‹ Théorie nouvelle de la vieChapitre 2 sur 73 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Pcodanl les qualrc années qui se sont écoulâes depuis la publication de ce volume, j'ai pu appliquer aux questions lës plus diverses de la biologie

;énéi'ale les principes tirés en 1896 de l'étude des seuls Êtres unicellulaires. Cela n'était pas inutile; les phénomènes biologiques sont si nombreux qu'il est impossible, lorsque l'on veut établir une loi générale, de tenir compte, à la fois, de tous les faits acquis à la science; il faut se contenter, comme point de déi)art, d'un petit nombre d'observations, les plus simples et les plus sûres qui existent. Mais alors, il n'est pas certain à priori que les lois déduites de ce nombre restreint d'observations sont gùni-rak's; on s'en assure par des vérilications ultérieures et l'on ne saurait aflimicr ou toulcrigueur la généralité d'une loi biologique, avant d'avoir constaté qu'elle s'applique h. tous les Êtres vivants dans tous les cas. Dans la pratique, il suffit I de vérifier que la loi est d'accord avec un grond

lorabre de faits, surtout avec des fails d'un autre

ordre que ceux qui ont servi de point de départ.

Je me suis assuré, [lar un très grand nomlno

de moyens diflùrciils, de la géiicralilé absolue des principes 6lablis dans cet ouvrage ; bien plus, par de simples déductions logiques, j'ai pu arriver & prévoir des faits connus 1res différents do ceux qui m'avaieut servi tout d'abord à Établir ces lois générales. Je me crois donc en mesure d'afOriner aujourd'hui, avec plus d'autorité, ce que j'affirmais déjà il y a quatre ans.

De ce travail de vérification j'ai tiré un autre avanlage; j'ai pu serrer les faits de plus près et préciser, par une série d'approximations successives, certains points que j'avais laissés priniitivenient dans le vague. Je me suis convaincu i ainsi que Loulcs les grandes lois biologiques, toutes ,' celles qui s'appliquent à l'ensemble des êtres vivants, peuvent être découvertes par la méthode déductive, en prenant uniquement comme point de départ l'assimilation des plastidcs à la cunrUtion n" 1 et leur deairuclion à la condition n" ?. Tous j les phénomènes vitaux, quels qu'ils soient, se I ramènent à une succession ou à une superposition de ces deux conditions n'' 1 et n" 2.

La loi la plus audacieuse de cet ouvrage, celle de iiisshnilation fonctiuniirllv m'a valu de nombreuses critiques dont aucune ne m'a semblé résister à un examen sérieux ; d'ailleurs, celte loi que, dans le présent volume, j'avais pour ainsi dire énonci^e itembiée en montrant que la t/fti/ruclion. foiiclionnt-lle, admise par tous, n'était basée sur rien, j'ai trouvé le moyen do la découvrir par la métJiode déductive, en appliquant simplement aux éléments cellulaires de l'organisme la sélection naturelle de

.WANT-Piini'Oi

Darwin (') ; je ne crois pas que l'on puisse songer à critiquer encore une loi établie de celle manière, surtout si l'on veut bien se rendre comple que la loi opposée de la deslriiclioit fonctionnelle provient uniquement d'une comparaison fautive enlre l'organisme animal et les machines industrielles qui s'usent en fonctionnant.

Dans une série de livres publiés depuis i89G, j'ai développé un certain nombre de questions de biologie générale que j'avais à peine indiquées dans la Théorie nouvelle de la Vie. J'ai consacré à l'étude des épiphénomènes de conscience un petit volume de la bîbliothfique de pbilosopliic contemporaine [Le Déterminisme biulogique et la personnalité consciente. Alcan, 1897). La qucsiion si importante de \ Hérédité, je l'ai traitée en clôlail dans un volume de la bibliothèque scienlilique internationale {Évolution individuelle et hérédité. Âlcan, 1898] que j'ai complété depuis par une élude plus spéciale de k Sexualité (-).

J'ai développé dans Vlndividualilé (Bibl. de phil. contemporaine) la théorie de la vieillesse déjà exposée ici el dans laquelle j'allribui; In. fatalité du vieillissement à une accumulation progressive de substances cxcrémentitielles solides dans les tissus. Depuis celle époque, M. MetclniikoIT a émis l'hypolbése que les phagocytes interviennent dans la destruction dos éléments ccllu-

(*) La sexualilé. 1 vol. du la colli'clion Sciciilia. Carré (

laires séncscents, mais, quoi que l'on penso de celle hypothèse, on n'y trouvera certainemenl aucune contradiction avec ma Ihéorie de la vieillesse, puisque, ce sont seulement les élémenls séncscents qui, d'après M. Metchnikoff, sont dévorés par les phagocytes et que ma théorie explique conimcnl les éléments deviennent sénescents.

Dans un autre petit volume de la bibliothèque (le philosopliie contemporaine {Lamarckicns et Darwiniens), j'ai étudié la formation des espèces vivantes et j'ai essayé de mettre d'accord les deux écoles biologiques antagonistes en montrant que les principes de Lamarck sont une conséquence de tassimi/alion fonctionnelle , qui résulte ellc-mômc de l'application aux éléments des tissus du principe de Darwin.

Tous ces ouvrages plus récents ont été construits pai' la même méthode que la Théorie nouvelle de la Vie ; je reste convaincu que celte mélhode déduclive esl à la fois extrêmement scienliOquc et éminemment féconde.

Félix LE DANÏEC.

Pari!i,)uillet IdUi).

