Les valeurs des intégrales A, B, C, pouvant bien de
venir les mêmes pour différents points, on conçoit la possibilité de trouver sur la surface du globe plusieurs points où 1* aiguille d'inclinaison serait verticale, et qui no seraient pas pour cela les pôles magnétiques de la terre.
123. Le problème du magnétisme terrestre a été depuis long-temps nettement posé par Ampère , et sa solution serait certainement plus avancée si Ton avait médité davantage les idées de ce vaste génie, qui s'exprimait ainsi il y a quinze ans : « Une des principales conséquences de la théorie fondée sur » l'identité du magnétisme et de l'électricité, est que faction » directrice du globe n'émane pas des régions polaires , ni du » centre du globe, comme on l'a supposé successivement , et
• qu'elle provient surtout de la zone équatoriale où la chaleur »et la lumière agissent avec le plus d'intensité. Je pense que » cette détermination des régions de la terre oii réside la cause » de Faction directrice, intéressera les physiciens qui cher- » chent à représenter, par des formules générales, les valeurs »des déclinaisons et des inclinaisons de l'aiguille aimantée » depuis les pôles jusqu'à l'équateur.
» Ainsi , tandis que d'après les expériences de M. Arago » l'électrophore et la bouteille de Lcyde pourront désormais s servir aux navigateurs comme moyen infaillible de réaimanter » à saturation les aiguilles de leurs boussoles, lorsque le temps »ou d'autres circonstances les auront affaiblies , /aurai peut- -être contribué par mes recherches au perfectionnement des for- ^ mules magnétiques destinées à rendre plus sûr, et a étendre,
• par de nouvelles applications, l'usage d'un instrument saus •lequel la plus grande partie de la terre nous serait encore » inconnue. » (Notice lue à la séance publique de C Académie des Sciences le 2 avril 1821.)
§ 2. Théorie du magnétisme dans l'hypothèse des deux fluides.
1 24- On a successivement proposé diverses hypothèses pour expliquer l'action magnétique du globe. M. Biot avait admis deux pôles infiniment rapprochés du centre de la terre, et il
attribuait les actions lecaies à de» aimants d'une faible intensité placés dans le sein de la terre. Cette hypothèse, que M. Morlet vient de rejeter, est incompatible avec l'action de la terre sur les courants. Quelles que soient en effet les idées qu'on puisse avoir sur la nature de la force exercée par des aimants sur des courants, comme elle sera toujours perpendiculaire au secteur formé par l'élément et le pôle de l'aimant, et passera par le courant, il est évidemment impossible d'expliquer, avec l'hypothèse précédente , les mouvements de rotation continue non plus que les faits électro-magnétiques exposés précédemment, puisque alors les actions de deux pôles trèfr-rapprochés produiraient deux forces égales et directement opposées. Cette manière de concevoir le magnétisme terrestre étant inadmissible , voyons d'abord les causes que pourraient lui attribuer les partisans des deux fluides.
is5. Comme on ne peut supposer un globe aimanté par l'influence d'une force directrice constante, puisque alors la terre changeant constamment de position , la distribution du magnétisme devrait être variable, et par conséquent aussi la force directrice; il faut placer au centre de la terre une sphère douée d'un magnétisme permanent, et qui aurait été ou primitivement ou instantanément aimantée par cette force constante conformément aux calculs de M. Poisson.
2 0 . On peut substituer à une masse magnétique une simple surface magnétique semblable à celle que nous supposons circonscrite par le courant.
5°. Enfin, en imaginant au centre du globe un élément magnétique d'une grande intensité, et distribuant à sa surface des éléments d'une intensité moindre, on obtiendrait les mêmes résultats qu'avec un courant fermé très-petit, et les formules, au moyen desquelles M* Poisson a depuis long-temps représenté l'action exercée par un élément sur une molécule magnétique, renfermeraient les lois du magnétisme terrestre.
i«6. Cette dernière hypothèse, qui mérite d'être prise en considération, nous paraît offrir peu de probabilités et aucun avantage sur celle d'Ampère; elle est en effet difficile à con-
cilier avec l'action des aurores boréales sur les aiguilles aimantées, et les éléments magnétiques, renfermés dans le sein de la terre, doivent posséder une certaine force coercitive et présenter les circonstances suivantes : ou ils n'ont qu'une partie du magnétisme dont ils sont susceptibles, et alors l'action des aurores boréales devrait être durable, ou ils sont aimantés à saturation, alors l'intensité de leur action ne devrait éprouver aucune altération.
L'expérience ayant démontré qu'aucun de ces deux cas n'a lieu, l'existence d'un magnétisme permanent ne saurait conduire à l'explication du phénomène.
127. « Nous trouvons dans la théorie précédente l'avantage »de faire dépendre d'un fait simple-, et do représenter, par
• une force unique toujours dirigée suivant la ligne droite qui » joint les deux points entre lesquels elle s'exerce , non-seule-
• ment tous les faits anciennement connus du magnétisme , » mais encore toutes les circonstances de l'action d'un con- »ductenr voltaïque sur un aimant, découverte par QErsted, .et celle qu'Ampère a reconnue entre deux conducteurs.