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genre d'affection; elle s'applique même alors tout aussi bien à rhomme qu'à l'animal. Mais est-elle vraie dans ses conséquences? De ce que l'amour s'allume par suite d'un besoin physique, s'ensuit-il que tous les actes déterminés par lui soient l'expression de ce désir seulement? Autant vaudrait dire que nos plus nobles aspirations sont des besoins matériels, parce qu'elles prennent naissance par l'intermédiaire de nos sens, et qu'elles y recourent sans cesse pour se manifester. Telles sont pourtant les tristes conséquences où sont conduits ceux qui ne veulent juger la nature que sous une face et la règle ou le compas en main ; qui n'apprécient les relations des êtres qu'au point de vue exclusif et étroit d'un finalisme rapportant tout à l'homme.
Observons par nous-mêmes ; observons avec bon sens et avec les yeux du cœur, si je puis ainsi m'exprimer, et non avec des idées préconçues : étudions les mœurs de certains animaux, à l'époque où se manifeste en eux l'instinct de la reproduction; étudions les mœurs de certains oiseaux, par exemple. — Au moment de se réunir par paires, les individus des deux sexes se choisissent; il y a entre eux une élection sympathique , à laquelle ne président certes ni le hasard ni l'instinct^ et qui , mieux que toute autre considération , nous démontre que des différences spécifiques existent parmi ces êtres qui nous semblent si identiques entre eux. Une fois le choix fait, il règne entre les deux êtres une solidarité, une fidélité admirables; le désir physique , qui était le point de départ de ces unions, est accompagné de préludes si purs, si variés, sa satisfaction est suivie d'actes si désintéressés, si indépendants de toute impulsion matérielle, qu'il semble n'être plus qu'un accessoire. Le mâle , au lieu de courir à d'autres plaisirs , cherche à soulager, à distraire sa compagne dans tous ses travaux ; il la remplace par moment, lorsqu'elle couve ses œufs : cet acte n'est chez lui nullement instinctif comme chez la femelle, qui, à cette époque, éprouve
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une véritable fièvre d'incuLalioiij portant toute la chaleur vitale vers les parties du corps qui couvrent les œufs. Lorsque la petite couvée s'est envolée de son nid, les parents la reconnaissent et la suivent partout avec joie et avec angoisse ; ils lui portent des aliments et la défendent au péril de leur propre vie, jusqu'à ce que chacun de ces nouveaux êtres puisse se suffire à lui-méine. Ce que nous observons chez la plupart des oiseaus, même privés de leur liberté, nous le retrouvons à un aussi haut degré chez bien d'autres animaux. Partout l'instiuct de la reproduction se manifeste par des actes en partie inspirés par la nature, mais s'accomplissanl avec pleine conscience, et supposant évidemment des sentiments analogues aux nôtres. Et de ce spectacle émouvant et varié que nous offre la saison des amours chez l'animal sauvage, plus d'une utile leçon découle pour nous en dépit de notre vanité. Lorsque, par mépris, nous comparons à l'animal, â la brûle, ceux d'entre nous qui étouffent en eux-mêmes la voix des plus nobles sentiments pour ne se livrer plus qu'aux plaisirs des sens, cette comparaison, fausse en tous points, insulte la nature dans ses œuvres les plus saintes. Si, sous bien des rapports et avec raison, l'homme se croit supérieur aux autres êtres vivants, ici, il faut l'avouer, le parallèle n'est pas toujours flatteur pour ce que nous nommons si dédaigneusement la brute.
La faculté d'aimer, quel que soit son mode de manifestation, est, je le répète, le signe sacré de la vie : partout où nous la trouvons, et ne fût-ce ^'en germe, nous pouvons afGrmer la présence d'une unité animique. Et le titre de cette unité est d'autant plus élevé que celte faculté a plus d'expansion. L'homme qui ne saurait aimer que lui-même serait la plus misérable et la plus infime des créatures, s'il n'était la plus à plaindre !
