LIVRE II, CHAPITRE II
Nous conclurons avec raison aussi que la force gravifique est partout dans l'espace.
Il est aisé de reconnaître qu'à titre de forces, les autres éléments intermédiaires sont précisément les mêmes caractères.
Il faut un temps fini à l'électricité pour se répandre à la surface du corps isolé le meilleur conducteur (je me sers du langage habituel en disant se répandre). Il ne faut aucun temps à Taclion attractive ou répulsive pour s'étendre à un autre corps électrisé.
Il faut un certain temps à un courant électrique (je me sers encore du langage reçu) pour traverser le meilleur conducteur.
Il ne faut aucun temps à l'action dynamique pour s'exercer à distance sur un autre courant.
Il n'y a d'ailleurs aucune limite où ces actions s'arrêtent dans l'espace. L'action magnétique de l'aimant-soleil s'exerce à trente-quatre millions de lieues de distance sur les aimants de nos cabinets et sur l'aimant-terre.
A titre de forces, les principes intermédiaires sont donc partout à la fois dans l'espace.
A ce titre, ils ne sont point soumis aux conditions finies du temps et de l'espace.
La condition signalée ici n'a rien de subjectif, de relatif à nous ; elle ressort de la stricte observation des faits et de leixi* analyse raisonnée. C'est celle qui sépare le plus nettement la MATIÈRE et les éléments intermédiaires.
Quelque idée que l'on ait, en effet, sur la forme extrême de la matière, qu'avec les métaphysiciens purs, qui font par trop bon marché des faits , on la tienne pour divisible à l'infini , ou que, conformément à ce que nous avons reconnu pour vrai, on accepte l'idée d'un atome limite indivisible; toujours est-il qu'un corps quelconque, si grand ou si petit q«'il soit, a toujours une forme nettement définie. Que nous considérions un cristal qui s'est formé au sein d'un liquide, ^^ l'un quelconque des corps célestes qui se meuvent dans
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l'espace, il existe toujours une surface qui limite l'un ell'sulre dans cet espace, une périphérie où la hatiëre cesse, ei au delà de laquelle les rapports du corps avec les autres ne peuvent plus s'établir que par les éléments intermédiaibes. Pour les corps célestes , le fait est en quelque sorte évident par lui-même; mais il n'est pas moins certain pour un corpi placé au sein d'autres corps. Ainsi, le cristal qui se form* au sein d'un liquide placé hii-ménie dans notre almosphèrï n'en est pas moins nettement défini; au delà de lui, mais par rapport à lui, ses relations avec les autres corps ne peuvent plus s'élablir que par le moyeu de la force graïifique électrique, calorique. ... Un seul instant de réflexion nous oblige à reconnaître dans l'intérieur même des corps des espaces alternativement occupés et non occupés par la matière, et le seul fait de l'exislence d'un cristal avec toutes les qualités que la science a constatées rend presque inconlestable l'existence d'un atome limite.
Bien à l'opposé, toute idée de forme défmie est incompatible avec l'existence même d'un élément intermédiaire se manifestant comme principe dynamique : le mot même de divisibilité (celle-ci fût-elle idéale) devient un non -sens ici. C'est, pour le faire remarquer en passant, la conception d'un atome, introduite dans l'hypothèse d'un élher universel, qui a perdu cette hypothèse à jamais.
Il résulte déjà de ce premier aperçu que le vide proprement dit n'existe nulle part dans l'espace infini. Ce que nous appelons le vide n'est autre chose qu'un espace où il ne se trouve pas de matière ; mais cet espace est toujours rempli parl'élémeut intermédiaire, sans la présence duquel le mouvement des atomes ou des corps (réuniou d'atomes) ne pour* rait ni nailre ni se continuer. Le vide de nos machines pneumatiques esl un espace imparfaitement purgé de matière; celui des espaces interstellaires est, au contraire, parfait en ce sens , mais en ce sens seulement.
LIVUE 11, CHAPITRE II.
Un a classé fréquemment les forces en moléculaires et en générales. Les premières étaient sensées n'agir que de molécules à molécules, ou d'atomes à atomes, et àdes distances insensibles, sinon inrinimenl petites i les autres, au contraire, étaient sensées agir à toutes distances, et entre les corps eux-mêmes. Une semblable classiûcalion doit être abandonnée définitivement : 1" elle est purement subjective, relative à nous, en ce sens, que ce que nous appelons dislance insensible peut être immense par rapport aux dimensions de l'atome lui-même, quoique nul par rapport à nous; 2'> elle est, si l'on peut s'exprimer ainsi, eo opposition avec les habitudes de la nature, qui ne fait rien par saut brusque ; il n'y a aucune raison plausible pour admettre, en partant de ces babiludes, que ce qui a^it éuergiquementàune distance 1, cesse absolument d'agir à une distance 2; la marche des [fonctions qui représentent l'intensité d'une force peut être excessivement rapide, mais elle ne peut être considérée comme brisée. S" Enfin, cette classiticalion est contraire aux faits, qui nous apprennent aujourd'hui que les forces réputées moléculaires agissent à distances sensibles et entre les corps. Mais en dehors de toute hypothèse, il s'étabUl partni les principes intermédiaires une division naturelle des plus saillantes, qui nous oblige à les séparer en deux groupes : 1" l'action de la force gravifîque est toujours et partout indentique à ellemême : deux masses matérielles s'attirent éternellement avec la même intensité à une même distance; et c'est pour cela que, confondant un effet avec une cause, on a maintes et maintes fois voulu faire de l'atti'aclion une propriété de la matière; 2' l'action de la force calorique et de la force jtECTRiQUE, au contraire, est essentiellement variable. Un
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corps peut être électrisé ou retomber à, l'état neutre; il peal être plus ou moins chaud , il peut être plus ou moias lumineux; une barre d'acier peut être aimantée et désaimantée, Le coefficient par lequel nous pouvons exprimer l' intensité dek répulsion cahrifique n'est pas autre chose que la tempéraiun des corps, qui peut varier du zéro absolu jusqu'à une limite indéûnie.
Nous devons donc classer les éléments mTERHÉDiAiBBS :en FORCES à intei^ilé consianle, et en forces à intensité variaiU.
Les circonstances qui accompagnent la variation de ces dernières nous révèlent en elles un mode de manifestation spéciale, un second altribul, qui suffirait à lui seul pour légitimer la dénomination générique d'ËLÉUENT interne