LIVRE V, CHAPITRE II
puisons, c'est le caractère spécifique, électif, qui domine dans le phénomène physiologique. Parmi les alcalis vègélauK, par exemple, qui se ressemblent tant par leur composition chirnique, il n'en exisle peut-être pas deux qui exercent la même action ; chacun s'adresse à une partie spéciale du système nerveux, el lorsque deux d'entre eux agissent sur le même organe, ils y délerminent encore des perturbations très distinctes.
Le pourquoi de ces perturbations, de ces actions spécifiques et électives si singulières, qui vont quelquefois atteindre l'organe même à l'aide duquel nous pensons et le soustraire à notre puissance, ce pourquoi est encore un mystère. Suit-il de là cependant qu'à ce poiut de vue la médecine soit encore dans l'enfance; que quant aux propriétés de l'opium, comme exemple entre mille, elle en soit réduite au : i-quia est in illo virtus dormitiva)! du malade imaginaire? GeltfT assertion, qui semble aussi juste que plaisante à bien des personnes, ne témoigne plus guère que de l'ignorance de celles qui la puseot. La science a très bien déterminé quels sont les organes auxquels s'adresse tel agent; elle a montré que telle action, qu'on prenait pour le fait capital (le sommeil dû à l'opium par exemple), n'est que secondaire; elle a admirablement classé et divisé les phénomènes. A cet égard, la médecine (je ne dis pas tous les médecins) est certainement aussi avancée que la plupart des sciences de pure observation ; aussi avancée tjue la chimie entre autres, qui ne sait pas non plus le pourquoi des propriétés chimiques ; qui, d'après la composition d'un corps, d'après sa stucture, d'après son poids atomique etc. ne |jeut pas plus savoir, sans vérification ultérieure, quelles sont ses propriétés spécifiques, que le médecin ne peut, sans . vériûcalion directe, connaître l'action physiologique d'un poison.
Ce que l'étude de l'ensemble des phénomènes tend do plus en plus à faire l'essortir comme certain, c'est que les pro-
Htà UNIVERS ANIMÉ.
priétés physiologiques d'un corps et ses propriétés chimiques, physiques, mécaniques .... relèvent d'une seule et même raison, encore inconnue (peut-élre à jamais inconnue pour nous en ce monde), qui tient à Tessence même des choses. Mais ce qui devient de plus en plus clair aussi, c'est que rien au monde n'est plus distinct qu'un phénomène physiologique et un phénomène chimique, physique ou mécanique. Taodis que dans ce dernier il ne se manifeste en définitive que des modes particuliers d'attraction ou de répulsion, qui agissent suivant les lois mathématiques de l'équilibi^, dans le premier genre de phénomènes, au contraire, l'œil le moins attentif aperçoit l'intervention continue d'une puissance qui résislem phénomène, qui tend sans cesse à l'empêcher, et qui, lors- (|u'elle triomphe, se hâte de faire disparaître les vestiges mêmes de la lutte.
Cette résistâtnce est une des preuves, toutes phjfsiquesy Jes plus indéniables de l'existence d'un élément spécifique distinct, renfermant en son essence même les attributs de la vie et de l'âme : l'existence d'une unité animique, en un mot. Et les phénomènes physiologiques, que les écoles matérialistes ont tant fait valoir, pour appuyer leur négation fondamentale, sont précisément ceux qui, bien analysés, réduisent le plus victorieusement à néant cette négation.
Si de nos jours encore il existe tant de médecins qui nient Texisleuce de Télément animique ; si d'un autre côté ii se trouve tant de chimistes qui ont la prétention d'expliquer la vie à l'aide des seules lois de l'aflBnité, il ne faut en chercher la raison nulle part ailleurs que dans le morcellement de nos sciences naturelles.
Le médecin , qui en général a peu le temps d'étudier les sciences physiques, peut èlre facilement conduit à amplifier les attributs de la matière et des forces, et à déprécier les attributs delà vie, qu^il voit de ti^op près et trop exclusivement. Le chimiste de son coté, qui ne voit que de trop loin les phé-
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physiologiques, est amené nalurellement à les expliquer par une force qui, entre ses mains, donne lieu à tant de Iransformalions presque protéiques, dans les raanifeslatioiis de /a matière et de la force en général.