Dans tout l'ensemble de ce travail, toutes les fois quo nous avons eu à parler de l'homme, soit en lui-même, soit comparalivement, nous avons eu soin de le prendre au plus hauL
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degré de son développement moral et ifllcllecltiel. C'est ainsi que , pour rester juste, il convenaiL de procéder à l'égard d'êlres parmi lesquels quelques-uns tout au moins semblent capables d'un progrès illimité, et pour lesquels alors le progrès est un besoin invincible. Nous serions an-ivés à des résultats très différents si, au lieu de nous arrêter seulement auï individus privilégiés d'une race privilégiée, nous avions étudié les degrés moyens et surtout les degrés inférieurs de l'échelle Iiiimaine. — Même sans descendre jusqu'au Papou, jusqu'à l'Australien, et en nous bornant aux échelons inférieurs de notre race blanche dans les sociétés dites civilisées, nous nous heurterions alors à chaque pas à des phénomènes qui, chez les individus isolés, sont évidemment équivalents à ceux que nous présente l'espèce entière de certains animaux. Nous avons dit que, chez l'homme, les actes instinctifs disparaissent rapidement pour faire place aux actes étudiés et raisonnés : cette assertion n'est juste qu'en lant qu'on ne s'occupe que de cens d'entre nous qui méritent le nom d'hommes, de ceux cbez qui une éducation dirigée avec bon sens et lumière a détruit les instincts qui existaient en réalité comme chez l'animal; elle devient certainement fausse si nous observons les sujets tels qu'ils se développent en général. Est-il possible, par exemple, de rapporter à autre chose qu'à un besoin tout instinctif l'âpre patience avec laquelle tel d'entre nous, pendant le cours entier de sa vie, accumule, centime par centime, des sommes de millions , dont jamais il ne fait usage, ni pour le bien d'autrui, ni même pour ses propres satisfactions toutes physiques? Evidemment le besoin qu'éprouve l'avare d'accumuler et de couver des yeux un bien inutile trésor, est le fait d'un instinct analogue à celui de la fourmi, de l'abeille, du hamster etc. : mais instinct égoïste, et en vérité bien inférieur s celui de ces prétendues brutes, qui, du moins, travaillent pour d'autres! — L'une des plus sublimes facultés de l'âme humaine c'est celle qu'elle a de s'élever
rons-nous à notre tour, sait abstraire la cause de son effet, et la concevoir en elle-même , indépendamment de toute idée de forme. On nous saura gré ici, je l'espère, de partir de quelques hommes pour les enrichir tous. Si nous jugions d'après les efforts qu'il nous a fallu faire dans une moitié de ce travail pour montrer que la force est autre chose que le mouvement, que l'ÉLÉMENT DYNAMIQUE cst nécessairement quelque chose de distinct de la matière, nous serions peut-être autorisés à. dire, et sans épigramme, que la sublime faculté d'abstraire est moins générale qu'on ne le pense!
L'animal sait aimer comme nous; l'homme seul sait aimer et abstraire l'amitié : pour lui seul, celle-ci est en dehors du temps et de l'espace. Ici encore on nous saura gré de généraliser. Dans la réalité moyenne nous serions, hélas ! peu en droit de dire : ab uno disce omnes!
L'homme semble s'être jugé lui-même d'après les échelons moyens en s'intitulant le roi de la création. Ce titre, en vérité, est peu flatteur, et nous pensons qu'il en mérite un autre pins élevé. Bien que jusqu'ici, en moyenne, l'hoinme se soit en effet comporté envers ses inférieurs , et même envers ses pareils, comme un maître barbai^e et inintelligent, bien qu'il n'ait guère fait que tuer et torturer sans motif, bien qu'il semble prendre à tâche de se rendre finalement cette planète inhabitable à lui-même, nous pensons qu'il est appelé à mieux que cela : à protéger, à développer, à relever, dans la mesure du possible , le reste du monde vivant qui Tentoure.
Si nous nous résumons , nous dirons maintenant : entre l'homme et l'apimal , même le plus élevé , il existe une différence : différence aussi considérable qu'on voudra d'ailleurs, mais non infinie. Il n'y a dans l'univers d'abîmes que ceux qu'y créent notre sottise et notre vanité. Entre l'homme et l'animal il existe en tous points un rapport fini ; il existe, en un mot, une analogie de nature, et en même temps une différence spécifique.