USUELLE
Les détails que j'ai donnés antérieurement sur ces pieds me dispensent d'entrer dans de nouvelles explications; je passe donc, sans m'y arrêter plus longuement, à l'examen des (juelques autres changements dont je n'ai point encore parié.
S 7. Des modificalions que subissent les pieds à la fin du vers pour marquer la pause.
Tout vers arabe est formé de deux hémistiches comprenant chacun le même nombre de pieds. Par exemple, le Tawii normal s'obtisnt en répétant deux fois par hémistiche les pieds (jjlyû et ^^^^JI^jL* :
lÈuR HiuiSTICHE.
PDEMIER HEMISTICaE.
' De même, ces quatre formes, placées devant un pied commençant par deux syllabes brèves ou par uae syllabe composée faiUe, changent la notation de leur syllabe lôn "^ " en la notation (ôâ — °.
cr. p. 77.
^( 145 )*H- Si les pieds se succédaient toujours ainsi dans un morceau de poésie, il est à observer que rien ne marquerait d'une façon bien tranchée la fin de chaque vers. L'oreille ne pourrait en juger qu'en comptant les séries régulières de pieds qui constituent les hémistiches : rien ne l'indiquerait matériellement. Les Arabes ont bien senti ce défaut; aussi voyons-nous qu'ils ont généralement pris soin, et cela dans tous leurs mètres, de modifier le dernier pied du vers de la manière la plus propre à faire entendre que deux séries de pieds sont terminées et qu'une nouvelle série va conMnencer '. Cette modification a pour analogue les rimes masculines de notre poésie moderne. On sait, en effet, que dans un couplet la carrure de la phrase musicale exige que les vers pairs se terminent par une rime masculine, laquelle, ayant une syllabe de moins que la rime féminine, permet à un silence équivalent à la durée d'une syllabe d'intervenir entre chaque groupe de deux vers. Qu'on chante l'air bien connu :
Au clair de la lune ,
Mon ami Pierrot,
Prêle-moi ta plume
Pour écrire un mot.
' On sait que, dans une pitce de poésie, le premier hémistiche du premier vers rime souvent avec le second hémistiche du même vers. Dans ce cas, le dernier pied du premier hémistiche est naturellement calqué «jr le dernier pied du second hémistiche, quelles que soient les modificalioas qu'il subisse; autrement les deuj hémistiches ne rimeraient pas. Dans quelques variétés, le dernier pied du premier hémistiche subit aussi une modification destinée à marquer la césure. On en verra des exemples un peu plus loin,
J. As,E.traitii°5. (1876.) 10
On s'apercevra qu'il se produit un silence après Pierrot et moi, silence qui vient remplacer le son sous lequel passent les syllabes ne et me de laite et plame. Or ce silence a précisément pour but d'indiquer la fin de la pbrase rhythmique , ou pause. Mais , au lieu d'employer un silence , on pourrait encore prolonger la voyelle finale de Pierrot et de mot, et chanter Pierro-ot, mo-ot. Cette prolongation du son o, opposée A l'émission de deux sons distincts moitié moins longs la-ne,pla-nte, marquerait tout aussi bien la pause que peut le faire un silence. Ces deux moyens sont employés par les poètes arabes. Tantôt , ils prolongent la dernière voyelle du pied, tantôt, mais plus rarement, ils retranchent la dernière syllabe du pied fisndamental et la remplacent par un silence. Très-souvent même, non contents de marquer la pause par la prolongation de la dernière voyelle, i\s substituent au pied final un pied équivalent, au milieu duquel apparaît une voyelle trèslongue, égale en durée à deux des syllabes du pied primitif, ou dans lequel un silence remplace l'une des syllabes faibles , ce qui a pour résultat de ralentir la voix sur le dernier pied du vers. Il est donc assez rare que les pieds (^yti, fjSufefJL», etc., et leurs variantes conservent leur forme à la fin du vers. Le plus souvent, la nunnation en est supprimée pour permettre à la voyelle précédente de s'allonger à la place du (j disparu '. La voyelle s'étend alors ad
' Telle esl la raison pour laquelle, à la fin <l'un vers, tout mol
— *^ 147 ).« — Ubitam, précisément de la même façon qu'en musique le son final d'un air. Pour représenter cet allongement ad Ubitam , j'adopterai le signe musical appelé point d'or^ae et dont voici !a figure ^. La fonne et la mesure des pieds fondamentaux et de leurs variantes sont donc ainsi modifiées, quand ils perdent la nunnation :