J'ai dit que rÉLÉMEiST vital ou animique est d'une nature Iranscendanle, c'est-à-dire qu'il n'est point soumis aux conditions finies du temps et de l'espace. Il suflit de démontrer celte seule assertion, pour asseoir le spiritualisme rationnel el eupérimental sur une base inébranlable ; et celle démonstralioii peut être produite sous la forme la plus élémentaire et la plus variée.
II. Nous savons que dans l'oi^anisme des êtres locomobiles, c'esl par l'intermédiaire de I'élément dynamique exclusivement que s'exerce l'action de la volonté sur les muscles. Les mouvements des membres, ou beaucoup plus généralement, les mouvements relatifs, volontaires ou involontaires, organes, ont lieu sous l'action de l'influx nerveux, c'està-dire du mouvement dynamique, dû à la rupture el au rétablissement de l'équilibre électrique entre deux parties dislinctes de l'organisme. Mais ce qui est vrai des mouvements relatifs des organes , l'est encore à un plus haut degré des rapports qui existent à chaque instant entre l'èlre vivant et le monde externe. Chez les êlres organisés doués d'un système uerveux distinct, il n'y a pas un seul de ces rapports qui ne soil établi, sous forme de sensation, à l'aide de l'appareil nerveux sensitif el par l'intermédiaire de l'élément dynamique. Nos sens ne sont autre chose que des appareils récepteurs et analyseurs, où un mouvemeni, soit dynamique, soil matériel, du dehors, vient se localiser d'une certaine façon délinie. Ainsi, dans cet admirable appareil d'optique qui constitue l'œil, les rayons lumineux envoyés dans lous les sens par les objets externes, lumineux par eux-mêmes on éclairés par un foyer spécial, sont triés, classés, analysés, uis localisés sur la rétine : ici le mouvement lumlnique, soit
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(lirectemeni, soil par suile d'une aclion chimique lemporairc, provoque un monvemeiiL électrique équivalent dans le nerf optique; et c'est en définitive ce dernier mouvement qui devient sensible à l'être vivant et lui procure la sensation de lumière avec les formes définies qu'a classées l'œil. Il en est de même des sens de l'ouïe, du tact, du goût, de l'odorat: blessez, lésez ou comprimez temporairement les filets nerveux relatifs, vous troublerez ou vous arrêterez l'inflnx nerveux, ie mouvement dynamique, qui s'y opère, et vous troublerez ou vous annulerez la sensation relative aussi.
Ici, i! est vrai, nous nous heurtons encore une fois contre les débris de la synthèse, prétendue grandiose, que nous avons eu à réfuter si longuement dans ce travail. Le flux nerveux, dit-on, n'est autre chose qu'un mouvement vibratoire de la matière même des nerfs, el l'on cite, à l'appui de cette assertion toute matérialisle, des expériences très récentes de quelques expérimentateurs éminents, qui prouveraient que la vitesse du flux nerveux serait à peine de 30 mètrespar seconde, ■l'ai déjà réduit à néant la valeur de celle assertion en ce qui concerne l'influx des nerfs moteurs. Quant à ce qui concerne l'influx des nerfs sensilifs. j'ai, dans un mémoire publié par la Société Linnéenne de Maine-et-Loire, réfuté en quelque sorte par anticipation, non seulement les conclusions tirées des expériences, très remarquables d'ailleurs, de quelques physiologistes modernes, mais même l'exactitude des nombres qu'on en avait déduits. En raison de l'importance du problème, j'ai ci'u devoir reproduire mon mémoire en entier sous forme d'addition à la fin de ce volume; je puis donc me permettre de n'en donner ici que les conclusions :
V La vitesse de l'influx nerveux est en tous cas de beauctyip supérieure à 30 mètrespar seconde.
2" Mais quand elle ne serait que de 30 mètres, il n'en résultait en aucune façon que cet influx n'est pas un phénomène électrique; car ce qu'on appelle si faussement la vitesse de