LA VIE

Nul n'esL nbsolanieiit indifTér.înt aux quesitinn^i que aoiilcvo roiuitd de la vie ; cliacun a sur ce sujet des idées plus ou moins arrêlêes; chacun a essaya avec plus ou moins de persévérance de se conformer au précepte du philosophe : Connais-toi loi-même. Il y a là un impérieux besoin de comprendre auquel personne oe peut se dérober et, pour satisfaire ce besoin, ceux qui n'ont pas le temps de se livrer à de longues méditations ont dû adopter une doctrine toute faite qui leurpanlt surfisante. Une telle doctrine, naturellement la plus simple en apparence, a prévalu si universellement qu'elle se trouve aujourd'hui dans le langage et que nous ne pouvons plus parler sans nous y conformer : ■ Un chien est un corps doué de vie; un cadavra de chien est un corps privé de vie; unchien qui meurt perd ia vie. La vie est quelque chose qui agit au moyen de la matière et qui, néanmoins, n'en dépend pas. »

Cela admis, il est très facile de s'exprimer; on se comprend suffisamment, ou, du moins, on le croit; l'esprit est satisfait.

Aulrefoîs, lea combustions, la flamme, étonnaient beaucoup. Près d'un siècle avant la découverte de l'oxygène, Stahl imagina un principe insaisissable, le

3 TlIKOmu NOLVtLT.i; DE L\ VIK

phlogislique, dont il supposa que les corps uombusliljles étaieot plus ou moins chargés. Toutes les Ibis que le phlogistiquc se dégageait d'un corps, il y avait cornbvnion et le coi'ps cessait d'être combuslible ; absorbé au contraire par un corps qui en était dépourvu préalablement, le phlogislique le rendait capable de brûler.

Ignorant !a nature du phénomène de la combustion, ayant tiré de ce phénomène même le mot « phlogistiquc », Stahl ne pouvait définir la combustion que par le phlogiatique, le phlogislique que par la combustion; c'était un cercle vicieux. L'impossibilité d'une définition le prouvait, la question n'avait pas fait un pas avec la docirine de Stahl qui régna cependant sur la science jusqu'à Lavoisier. Le mot phlogistiquc était entré dans te langage scientifique; Userait peut-être encore aujourd'hui dans le langage vulgaire, malgré la découverte de l'oxygène, s'il avait eu plus de temps pour s'y répandre avant que la chimie fût établie sur des bases inébranlables par une expérience simple et précise.

Phlogistiquc était un mot savant et les mots créés par les hommes de science pénétrent dinicilement dans le domaine public; mais la doctrine de Slahl aurait pu naître vingt ou trente siècles plus lût; nos ancêtres auraient pu, sans grand effort d'imnginulion, diviser les corps encombustil>les et incombustibles comme ils les ont divisés en vivants et bruts. Or, les corps combustibles perdent en brûlant la propriété de pouvoir brûler, le phlogislique si vous voulez ; il y a par conséquent en eus quelque chose de plus que dans les corps incombustibles, savoir, précisément, cette propriété debrfiler, ce phlogistiquc.

Voilà donc une conception, simple en apparence, de la combustion, qui eût pu s« présenter de bonne heure à l'esprit des hommes ; mais alors, des termes seraient nés pour l'exprimer et il y aurait aujourd'hui dans chaque langue humaine, nn mot équivolent à phlogislique. Bien plus, les autres termes décrivant le phénomène de la combustion aîuMient peut-i^lre disparu: dps

WTHODUCTION 3

dérivés du mot correspondant à phlogisttque auraient remplacé les mois plus anoleas qui avaient l'iucouvi!:oieQt (?) de raconter le pliénoinùue sans l'inteL-prùtcr '. On n'aurait pas conservé le moyen de s'exprimer au sujet de la coaibustion sans admettre le principe impondérable de Stahl, et Lavoisicr, détruisaut par aon immortelle découverte une doctrine erronée aurait dû, de toute aéce&sité, exposer ainsi le résultat de ses expériences : La déphlogisti cation d'un corps phlogistiquè donne lieu à une augmentation de poids .

Aujourd'hui, la chimie existe, l'hypothèse de Slahl nous semble absurbe ; avant Lavoisier nous eussions peut-être discute gravement la nature du principe de la llamme ; nous noue serions demandé s'il réside à la surface ou à l'intérieur des corps, nous aurions essayé de le délinir, et un sage se serait trouvé là pour nous dira : ( Il n'y a pas de définition des choses naturelles. > (Claude Bernard.)

Eh bien, tout ce que je viens de supposer à propos du phlogistiquè s'est passé exactement pour la vie et la mort.

Observons un poisson dans l'eau d'un bocal ; nous constatons qu'il se meut et qu'il mange; tirons-le du bocal et laissons-le quelque temps à l'air libre ; il perdra bientôt la faculté de se mouvoir et de mangei', même si nous le replaçons dans l'eau du bocal. £yi apparence pourtant il n'aura pas diangé ; il aura été ai peu modiûé extérieurement que nous nous demandons souvent eu voyant un poisson immobUe, -i son immobilité est momentanée ou dd&nilive. Et cependant, malgré celte similitude qui parait absolue, il y a une diUcrence capitale entre le poisson avant l'émersion et le poisson après l'émersion. L'un d'eux était capable de se mouvoir et de manger, l'autre ne l'est plus ; il y

(1) Nous verrons au contraire qu'il est absolmnant nécessaire d'avoir dans les sciences naturelles une langue qui permette de s'eiprimercIairemEnl, de décrire, suitïWe/i înterpivtei; ii ca.asE de lavaleurmanifesliiment pruvisoirede tous les essais d'explication.

4 TnÊOBlE NOUVELLE DE LA VIK

avait rfoTicdaus le premier quelque chose de plus que dans le secoud, la propriété de se mouvoir el de manger. C'est une conceplion aussi simple que celle du plilogistique, plus naturelle même & cause de la similitude en apparence absolue des deux corpa comparés ; aussi s'est-elie de bonne heure présentée à l'esprit des hommes.

Ya-t-il rien qui ressemble plus à un poisson qu'un cadavre de poisson? Un crapaud, au contraire, n'en (ii(]ere-t-il pas heaucoup? Et un chien donc, et un homme? Or la vie, qui anime également le poisson, le crapaud, le chien et l'homme, manque dans le cadavre 1 du poisson. Ce qui se manifeste dans des corps si dilTérents et qui manque dans l'image Adèle de l'un quelconque d'entre eux est donc (?) bien quelque chose rjui I Bgil au moyen de la matière et qui, néanmoins, n'en dépend pas.

