‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 61 sur 136 · LIVRE III, CHAPITRE H · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE H

naturellement de cette proposition. Elle nous apprend en effet:

1* Ep tout premier lieu , qu'il existe un rapport quantitatif immuable entre le mode mouvement et le mode force du principe transcendant qui donne lieu aux phénomènes calorifiques ;

30 Que la force calorique agit sur les atomes matériels d'une manière périphérique, et tout à fait indépendante de leur masse et de leur nalure ;

- 30 Que celte force agit sur les atomes combinés absolument de la même manière que sur les atomes non combinés; en d'autres termes, qu'elle s'adresse aux atomes et non aux molécules considérées comme unités *,

Nous sommes , dès ce moment , parfaitement en droit de regarder la force calorique comme distincte en nature de la

FORCE GRAVIFIQUE.

Nous arrivons, par la même voie, à la même conséquence quant à la forge électrique.

«Lorsqu'un même courant électrique traverse successivement différentes dissolutions métalliques, les poids des métaux séparés sont entre eux comme les équivalents chimiques. »

La belle loi de Faraday, en quelque sorte parallèle à celle de Dulong , nous apprend que la forge électrique s'adresse à l'atome et à la molécule, considérés comme unités, et non comme masse.

Nous sommes donc pleinement en droit aussi de rapporter les phénomènes électriques en général à un principe intermédiaire différent de celui qui constitue la force gravifique.

Nous voici amenés naturellement au dernier terme de notre problème.

Les phénomènes lumineux , calorifiques , électriques, sont-

* Voyez le livre V de mon Exposition expérimentale et analytiqite de la thermodynamique , 2« édit.

326 L.MVERS INANIMÉ.

ils des raanifeslations de deux principes inleiraédiaires, sont-ils dus à la transformation d'un seul principe?

L'étude la plus superficieUe des faits nous apprend que les phénomènes de lumière, de chaleur, d'éleclricilé, peuvent se substituer les uns aux autres, se faire place réciproquement, qu'il existe entre eux une relation d'équivalence, que quand l'un semble disparaître sans donner lieu à un travail ou à un mouvement définitif dans une masse matérielle (un atome ou un corps) , il donne lieu à un autre phénomène de la même classe. Ces faits ont été admirablement étudiés dans ces derniers temps , et ils ont été des plus classés et coordonnés àe la manière la plus méthodique par plusieurs physiciens : je ns citerai comme exemple que le beau livre de M. Grove. Pas un: de ces faits, pas le plus minime d'entre eux, ne nous autorise â affirmer ou à nier que la lumière , la chaleur, l'électricité doivent être rapportées à un même principe, Toui exception , nous conduisent à un même terme final :

Relation réciproque , substitution soumise à une loi qui lilative d'équivalence , à une loi supérieure d'équilibre. ,Nihil ex nihilo; nikil in nihilum.

C'est de ces relations, de la possibilité de ces substitutions, que dérive l'infinie variété des phénomènes de l'univers inanimé. Nous aurons à les esquisser ailleurs à grands traits.

Si , au lieu de considérer les phénomènes dont il est ici question, au point de vue seul du mouvement , comme on le fait en général, nous nous en occupons sous le rapport du mode FORCE, nous sommes conduits proraptement à reconnaître que la force calorifique et la forge électrique diffèrent au moins autant entre elles qu'elles peuvent différer de

la rORCE GRAVIFIQUE.

