LIVRE V, CHAPITRE IV
Et qu'on le remarque bien expressément, on ferait ici un cercle des plus vicieux si Ton avançait qu'il existe des forces qui dorment et qui se réveillent par période, et qui ont pu ainsi engendrer les combinaisons chimiques fermentescibles : car ceci revient au fond, quoique sous une autre forme, à l'énoncé de la doctrine des générations intermittentes.
Au point de vue historique, nous sommes donc en droit d'afBrmer : que si même la vie peut naître, sans germes antérieurs, dans de certains liquides, ce n'est en tous cas pas par cette voie qu'elle a apparu pour la première fois sur notre planète. Affirmer ce mode de génération primitif, c'est tout au moins substituer une possibilité douteuse aux faits les mieux établis aujourd'hui ; c'est prendre une hypothèse pour un fait historique démontré.
Modifications dont est susceptible l'organisme des êtres vivants; cames principales de ces modifications. Les diverses espèces d'êtres vivants peuvent-elles se transformer les unes en les autres?
. Nous avons reconnu que c'est l'élément animique lui-même qui, d'après un plan tracé en virtualité dans son être, construit tout l'ensemble de son appareil organique, à l'aide des substances qu'il trouve dans le milieu ambiant. En ce sens, cet élément dépend visiblement du milieu qu'il traverse; et pour que le plan primitif puisse être par lui réalisé dans toute son intégrité normale, il faut une réunion de conditions externes, dont l'étude forme une des questions les plus intéressantes^ mais aussi les plus difficiles, de l'histoire naturelle.
L'une des premières conditions, c'est, comme nous l'avons
va ni à la ferme d'un dresseur anglais ou au jardin d'un maraîcher. En ciïet, parmi les cas de modification d'espèces qu'il cile, les neuf dixièmes, pour ne pas dire la tolalité, ont été obtenus par la domesticalion, c'est-à-dire par l'intervention artificielle^ et presque violente de l'homme, dans le développement de l'animal et de la plante. De ce qu'on puisse, à l'aide d'une nourriture spéciale, d'un régime forcé et contina, de croisements habilement combinés et assortis, modifier dans de larges limites les caractères physiques de certains êtres vivants, il n'est à aucun titre permis de conclure que de pareilles modifications se sont réellement produites dans la nature. Conclure de la sorte, c'est encore une fois prendre une possibilité hypotliétique pour un fait historique démontré. Quand la théorie de Darwin serait exacte dans toute retendue que lui ont adjugée certains systèmes, il n'en résulterait pas qu'elle répond à l'histoire des êtres vivants sur la terre.
11. Lorsque de nos laboratoires, où nous violentons les organismes vivants, où nous les faisons pour ainsi dire passer au laminoir et à la filière, et où cependant déjà rien ne démontre qu'une espèce réelle puisse être changée en une autre, nous passons sur le domaine paisible et régulier de la nature, la question change singulièrement d'aspect. Non seulement dans l'étude des débris, fossiles ou autres, des êtres vivants, rien ne légitime l'idée d'une Iransmutabilité des espèces, mais dans l'étude du i^ne actuellement vivant nous trouvons le témoignage continu de l'énergie de résistance des races elles-mêmes à toute transformation radicale. Noustrouvorions aisément dans le domaine de l'observation bien des faitsà lappui de cotte assertion. Si quelque chose est propre à la justifier, ce sont k>s eflorts inouïs que sont obligés de faire, pour soutenir leur thèse, les naturalistes qui ont pris sur eui do pixH'Iamor YuniU^ d^oriffine de l'espèce humaine, et, par constS{uonl, la (ransmuiabilitc de nos races.