LIVRE in, CHAPITRE I
tralum, doué, à la vérité, d'un ensemble de qualités indélébiles, telles que la pesanteur, l'impénétrabilité , etc., etc., lais susceptible sous d'autres rapports de transmutations innies.
L'alchimie, dont on a tantri, et trop ri, a dû être nécessairement la première forme régulière et scientifique de notre chimie proprement dite. Je dis : trop ri.
Les fourbes qui, sous prétexte de vendre ou de chercher la pierre philosophale, extorquaient Tordes riches crédules, méritent tout autre chose que notre rire; mais il faut bien l'avouer, cette espèce d'alchimistes a existé , et existera toujours; il n'y a que le prétexte et le nom qui changent. A côté de ceux-là il se trouvait des hommes qui cherchaient sérieusement la vérité pour elle-même, et auxquels la découverte a seule recherche de cette vérité, non seulement ne rapportait aucun bénéfice , mais coûtait souvent fort cher. Que ceux-lâ se soient tenus un peu dans l'ombre, qu'ils aient eu recours même à un lang^ige mystique et mystérieux , il n'y a là rien d'étonnant. Ils savaient ce qu'il en coûte de faire luire un peu de lumière au milieu de masses superstitieuses, guidées par des conducteurs ignorants eux-mêmes, mais qui, malgré leur ignorance, avaient du moins déjà la prescience instinctive du mal que leur ferait l'étude de la nature. Ces chercheurs, assurément, méritent tout autre chose que notre rire : parmi les chimistes modernes il en est plus d'un qui renoncerait promptement à ses travaux, s'ils avaient pour lui les mêmes inconvénients pratiques que pour ses devanciers.
Que ces premiers observateurs aient cru possible ce que l'expérience Jiégative seule fait aujourd'hui regarder comme impossible aux yeux de la majorité des chimistes , cela est certes fort excusable.
Je dis l'expérience négative seule, et la majorité des chimistes. Il importe de motiver ces expressions.
UNIVERS rWàNIME.
Aujourd'hui, la transtnutatinn àes métaux, par exemple, la transmulalion de l'étain, du fer, en or, en argent, est regardée par l'immense majorité des chimistes comme aussi impossible, comme exprimant une absuidité aussi grande que la quadrature du cercle en géométrie, que le mouvemenl perpétuel en mécanique. Il y a cependant une différence considérable entre la première de ces impossibilités et les ileui dernières. Tandis que celles-ci reposent pour nous, soit sur un raisonnement inattaquable, soit sur un principe supérieur aux faits , celle-là ne repose au contraire , du moins aux yeui de la majorité dont j'ai parlé, que sur des faits négatifs, et nullement sur une idée antérieure aux faits. En un mot; tandis que le mathématicien démontre l'impossibilité de 11 quadrature du cercle par un raisonnement direct, tandis que le mécanicien réfute le mouvement perpétuel en disant que rien ne peut spontanément sortir du néant ou y rentrer, le chimiste, en général du moins, ne nie la transmutabîiité des éléments, et n'en déclare absurde-la recherche même, que parce que toutes les tentatives de transmutation ont échoué. El, contradiction étrange! bon nombre de chimistes (je ne dis plus la généralité), bon nombre de philosophes surtout, qui en point de fait rient des tentatives expérimentales de quelques alchimistes modernes , acceptent théoriquement Vidée, ou sont même condamnés par leur propre système à l'admettre, à la regarder comme réalisable !
