LIVRE IV, CHAPITRE III
«avoir ni réalité objective ni réalilé subjective » (Drossbach).
«La matière ne peut exister sans uo échange réciproque « des forces qui lui sont inhérentes , et ces forces elle-mêmes « ne sont autre chose que diverses espèces de mouvemenls de «la matière 0 (Buchner).
Les auteurs dont je viens de citer les propositions peuvent à juste titre être considérés comme les penseurs les plus sérieux et les plus logiques que l'école matérialiste compte dans ses rangs; on voit qu'il y a unanimité parmi eux quant à l'ennemi à attaquer et à détruire dans son essence même. Tous ont compris presque instinctivement que la chose essentielle à réfuter, c'est l'existence de la force considérée comme élément distinct dans l'univers. Tous ont compris qu'après cette première négation, celle de l'âme vivante, celle d'une intelligence créatrice deviennent faciles, et que, sans cette négation première, les deux autres deviennent impossibles.
a En partant de toutes ces considérations, les penseurs ■ précités ont déÛni la force : une simple propriété de la matière...
([Quelle conséquence philosophique générale découle de « celte constatation aussi simple que naturelle?
«Que ceux qui nous parlent d'une puissance créatiice, « ayant tiré le monde d'elle-même ou du néant, ignorent jus- « qu'aux premiers et jusqu'aux plus simples principes d'une « philosophie naturelle basée sur l'observation ! Comment au- « rait-il pu exister une force qui n'apparaîtrait pas dés l'oriagine avec la substance, mais qui la gouvernerait arbitraire- « ment et d'après des considérations individuelles ? Bien encore des forces préexistantes et isolées pourraienta elles se porter sur la matière sans forme et sans lui? Car a nous avons reconnu qu'une existence distincte entre ces a deux choses est dans l'ordre des impossibilités!.,., b (Buchner, Force et matière, Leipzig ISGS, p. 4 et suiv.).
368 UMVERS ANIUÉ.
On le viîil ici claircmcnl : démonlrer, comioe nous l'avons Ibit, l'exislence d'un élément qui, tout en agissant suivant des lois invariables, est capable de tirer la matière du repos ou de l'y rairc rentrer sans l'exislcnce d'aucun mouvement anlÉrieur nécessaire, c'était bien réellement réfuter le matérialisme dans sa base même. Et cela de l'aveu des plus puissanls défenseurs de cette doctrine.
Ailleurs il ne me sera pas diRicile de démonlrer que quiconque n'admet dans le monde pb^sigue qii'yin seul élément, la matière douée élernellemenf d'une même somme de mot*' vement, est soit matérialiste avoué, soit spiritualistehypO'^ crite ou inconséquent.
Trois erreurs sautent aux yeux dans les diverses propos i" lions que j'ai citées plus haut , et dont tout l'ensemble a é*-*^ réfuté dans ce travail. Elles sont d'un ordre puremenlEubje*^" tif, relatif i nous; elles reposent sur une violation flagra»*-*^ du génie même de nos langues.
lo On y confond complètement la force avec les propriét^^ de l'atome matériel. Une propriété quelconque d'une substance est une qualité spécilique , en verlu de laquelle celt^ substance, placée dans les mêmes condilions, se comporifi toujours de même , soit avec elle-même , soit avec une autre subslance. C'est en vertu d'une propriété réciproque symétrique et immuable que l'élément matière est soumis à l'action de l'élément intermédiaire se manifestant comme force; mais la manifestation force n'est pas plus une propriété delà matière que la matière n'est une propriété de la force : ces deuK assertions seraient aussi absurdes l'une que l'autre.
20 On y confond tout aussi complètement le mouvement avec la force ; ce qui est radicalement faux et absurde même en toute hypothèse sur la force, et quand elle ne résiderait que dans l'alome lui-même (p. 235). Hélas ! combien de prétendus spiritualisles ne sont-ils pas tombés dans cette même erreur !