LIVRE V, GHAFITIIK
rès court (deux niiniiles au plus); pendant les
leuf dixièmes
de l'étal de veille, nous respirons sans le savoir, ou, si l'on aime mieux , sans y faire la moindre attention ; le phénomène semble s'accomplir d'une manière toute passive. Et cependant celte. fonction est soumise essenliellemenl à noire volonté. Si nous ne pouvions l'espirer comme et quand il nous plait, nous serions privés de la plus belle des prérogatives de l'homme,' nous serions privés de la parole. Mais, sans nous arrêler à l'usage que nous pouvons faire volontairement de l'organe respiratoire, il suffît de nous étudier attentivement dans l'acte de la respiration , pour reconnaître que pour le remplir, nous sommes obligés réellement et continuellement de vouloir, et qu'entre les moments où il se fait en pleine connaissance, soit régulièrement, soit irréjiuiièremenl dans un but accessoire, et les moments où il se fail à notre insu, il existe une suite infinie de gradations telles, que nous sommes obligés d'admettre que nous pouvons vouloir et agir en conséquence sans le savoir. Le besoin de nutrition aérienne est toujours présent, et nous y satisfaisons continuellement par un acte de la volonté dont nous avons ou dont nous n'avons pas la conscience.
Les neuf dixièmes des mouvements que nous exécutons pour préserver d'un ma! ou d'un danger tel ou tel organe , sont instinctifs, c'est-à-dire qu'ils ne supposent pas une expérience antérieure; nous les faisons sans nous en douler, et cependant ils ne sont réellement que des actes de la volonté. Ainsi, comme exemple entre mille, les mouvements da la paupière, qui sont nécessaii'es , soil pour bibrifier lu ^lobe de l'œil, soit pour le préserver de l'iuvasion des corps étrangers, semblent se faire spontanément; cependant, en y prêtant la moindre attention, nous l'cconnaissons qu'ils se font parce que nous le voulons, quoique la plupart du temps nous ne sachions pas que nous voulons, quoique fort souvent il nous faille même une contre-volonlé des plus énergiques
pour résisler à cellt; '|ui a pour objet la préserval ion Je I' gane.
Sauf de très rares exceptions individuelles', les baltemenls du cœur ne sembleul aucutieineut soumis à notre volonté. Us le soûl au contraire cependant, de la mauière là plus évidente , à la pensée en général , et sous une forme souvent pénible, intolérable, chez les personnes qui sentent vivement et profondément. Leur rhylhme varie à chaque instant, non seulement selon les circonstances dans lesquelles nous place la vie active : en présence d'un danger, d'une grande scène de la nature, d'une belle œuvre d'art; mais ils subissent même l'action des pensées les plus fugitives, et loi'sque le penseur semble plongé dans l'inaction la plus complète, un témoin expérimenté reconnaîtrait aux seules variations du pouls que l'inaction n'est qu'externe ou apparente.
Mais allons bien plus loin. Analysons les actions que nous exécutons, à ce que nous croyons du moins, en pleine connaissance de cause.
Nous savons mouvoir isolément ou simultanément toutes les articulations de nos membres; un exercice régulier, une gymnastique intelligente nous amènent en ce sens à une incroyable agilité, à une surprenante adresse; les mouvements produits par l'action de noire volonté prennent l'empreinte des sentiments les plus délicats de notre être pensant ; 1' liste, le virtuose, le peintre, reproduisent au dehors, l'ul sous la forme mélodieuse et harmonieuse, mais fugace, ài sons, l'autre, sous la forme arrêtée et durable de la couleur, les plus hautes inspirations du génie de l'art. A chacun des muscles qui déterminent ces mouvements , interprèles si inl
' On a cité dans ces derniers temps un jeune homme qui avait la faculté d'ai célérer, de ralentir au d'arrflcr à volonté les battements du eœur, et qui e: mori pour les avoir un jour trop longtemps suspendus , en voulant donner à ch médecins lu preuve de cette faculté.
inl^^^
LIVRB V, CHAPITRE II.
