu de ia conversation la plus animée d'un salon quelqu'un prononçait Cette seule phrase si désagréable : t Barbet sera lavé aujourd'hui.» Il fallait que l'animal fût doué d'une aptitude remarquable à distinguer nos sons articulés, et qu'il fût de plus ■observateur hors ligne, pour avoir su remarquer que cette phrase fatale était toujours le précurseur d'une immersion pénible.
Les migrations de certaines espèces d'oiseaux, très noml>reuses, ont été attribuées par la plupart des naturahstes à l'instinct seul. C'est par instinct, dit-on, que l'hirondelle, la cigogne etc. trouvent leur roule vers les pays où elles se rendent. Il y a ici cependant deux choses bien différentes â distinguer : la cause qui porte ces oiseaux à quitter une contrée à telle époque de l'année ; le motif qui fait qu'ils prennent telle route et non telle autre. La cause n'est point un instinct, mais un besoin, aussi bien que la faim, la soif — ; un oiseau que l'on enferme à l'époque de l'émigration s'agite, Toltige en tous sens, cherche à s'échapper. Quant à ce qui guide le voyageur sur sa route, c'est plus que probablement ■quelque phénomène météorologique propre à certaines régioBS de notre planète, qui échappe à l'action de nos sens, , qui est au contraire perçu par ceux de l'oiseau. Mais rien ne prouve que ce soit l'instinct exclusivement qui porte l'oiseau à suivre cette pisle aérienne. Si l'expérience n'entrait pour rien dans l'acte, si les jeunes de l'année n'avaient
s besoin d'èlre guidés par leurs parents, pourquoi les oi-
seaux migrateurs, en général du moins, se rassembleraientils avant le départ ; pourquoi débattraient -ils entre eux le moment opportun; pourquoi ceux qui s'attardent trop ne trouveraient-ils pas seuls leur route , et seraient-ils forcés d'hiverner chez nous , comme il en arrive à quelques rares hirondelles ?
On dit, toujours en parlant au collectif , que l'animal, n'agissant que par instinct, que par besoin, n'est pas libre A^ ses actes. Voyons ce qu'il en est; voyons si cette prétendae absence de liberté est réelle, ou s'il n'y a pas chez nons défaut de raisonnement. Un seul exemple suffit pour trancher la question. L'oiseau, dit-on, niche au printemps par suite d'un besoin : un petit oiseau , un mâle même, renfermé daos une cage, accumule des brins de mousse, de coton etc.; voilà qui semble bien concluant. Que l'on donne cependant à une paire d'oiseaux un nid renfermant déjà les matériaux nécessaires , on verra ces animaux se contenter de les arranger; ils n'éprouvent donc pas le besoin de les accumuler, ils sont libres de le faire, et, de plus, ils en raisonnent la nécessité. Qu'on leur donne un nid tout fait, la femelle s'y installera aussitôt : l'oiseau en cage est donc parfaitement Ubre de construire ou non. Beaucoup d'oiseaux en pleine liberté se comportent de même : la cigogne sait construire son nid, mais elle se contente du même pendant de longues années, en n'y faisant que les réparations nécessaires. Nos inductions si absolues sont donc erronées. Ce qui est vrai, c'est que l'oiseau éprouve le besoin de se reproduire et d'avoir un nid pour y soigner ^a progéniture ; ce qui est vrai, c'est que là nature lui a admirablement enseigné l'art de le bâtir ; mais ce qui est évident aussi, c'est que l'acte lui-même n'est pas le fait d'un instinct aveugle , et est au contraire parfaitement libre.
En résumé , nous voyons que les actes les plus instinctifs, ceux qui sont le plus évidemment exécutés d'après un plan antérieur renfermé dans l'essence même de l'être , n'excluent