LIVRE V, CHAPITRE IV
une certitude aux affirmations arbitraires, dont les uniques point d'appui ont été jusqu'ici la force et la violence chez les uns et la peur chez les autres.
Concltmons générales. — Regard ^ensemble jeté sur la synthèse naturelle dé V univers animé. — Rôle que cette synthèse assigne à F homme sur cette terre.
L'étude et l'analyse impartiales des faits particuliers viennent de nous conduire à une conclusion qui s'impose désormais & nous comme une vérité acquise une fois pour loutes.
Tout êlre vivant sur cette terre est un organisme animé , c'est-à-dire un mécanisme, un ensemble de pièces en corrélation continue, dont l'activité, dont toutes les fonctions relèvent de la présence temporaire d'un élément générique, distinct en nature de ceux du monde physique.
A l'opposé de I'élément intermédiaire ou dynamique , de nature transcendante aussi, mais partout diffus, I'élëmënt animique est essentiellement individualisé dans l'espace.
A l'opposé de I'élément matière, localisé dans l'espace sous la forme finie de l'atome, I'élément animique est , dans son essence même , incompatible avec toute idée de forme et de limites définies.
MQis , de même que I'élément itermédiaire et I'élément MATIÈRE, I'élément animique est formé d'espèces, différant toutes les unes des autres, et ne pouvant à aucun titre être confondues. Et^ de même que I'élément matière est formé d'atomes, I'élément animique est formé d'unités individuelles, semblables ou dissemblables : mais avec cette distinction capitale toutefois, que, tandis que deux atomes de même espèce sont nécessairement et partout identiques, deux unités vitales
5U UMVEUS ANIME.
(le même espèce ne peuvent , au contraire , se confondre en une identité absolue.
Celte synthèse 9 disons-nous ^ est sortie spontanément et tout entière de l'étude des faits opposés en apparence : elle constitue donc une synthèse naturelle, parallèle à celle à laquelle nous a menés Télude du monde physique. A ce titre nous pourrions désormais nous passer de toute vérification ultérieure fondée, soit sur (Jes considérations philosophiques, soit sur des considérations relatives à notre manière personnelle de juger. Restons cependant ici encore aussi complets que possible, et voyons si la synthèse naturelle répond bien effectivement à toutes les exigences de la science cosmogonique. Parmi ces considérations, il en est qui ont un cai^actère si élevé que nous n'aurons point à regretter de nous y être arrêtés.
Par suite de sa prééminence incontestable, et surtout incontestée, l'homme a toujours été porté à croire que tout ce (|ui l'entoure est fait pour lui exclusivement : depuis l'oiseau mélodieux, qu'il mange plus souvent qu'il ne l'écoute, jusqu'à la parure de l'oiseau-mouche ou de la fleur aux parfums suaves; depuis l'humble plante, depuis l'msecte qu'il foule aux pieds, jusqu'aux étoiles radieuses qu'il daigne à peine re* garder! Au lieu de s'estimer heureux d'être capable de sentir et de comprendre les splendeurs de l'univers, dans leur ensemble et dans leurs plus minimes détails , au lieu de n'user de ses inférieurs que dans la mesure dictée par la justice et la raison , au lieu d'exhaler une hymne de gratitude pour avoir été fait si grand entre tous, il a imaginé un finalisme personnel et égoïste, qui, loin de l'élever, l'abaisse presque au niveau de ceux qu'il appelle ses esclaves : finalisme toujours puéril et absurde, souvent cruel.
Ce finalisme, qui est bien en réalité la négation de toute finalité harmonieuse dans l'univers, tombe devant l'examen du moindre des faits relatifs à l'élude psychique des êtres vivants.