‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 90 sur 136 · LIVRE V, CHAPITRE li · texte numérisé non relu

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faite avec les fondions psychiques et physiques que doit remplir l'être ici-bas. Entre cette forme et le caractère moral de l'être vivant il existe une conncïian tellement intime que l'un se connaît par l'autre. La douceur, la férocité , la lâcheté, la ruse, le courage, se traduisent chez l'homme, comme chez l'animal, par uue apparence propfe, sur laquelle aucune méprise n'est possihle pour l'œil exercé. L'animal , chez qui une Providence bienveillante a substitué l'instinct, c'est-àdire une somme de connaissances spéciales , innées, à la connaissance que nous n'acquérons que par une expérience répétée, l'animal reconnaît, en général, un ami ou un ennemi au premier coup d'œil. Dans les classes supérieures des êtres grganisés, le jeu de la physionomie, c'est-à-dire la forme en ce qu'elle a de variable, peint à tout moment l'état passionnel de l'ÉLÉMENT anisiique; au seul aspect de la fignre nous reconnaissons la passion qui règne en ce moment chez l'être que nous aimons , chez celui que nous méprisons. El ici encore, l'animai lui-même ne s'y méprend pas : il sait quand il doit fuir ou non son ennemi. A l'intonation seule de la voix du jaguar, le paisible ruminant des savanes devine si son redoutable persécuteur est en tbasse ou s'il est repu. Entre l'état passionnel, habituel ou passager, de l'être vivant, et les formes constantes ou passagères de son organisme, il existe, en un mot, une connexion si continue et si intime, qu'elle constitue un rapport évident de cause à effet. Les formes physiques de l'être ne sont, à dire vrai, que des pensées réalisées à l'aide des éléments du monde inanimé. Soutenir qu'une force vitale, mais nécessairement aveugle, agissant simplement d'après des lois fixes établies dès l'origine des choses, puisse travailler à l'avance pour l'âme, en prévision de tous ses besoins, de l'exercice de toutes ses facultés, c'est donner pleinement gain de cause au pandynamisme le plus radical. Si les forces et la matière étaient assez intelligentes pour agir toujours d'après le meilleur plan en faveur

de Tètre animique, elles seraient assez intelligentes auss

pour penser ; et cet être animique deviendrait une absurde^^ .e

superfétation.

L'idée bizarre d'une distinction entre fa vie, considéré^^ ^e comme cause des phénomènes organiques , et l'âme, consi— midérée comme principe pensant, a une origine multiple, mais m^is très facile à apercevoir.

Au point de vue historique, elle est en vérité fort triste i"^ <i constater. Bien des médecins , des physiologistes , des anato- ^^zdmisles, rC ayant jamais rien trouvé au bout de leur scalpel (j^ ~<e me sers d'une expression consacrée), ont été de tous temps ^s portés à nier l'existence de ce qu'ils ne pouvaient palper, ôt^m kjl du moins à affirmer que ce qui échappe aussi complétemen à nos sens ne saurait donner Heu à des phénomènes essea tiellement visibles. Mais à une époque de foi aveugle , où non seulement les assertions dogmatiques les plus impos sibles, mais les idées superstitieuses elles-mêmes trouvaie dans l'autorité du jour un auxiliaire fidèle et l'appui d'un- ^

contrainte féroce et brutale, il eût été fort dangereux d'afficher publiquement un doute sur ce qui était considéré gêné ralemenl comme sacré. Aujourd'hui même, cela n'est pas pr dent; et en tous cas, c'est chez un médecin un mauvais pro cédé pour se faire une clientèle. L'invention de la vie et d l'âme, considérées comme éléments radicalement distincts était une solution qui mettait chacun en parfaite sécurité. L sceptique s'emparait de la vie, dont il faisait désormais c qui lui plaisait : une force, un fluide nerveux, un mouvemen ^ vibratoire, un ensemble de phénomènes qui résistent à \at

mort ! Il concédait volontiers une âme à l'homme, et en

abandonnait le soin aux médecins spirituels y à condition qu'elle ne se mêlât plus des affaires du physiologiste. Grâce à cette habile flatterie faite au roi de la création, et surtout aux puissances du jour, il pouvait sans crainte, et sous une même rubrique, classer les bimanes, les quadrumanes, les