C'est pourquoi nos ancêtres ont naturellement ima- I niné un principe spécial commun, la vie. qui existe , I chez tous les Êtres doués de vie, leur est enlevé quand ils ) I perdent la vie et manque à tous les corps bruts. '

l Aujourd'hui, l'expression équivalente existe dans ' toutes le.'i langues; nous l'employons couramment dès notre jeune âge, et, quelle que soit l'idée que nous nous fassions de la vie, que noua la considérions comme un principe impondérable, comme un étal vibratoire... etc., voire même comme le résullatd'un arrangement de parties, nous n'en admettons pas moins, a priori, qu'il y a quelque chose de commun k tous les corps vivants et dont les corps bruts sont dépourvus, de même que, dans la doctrine de Stahl, le phlogistique était commun à tous les corps combustibles.

La vie est dans notre langage à tous, comme je supposais tout à l'heure que le phlogistique aurait pu y être; auaaidiscutons-nous sur sa nature,son siège... etc.; nous en cherchons des définitions et nous n'en trouvons " gue-d." insuffisantes ; Claude Bernard nous défend d'en, chercher.

: », toutes leslangiics est l'opposé : ■ Il est de séparer ces deux , ce qui est mort a

INTROnUCTlOW

En même temps que le mol " vie !

poEsèilenl le mot » mort » qui en impossible, dit Claude Bernard, idées ; ce qui est vivanl mourra vécu. ■

Certes, nous nous entendons suffisamment quand nous disons qu'un animal est mort; cetLe expression, nous apprend la fin d'un ensemble de phénomènes dont nous avons pu être témoins. Nous disons de même indifféremment i cet animal a perdu la vie, la vie s'est retirée de lui... etc.

Mais, ne s'en tendait-on pas également, quand on disait qu'un corps avait perdu son phlogistique? On savait fort bien quel phénomène désignait celte expression, et que, ce phénomène, le corps en question ne pouvait plus y donner lieu ; il n'y avait aucune obscurité dans le langage ; et cependant, nous le savons tous aujourd'hui, cette expression même impliquait une iiilerprétalion absurde de la manifestation qu'elle désignait, l'idée erronée de la présence d'un principe commun dans tous les corps combustibles. Combien est préférable, au point de vue scientifique, une langue qui permet de raconter les faits sans les interpréter inévitablement par cela même qu'on les raconte ! * Les explications ont une valeur manifestement provisoire, aucune d'elles ne pouvant dépasser légitimement les connaissances scientifiques de l'époque oii elles sont tentées (Giard). — Il y a donc un grand danger à introduire une explication dans la langue courante, de manière & empêcher qu'on puisse s'exprimer sans y avoir recours. Or cela a été Hiitde tout temps; les langues d'une époque sont un produit de toutes les ^^pÔ(jues précédentes; eUes pontiennent l'héritage de ■ -'Toutes les hypothèses, de toutes les doctrines des âges, antérieurs. La manière dont elles décrivent beaucoup de faits naturels se ressent de ces hypothèses et de ces doclrines dont nous acceptons une'grande part, rien qu'en apprenant à parler. Il faut donc se déCer du lan- '.

6 TllfiOmU NOUVELLE DE H \1E

g-afîe, il faut se délier surtout des expressions que ron déclare iiidêilriissables.

H Pascal, dans ses réOexionssurla géométrie, parlant de la RiéLhode scientifique par excellence, dit qu'elle exigerait de n'employer aucun terme dont on n'eùl préalablement expliqué le sens : elle consisterait & tout définir et à lont prouver.

■ Mais il f&it immédiatement remarquer que cela est impossible. Les vraies défini ti<ms ne sont en réalité, ditil, que des définitions de novis, c'est-à-dire, l'imposition d'un nom à des objets créés par l'esprit dans le but d'abré^r I« discours.

i II n'y a pas de définition des choses que l'esprit n'a pas créées el qu'il n'enferme pas tout entières ; il n'y a pas, en un mot, de définition des ciioses nahirelles'. »

Certes, pour parler clairement d'un clieval, nous n'avons qu'à le désigner par le mol cheval, et tous ceux qui ont vu un cheval nous comprendront; mais nous pouvons aussi décrire le cheval d'une manière assee précise pour que, muni de cette description, un homme reconnaisse un cheval sans eu avoir vu ; nous pouvons faire cette description au moyen de certains mots de la langue qui serviront de même à décrire un rat, un crapaud, un ver de terre. De même, pour rendre compte d'un phénomène complexe, nous pouvons employer des expressions qui se rapportent à des phénomènes simples, et les mômes expressions nous permettront de décrire un grand nombre da phénomènes complexes. II nous est impossible de donner à uu daitonieu l'idée de la sensation que nous procure la lumière rouge du spectre; nous pouvons lui définir celle lumière rouge au moyen de certaines propriétés physiques, longueur d'onde, i-éfrangibilité, etc., de telle manière qu'avec des instruments de mesure convenables, il sache ta recoiiunilre partout et toujours. Et, sans employer un mol de plus,

INritOBTICTlON 7

no«5 lui définirons de même to-ntea les antres couleurs du spectre, sans qu'il y ait d'erreur possible.

