CHAPITRE III
§ i . De l'aurore boréale.
i5o,. Dans les descriptions qu'on a données de ce curieux phénomène , on n'a pas assez distingué les éléments électriques des apparences optiques qui s'y trouvent associées. Ou doit cependant^ M. Hanstéen (Bibl. univ.* t. 37) quelques explications sur la forme qu'affecte l'aurore boréale; mais, comme elles ne sont aceompagnées d'aucune mesure, elles perdent beaucoup do leur importance.
160. Les belles observations de M. Àrago ont confirmé les idées vaguement émises depuis long-temps sur l'origine des aurores polaires, et pour mieux comprendre le rôle que joue l'électricité qui paraît en être la cause, nous examinerons les opinions qui ont le plus de faveur parmi les physiciens.
161. Cavallo, dans son Traité sur l'Electricité, ouvrage qui renferme en germe quelques-unes des grandes découvertes qui ont illustré notre siècle, attribue les aurores boréales à l'électricité, parce qu'on a remarqué (1) : «Que leur lumière pouvait être imitée par celle des feux électriques , et que lorsqu'elles étaient fortes elles troublaient l'aiguille aimantée, ce que l'électricité fait également. »
Il rapporte aussi que Canton est parvenu (2) «à rassembler une grande quantité de matière électrique pendant la lueur des aurores boréales, et qu'il employait à cet effet une espèce
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(i) Trans. philos. t t. 5q, p. 88.
de ligne à pêcher élevée sur le toit de sa maison, et qui avait un fil de métal qui s'enroulait en vis tout autour. » Pour imiter en outre l'aurore boréale, ce physicien indique l'expérience du tube vide rempli par un courant électrique émanant d'une machine ordinaire.
162. L'action des aimants sur les courants voltaïques, qui traversent un espace vide , fit soupçonner qu'un pareil mouvement de fluide électrique, allant des pôles à l'équateur, produisait les aurores boréales , et on avança même que le soleil pourrait bien être le foyer où viendraient se réunir des courants d'une grande intensité.
162. De ces deux hypothèses, la première offre le plus de probabilités. En effet, dans les expériences de Davy, le vide a seulement pour but d'empêcher la combustion du charbon ; l'effet serait le même dans les gaz. La lumière a toujours une très-grande intensité et nullement les apparences de la lueur boréale. Il faut, en outre, une pile d'une grande intensité pour que le courant puisse traverser un très-petit espace vide. Lorsqu'au contraire on présente un espace vide à un conducteur chargé même d'une très-petite quantité d'électricité à l'état d'équilibre, on aperçoit aussitôt une lumière phosphorescente qui a la plus grande analogie avec celle des aurores polaires. Une faible dose de fluide peut traverser un très-long tube, mais seulement quand il est vide de matière pondérable. Dans ce cas, il est présumable qu'on obtiendrait des actions sur les aiguilles aimantées; mais, ce qu'il y a de certain, c'est que le tube agit par influence sur tous les corps conformément à l'action que Canton attribue à la lumière des pôles.
Malgré l'insuffisance des termes de comparaison, il y a quelques raisons de penser que le phénomène important des aurores polaires, et leurs actions sur le magnétisme du globe, peuvent s'expliquer de la manière suivante :
163. Les expériences sur l'électricité atmosphérique ont démontré que notre globe est entouré d'une couche de fluide électrique, dont la densité et par conséquent la tension croît avec la hauteur, de telle sorte qu'il est permis de supposer
que ce sphéroïde électrique limité à noire atmosphère éprouve» en rayonnant dans les espaces planétaires, une déperdition sans cesse réparée par l'électricité produite à la surface du sol.
On sait aussi que les orages sont très-fréquents à l'équateur, et que M. Boussingault a annoncé qu'il n'y avait pas un point de la zone torride où il n'en éclate un par jour. Aux pôles H n'y en a jamais ou fort rarement, et l'air sec et froid de ces régions est assez mauvais conducteur pour arrêter le mouvement de l'électricité atmosphérique vers le sol.
Admettons maintenant qu'un fort orage, éclatant à l'équateur, trouble tout-à-coup l'équilibre de notre atmosphère électrique, il y aura nécessairement mouvement du fluide électrique des pôles vers les régions équatoriales , et cet écoulement d'électricité ne pourra avoir lieu qu'an travers des couches d'air conductrices, et par conséquent dans celles qui seront le plus raréfiées ou suffisamment humides. Les effets auront alors de l'analogie avec ceux observés dans le tube vide, et les aurores boréales seraient les orages des pôles. La distance de la terre, au point où elles apparaissent, dépendrait de la tension du fluide et de la conductibilité des couches où les courante viendront se perdre, et sera d'autant plus grande, que l'air sera plus sec et plus froid.
164. En agissant par induction sur les courants terrestres, les aurores polaires doivent apporter des changements momentanés dans les éléments du magnétisme du globe, et faire varier en chaque lieu son action sur les aiguilles aimantées.
Leur influence perturbatrice , variable dans ses causes, ne peut donner lieu qu'à des mouvements irréguliers qui doivent se faire sentir sur toute la surface du globe. Ces altérations du magnétisme terrestre seront momentanées et cesseront avec la cause. Il est probable enfin que toutes les aurores boréales n'agissent pas avec une intensité suffisante pour produire les effets que nous venons de signaler.