LIVRE V, CHAPITRE III
"iatlon dépasse les limites de l'absurde, et alleint colles de ' odieux.
Non conLenls de refuser aux animaux la réflexion, le raisonnemenl, tout rayon d'intelligence, beaucoup de raisonneurs, de mystiques, de dogmatiques, de gens qui se croient fiieux, les ont dépouillés du sentiment affectif lui-même : se- 'Ott eux, l'affection, l'araour, ne seraient, chez ces êtres, que Oe vains simulacres de sentiment, reposant sur des besoins ihysiques, et n'ayant absolument rien de commun avec les ■aliments réels de l'homme. Comme s'il existait deux maiières d'aimer; comme si l'affection n'était pas le symbole acre de la vie même! Étranges abus de mots! Confusion ' idées plus étrange encore, où nous mène l'esprit de sys- ™Hîe, et que pourtant notre simple bon sens débrouillerait ^1 facilement! L'origine d'un sentiment quelconque et ses ma. Bifestations ne doivent-elles pas dépondre directement des fonctions physiques et intellectuelles des êtres ? Chez un être perfectible, capable de raisonner et d'abstraire les causes, chez l'homme en un mol, l'affection sera raisonnéc dans son origine; elle reposera sur une corrélation harmonieuse de qualités morales; elle s'allumera par suite de relations purement intellectuelles, et presque indépendantes de tous rapports physiques ; elle sera infinie dans ses formes, et variera sous ce point de vue d'un homme à l'autre : elle s'appellera AMITIÉ 1 Chez l'être dont la perfeclibilité, l'intelligence, la raison, sont essentiellement limitées, dont la puissance d'abstraction est nulle, chez l'animal, l'affection prendra des formes beaucoup plus bornées; elle reposera sur des causes plus physiques et plus restreintes ; elle dépendra de relations directes, et ne s'allumera point à distance, par suite de réflexion : nous ne pouvons évidemment l'appeler amitié. Mais découle-[-il de là que le sentiment même soit autre , ou plutôt qu'il n'existe plus? Ce serait là une bien étrange conclusion. Une fois l'affection clablîe, quelle qu'ait été son origine.
ses manifestations senties mêmes chez tous les êtres capables (le traduire au dehors leurs mouvements internes ; elles se résument en ce seul mot si sublime : aimer I L'homme qui expose sa vie pour son semblable , la mère qui se jette dans les flammes pour sauver son enfant , ne sont pas mus autrement que le chien qui défend son maître , que la tigressequi venge sa progéniture. Malheur à celui qui raisonne au moment de se dévouer pour son ami : son raisonnement est une négation flagrante du sentiment même chez lui ! On a dit qae c'est par pur instinct que l'animal défend ses petits : mais un instinct s'étend-il au delà du besoin à satisfaire? Que le plas faible oiseau cherche à sauver par instinct sa couvée des serres de l'oiseau de proie^ cela se conçoit à la rigueur ; mais une fois la couvée détruite, pourquoi cet être si faible va-t-îl encore braver son agresseur, l'attaquer avec l'expression de la haine la plus profonde? On a expliqué les actes en apparence les plus afi'ectueux du chien en invoquant , d*nne part, la crainte du châtiment, et d'autre part le désir de satisfaire un besoin, un appétit physique : une pareille interprétation pèche encore plus, s'il est possible, par son manque dejastesse que par sa grossièreté. Si le chien n'a d'autre mobile que le besoin physique ou la crainte du châtiment, pourquoi n\^st-oe pas toujours la plus forte de ces impulsions qui l'emporte ; pourquoi ce fidèle compagnon de nos peines se laisset-il plutôt péril* de fain> que d'abandonner son maître; pourquoi subit-il les plus mauvais traitements plntôt que d'abandonner à un étranger le dépôt qui lui a été confié? Braver h faim ou un autre mal violent ponr en éviter un plus faible , oVst résoudre d'une singulière façon un problème d^éqoilibre. Ou admet généralement que Taffection de deux individus de sexo$ ditîèrents dérive purement chez Tanimal du désir de salisfaiiv une impulsion physique, inspirée par la nature pour la oonsen*atiou de Pespèce. Celle manière de voir est fort juste en ce qui concerne le point de départ , la source de ce