Il y a des nolioiis primitives qu'on ne peut pas déû- HÎr ; « on les emploie sans cnnJ'usion dans le discours, parce que les hommes en ont une intelligence suffisante et une idée assez claire pour ne pas se Iramper sur la chose désignée, si obscure que puisse être l'idée de cette ^liose considérée dans son essence. Cela vient, dit encore Pascal, de ce que la nature a donné à tous les hommes les mêmes idées primitives sur ces choses primitives... C'est pourquoi, conclut Claude Bernard, il n'y a pas à définir la vie en physiologie. ■

Ce raisonnement serait parfaitement juste s'il n'admettait a priori que la vie est iiri'cLsômeiit une notion de cet -ordre comme l'espace, le temps... etc. Il ne faut renoncer à définir une expresaion. qu'après avoÏT reconnu deux choses : i" que cette expression est parfaitement précise, ne B'applir[ue jamais ijue dans une acception parfaitement déterminée et n'implique en aucune façon une interprétation de ce qu'elle désigne, car s'il y a interprétation, on a toujours le devoir de se défier; 2° qu'il est impossible de la remplacer paT une description complète n'empruntant en rien le secours de l'idée même que représente l'expression à définir Il sera doue nécessaire de voir si le mot « vie » remplit ces deux conditions.

Dans toutes les langues actuelles, \a-mort est la cessation de la vie, pour un chien comme pour un ver de terre, ce qui laisse â entendre qu'il y a la même différence, d'une part entre un chien et un cadavre de chien, d'autre part entre un ver et un cadavre de ver; autrement dit, la vie, principe unique, revêt des formes

(1) C'est le défaut de la dèCniLion dont se moque Pascal : lumiËre esl uu luauveniËDt lumÎDaire des corpg luinmeui aussi des dâilnitlons de la vie qui, oomme celle de Btcbat ;

e-est l'ensemble des ronclions qui résistent à la mort» emploient!

îïpression mort q\i\ provient de ridée de vie.

*^ TBÉOUIE NOOELLE DE t\ VIE

<ii verbes dans des corps divers. Biohat. Claude Bernard, etc., parient de la vie d'une façon générale: je ne sache pah que, pour essayer de déûnir la vie. on ait jamais fait mention de l'animal spécial qu'on avait en vue. Des hommes de génie, comme ceux dont je viens de citer les noms, ont donc admis implicitement, a priori^ Tidentité de phénomènes que nous n'avons aucune raison scientifique d'affirmer être identiques, et cela est le résultat de Temploi pur et simple du langage courant.

L'unité des mots vie et mort, dans la lansue. est Texpresriion d'une doctrine ; on n'a pas le droit de nous d'.'fendre d'essayer de les définir puisque, d'une part, ces mots s'appliquent dans un grand nombre d'acceptions peut-être différentes (homme, chien, ver de terre, oursin, hydre, bactérie, champignon, etc. , et que, d'autre part, ilsdonnent des phénomènes qu'ils désignent une interprétation implicite, l'interprétation vitaliste.

Claude Bernard trouve que les mots vie et mort sont assez clairs. N'est-il pas plus vrai de dire qu'il est impossible de les définir parce qu'ils sont trop vagues ? La preuve qu'il y a obscurité dans leur emploi, c'est que bien des gens s'en servent pour décrire des phénomènes tout différents de ceux auxquels ils sont généralement appliqués. J'ai entendu récemment un géologue distingué diviser, sérieusement, les minéraux en roches vivantes — celles qui sont susceptibles de changer de structure, d'évoluer, sous l'influence des causes atmosphériques, — et roches mortes — celles qui, comme l'argile, ont trouvé à la fin de tous ces changements le repos définitif !

Et dans combien d'autres expressions de la langue courante reviennent à chaque instant la vie et la mort? Le feu qui s'éteint meurt; une pièce de théâtre dont l'action languit manque de vie^ d'ajiimalion, etc., etc. Il est vrai que, dans la plupart des cas, ces expressions proviennent uniquement de comparaisons permises, mais elles contribuent à entretenir et à augmenter la confusion.

Il est donc bien nécessaire de dëHnir la vie el la mort U'un animal en biologie ; j'essaierai de montrer qm; cela esl possible dans l'état actuel de ia science; mais, comme je l'ai fait remarquer précédemment, il sera nécessaire, au moins au début, de s'occuper de la vie et de la mort d'un être déterminé ; on n'aura le droit de parler de la vie et de la mort en général qu'après s'Être rendu compte de la possibilité de leur définition i/énérale, c'est-à-dire d'une dêfinitiou de la vie ut de la moi't commune à tous les animaux et à tous les végétaux. Un simple raisonnement va nous prouver qu'il est logique, à ce point de vue, de diviser d'emblée loua les êtres en deux grandes catégories.

Nous savons, depuis longtemps déjà, qu'un un cbien, un cbêne, sont constitués par un nombre extrêmement grand de petites masses de substance gélatineuse muuics' d'un noyau et quelquefois d'une membrane d'enveloppe '.

Ces petites masses sont encore souvent aujourd'bui appelées cellules, parce qu'au début ou a vu leur paroi seulement dans les tissus végétaux sans remarquer leur contenu ; il vaut mieux les appeler /iias/i'rfes parce que le mot cellule s'applique mal aux éléments anatomiques

TTôùs savons aussi que de petites masses de substance gélatineuse munies d'un noyau, des plastides nucléés, peuvent exister isolément et manifester isolément des phénomènes que nous appelons vitaux, mais qui ne, sont pas comparables comme complexité à ceux qi mauifestcun homme. On les appelle êtres unicelliilaires\ ou monoplaslidairea ; ce sont les Protozoaires et les] Prolophyles-

La vie d'un homme est la résultante des activités synergiques Je milliards, de plastides, comme l'activité d'un plaatide est la résultante des re'acliuns de milliards

(I) Voyez plus bas, chapitre premier, .'•Inrfhire.

tu TTlÉOniE SOLTELI.E DE LA VIE

tl'&tomea. L'erreur anlhropomorphique consiste k ne pas ïaire cette distinclion entre deux phéurainènes de complexité si différente ; elle provient naturellement de l'&busqu'il y a à appeler du mÈme nom € vie • l'aclivitéiâe l'homme et celle du plaslide. L'homme est au «rvoins aussi tumplique par rapport au piasLïde que le j^lastide Ve^t lui même par rapport aux atomes qui le l'o nslitnent Smlement nous savons bien mieux comjtient l'homme est eon'ïtilue an rnnyen de plastides, que itou9 ne sa\ons actuelle mien t comment le ptastide est conslitué au mo\cri d at:>mes

Voici une comparaison un peu grossière, il est vrai, mais qui peut ncanmoms montrer le danger de l'abus de mots dont je viens de parler ' .

