‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 80 sur 136 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Nous voici ai-rivés à la partie tout à la fois la plus limitée et la plus élevée de noire sujet.

La plus limitée. Tandis que , dans les profondeurs les plus reculées de l'espace, nous avons pu trouver expérimentalement les preuves de la présence de I'éliïment matière et de

ÉLÉMENT INTERMÉDIAIRE, tandis que nous n'avons même pu assigner de bornes à celte partie de l'univers que nous avons dû appeler le monde ikanimé; I'univers animé, au contraire, se confine, pour notre expérience, à la surface de ce grain de sable égaré dans l'espace, dont l'Iionime a si longtemps fait le centre de l'univers , pour s'en in tituler le roi. Ce n'esl que par la puissance de la pensée, et ici il est vraiment roi, que

être intelligent sait trouver à la surface des autres globes

autres êtres vivants et pensants comme lui. La plus élevée, objectivement et subjectivement. Si grandiose, si admirable que soitJe mécanisme des cieux, si mystérieux que soit encore pour nous le jeu des forces dans l'immeusité de l'espace et du temps, il n'en est pas moins vrai

que Torganisme et les fonctions si éphémères du plus minime des êtres vivants surpassent encore en merveilles tous les mystères et toutes les splendeurs du Grand Abîme. Telle est la vérité au point-de vue objectif, à celui de la réalité des choses. Mais ici, le côté subjectif, le point de vue humain, que dans noire analyse nous avons si souvent relégué à l'arrière-plan, reprend des droits imprescriptibles. Noire sort à nous, rois de ce globe, est le même ici- bas que celui du moindre de nos sujets. Nous passons comme Therbe des champs, et les plus grands d'entre nous ne brillent qu'un moment comme la fleur, heureux quand, comme elle, ils répandent un arôme bienfaisant, et non une vapeur léthifère. Qu'avec Descartes et MaleBranche nous fassions de l'animal un automate, et de la plante un phénomène physique, ou qu'avec saint François nous appelions l'hirondelle «notre sœur,» et qu'avec le doux Fechner nous fassions de la plante un être sensible, toujours est-il qu'en ce monde il y a enlre tous les êtres vivants égalité de droits devant le trépas. Les vers, les insectes sont nos frères du sépulcre! Dans l'étude impartiale de l'un quelconque de ces petits, nous retrouvons les mystères de notre propre organisation transitoire; el lorsque l'orgueil ne nous a pas frappés d'une incurable cécité, nous trouvons dans les fonctions de l'un quelconque d'entre eux^ ce ressort, ce souffle, dont' pour nous-mêmes nous redoutons tant l'extinction , dont nous espérons tant voir se prolonger l'existence au delà du tombeau : la vie, en un mot, dans sa plénitude.

A un point de vue tout personnel et des plus légitimes, l'étude des plus minimes des êtres vivants est pour nous du plus grand intérêt, car c'est l'étude, tout au moins partielle, de notre propre individualité. Le chercheur qui aura su trouver comment naît un de ces petits, nous aura appris par contre-coup comment naît le maître de cette terre!

Notre égoïsme, et cette fois dans l'acception légitime du

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ol, est tellement iiDpli<|iié dans cette cLulIu, que ce que l'analyse de I'univers animé perd en grandeur géomélrique , elle le gagne en grandeur idéale!

L'élude de la vie a de tout temps été le but suprême des efforts des penseurs. C'est à l'interprétation des phénomènes de la vie que se sont exercées surtout les trois grandes doctrines que, dans ce travail, nous avons à plusieurs reprises soumises à l'épreuve des faits. L'une d'elles, remontant de la MATIÈRE à I'ame , a , en quelque sorte, éteint sur sa route lout ce qu'elle prétendait expliquer; l'autre, descendant de Y esprit pur à la MATIÈRE, n'a que trop souvent enlevé aux deux leur réalité substantielle, ou bien, dotant à son insu la matière des qualités de la vie, elle n'y a plus vu qu'un ennemi à dompter. La troisième, par une généreuse exagération d'une idée juste et élevée, a effacé toutes les lignes de séparation , et a confondu en un même lout vivant les parties distinctes, dont l'aspiration la plus énergique est précisément l'individualité.

L'examen patient et approfondi auquel nous avons soumis le monde physique, nous fait la partie belle mainteuanl, et nous facilite étrangement l'étude du monde vivant. A une méthode prudente et presque cauteleuse d'investigation , nous pouvons désormais, sans crainte, substituer une marche rapide et directe. Tandis que nous avons, par tous les moyens possibles, dû nous convaincre que, pour l'inlerprétatlon correcte des phénomènes physiques, quets qu'ils soient, deux éléments génériques sont nécessaires et suCQsanls, ici nous pouvons poser carrément, sauf à la démontrer après coup, la nécessité de l'existence d'un troisième genre d'ÉLÉMEUTS, sans lesquels il n'y aurait pas de vie possible, et qui constituent la vie par la réalité même de Jeur existence. Nous avons, en effet, laissé bien loin derrière nous l'une de nos doctrines : le matérialisme est pour nous mort en route. Une théorie qui ne sait interpréter logiquement la formation d'un cristal ou la

marche d'une horloge, ne saurail aspirei' à nous expliquer la pensée. Nous avons épuré et consolidé le spiritualisme, en en réfutant celle forme mystique qui prélend ne trouver dans l'univers qu'esprit pur et matière, cl qui ainsi a donné au matérialisme le plus de solidité el le plus déraison d'être. L'un des faits dont la réalité est ressorlie avec le plus d'énergie, c'est la permanence de l'individualilé, tout au moins générique, des deux genres d'éléments dont l'existence s'est révélée à nous dans le monde inanimé. Celte permanence est en pleine contradiction avec l'assertion fondamentale du panthéisme; elle ne réfute pas encore cette grande doctrine dans sa totalité, mais elle lui enlève du moins sa vraie force d'existence; toute idée de transmulabitité élauL hannie de l'univers ioaninié, nous n'avons plus trop le droit d'affirmer a priori cette idée dans le monde vivant.