Une seule et même question peut être posée, quant à tous ces phénomènes de substitution : «La présence de la matière « est-elle nécessaire pour que la substitution devienne pos- « sille?» *0u bien le mouvement de l'un des principes tn

itri-

LivitE m, ciiAPiTitL II. 327

« cendanls peut-il s'éteindre en se coinmuniquaiit direclemeiiL « à un autre principe transcendant ? v

Lorsque, par exemple, l'électricité produit de la chaleur et de la lumière en traversant le vide le plus complet que nous sachions faire, est-ciï la mxtière Iransportée par le courant qui émet , comme on le prétend , la chaleur et la lumière , ou n'est-ce pas plutôt le mouvement électn([ue qui , directement, dans l'espace vide de matière, détermine le mouvement équivalent du principe calorique partout répandu? Ce genre de question , on le voit , peut être posée , presque sous la même forme, dans des millions de cas analogues : dans ce moment, les faits nous font encore défaut pour la trancher à coup sûr, - ou, pour tenir un langage plus sévère , mais plus juste aussi, les faits nécessaires surabondent, mais ils ont été étudiés à un point de vue trop préconçu , et trop en faveur d'un système, pour qu'on puisse en tirer une réponse rigoureuse. Celle-ci , «juelque intéressante qu'elle soit eu elle-même, nous importe peu ici, et le problème qui nous occupe doit être attaqué d'un tout autre côté.

Le calorique, en effet, se manifeste comme une force toujours répulsive s'adressant de la même manière à toute espèce d'atomes indistinctement (loi de Dulong et Petit). L'électi'icité , au contraire , se manifeste comme force d'attraction ou de répulsion élective, ou , pour parler beaucoup plus correctement, elle donne un caractère électif aux parties matérielles, qu'elle contraint à se rapprocher ou à s'éloigner. On a maintes fois voulu expliquer l'éleclrolyse par l'ébranlement déterminé dans l'étal moléculaire à l'aide du courant électrique : c'est là une représentation à la fois grossière et inexacte. Il est bien évident que toute combinaison ou décomposition chimique est précédée d'un ejfort exercé sur les atomes en repos et les déterminant à s'unir ou à se séparer. Cet effort, qui ne dépend que de l'intensité de la force électrique entre deux atomes ou groupes d'atomes, est, comme celui du calorique, modilié

328 UNIVERS LNAI^IMÉ.

par un mouvement électrique, venant du dehors ou allanlau dehors : la combinaison et la décomposition ne peuvent s'ef* fectuer qu'à la condition que ce mouvement ait lieu , ou soit rendu possible. Lorsque, par exemple, nous plongeons dans Tacide sulfurique affaibli un barreau de zinc fortement amal*^ gamé , le métal n'est pour ainsi dire pas attaqué ou dissous i un électroscope nous montre facilement que la lame estéleatrisée fortement. Si on la met en rapport avec un conducteui* neutre plongé dans le liquide (avec une lame de cuivre par* exemple) , nous permettons à l'intensité électrique de s'équi^ hbrer; la dissolution commence de suite avec énergie; elle cesse dès qu'on sépare le cuivre du zinc. La force électrique est bien évidemment le principe même de ce que nous appe — Ions l'affinité élective : dès que, par une raison ou une autre ^ les atomes sollicités l'un vers l'autre par elle se rapprocheateffectivement , l'intensité de la force doit se modifier, et celt^ modification se manifeste en dehors par ce que nous appelouf^ l'électricité statique ou dynamique.

La distinction précédente entre la force calorique et la fore électrique est déjà très grande ; il en est une autre plus déli cate:, plus élevée et plus capitale encore s'il se peut.

La force électrique agit sur les atomes aussi bien que au les molécules : c'est elle qui , en effet, détermine la formation de molécules de plus en plus complexes : oxydes et acides, sels , sels doubles , sels doubles combinés avec l'eau de cristallisation etc.

Le calorique, au contraire, ne s'adresse qu'à l'atome, et non à la molécule considérée comme unité , dans un corps composé. Il faut 0,20259.291,16 =40cai,753 pour élever de Ma température de 201^11,16 de soufre, et 0,05623.735,29 = 41cai^345 pour élever aussi de 1^ la température de 735*^,29 d'étain ; il faudra à peu près (40,753 H- 41,345) pour élever de lo la température de (201,16 + 735,29»^) de sulfure stanifieux. Si le calorique s'adressait à la molécule de sulfure stau;

Page 1