LIVRE IV, CHAPITRE II
de Talorae , ou à un dualisme de forces qui exclut l'idée de Tunité.
Allons ici droil au cœur de la question, et voyons si le point de départ même de toutes ces tentatives de réduction à l'unité est légitimé par une étude indépendante et correcte de la nature.
Les œuvres de la nature , ses lois , ses procédés , ses éléments, dit-on, sont toujours simples et uns. Oui, certes, pourvu qu'à ces mots nous attachions leur vrai sens, pourvu surtout que nous ne confondions point l'unité et la simplicité de la nature avec les nôtres. Une pareille méprise, et elle ne se commet que trop souvent, est la preuve la plus triste de notre faiblesse et de notre orgueil tout à la fois.
Il y a un quart de siècle à peine, la physique acceptait encore comme exactes un grand nombre de lois des plus simples : l'expérience les avait vérifiées à peu près, et notre propension vers la simplicité arithmétique nous les avait fait accepter comme absolues. Que reste-t-il debout de ces lois ? Je ne citerai qu'un exemple, mais il est caractéristique. Les gaz, les vapeurs étaient sensés se dilater ou se comprimer d'après la loi de Mariette et de Gay-Lussac; en d'autres termes, on admettait : 1® qu'à température constante, le volume de .ces corps est toujours en raison inverse de la pression , qu'ainsi , quand nous comprimaons un gaz, une vapeur quelconque de manière à faire diminuer le volume de 1 à 4/â, à 1/3, à 1/4, la pression nouvelle est 2, 3, 4 fois la pression initiale; 2* qu'à pression constante et à température variable, les volumes d'un gaz ou d'une vapeur croissent en raison directe de la température.
Les immenses travaux expérimentaux de M. Regnault ont démontré pourtant que ce ne sont là que des approximations, même pour les gaz.
Ayant repris la question comme analyste et comme expérimentateur, j'ai, de mon côté, démontré que la loi de Ma-
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riotte et de Gav-Lussac redevient ratîoDnelle, s'étend non senlement au gaz et aux vapeurs , mais aux liquides et aox solides, pourvu qu'à la pression externe que nous mesurons directement, nous ajoutions la pression interne, c'est-à-dire celle que représente l'attraction atomique , pourvu que do volume apparent mesuré par nous, nous retranchions le vovolume inwtriabk de tous les atomes. Mais en même temps, et chose tout aussi frappante, j'ai montré que celte loi oniverselle n'est elle-même qu'une approximation, et que pour arriver à la rigueur absolue, il faut tenir compte de la divei*sité des forces qui tendent à rapprocher les atomes , de h manière dont les atomes sont groupés quand il s'agit d'on soilde ou d'une combinaison chimique, enfin, de la forme même des atomes : toutes choses dont , au point de vue expérimental, nous ne possédons pas encordes données premières et indispensables.
Les travaux de la physique moderne prouveraient-ils, par hasard, que c'est le désordre qui règne dans les phénomènes de la nature , au lieu de l'ordre que nous espérions y trouver, et que déjà nous croyions y avoir trouvé? Nullement; mais ils nous condamnent à modifier et à élai^r nos idées d'ordi*e ; ils nous apprennent que l'ordre nait de la concordance admirable de plusieurs lois différentes qui se combinent, et nullement du règne exclusif de telle on telle loi très simple que nous avions aperçue d'abord. Et nous serions bien étonnés, au contraire, si nous faisions l'énumération ^ très facile d'ailleurs, du nombre de phénomènes indispensables pour le maintien des choses , qui deviendraient impossibles si cette simplicité tant désirée se réalisait telle que noos l'avions rêvée.
Un exemple d'un ordre très différent et des plus grandioses va faire ressortir plus encore la vérité de ce qui précède.
Rien n'est plus simple et plus facile à saisir que les lois de