Considérons le fonctionnement d'une machine à tisser. Celte machine se compose d'uu nombre de pièces très grand, mais infiniment petit si on le compare au nombre colossal des plastides du corps d'ua homme. 11 y a coordination parfaite des actions de toutes les pièces et la résultante de toutes les activités éléiaerataires cs^t l'opération dti [insnffe. Toutes les pièces ont un mouvement de même origine, provenant d'un même moteur; la machine tc«t entière est naturelliement mue par le moteur qui donne le mouvement 4 toutes ses pièces. De même, l'activité de l'homme cart entretenue par les réactions physico-chimiques qui déterminent l'activité do ses divers plastides.

Quand nous disons que l'homme vit et que ses plastides vivent, il n'y a pas de mal si nous considérons uniquemen t co mme ^jie^» rensemble des réactions d'un plastide. C'est comm« si bous disions que la ma-

(I) L'inconvénient c!e celle comparaison provient suriout de l'abaenee, dans une siacihine à lisser, de ce que liiixley appelle • l'unité de slrocture ■ ; mais, en réalilÈ, les divers ptaïtidca du corps bamftin booI bien aasà dlffirenta que îles pièces d'une muchine à tisser; elles ont seulement en commun les maniteslalions de la vie étBnTHînïïiîë, cBiffmB" les pl6ce9 de la machine Tlisser ont en commun le mouvement prorenant d'un moieur

IMBODUCTION 111

nomb re de plasiitles coorilouin^s et diiïérenciés, c'esl-àdire d^un protozoaire et d'un mélazoaire. Nous sommes trop habitués à uppliquer le mol vie à l'homme ci aux animaux supérieurs pour songer à le remplacer par un autre; c'est donc pour les plastidea qu'il faut employer une expression nouvelle; j'ai proposé' d'appeler • tt'e ètémenlaire > ce que l'on a l'habitude d'appeler la « L'i e •• li'uii plastide, quoique cette expression ait l'inconvénient de trop ressembler à celle qu'on em- IITciîe~pour les êtres sup^riiiurs,^'^ ' Wôus dirons ainsi que la « vie d'vn homme », la ■ vie cFun chien », la « m'a d'un poulpe », sont les résultats de la coordination de milliards de • vies élémentaires * ; nous ne nous étonnerons pas de savoir qu'un chien peutetre privé de « vie » alorsque la ■ vie élémentaire > de ses plaslides a continué ; nous ne serons pas tentés de rechercher dans un plastide pourini de « vie élémentaire 1 les maiiireslations compliquées que nous observons chez les êtres supérieurs pourvus de « vie », etc. 11 sera donc logique de nous proposer d'abord l'étude de la r vie élémentaire i et d'en rechercher une définition précise avant d'aborder la vie dea êtres supérieurs; c'est la marche que je suivrai dans cet ouvrage, mais il est nécessaire auparavant que j'insiste sur une conséquence particulièrement nuisible de l'eri-eur anthropomorphique, à laquelle j'ai déjft Tait plus haut une légère allusion.

L'homme est doué de conscience ; chacun de nous en est assuré pour lui-même et l'admet par analogie pour ses semblables. Due analogie un peu plus lointaine nous

(1) U malifere vivante. Encyclopédie des aide-mémoire Uaiité. Pari9, ISU!}.

(!) Un autre inconvénknt de celte expression est qu'il Taudrail employer toujours le verbe complexe : ■ vivre ëlémentairement ■ pour désigner l'ensemble des actes qui conatituent la vie éièmenlaîre ; j'emploierai donc le veilie vivre et ses dérivés ; il luflil de s'entendre une fois pour toutes.

li TUÉOHIl': NOUVELLE DE LA VIE

fait eroire aussi que les chiens, les rats, les oiseaux n'en sont pas dépourvus, mais rien ae nous permet de l'aflirmer puisque nous savous que <leB opèralious emuparables de tout poiut k celles qu'ils exécutent, peuvent s'effectuer chez nous avec ou sans couseienee, A plus forto raisou n'avoae-uous pas le droit de dii-e qu'elle esiale chez des êtres de plus ea plus dilTcrcnts, les insectes, les vers, les onrsins, les hydres, les protozoaires surtout et les plantes. Max Verworu cousîdêre comme absolujueut certain que tous les processus sont inconscients chez les protozoaires : Luigl Luciaoi croit exactement le contraire. Ces deux savants poui-rnut discuter toute leur vie sans s'accorder ; nous n'avons aucune raison d'adopter la conviction de l'un plutôt que celle de l'autre ; aucune expérience ne peut décider entre eux.

J'observe au microscope les évolutions d'un protozoaire. Je le vois se déplacer, sans se uindifier. dans une eau limpide et tranquille. Je pense donc, naturellement, que son mouvement est spontané et, inï'Lini:!!vement, je le compare à des mouvements que j'ai l'habitude de considérer comme tels, celui d'un poisson, d'une grenouille, d'un ehîen, d'un hommt enGu. De cette simple comparaison, je conclus par une induction irraisonnée à l'existence, dans ce protozoaire, de tout ce que je sais exister dans l'homme ; la spontanéité du mouvement n'appartieni à l'iumme qu- s'il est vivant; la vie s'accompagne de couscionce ; vriila donc mou protozoaire vivant et conscient.

