LIVRE V, CHAPITRE IV
très simple, et nous sommes portés à traiter d^absurdes ceux qui se demandent si c'est là une règle absolue. En cette ignorance , en cette vanité de nos jugements , il n'y aurait rien de très blâmable : après tout^ chacun n'est pas tenu de creuser et de scruter le fond des choses , pour apprendre durement qu'il n'en sait guère plus que les simples ; on ne paie pas vo* lontiers à si haut prix une leçon d'humilité! Mais il y a cependant un terme à partir duquel nos jugements en cette matière deviennent réellement impies, bien qu'ils soient prononcés fort souvent par des personnes qui se croient très pieuses.
A force de voir les êtres vivants se continuer en d'autres , nous finissoDS parue plus voir qu'en eux-mêmes la cause efficiente de cette continuation. Nous, êtres vivants quelconques, noua nous croyons fermement les auteurs de ceux qui nous succèdent en ce monde. Il semble, en vérité , que le Créateur n'ait eu à apparaître qu'une seule fois en scène , et qu'en nous disant : < Croissez et multipliez,» il nous ait abandonné une partie de son pouvoir, pour nous faire une besogne des plus faciles. Aux yeux de bien des personnes qui prétendent avoir de la raison, le tout est d'avoir une première paire de chaque espèce , pour expliquer le monde vivant. Matérialistes et spiritualistes s'entendent à partir de celte première donnée. Que ce soit là cependant une idée toute matérialiste, c'est ce qui est bien évident.
Nihil ex nihilo y nihil innihilum! Un élément animique,, une âme ne peut pas plus créer une autre âme qu'elle ne peut créer de la matière , de la force ou même du mouvement. Et dire, d'un autre côté , que les êtres vivants, en se continuant en d'autres , se subdivisent pour abandonner à ceux-ci une fraction d'eux-mêmes , c'est faire dé l'unité animique quelque chose de géométriquement divisible, c'est l'identifier à un corps : absurdité si criante qu'elle ne réclamé aucune réfutation.
La récondalion d'un germe quelconque ne peut à aucun titre être considérée comme un acte de création dérivant de deux êtres préexistants. Elle ne constitue absolument qu'on acte d*appel fait à un élément animique ipédal par les éléments de l'UNivÉRS inanimé y combinés dTiine certaine façon, spéciale aussi. Et la seule question qui se pose ici, c'est de savoir si l'élément animique ainsi appelé existait déjà on s'il dérive d'un acte immédiat du Créateur. Nous reviendrons bientôt sur cette grande question. Mais qucdle qae soit la réponse, il ne nous est évidemment pas permia d'affirmer a priori que pour qu'un élément animique puisse organiser les matériaux du monde physique^ il lui faille absolument nn germe préparé par un être vivant, et qu'il ne loi suffise pas d'un milieu où les éléments du monde physique sont déjà associés d'une certaine façon convenable. Si, comme le soutiennent M. Poucbet et d'autres savants consciencieux , la vie peut apparaître là où il n'y avait aucune vie antérieure apparente , cela prouverait seulement qu'il existe différents modes d'organisation première; mais ni les uns ni les autres de ces modes n'impliqueraient que quoi que ce soit naisse de soimême. Le mot de génératiana spontanées est en tous cas des plus malheureusement choisi. La naissance d'un animalcule, au sein d'une infusion de foin , pure de tout germe y si elle est possible , n'est pas plus spontanée que ne l'est celle d'un être vivant quelconque par suite de la fécondation d'un germe. L'idée matérialiste consiste ici à croire qu'un oi^nisme puisse vivre sans l'élément animique ; cette idée s'applique à n'importe quel mode de génération ; et si l'on y regarde bien , elle est peut-être plus logique quant à la génération par germe que quant à toute autre. Mais cette idée est absurde dans sa racine même ; nous n'avons plus à nous y arrêter.
Répétons-le donc et bien haut, la naissance d'un être vivant au sein d'un liquide qui tend sans cesse à se décompo-