Il est tout d'abord clair que les métaphysiciens qui, dans ces derniers temps, ont considéré l'atome comme un centre géométrique de forces, et lui ont enlevé ainsi toute sa réalité objective, sont amenés à dire que ce qui nous apparaît comme propriétés chimiques et spécifiques des corps dits étémentfiires, ne relève que de la manière dont sont groupées un nombre restreint de forces autour de ces centres ; et il n'y a dans cette manière de voir aucune raison plausible pour nier qu'on ne puisse modifier un jour cette disposition des forces,
LIVHK m, CHAPITRE 1
St transformer ainsi réellemenl un corps en un aulre. En second lieu, il est tout aussi clair qus les métaphysiciens qui considèrent les corps comme divisibles à l'infini et comme constitués par une pénétration réciproque, à l'infini, de la {natiére et de la force, n'ont aussi aucune raison pour croire
une distinclion immuable entre les divers corps réputés élémentaires. Enfin, et en troisisième lieu, beaucoup de chimistes mêmes semblent ailraettre que ce qui différencie les corps, c'est simplement la manière dont, à l'origine, ils se sont combinés avec telle ou telle force. Si, dans un travail de cette nature, il est permis de citer une personne, je citerai en première ligne M. Raspail. Pour ce penseur, dont la critique, loujours mordante, est parfois si sensée et si pénélranle, mais dont les affirmations aussi sont toujours si aventurées, atomes sont tous identiques en volume, en poids et en propriétés ; ils ne sont différenciés que par suite du nombre plus ou moins grand de couches isolantes de calorique dont ils ■ont été enveloppés à un moment donné {Nouveau système de chimie organique, p. 705 et suiv. , édit. de 1838V L'hypothèse de l'unité atomique est ici accentuée dans toute sa plénitude, mais aussi, il faut le dire, sous sa forme la plus facilement réfnlable.
Avec les idées systématiques que je viens d'énumérer, on est forcément alchimiste, au moins en principe; c'est-à-dire qu'on enlève aux cléments chimiques leur caractère d'identité éternelle et nécessaire avec eux-mêmes. Dans cet ordre 'idées , je le répète , on est mal venu de rire des alchimistes.
El maintenant, n'avons-nous réellement à cijer à l'appui de la permanence des espèces en chimie que des preuves négatives, que les insuccès dfis alchimistes et des chimistes modernes? Ces preuves, sans doute, seraient déjà très fortes. Peu de chimistes, il est vrai, soutiennent absolument que les corps, appelés aujourd'hui éléments, soient en effet la dernière réduction possible , et ne soient pas au moins des com-
310 UMVERS INANIMÉ.
binaisons d'un nombre bien plus réduit d'élémenls réels. El cependant, même dans cet ordre d'idées très modéré, et fort éloigné de l'affirmation des alchimistes, dés qu'on vient à une vérification expérimentale, il n'y a plus une preuve, plus une probabilité à présenter. Et ceux (jui, parmi ces chimistes, admettent la non-simplicité de nos éléments actuels, commencent par dire qu'aucune des fofces connues n'est capable d'opérer la décomposition de ces corps, c'està-dire que les combinaisons ne peuvent être défaites que par l'intervention de forces inconnues , et non pas simplement à l'aide d'une augmentation, même illimitée, d'énergie des forces connues. On le voit, les preuves espérinientales négatives sont très fortes contre l'idée de la transmutabililé indéfinie fies corps, puisqu'il n'est pas même possible de prouver directement, par un seul exemple très faible, que les corps élémentaires actuels ne sont pas simples. Invoquer l'interventiou de forces nouvelles ou de forces qui existeraient à notre insu et qui sommeilleraient depuis que notre globe est dans son étal présent, c'est en réalité invoquer l'idée d'nne création nouvelle, et dés lors tout devient possible; mais il faut avouer qu'en recourant à de semblables moyens , on abandonne toute méthode scientifique el rationnelle.
Mais malgré la valeur des preuves dont il est question , ce ne sont pourtant, je ie répète, que des preuves négatives. Il est , je pense , facile d'en trouver d'autres.
En premier lieu, la non-divisibilité illimitée de la matière, l'existence de l'atome de forme et de grandeur invariables sont maintenant des faits prouvés, sur lesquels nous n'avons plus à revenir. Et la question , pour nous , est seulement de savoir s'il n'existe qu'une espèce "d'atomes, ou s'il en existe plusieurs, peu importe que les éléments des chimistes soient réellement simples, ou qu'ils soient formés d'éléments moins nombreux que ceux qu'on admet. Le nombre ici n'y fait rien.
Sans nous arrêter à réfuter l'hypothèse par trop vulnérabli