‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 122 sur 136 · LIVRE V, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IV

Aprêtons-nous un moment à cette grande question. Les naturalistes dont nous parlons se divisent en deux classes. Les uns ne voient dans la variabilité ou l'invariabilité des races humaines qu'un problème important d'histoire naturelle; les autres, bien plus nombreux, partent de considéralions fondées soit sur un sentiment d'humanité, soit sur l'interprétation de l'Ancien Testament; et, résolvant le problème :a priori, ils ne voient plus dans la question d'histoire naturelle qu'une chose secondaire. Nous n'avons ici à discuter <qu'avec ces derniers, en nous bornant d'abord à quelques .réflexions générales sur les difficultés du problème en luimême.

L'une de ces difficultés, la plus grande peut-être, c'est que l'homme de science se trouve vis-à-vis des phénomènes qu'il veut étudier, dans une position bien inférieure i celle du météorologiste vis-à-vis des phénomènes atmosphériques, à celle de l'astronome vis-à-vis des phénomènes célestes : non seulement il ne peut pas les provoquer, comme le fait le chimiste, le physicien, non seulement il est obligé de les attendre patiemment, comme le fait le météorologiste, l'astronome, mais il n'a pas même comme ceux-ci l'avantage de voir un même phénomène se répéter, et de pouvoir peu à peu le dégager des circonstances nombreuses qui en troublent l'étude. Nous n'avons en aucune façon la faculté d'isoler dans les divers climats de la terre des individus d'une même race , et de les y observer assez longtemps dans leur succession, pourpouvoir correctement juger de l'action du milieu ambiant. La transmutation des races humaines, si elle est possible, est en effet, 'el-en tous cas, un phénomène à longue, très longue échéance: c'est de dixaines, de vingtaines de siècles d'expérimentation qu'il faudrait disposer pour se former une opinion quelconque pour ou contre- Les trois ou quatre siècles que des fractions 'de nos peuples d'Europe ont passés dans l'Inde orientale, dans les deux Amériques, depuis la conquête do ces contrées.

iront certes pas encore apporté de modiQcalion concluante dans les types. Nous ne possédons malheureusement que pea de données de ce genre , sur une plus grande étendue de siècles ; mais elles sont d'autant plus précieuses. J'en citerai une, entre autres , qui conduit à des conclusions péremptoires. Les membres épars du peuple juif vivent sous les mêmes climats que nous, dans nos régions tempérées et septentrionales; ils vivent parmi nous, soumis au même régime alimentaire , aux mêmes mœurs : ils sont pourtant partout les mêmes, et conservent leur type distinct du nôtre, depuis au moins quinze siècles de contact.

Le secret de la conservation de ce type est très simple : noe législation forte et originale, un caractère national, énergique en dépit de l'ubiquité delà race, ont empêché les croisements, les alliances, avec d'aulres types. Le fait de cette permanence de type est caractéristique ; il nous prouve : ou que des types même assez peu différents ne sont pas identifiés par l'action prolongée des circonstances externes, ou tout au moins qu'une action prolongée pendant quinze siècles ne produit pas d'effet apparent. Et l'on est pleinement en droit de dire que si en effet la race nègre, par exemple, sort de la race blanche^ c'est à des centaines de mille années qu'il faut recourir pour expliquer la transformation ; car si l'on voulait ici , avec certains naturalistes, invoquer des causes de transformations irh connues y des forces etidormies et rét;ei72ee$ périodiquement , on tomberait dans le cercle vicieux que nous avons déjà signalé à propos de la génération spontanée et de la {u^étendue transmutabilité des éléments chimiques; recourir à de pa^ reillcs forces , c'est en effet en appeler directement ou iodircclement h l'intervention du Créateur lui-même, et alors c'est de créations nouvelles, et non de transformations, qu'il est question. Nous pouvons certainement dire qu'en ce sens les défenseurs de Tunité d'origine de l'espèce humaine donnent i^i^in de cause & la théorie dar\sînienne, et pour rester

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jusles, nous clevons ajoulerqu'enrêalilé Darwin n'a guère été plus loin qu'eux en fail delransmulabililé ; lorsqu'il demande timidement si le chien , le loup , le renard ne pourraient pas avoir une origine commune , il est cerles aussi logique que eeux qui affîrménL d'une manière tranchée, que l'Esquimau , le Nègre el l'Européen sorlenl d'une même paire primitive.