. de nos sentimcnls, répondent des
ligenls de nos sentimcnls, répondent des filets nerveux se rendant au cerveau , d'où partent les ordres de noire volonté. Là j par conséquent , notre pensée choisit , de propos délibéré , le filet nerveux spécial ou tout l'ensemble des fliels qui doivent transmettre -ses volontés et les manifester au dehors sous forme physique. Je dis : elle choisit de propos délibéré; et cependant ce choix se fait hien à son insu : lorsque nous ordonnons au bras droit ou au bras gauche de se lever, savonsnous la différence des phénomènes internes en vertu desquels s'opère l'un ou l'autre acte? A cet égard, l'idiot en sait autant que l'homme de génie! Dans le cerveau nous jouons, sans nous douter, en aucune fagon du comment, sur un admirable clavier, dont l'anatomie et le microscope n'ont su encore que bien imparfaitement Irouver les louches!
Ainsi , en un mol , dans les actes les plus immédiatement dépendants de notre vouloir, nous ne savons en réalité pas plus comment nous agissons, comment notre être pensant a prise sur son instrument, que dans les phénomènes organiques les plus indépendants en apparence de notre volonté. Ces derniers phénomènes ne sauraient donc à aucun titre être invoqués pour légitimer une dislinclion entre la cause des phénomènes organiques et la cause des phénomènes psychiques, entre la vie et l'âme.
Nous pouvons vouloir, non seulement sans savoir comment nous voulons, mais même sans savoir que nous voulons. Mais il y a bien plus : il se passe souvent en nous un phénomène psychique des plus frappants; il a été signalé pour la première fois, si je ne me trompe, el avec une admirable lucidité, par M. Guizol (Introduction à l'histoire de la civilisaiion); et cependant il est aussi ancien que la pensée; il nous frapperait par sa fréquence, si, en général, nous nous observions mieux nous-mêmes. Nous nous occupons d'une question abstraite; nous poursuivons un problème de hautes mathématiques, de métaphysique; nous cherchons une vérité quel-
«ils UNIVERS ANIMÉ.
corps de la [ilaiili; elle-inènie ne ressemble en ce sens, même de li'ès loin , à la rormation d'un cristal.
Lorsque nous étudierons les êtres vivants dans le temps, c'està-dire dans leur origine et dans leur succession , nous aurons à examiner dans quelles limites le plan primitif de l'organisalion de chacun d'eux peut élre modifié définitivement par les circonstances du milieu ambiant. Nous aurons à chercher dans quelles limites, chez l'être doué de raison, les actes de volilion latente sont modifiables par la volonté consciente d'elle-même : c'est dans ces limites que règ'ne la responsabilité de l'être de raison envers lui-même et envers les autres créatures. La science nous la montre immense.
Dans le présent, et en acceptant chaque être vivant tel (ju'il est , nous pouvons considérer l'organisme de cet être comme un instrument plus ou moins bien construit à l'aide des éléments du monde physique, sous la uirection plus ou moins libre d'un élément de nature transcendante. Ces deux plus ou moins doivent faire l'objet d'une discussion distincte et approfondie : ici nous ne devons nous occuper que des propriétés de l'élément animique considéré dans son actualité.
Ces propriétés, à un point de vue un peu superficie! il est vrai, peuvent se diviser en deux groupes ; les unes concernent tes rapports de l'élément animique avec les éléments de l'univers inanimé ; les autres concei'nent les rapports de cet élément avec lui- même. Les premières le font rentrer comme partie constituante dans l'ensemble de l'univers; les autres le placent en quelque sorte en dehors et au dessus du-monde sensible.
Accentuons d'abord les premières aussi fortement que possible. C'est en cherchant à en éluder la discussion , et parfois à les nier, que le spiritualisme a donné les plus fortes armes au matérialisme ; et en y regardant de près, on pourrait peutêtre l'accuser d'avoir ainsi créé cette doctrine si opposée.