CONCLUSIONS
L'hallucination est un symptôme morbide, qui a pour suhstratum anatomique les cellules ganglionnaires des centres de la couche optique. Ces centres, dont le caractère dynamique normal est la réception et l'élaboration des impressions extérieures, peuvent, sous l'influence de causes pathologiques variées, se mettre automatiquement en action. Les produits de l'irritation fictive des cellules de ces centres suivent la même voie que les incitations de leur activité normale et vont s'irradier, par le moyen des fibres blanches cérébrales, dans le réseau des cellules corticales. Celles-ci, mises ainsi en vibration, peuvent produire des séries indéfinies de conceptions délirantes, qui présentent un caractère de systématisation et d'originalité d'autant plus grand, que les cellules corticales elles-mêmes auront conservé plus d'énergie et de vitalité.
L'irritation automatique des cellules ganglionnaires du centre antérieur de la couche optique, irradiée dans les cellules intellectuelles du cerveau, produira donc les hallucinations de l'odorat; — celle des cellules du centre moyen, les
visions; — celle du centre médian, les hallucinations de la sensibilité générale; — celle du centre postérieur, les hallucinations de l'ouïe ; — enfin, l'irritation de la substance grise centrale, les fausses sensations viscérales.
Tel est donc le mécanisme physiologique du phénomène hallucinatoire, qui n'est point un processus de nouvelle formation, si je puis m'exprimer ainsi, mais qui doit être considéré comme une perturbation fonctionnelle des appareils sensoriels et, en particulier, de la partie de ces appareils destinée à recevoir les impressions externes et à les rendre perceptibles.
La théorie physiologique de l'hallucination, exposée dans ce travail, rend très-bien compte des deux phénomènes essentiels qui entrent dans la composition du système hallucinatoire : l'un, sensoriel, est dû à l'irritation des centres de la couche optique; l'autre, psychique, à l'irritation consécutive des cellules de la couche corticale du cerveau. Ces deux phénomènes se suivent et sont indissolublement unis; sans l'irritation de la couche optique, il n'y a que le travail automatique des cellules cérébrales, c'est-à-dire du délire, des aberrations mentales qui n'ont aucun substratum sensoriel. Aussi ne pouvons-nous admettre les hallucinations psychiques décrites par certains auteurs et qui doivent être considérées comme un genre de délire.
Avec cette théorie on s'explique aussi la persistance des hallucinations, même après la destruc-
tion des nerfs et des organes sensoriels externes, la manifestation unilatérale de l'hallucination et surtout l'enchaînement successif et la combinaison des hallucinations des divers sens les unes avec les autres, ainsi que la concomitance des fausses sensations viscérales avec les hallucinations sensorielles.