Si, api'és ce qui précède, nous examinons la valeur de l'opinion des personnes qui appuient la doctrine de l'unilé d'origine des races humaines sur les textes sacrés, nous sommes du coup frappés des énormes contradictions auxquelles conduit un pareil point de départ. Les historiens qui ont discuté les données chronologiques de l'Ancien Testament s'accordent à dire que l'arrivée de l'homme sur cette terre remonterait à environ sept mille ans (au plus). D'un autre côlé, il est bien démontré que les races nègres, cl d'autres aussi , exislaient déjà telles quelles , il a quatre mille ans (au moins). C'est, par suite , de trois raille années (au plus) qu'on dispose pour opérer la transmutation de la race primitive en races des plus diverses. Or nous venons de voir qu'un pareil intervalle de temps n'est en quelque sorte qu'une seconde par rapport au temps réel qu'il faudrait pour opérer tontes ces permutations de races , supposées possibles. On est donc obligé de changer les sept mille ans en des centaines de mille, pour fixer l'époque de l'apparilion de l'homme sur la terre. Je u'ai pas besoin de faire remarquer qu'un pareil coup de pouce donné à la chronologie biblique est en définitive, et sous tous les rapports , une dénégation tout aussi flagrante des lestes, que l'est la doctrine de la pluralité des races humaines et de leur permanence.

Eu lisant d'ailleurs, sans parti pris k l'avance, les premières pages de la Genèse, on arrive à des conclusions très opposées à celles qu'il est reçu d'en tirer, et que l'on enseigne encore ofliciellement de nos jours.

Cbap. IV, 15 cEl TÉternel mit une marque sur Caïn^

«afin que quinconquc le trouverait ne le tuât point.

16. cAlors Caïn sortit de devant la face de l'Éternel et babjla c au pays de Nod, vers l'orient de l'Héden. i

Qui donc alors pouvait trouver et tuer Caïn , si la terre n'é* tait déjà partiellement peuplée?

Ckap. VI, 1. cOr il arriva que quand les hommes eurent ( commencé à se multiplier sur la terre et qu'ils eurent enc gendre des filles ,

2. « Les fils de Dieu voyant que les filles des hommes étaient « belles, en prirent pour leurs femmes

4. « En ce temps-là il y avait des géants sur la terre, et cela « après que les fils de Dieu se furent joints avec les filles des «hommes i^

Pour quiconque n'a pas l'esprit prévenu et occupé par un système, il est impossible de lire les versets précédents sans conclure que le récit de la Genèse ne s'applique qu'à une race spéciale , et que l'unité d'origine de Tespèce humaine , bien loin d'y être affirmée , s'y trouve de fait formellement niée.

Les personnes qui s'attachent à la lettre diront sans doute que le déluge a détruit toutes les races autres que celles . d'Adam. Mais une semblable assertion avoisine tellement l'en* fantillage qu'il n'est plus guère possible d'y répondre que par le sarcasme. Est-il possible d'admettre sérieusement que Noé ait ouvert l'asile de son arche à des carnassiers tels que le lion , le tigre, l'ours gris des prairies, qui en un seul jour eussent dévoré tous les autres réfugiés? Et cependant ces animaux ont survécu au déluge; les races d'hommes déjà éparses sur la terre ont donc pu y survivre aussi. Au point de vue scientifique et sérieux où nous devons rester ici , nous savons aujourd'hui que le déluge de Noé n'est qu'un phénomène tout à fait local, et par conséquent une destruction partielle.

Quand tous les hommes seraient d'une même race, quand

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