Une étude plus attentive, l'expérience venant au secnui-s de l'observation, me montrent que je me suis trompé, la spontanéité du mouvement n'est qu'apparrente ; ce liquide n'est pas homogène comme il le semble ; ce protozoaire ne reste pas indemne comme je l'avais cru d'abord ; sa substance est le siège de moditîcations chimiques incessantes et réagit constamment avec le milieu dans lequel elle baigne. Je puis arrêter le mouvement eu supprimant l'un des éléments du

milien, je puis modifier sa direclion si j'iotroiluis en tel point de la préparatioQ une faible quantité de telle i substance nouvelle ; ce mouvement n'est donc pas spon- \ tané. Seulement, j'ai eu l'iliuaion de sa spontanéité i par ce que toutes ces réactions, qui produisaient les 1 dépiacemenis dont j'étttis témoin', se passaient 'entre des liquides et des gaz incolores ; je ne pouvais voir qo'un seul des phénomènes, le mouvement, je croyais donc naturel leme ut qu'il se produisait seul. Maintenant, Je sais qae c'était une illusion, mais il e&t trop tard; le protozoaire est déjà doué de coBsciecee dans mon esprit et quand je vois qu'il est attiré par certaines substances expérimentalement introduites dans la préparation, je me dis que ces substances lui plaisent. Est-ill repoussé par d'autres subsUncea ? c'est qu'il les redoute. Ainsi les manisfestations des propriétés chimi-i ques de la substance de ce protoKoaîre deviennent,] pour moi, celles de ses goûts et de sea sentiments.

Il ne suiiit pas à la vérité, qu'un corps su meuve avec uoe spontanéité apparente pour que nous le croyions doué de vie ; nous ne considérons pas comme vivantes les particnles solides animées du mouvement brownien. D'autres caractères plus importants et plus constants nous font distinguer les êtres vivants des corps bruts, mais c'est certainement cette spontanéité apparente du mouvement des êtres qui fait naître an nous l'idée de leur conscience.

C'est, en efl'et, par le mouvement seul, qu'un homme peut manifester la sienne (autant que la conscience peut se manifester'), c'est pour cela que: l'absence du mouvement apparent chez les végétaux nous porte généralement â croire qu'ils n'éprouvent aucune sensatioa; Linné l'afHrmait: « Vegetalia sunt et crescuni : animalia sunt, crescuni et senliunt. >

(Ij Voyez chapitre u: Moucetnenf, Chirtiiotaxit.

(2) Nous crojoEs eénéralement qu'un homme sent ce qu'il noua dit Éprouver, mnis il pouirait nous dire la tabats chose, par les mûmes rùRexes, sans être doué de conscienee. (Voir p. 3!0.)

Somme toute, il eal liieii ditTicile aujourd'hui de fain; accepter à la plupart des gens, qu'il ne faille pas coosidérer comme inséparables l'idée de vie et l'idée de conscience, et Claude Bernard, considérant comnie impossible la définition de la vie, ne devrait pansu moios la considérer comme inutile: c Lorsqu'on parle de la vie on se comprend à ee sujet sans difficulté et c'est assez pourjuslifier l'emploi du terme d'une manière exempte d'équivoques, m 11 y a équivoque, puisque tout le monde ne considère pas les mÉmes propriétés comme des attributs de la vie. Pour iljpckel, la vie au sens larye (?) n'est autre chose que la conscience, la seusibililc, et il en conclut que tout est vivant, que les alomes sont vivants, parue qu'il admet qu'ils sont conscients, Voilà donc un mot qui devrait être précis, ie mot vivant, dépourvu de sens depuis qu'il s'applique à tout.

En réalité tout ce que nous savons, c'est que l'hnnime ç^i.conscieiiL; si, sous ce seul prétexte, nous considérons la cons cience c'ctonie un attribut de la vie, avons-nous rgEllftiiient le droit de considérer comme vivants les oiseaux, Jca poissons, les vers de terre? llien ne le prouve el nous nous payons de mois. L'humme est vivant et il est conscient; les oiseaux, les poissons, etc., ont quelques caractères communs avec lui, aussi nous disons qu'ils sont vivants, et nous en concluons (I) qu'ils sont conscients. Nous ne pouvons pas savoir si ces animaux sont conscients, c'est de LouLe impossibilité. Uieckel admet que les atomes, eux-mêmes, le sont! c't'.-l son affaire, personne n'a le droit de le contredire; mais quand il pari de ce postulatum pour dire qu'ils sont vivants au sens large, nous avons le droit de lui reprocher d'abuser des mots.

Je sais distinguer un chien mort d'un chien vivant ; â ce point de vue au moins, le mol vivant a une sigtitDcation précise. Eh bien, gour que te mot vie ait une raison d'élre, il faut qu'il représente quelque chose de commun à tous les êtres vivants et qui manque aux îdrpB môrls, aux corps bruis. Si ou me pai'le de la vie

1NTFOFILT,T10H

des pierres je demande qa'on supprime le mol vie, ou du moins qu'on ne s'en serve plus pour distinguer l'animal du cadavre de l'animal; il faudrait donc en créer un autre? Il vaut mieux s'en tenir à celui qui existe ei ne pas l'employer en dehors des cas auxquels il s'ap plique.

Cela admis, noua employons le même mot « être vivan t > pour désigner un très grand nombre de corps que nous séparons ainsi des autres corps de la nature; il y a donc quelque chose de commun à tous ces < êtres "Ttfanls • et qui manque ailleurs. Ce quelque chose de commun est a^sez précis pour que, quelquefois tout de suite, quelquefois au bout d'une observation assez longue seulement, nous puissions affinnei' que tel objet est un être vivant, que tel autre ne l'est pas, La question de conscience intervient- elle dans cette discrimination ? Evidemment non; nous pourrions regarder un objet, des années entières, sans arriver à savoir s'il est doué ou dépourvu de conscience. Il faut doue qu'il y ait un caractère positif, tangible, commun à tous les êtres vivants; recherchons ce caractère sans noua préoccuper de savoir si les corps qu'il détermine sont conscients ou non; ensuite, quand nous saurons dire d'une manière précise ce que sont les êtres vivants, nous pourrons admettre, si nous voulons, qu'ils sont doués de conscience; cela dépendra uniquement des goûts de chacun, et ne peut s'affirmer que pour l'homme. Ilœckel accorde la conscience â toupies corps de la nature et je pense que personne ne songe à l'en Ijltkiner',