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uiseaux, repliles. ... ; l'animal, la planle, avec le corps humain, se Irouvaient réduils au rôle de simples machines, que l'on pouvait admirer comme telles sans se compromeltre. En aflUrmant qu'il existe des êtres vivants sans âme, on laissait supposer qu'il peut aussi exister des hommes sans âme! On changeait en une réalité une figure de rhétorique, trop souvent juste, hélas! J'ai stigmatisé ailleurs, et dans les seuls termes f]u'elle mérite, celte concession l'aile par le matérialisme aux idées dominantes d'une époque. Lorsque, par suite de la làciieté de ses adeptes, une doctrine philosophique descend à l'hypocrisie, elle est encore plus condamnahle pour l'idée vraie qu'elle affecte d'accepter que pour l'erreur qui fait sa base !

La distinction entre la vie et l'âme a, disons-nous, une origine multiple : elle repose aussi sur des raisons plus avouables que celles que je viens de signaler, sur des raisons qu'un honnête homme peut du moins discuter sans avoir à rougir pour le prochain.

Je laisse complélement de côté les arguments déclamatoires qui ont prise sur tant de personnes, quant à la pureté de l'âme et quant à l'impureté prétendue du corps. Cette dénomination d'impures , donnée à certaines fonctions physiologiques de notre corps, fût-elle aussi fondée qu'elle est au contraire absurde, elle ne légitimerait pas encore l'odieuse imputation faite au Créateur d'avoir logé une âme pure et divine dans une impure prison, dont un autre être antagoniste, dont une force aveugle serait l'organisateur, le seigneur et maître! Ce qui est fort souvent impur, ce n'est point notre organisme, c'est l'usage que nous en faisons , ce sont les pensées de celte âme, qui se dit si pure. Cela n'est pas commode à avouer; mais notre bon sens et notre conscience nous crient que c'est là qu'est la vérité.

Passons donc à l'examen des arguments avouables et scientifiques.

liNIVEltS ANIMÉ,

Dans l'ordre de ses fonctions psychiiiiies, l'iin des ^tlributs les plus dislinctifs et les pins élevés de l'âme , c'est d'avoir continuellement In conscience de ses opérations; d'avoir près- ([lie toujours cette liberté, celle spontanéité d'action qui fait échapper à jamais ses actes aux inalhématiques ; c'est toul au moins de savoir encore ce rju'elle fait, alors même qu'elle n'est pUis libre de faire ou non.

Le caractère saillant, au contraire, d'un grand nombre de fonctions de notre organisme , c'est qu'elles s'accomplissent à noire insu, souvent malgré nous, et en tous cas en dehors de l'empire conscient de notre volonté, Toul l'ensemble des phénomènes de nutrilion et leurs conséquences : croissance, temps d'arrêt, déclin de l'être, renouvellement continu de ses parties constituantes etc., etc., tout cela s'accomplit à notre insu et, en apparence du moins, contre notre gré.

Celle opposition apparente de caractère entre les fonctions psychiques et les fonctions physiologiques de l'être vivant esl frappante : elle forme la raison la plii^ spécieuse d'une distinction nominale entre l'élément animique et la prélendite ■ force qui donne lieu aux phénomènes organiques.

Comment, dil-on, l'Ame pourrait-elle diriger sans le savoir loules les opérations qui se font dans notre corps?

Cette raison serait peut-être plus que spécieuse, elle aurait une valeur réelle si, entre les actes que nous exéculons avec pleine conscience, qu'il s'agisse de iapensée pnre ou des mouvements du corps, et les actes qui s'accomplissent à notre insu dans noire organisme, il n'y avait pas tout un ensemble de phénomènes de transition qui lien! de la manière la plus intime les extrêmes en apparence inconciliables. Mais l'étude la plus superficielle de ce genre de phénomènes réduit complètement à néant la valeur objective de la raison ici disculée.

L'acte de la respiration, nous le savons tous, ne peut être interrompu impunément pendant nn temps même rclalivement

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