Je dis que nous pouvons désormais nous abandonner à une marche plus rapide : c'est à condition pourtant qu'elle reste toujours prudente et sûre d'elle-même.

Si la nature se pliait à nos classiûcalions arrêtées , si les doctrines elles-mêmes par lesquelles nous interprétons les phénomùnes de l'univers pouvaient se renfermer exclusivement dans les limites définies que nous leur assignons méthodiquement à un moment donné, notre travail serait dés à présent des plus faciles; nous n'aurions plus aucun doute â éliminer. Le matérialisme étant réfuté radicalement, le panthéisme étant en quelque sorte annulé dans sa moitié , il ne nous resterait plus qu'à mettre le spiritualisme en harmonie avec le progrès de l'ensemtile de nos sciences, sans nous occuper de démontrer encore la vérité de celle interprétation, désormais unique.

Tel n'est pas notre cas cependant, il s'en faut. L'homme ici-bas semble prédestiné au doule ; chaque nouvelle conquête qu'il fait sur l'obscurité, chaque pas décisif qu'il fait vers la vérité, semblent faire renaître de nouvelles énigmes. Hydre

aux cent lèLes, le doute nous suit pas à pas au milieu de nos triomphes, et une brume trompeuse s'obsline à nous voiler l'horizon, La matière seule ne sufQt'pas pour expliquer les phénomènes de ce monde, si faussement appelé Vunivers matériel; la thèse de l'unité des forces, qui a aujourd'hui tant d'adhérents, même dans les écoles philosophiques dentelle est l'ennemie mortelle ; celte thèse, qui n'est autre chose que la négation de la force, est, nous le savons, une grande erreur moderne. L'atome matériel, sans l'élément dynamique, ne saurait expliquer le dernier des phénomènes physiques, ou chimiques, ou mécaniques. L'atome matériel, sans l'étément dynamique, ne saurait expliquer non plus la moindre cellule organique. La pensée, qui sait découvrir les mondes dans l'espace et le temps, les peser et en indiquer le cours, n'est point l'œuvre de ce Dieu là ! C'est ce qu'il serait même absurde de chercher à démontrer.

Mais à peine avons-nous réduit les limites de l'empire de la matière, à peine avons-nous réduit â néant les assertions les plus audacieuses du matérialisme, à peine avons-nous réfuté le panthéisme lui-même par une de ses faces, que nous voyons naître une doctrine nouvelle, mille fois plus puissante peut-être.

Nous avons nettement limité les attributs de la matière, cela est certain. Mais ce que nous lui avons vu perdre en puissance est allé directement accroître les attributs d'un autre élément constitutif, de I'élément intermédiaire, de la force. 'Tandis que nous avons pu assigner à l'atome matériel le caractère essentiel du fini, dans l'espace et dans le temps, nous avons vu l'autre élément prendre un caractère tout à fait transcendant.

La question qui maintenant se présente presque spoulanéraenl à l'esprit est celle-ci : les forces du monde inanimé ne nous suffisent- elles pas pour expliquer complètement les phénomènes du monde organique, de la vie?

(JMVËRîJ ANIME.

esl désormais la seule à laquelle nous

Celle question

ayons à répondre sous toutes les faces , renferme toute une doctrine philosophique. Ce n'est plus le matérialisme, ce n'est plus le panthéisme, mais c'est bien moins encore le spiritualisme. Cette doctrine, que nous pouvons appeler le^andynamisme, est née tout entière dans nos sciences modernes; et ce n'est qu'à l'aide de ces sciences que nous pouvons la réfuter.

Tandis que l'on a pu de tous temps trouver des arguments valables contre le matérialisme et le panthéisme en faveur du spiritualisme, sur un terrain complètement distinct des sciences naturelles, tandis qu'on a pu créer, par exemple, une psychologie qui ne louche que par des points très accessoires à la physiologie, à la physique, à la chimie, il est impossible, au contraire, d'attaquer le pandynamisme moderne avec des armes étrangères, avec des arguments cherchés ailleurs qu'au sein de la force elle-même.

C'est là évidemment ce qui inspire une crainte, presque légitime en un sens , et même de l'aversion pour l'étude des sciences, à certaines personnes qui tiennent avant tout an repos de leur esprit, qui ne se sentent pas assez de force pour scruter, pour creuser longtemps un même sujet. Ces personnes, il esl vrai, ressemblent passablement à l'enfant qui croit se mettre hors de certains dangers, qui croit devenir invisible en fermant les yeux ou en se cachant la tête; elles s'imaginent que c'est créer un ennemi que d'en parler; elles se persuadent volontiers que pour réfuter une négation pénible, il suffit de penser à autre chose, ou d'empêcher les autres d'y penser.

L'étude analytique de la conslitulion élémentaire des êtres vivants se présente à nous sous deux faces , qu'il importe de distinguer soigneusement.

Nous pouvons et nous devons les considérer dans l'espace, abstraction faite de l'idée de succession, c'est-à-dire tels

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