‹ Théorie physique et mathématique des phénomènes électro-dynamiques et du magnétismeChapitre 20 sur 20 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE L'ÉLECTRICITÉ ANIMALE BT EN PARTICULIER DE CELLE DR LA TORPILLE. DE QUELQUES ACTIONS PHYSIOLOGIQUES DES PILES.

S i. De l'électricité de la torpille.

i65. Les belles expériences de M. Matteucci sur la torpille, récemment publiées dans les Annales de Chimie et la Bibliothèque univ., font entrevoir la possibilité de découvrir bientôt si les causes des contractions musculaires dans les autres animaux ont l'électricité pour cause , ainsi que semblent le démontrer les curieux essais de M. Prévost. Le problème do l'électricité de la torpille a fait, depuis peu, un grand pas; car les faits suivants paraissent bien avérés maintenant :

i°. Elle donne des courants électriques dont l'intensité croît avec la vitalité, proportionnellement à l'activité de la circulation et de la respiration.

* 2°. Le pbysicien italien regarde, et j'ai depuis long-temps émis avec crainte et réserve cette opinion , que les réactions physiques et chimiques (vitales) sont les causes, dans la torpille comme dans tous les autres animaux, des courants électriques.

3°. Les poissons électriques possèdent un organe capable d'augmenter l'intensité des courants, et c'est en cela seulement qu'ils paraissent différer des autres animaux.

4°. La torpille possède un organe particulier, un lobe du cerveau qu'on est tenté de regarder comme le levier sur lequel agit directement la volonté de l'animal.

N'est-il pas permis d'espérer qu'on pourra bientôt, dans les différents animaux, remplacer par des moyens artificiels les organes électriques du gymnote, etc., et obtenir des phénomènes analogues à ceux produits par ces êtres si long-temps mystérieux? Dans l'impossibilité où nous sommes de détermiper actuellement le mode d'action de rélcctricité dans les

êtres organisés , je me contenterai d'exposer ici l'analogie que peuvent avoir les faits qui en résultent avec ceux que j'ai signalés dans mon mémoire sur l'induction. La ressemblance entre les commotions de la torpille , et celles qu'on obtient d'une hélice au moment où les communications du courant qui la traverse sont interrompues, m'a conduit à supposer que l'organe électrique de ce poisson devait consister en un filet nerveux, très-long , disposé de manière que ses parties agissent les unes sur les autres par induction , et destiné à augmenter, au moment où la volonté de l'animal ouvre le circuit en un point quelconque, les courants qui le traversent, et qui ont pour cause principale les actions chimiques qui entretiennent la vie. Ces idées trouvent encore de la force dans ce fait : que les fils de l'hélice étant mal isolés peuvent propager la secousse dans la matière qu'ils entourent ou dont ils sont enveloppés, lorsque la tension devient très-forte, et capable de vaincre la couche isolante.

§ s. Des actions physiologiques des piles,

166. Les commotions produites par les piles ne se manifestant qu'au moment où le circuit est fermé ou interrompu, il devenait important de déterminer si après une impulsion instantanée les nerfs reviennent à leur état naturel, et y persistent tant que dure le courant. J'ai depuis long-temps admis une opinion contraire, et pensé que la matière nerveuse est dans un état de tension qui ne cesse qu'avec le courant, et je suis heureux de me trouver d'accord ici avec MM. Becquerel et Mattencci. Cette hypothèse , insuffisante il est vrai quand on veut expliquer les contractions musculaires dues à des courants puissants, est très-conforme aux actions des courants faibles agissant directement ou inversement,

167. Les sensations électriques sont pour moi le résultat de commotions successives et périodiques imprimées aux nerfs. Elles dépendent de l'intensité de la commotion , de sa durée et de la sensibilité de l'organe frappé, et doivent avoir un*

limite analogue à celle découverte par M. Savart pour les sons. Aux faits déjà cités à ce sujet dans mon mémoire sur l'induction , je joindrai le suivant facile h vériûer. Je prends une pile à auge de trente ou quarante éléments ayant les extrémités des réophores en platine. Je saisis l'un d'eux avec les doigts mouillés de la main droite ; la gauche maintient l'autre fil sur le bord de la langue. Pour une certaine intensité du courant, on éprouve sur la langue le même effet qu'arec un fil très-chaud; il y a une sensation de brûlure permanente, et qui persiste plusieurs jours; il y à une atonie prolongée dans les nerfs long-temps touchés. En promenant le fil de platine sur le milieu de la langue où les nerfs sont en moins grande quantité, on n'éprouve plus rien, sinon quand on ferme ou quand on ouvre le circuit. Le même effet a lieu si l'on diminue le nombre des couples. Je crois donc avoir suffi sa aiment démontré que l'action d'un courant est continue, et que la sensation n'apparaît que dans des cas faciles à apprécier, quoique les nerfs soient toujours dans un état de tension qui ne cesse qu'avec le courant. Un dernier fait montrera mieux encore l'action des commotions continues dans les contractions musculaires.

168. M. Jardin, propriétaire a Saint-André-de-Fontenay, près Caen , est atteint d'une hémiplégie de la face, qui résista pendant trois mois à tous les remèdes, même les plus violents employés dans ce cas. L'œil gauche constamment ouvert, le nez et la bouche déviés lui rendaient la figure hideuse, et, ce qui était fort gênant, c'est que les muscles de la joue droite ne pouvaient amener sous la dent les aliments qu'il était obligé de faire mouvoir avec ses doigts. Nous le soumîmes en cet état à l'action des courants interrompus en commençant par l'œil. Nous faisions passer le courant sur la paupière de manière à agir sur le nerf sus-orbitaire. Aussitôt que les commotions devenaient un peu rapides l'œil se fermait, et, en augmentant encore la vitesse de la roue, on pouvait le maintenir fermé sans douleur pour le malade , sous l'action de secousses se succédant alors avec une grande rapidité, et produisant

l'action d'un courant continu; dès qu'on cessait l'action, la paupière partait comme un ressort et l'œil s'ouvrait. Après quelques séances il put fermer l'œil» et maintenant il est parfaitement guéri. En soumettant les diverses parties malades au même traitement, j'ai eu la satisfaction de rendre à M. Jardin l'usage de toutes les parties de la face, excepté des lèvres, sur lesquelles j'ai peu opéré, afin de savoir quelle part on doit accorder à Y électricité dans cette cure. Depuis un an les lèvres n'ont pas changé, et le malade éprouve de la difficulté à si filer. C'est sur cette partie que je vais maintenant opérer. Enfin, dans le traitement d'une hémiplégie où l'on employait une pile à auge et l'acupuncture , le malade éprouvait des douleurs atroces et continues, seulement pendant le passage du courant.

Il est impossible de ne pas voir dans ces faits, la confirmation des idées émises précédemment.

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