‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 11 sur 99 · RÉSULTATS DE L'ANALYSE INTERNE · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DE L'ANALYSE INTERNE

avec l'autre une ressemblance que Platon a pris soin de signaler (195 B : kyiù 51 [Agathon] ^aiSpw xoXXà àXXa b[Lo\oym...), l'amour est tout puissant pour inspirer l'horreur du mal et l'émulation du bien ; il a son principe dans le désir du bon et du beau**. Leur conception est donc, mais enveloppée dans les ornements d'une exposition plus poétique que rigoureijse, celle-là même, qui, dans le Lysis, faisait de l'amitié la tendance de ce qui n'est ni bon ni mauvais à aller vers le bon à cause de la présence du mal.

§ 72. — Mais le Banquet apporte une doctrine positive de l'Amour et cette doctrine semble répondre aux questions que le Lysis avait laissées sans réponse : elle nous donne en effet la raison d'être et le principe de l'amour. L'amour suppose le désir de ce dont on manque et dont on a besoin, tel est en somme le point de départ de la recherche, et son objet sera de préciser la nature de ce quelque chose dont on manque ; elle continue donc véritablement la discussion interrompue du Lysis. Ce dernier dialogue avait établi que l'aspiration vers ce que nous aimons apparaît dans un sujet qui n'est ni tout à fait bon, ni tout à fait mauvais, ni tout à fait beau, ni tout à fait laid, ni tout à fait savant, ni tout à fait ignorant. Le Banquet accepte cette donnée, il la détermine en disant que l'Amour est un démon, un de ces êtres intermédiaires qui ont pour fonction de donner à l'Univers son unité, en reliant l'une à l'autre la sphère immortelle et la sphère mortelle. Du mythe de la naissance d'Eros découle , -une conclusion analogue : dans l'amour, avec la perpétuité du besoin, coexiste une indéfectible habileté à se satisfaire, il est ce qui meurt et renaît sans fin. Une idée se dégage donc déjà, c'est que l'amour tend essentiellement vers la perpétuité; il est le désir de la possession éternelle du bon, plus généralement, le désir même de l'immortalité. Voici donc ce qui est propre à notre nature mortelle, c'est d'aspirer à nous rendre immortels autant que nous le pouvons par la géné-

41. Dans le discours d'Agathon le principe de lamitié du semblable pour le semblable est également invoqué 195 B, et il sert à faire entrer dans la nature de l'Amour toutes les q4ialités dont il est amour.

ration dans la beauté, non seulement selon le corps, mais aussi selon Tesprit. Toutefois cet élan de Thomme vers Téternité a besoin d'une discipline. C'est cette nécessité que traduit la description des étapes successives d'une sorte d'initiation tnéthodique de l'amour. De l'amour des beaux corps, on s'élèvera à l'amour des belles âmes dans lesquelles on peut faire germer la vertu, puis à l'amour des occupations qui embellissent l'activité humaine, enfin à l'amour des belles sciences. Alors seulement nous apercevons la signification et la portée des efl'orts que nous avons faits, dans les précédentes étapes, pour nous affranchir des déterminations individuelles et pour nous élever au général. L'objet dernier de cet effort, c'est, on le sait, de parvenir à la contemplation de la beauté absolue, vraiment indépendante des beautés particulières, dont elle est le principe éternel et immuable.

§ 73. — Mais, si cette théorie possède sur celle du Ly sis une réelle supériorité, si elle nous satisfait relativement à l'objet même de l'amour, en même temps qu'elle en détermine la nature avec plus de précision, en revanche elle laisse inexpliqués plusieurs points très importants. Pourquoi aspironsnous à l'immortalité? Pourquoi notre désir de l'immortalité cherche-t-il dans la beauté le moyen de se satisfaire? Répondre que c'est en raison de l'aptitude de la beauté à féconder les germes de toutes sortes, germes de sagesse et de vertu aussi bien que germes de vie, ou encore que c'est à cause de l'accord de la beauté avec ce qu'il y a de divin et d'immortel au fond de toute génération (206 B-E), ce n'est pas répondre d'une façon suffisante. Pourquoi en effet la beauté est-elle capable de féconder ces germes? Et ces germes mêmes, d'où viennent-ils? Pourquoi le Beau en soi et absolu est-il le terme de l'initiation amoureuse? Quel intérêt y a-til, d'autre part, à dépasser le degré où nous avait conduits, avec l'étude de la beauté des sciences, la connaissance scientifique du concept général de beau? Or, précisément, le Phèdre nous fournit h ces diverses questions une réponse dont il ne sera pas inutile de souligner les points essentiels. Il y a un monde supérieur à la sphère céleste elle-même et

Page 1