Encore faut-il bien spécifier que le mot conscience

s'entend ici dans le sens restreint qui est son véritable

sens. Comme il est souvent, dans le langage courant,

mployé pour désigner toute autre chose, j'aurais pré-

"^ férti le mot sensibilité ; mais les physiologistes n'ont pas

^raîni de se servir de ce mot dans des acceptions rela-

18 TiiKoniB fioi'vicLLi; niî la vie

lives à de simples mécanismes au moyen desquels complissent des phénomènes qu'accompagne quelquefois chcï l'homme la perception psychique; il y a en physiologie une sensibilité' inconsciente et une sensibilité insensible (I); n'importe que! néologisme n'eût^it pas étÈ préférable à ces expressions paradoxales?

Tenons-nous-en donc au mot conscience, a condition qu'on ne comprendra pas dans cette expression l'ensemble des phénomènes qui se passent en nous et dont nous avons conscience, mais seulement le fait que nous en avons conscience. Il peut paraître puéril d'insisler autant sur ce mot; je vais donner un exemple qui prouve que ce n'est pas inutile.

Nous avons conscience de notre mémoire ; mais, la mémoire est une particularité histologique fort complexe qui existe, en tant que particularité histologique, eu dehors de toute conscience, et peut même se nianil'esler par des phénomènes physiologiques absolument inconscients; tels, les mouvements habituels, les airs que l'on fredonne en pensant à toute autre chose, etc.

Voici un enfant qui apprend à parler. L'opération par laquelle il imite un son qu'il entend, met en jeu un certain nombre d'éléments nerveux et musculaires; or nous verrons cette loi, qu'aucun élément anatomique ne fonctionne sans se modifier, sans s'additionner de parties nouvelles' . Les prolongements des cellules nerveuses mises en activité par l'opération précédente, prolongements encore peu nombreux et peu développés chez l'ejifant se compliqueront de plus en plus, et cela, nous le constatons, de telle manière que le réflexe exécuté une première fois, en deviendra plus facile à exécuter une seconde fois. Pendant plusieurs années, des modifications très diverses resteront possibles dans les cellules encore jeunes du cerveau; l'enfant pourra apprendre plusieurs langues; au bout de quelque temps cela lui deviendra plus difficile. S'il

(ij VojeipluB bas la loi d

milotion roncliaiint

INTBOnUCTIO?!

ne cesse de pnrlcr une langue il ne i'oiihlie pas, au contraire, il ia sait de mieux en mieux, toujours en raison de celte Tneine loi qui a faît qu'il a pu rapprendre; s'il reste fon g temps sans la parler, il l'oublie, car, de même que le fonctionnement crée dea parties nouvelles dans le£ éléments anatomiques, de même l'inaclivité en cause l'atrophie.

Nous savons dans quelle partie du cerveau se trouvent les cellules dont les modifications ont de'terminé la mémoire du langage; l'histologie de cette partie est l'histologie de la mémoire du langage; son ablation produit l'aphasie. Or, de combien de milliers de cellules aux prolongements multiples se compose cette partie de notre cerveau? De quelle complexité inouïe est le iiioeanisme histologique de notre mémoire!

F.t cependant, comme elle nous parait simple et naturelle, la mémoire consciente à laquelle nous sommes si habitués! Nous avons une tendance instinctive à considérer comme élémentaires les phénomènes familiers, et c'est pour cela que Hœeliel considère la mémoire l'omme une propriété caractéristique de la matière vivante! Si le savaat allemand attribue au mot mémoire un sens autre que celui qu'il a en réalité, nous ne pouvons savoir ce qu'il veut dire, mais s'il lui attribue son sens propre, Dous avons le droit de nous étonner qu'il accorde à de simples agrégats de molécules quelque chose qui dépend uniquement du fonctionnement du système nerveux chez les animaux qui en sont pourvus'.

Voilà pourquoi j'ai cru devoir insister sur le sens restreint du mot conscience. Quand Hœckcl donne la conscience aux atomes, nous n'avons pas le droit de le contredire, mais nous pouvons nous demander ce qu'il entend par conscience quand noua le voyons accorder la mémoire aux plastidules constitutives du protoplasma.

[t)Oii tout au moins d'un mécooisme Tort complexe qui rend /lisfontinite la vie élémentaire manifestée de cliaque élément. {Théorie des plaslitles incomplets.)

20 TDÉOniE NÙir\'ELLE DE LA VIE

En un mot, nous devons restreindre la sf unification d u mo l conscience au fait que nous avons connaissance de certains processua physiologique» et non àTensembre dea processus psychiques, c'est-à-dire des processus physiologiques dont non» avons connaissance. C'est ta conàcTénce ainsi définie et elle seule, que ehacon a le droit d'accorder ou de refuser â volonté à tel ou tel corps vivant on brnl: c'est d'elle que nous devons ne pas nous préoccuper dans In recherche des caractères communs aux êtres vivants. Nous sommes assurés, a priori, qu'il y a de tels caractères communs indépendants de l'idée de conscience, puisque nous savons, sans jamais nous tromper, reconnailre qu'un corps est

Lorsque noua connaîtrons un caraetère discriminant des êtres vivants, nous saurons d'une manière précise ce que noua disons quand nous employons ce terme 1 mais, s'il existe un tel caractère commim, d'une part à la levure de bière, d'autre part à l'homme qui est doué de conscience, nous n'aurons aucunement le droit d'en conclure que la levure de bière est consciente, car l'existence de la conscience chez l'homme peot être en relation avec un caractère spécifique autre que le caractère discriminant des êtres vivants.

Certes, u ne théorie complète de la vie doit arriver jusqu'afflijitié no mènes, da tatBgdeace que nous conststonsen nous-mêmes, mais so us aucun prétexte, êUe li'en doit partir. Nous devons donc étudier compiêtemenl Ta vTe'^et la mort chez tous les animaux sans nous préoc- . cuper jamais, au eonrs de cette étude, de savoir ai ces êtres sont ou non pourvus de conscience ; puiâ cette , élude terminée, quand nous saurons bien ce que c'est que ta vie, il sera intéressant de constater que telle ou telle particularité psychique est concomitante de telle on telle particularité biatologique ou physiologique. Ainsi, après tout ce que je viens de dire, notre plan se trouve

(1} Pourvu que r

! longlemps.

SI

IHTBOOdCTION

juvrage doit se diviser en trois par-

netiemcnt traci et 1' lies :

Première parité. — Etude de !a vie des êtres monoplastùiaires ou vie élémenlaire.

Deuxième partie. — Etude de la vie «les êtres polyplastidaires ou vi« proprement dite.

Troisièm'e partie. — Relations cQtre la psychologie de riu^mœe, Eoa histologie et sa ptiysiologie.

Je m'efforcerai, au cours de cette série d'études, d'employer ud langage ausai précis que possible, oiais la précisioa du langage employé sera naturellement moindre au début du livre qu'à la fin. Uae partie de l'ouvrage étant consacrée à la reclierclie d'uue définition de la vie élémentaire par exemple, toutes les l'ois que ce terme sera employé avaut que sa délinitiou préciee ait été donnée, il sera plus vague que lorsqu'il aura été délJni rigoureusement. Les expressions seront donc de plufiea plus nettes à mesure que nous avanceroas, '. mais ce léger inconvénient de TolMcurilé relative du début sera compensé Iarg:en]etit par l'avantage qu'il y 1 a à ne pas donner a priori des définitions de clioses \ qu'on ne connaîtra «omplètement qu'ensuite'. «Toutes ' les vues a priori sur la vie n'ont fourni que des'délinilîônâ' îiisulïisantes. » (Claude Bernard.) ~^ Je Trmdrais'Tniasi, dans celle exposition, n'avoir recours qu'à des explications éJénientaireB pouvantètre comprises même de ceux qui ne possèdent qu'une lég>-i-e teinture scientifique, mais ce ne eera peut-être pas toujours possible. Sans s'appuyer sur toutes les lois physiques et toutes les réactions chimiques, l'étude de la vie exige une coonaissance approfondie de quelquesunes au moins de ces lois et de ces réactions, connaissance qui manque peut-être à beaucoup de personnes désireuses de comprendre les phénomènes vitaux ou

Ui

H) Pour les faire mieux susir je rëpSterai en dÏTers endroits et BOUS diverses Tormet les choses les plus importantes.

TtlÉORIE «ODVELLE DE L\ VIiî

même habituées déjà h discuter la nature de ces phénomènes. Ealio, je serai forcé de m'appuyer sur un grand nombre de faits empruntés çâ et là à la physiologie, la zoologie, la botanique, faits que je devrai supposer connus, car leur description m'enlraJoerait à de trop longs détails. Malheureusement, bien des gens veulent connaître ce qu'est la vie et en parler, en s'appuyant sur les seuls documents qu'on trouve dans les poètes et dans les philosophes et sans se donner la peine de l'étudier sous ses différentes formes. Chacun a l'habitude d'émettre une opinion sur tout ce qui touche àlavie,ettel acceptera avec respect renseignement d'un chimiste sur les propriéte's de l'alcool, qui se croira le droit de discuter avec un biologiste au sujet de telle ou telle manifestation vitale bien plus compliquée qu'il n'a Jamsis étudiée. Les philosophes de la nouvelle génération ont commencé à se rendre comple qu'une solide érudition littéraire ne suffil pas et qu'il est bon d'étudier les sciences avant d'en parler, mais il faudra longtemps avant que celte réforme soit complète, et, dans tous les cas, tous ceux qui ne feront jamais d'études seientinqucs n'en conserveront pas moins le droit de parler de la vie et de Vétudieren descendant en eux-mêmes. 'U n'est pas nécessaire d'avoir un bagage scienlilique extrêmement considérable pour comprendre les phénomènes vitaux, mais il y a cependant des connaissances absolument indispensables à cette étude et ceux qui ne les possèdent pas ne peuvent pas l'entreprendre. Il serait aussi illusoire de vouloir expliquer les phénomènes vitaux à dos personnes complètement dépourvues d'instruction scientifique, qu'il m'a été impossible, en prenant cependant beaucoup de peine, de faire comprendre le phénomène si simple des pierres branlantes à un homme très érudit qui ne possédait aucune notion de mécanique.

J'ai publié l'année dernière, dans l'jË'nct/cïo/ietfiescieHtifique des aide-mémoire, un petit volume, La matiéi-e vivante, qui eût pu fi la rigueur servir d'introduction à

celui-ci ; j'ai cru devoir en répéter cependant plusieurs parties dans le premier des six livres ci-inclus afin de donner une précision plus grande à certains points de définition, particulièrement en ce qui a trait aux substances vivantes et aux différents cas de la vie élémentaire.

Le présent volume forme donc un ouvrage complet.

Une partie des second et quatrième livres a paru, sous une forme condensée, dans la Revue philosophique [La vie et la mort, 1896).

Il m'est impossible de donner au commencement de cet ouvrage, soit un historique soit même un indice bibliographique, tant sont nombreux les ouvrages qui traitent de la théorie de la vie. Je ne puis davantage renvoyer le lecteur à des ouvrages où j'aurais plus particulièrement puisé des documents, car j'ai naturellement emprunté des faits à toutes les parties des sciences naturelles.

On trouvera un essai historique des théories de la vie dans Cl. Bernard [Leçons sur les phénomènes de la vie) et une bibliographie très vaste dans Del âge [La structure du protoplasme et les théories sur Vhérédité et les grands problèmes de la Biologie générale),

Paris, 29 février 1896.

F. Le Dantec.

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